Une réforme agraire est une réforme qui consiste à modifier le régime de propriété des terres agricoles et/ou les conditions de leur mise en valeur. Cela peut consister en une modification des droits à l'accès aux terres cultivables (remembrement, redistribution aux paysans qui la cultivent en la confisquant aux propriétaires) ou bien en supprimant des protections sur leur utilisation, en favorisant par exemple une catégorie d'exploitants. Une réforme agraire peut inclure également des mesures de crédit, des formations, des améliorations foncières. Cela peut être aussi l'abolition de l'esclavage ou du servage, qui ont représenté sous différents régimes les principales forces de travail au champ.

Les réformes agraires ont eu de façon récurrente d'énormes répercussions dans l'histoire - déjà dans la Rome Antique, la question agraire mise à plat par la Lex Sempronia agraria proposée par les Gracques (Tibérius et Caius Sempronius Gracchus) entraîna des guerres sociales et politiques. Il y eut une réforme agraire après la Révolution française.

À l'Époque contemporaine, elles sont apparues avec la fin de la colonisation et la révolution industrielle dans de nombreux pays : Uruguay (1815), Mexique (1917), Bolivie (1953), Pérou (années 1970), Zimbabwe (années 2000) et Namibie. Elles font partie des objectifs des luttes pour l'indépendance et des programmes socialistes en Afrique et dans le Monde arabe (en Algérie notamment). C'est souvent l'un des points importants des programmes révolutionnaires des pays pauvres, à majorité agricole. La plupart des pays communistes ont mené une réforme agraire (bloc soviétique, Yougoslavie, Chine, Viêt Nam, Cuba qui réalisa une des réformes agraires les plus achevées en Amérique latine. Par ailleurs, les visées égalitaristes et non-autoritaires du mouvement non-violent (Gandhi, Vinoba Bhave) en Inde ont conduit à une importante et originale réforme agraire, sur des bases égalitaires et volontaires.

Après la Seconde Guerre mondiale, le remembrement en France fut à l'origine d'une importante chute de la biodiversité, et de la réduction de la paysannerie au bénéfice des moyens et grands exploitants ; ce fut aussi le cas à Taïwan, en Corée du Sud et en Malaisie.

thumb|right|400px|La diffusion de la réforme agraire ne survient pas uniformément en Europe : ainsi, l'Espagne conserve ses pratiques agricoles traditionnelles très tardivement (cette photo fut prise en 1955) par rapport à ses voisins, qui avaient mené une révolution agricole ; de surcroît, en Andalousie, le système des latifundiums a maintenu un atavisme pour ce secteur.

Philosophie sous-jacente aux réformes agraires Philosophiquement, il y a des arguments pour justifier la réforme agraire : multiplier les titres légaux sur la même terre est sans utilité ; certains de ces titres de propriétés peuvent avoir été obtenu par vol ; il s'agit d'assurer le plus de bien-être pour plus de monde, le droit à la dignité ; l'idée d'équité requiert l'application de « la terre à ceux qui la cultivent ». Néanmoins, beaucoup de ces arguments entrent en conflit avec les droits de propriété de la plupart de nos sociétés modernes, ce qui implique que certaines formes de réforme agraire mettent en question la conception qu'a une société donnée des droits et du rôle de l'état.

Ces questions incluent par exemple : La propriété privée est-elle légitime ? Si oui, plus spécifiquement, la propriété privée de la terre est-elle légitime ? Si oui, les droits de propriété « historiques » sont-ils légitimes, dans un état ou une société en particulier ? Même si les droits de propriété sont légitimes, doivent-ils protéger de manière absolue contre l'expropriation, où doivent-ils entraîner l'obligation de compensation totale ou partielle au « propriétaire » ? Réforme agraire ne veut-elle pas dire collectivisation, mais accession à la propriété…? Comment les droits de propriétés se mesurent-ils par rapport au droit de vie et liberté ? Comment arbitrer les litiges au sujet de la propriété de la terre ? À quel niveau de gouvernement les terres communes sont possédées, gérées ?

Réformes agraires Généralement, les réformes agraires visent deux objectifs : Économique : augmenter la productivité du secteur agraire, par la rationalisation du secteur agricole afin de lui donner une taille optimale. Social : accroître le niveau de vie des paysans qui exploitent la terre en leur donnant l’accès à la propriété. Certaines réformes visent davantage à accumuler les richesses dans des entreprises déjà fortes ou dans les mains de certains gestionnaires (seigneur sous la féodalité, financier dans le capitalisme).

Voici présentées brièvement par continent et par pays, un panorama de réformes ayant eu lieu.

Afrique Afrique du Sud : Durant l'apartheid, la propriété des terres étaient majoritairement réservée aux blancs. Après la fin de l'apartheid, une majorité de ces terres sont utilisées pour la production de faune et le tourisme privé de luxe, déplacent les populations noires qui cultivaient et vivaient de ces terres et labellisent ses terres comme « aires naturelles ». La réforme agraire était l'une des promesses faites par l'ANC lorsqu'il vint au pouvoir en 1994. Initialement le système était basé sur un système de prix équitable, la terre était achetée par le gouvernement et redistribuée, cela a finalement été rejeté en 2015. Néanmoins, en , le Parlement sud-africain adopte un texte permettant une révision de la Constitution sud-africaine afin autoriser l’expropriation des terres sans compensation financière pour les redistribuer aux Sud-Africains noirs. Le Parlement sud-africain doit débattre maintenant d'une modification de la Constitution destinée à renforcer les conditions légales des saisies de terres. Le , le président Cyril Ramaphosa signe une loi détaillant les mécanismes permettant de mettre en œuvre des expropriations, notamment pour une « compensation nulle », sous certaines conditions très strictes. Du fait de ses modalités d'application, elle pourrait servir d'avantage à expulser les propriétaires d’immeubles abandonnés ou exploités par des marchands de sommeil qu'à mettre en œuvre une réforme agraireAfrique du Sud : en ouvrant la voie à des expropriations, le président divise la classe politique et excite la sphère identitaire, Mathilde Boussion in Le Monde, 28 janvier 2025. Égypte : une réforme agraire en deux étapes, promulguée en (limitation de la propriété foncière à 84 ha par individu et 126 ha par famille), puis une seconde vague en 1961 qui réduit la propriété foncière maximale à 42 ha par famille. Cette réforme a depuis été largement déconstruite. Éthiopie : À la fin de la colonisation, une réforme agraire est mise en place en 1975, cela met fin à 75 ans de guerre civile commencée sous l'Aqänna Namibie : une réforme agraire limitée lors du gouvernement de Sam Nujoma. Législation passée en 1994, tout récemment, le gouvernement a annoncé aussi comme son voisin sud-africain qu'il commencera à utiliser le processus d'expropriation avec compensation. Zimbabwe : efforts très controversés de , passant d'un système de compensation à l'expropriation totale, souvent aux bénéfices des proches du gouvernement au début des années 2000 durant la présidence de Robert Mugabe. Son successeur, Emmerson Mnangagwa, annonça consacrer 53 millions de dollars pour indemniser les anciens propriétaires blancs expropriés. Un geste qui concerne les investissements consentis à l'époque et non la valeur de la terre en elle-même. Ils pourront prétendre à des indemnisations, au droit de louer les terres, pas à leur propriété.

Amérique latine Bolivie : la révolution de 1952 fut suivie par une loi de réforme agraire, mais finalement dans les années 1970, seulement 45 % des familles de paysans avaient reçu un titre pour la terre. Sous la présidence d'Evo Morales, une loi agraire, objet d'un vif rejet de la droite du pays, a été votée et promulguée le . Elle prévoit l'« expropriation des terres » qui « ne servent pas une fonction socioéconomique juste »Roger Burbach, « Bras de fer entre Evo Morales et l'opposition », Courrier international, n°841, 14 décembre 2006, p. 28. Initialement publié dans America Latina en Movimiento.. Brésil : dans les années 1930, le président Getúlio Vargas renie une promesse de réforme agraire. Il y a une forte campagne du mouvement des sans-terre depuis les années 1990. En , plus de 150 000 familles vivent dans des campements, dans l’attente de terres. Parmi celles-ci, sont membres du mouvement des sans-terre. Sous le gouvernement de Dilma Rousseff seules 31 nouvelles zones ont été expropriées, soit seulement 72 000 hectares. Pendant ce temps, plus de 309 millions d’hectares de terres sont tombés sous le contrôle de l’agro-industrieA Brasilia le campement paysan national "Hugo Chavez" exige la reprise de la réforme agraire Acampamento Nacional Hugo Chávez pressiona retomada da Reforma Agrária. D'importants secteurs de l'agriculture brésilienne sont organisés en grandes exploitations (fazendas), mécanisés, utilisent des engrais chimiques, exportent largement. Le Brésil n’est pas seulement le deuxième pays pour la concentration de la terre dans le monde, devancé seulement par le Paraguay, mais aussi le plus grand consommateur de pesticides, pour la consécutive en 2013. Le Brésil consomme 19 % de l’ensemble des produits agrochimiques produits dans le monde. Cette utilisation excessive des pesticides empoisonne la production de la nourriture et l’eau. Selon l’Agence Nationale de Surveillance Sanitaire (ANVISA), 30 % des aliments consommés par les brésiliens sont impropres à la consommation par excès de pesticides. Chili : les tentatives de réforme agraire commencèrent sous le gouvernement de Jorge Alessandri en 1960, et furent soutenues sous Eduardo Frei Montalva (1964-1970) pour atteindre leur apogée entre 1970-1973 sous la présidence de Salvador Allende. Les fermes de plus de 80 hectares étaient expropriées. . Ce processus fut arrêté net par le coup d'État du 11 septembre 1973 d'Augusto Pinochet. Colombie : Alfonso López Pumarejo (1934-1938) promulgua la loi 200 de 1936, qui autorise les expropriations de propriétés privées pour promouvoir l'intérêt social. Les tentatives ultérieures diminuèrent jusqu'aux présidences de Alberto Lleras Camargo (1958-1962) et Carlos Lleras Restrepo (1966-1970) qui créèrent l’Institut colombien pour la réforme agraire (INCORA) et des droits élargis des terres. Rien qu'en 1968 et 1969, INCORA délivra plus de de propriété aux fermiers et travailleurs. Ce processus fut arrêté et la situation commença à s'inverser à la suite des réactions violentes des narco-trafiquants, des paramilitaires et de la guérilla, sans oublier les grands propriétaires terriens opportunistes. Cela inversa le processus, contribua à une nouvelle concentration des terres et aux déplacements des petits propriétaires terriens. Dans les années 2000, les plans et tentatives du gouvernement d'utiliser les terres légalement expropriées des cartels des trafiquants n'a pas entraîné beaucoup d'améliorations. Costa Rica : années 1990.