Ealdred ou Aldred est un prélat anglais mort le .
Après avoir été abbé de Tavistock, Ealdred est élu évêque de Worcester en 1046. À partir de 1056, il administre également le diocèse de Hereford après la mort de l'évêque Leofgar. Outre ses devoirs religieux, il est également un proche conseiller du roi Édouard le Confesseur et réalise plusieurs voyages diplomatiques pour son compte. Il participe également à la défense de ses diocèses contre les Gallois.
Ealdred est élu archevêque d'York à Noël 1060, mais il n'abandonne l'évêché de Worcester qu'en 1062. En tant qu'archevêque, il assure la construction et l'embellissement de plusieurs églises dans son diocèse et s'efforce de réformer son clergé. Lors de la crise de succession qui suit la mort d'Édouard le Confesseur en , il apporte son soutien à Harold Godwinson, et il est possible que ce soit lui qui l'ait couronné roi. Après la mort d'Harold à Hastings, il commence par rallier Edgar Ætheling avant de se soumettre à Guillaume le Conquérant, qu'il sacre le à Westminster.
Le nouveau roi reste méfiant à l'égard de la noblesse et du haut clergé anglo-saxons, et Ealdred fait partie de ceux qu'il ramène avec lui en Normandie en 1067 pour mieux les surveiller. Lorsque le Nord de l'Angleterre se révolte contre Guillaume en 1068, Ealdred lui reste fidèle. Il meurt l'année suivante, et le roi nomme un Normand, Thomas de Bayeux, pour lui succéder.
Biographie
Origines
Ealdred est originaire d'une famille apparemment importante du Devon. On connaît le nom d'un membre de sa famille : Wilstan (ou Wulfstan), qui devient abbé de Gloucester en 1058 grâce à l'influence d'Ealdred. Il est peut-être apparenté à Lyfing, son prédécesseur à la tête de l'abbaye de Tavistock, puis du diocèse de Worcester.
Moine du chapitre de la cathédrale de Winchester, Ealdred devient l'abbé du monastère de Tavistock vers 1027, lorsque Lyfing devient évêque de Cornouailles et de Crediton. Bien qu'il occupe ce poste pendant près de deux décennies, jusque vers 1046, on ne connaît aucun document d'époque se rapportant à sa carrière d'abbé. Il semble cependant avoir porté un intérêt tout particulier à Tavistock, conservant jusqu'à sa mort deux propriétés relevant de l'abbaye.
En 1046, Ealdred devient évêque de Worcester, un poste qu'il occupe jusqu'à sa démission en 1062. Il est possible qu'il joue d'abord un rôle de suffragant, c’est-à-dire d'assistant de son prédécesseur Lyfing, avant d'entrer pleinement dans ses fonctions. En effet, il commence à apparaître en tant que (« évêque ») dès 1043, trois ans avant la mort de Lyfing, tandis qu'une charte émise à Tavistock en 1045 ou au début de l'année 1046 indique qu'à cette date, un nouvel abbé nommé Sihtric l'a déjà remplacé. L'évêque Lyfing meurt le et Ealdred lui succède peu après. Cependant, il n'hérite pas des deux autres diocèses détenus par Lyfing, ceux de Crediton et de Cornouailles : le roi Édouard le Confesseur les confie à Leofric, qui les combine pour former le diocèse d'Exeter en 1050.
Évêque de Worcester
Conseiller royal et chef militaire
vignette|redresse|alt=Une partie du bâtiment d'une cathédrale apparaît derrière un arbre.|La cathédrale du diocèse de Worcester, qu'Ealdred dirige de 1046 à 1062.
Ealdred participe au gouvernement du royaume d'Angleterre sous le règne d'Édouard le Confesseur, dont il est un proche conseiller. Il joue également un rôle de commandant militaire : en , il dirige une expédition contre les Gallois en réaction à une attaque conduite par Gruffydd ap Rhydderch, et Gruffydd ap Llywelyn. Cette campagne se solde par un échec à cause de la trahison de soldats gallois qui servaient dans l'armée anglaise.
En 1050, Ealdred se rend à Rome . Son objectif semble être d'obtenir l'autorisation du pape pour le déplacement du siège du diocèse de Crediton à Exeter. Il est possible que le voyage vise aussi à s'assurer que le roi puisse être libéré du vœu qu'il avait fait de se rendre en pèlerinage, si l'on en croit des sources postérieures à la conquête normande. À Rome, Ealdred assiste à un concile aux côtés de son compatriote, l'évêque de Ramsbury Herman. Les deux hommes sont proches, au point que l'historien H. R. Loyn qualifie Herman de d'Ealdred.
Durant son voyage de retour, Ealdred croise la route de Sven Godwinson, l'un des fils du comte Godwin de Wessex, exilé d'Angleterre quelques années auparavant pour avoir enlevé l' et tué son cousin Beorn. C'est probablement à cette occasion qu'il lui donne l'absolution pour ces forfaits. De retour en Angleterre, l'évêque intercède en faveur de Sven pour qu'il soit rétabli dans ses titres et ses possessions de comte de Hereford. Ses raisons sont doubles : il est proche de la famille de Godwin, et le fief de Sven est proche de son diocèse. Or, la présence d'un comte puissant s'impose pour lutter contre les raids que subit la région, à l'image de ceux menés en 1049 le long de la rivière Usk par des aventuriers irlandais associés à Gruffydd ap Rhydderch. C'est normalement à l'évêque de Hereford que revient la tâche de diriger la défense de la région, mais son titulaire à cette date, Æthelstan, est frappé de cécité, contraignant Ealdred à jouer ce rôle à sa place.
En 1051, la rébellion du comte Godwin contre le roi est une mauvaise nouvelle pour son allié Ealdred. L'évêque assiste au conseil royal de Londres qui prononce le bannissement de Godwin et de sa famille. Plus tard la même année, il se voit confier la mission d'arrêter Harold, le fils de Godwin, et ses frères, mais il à le faire. Le bannissement de Godwin intervient peu après la mort de l'archevêque d'York Ælfric Puttoc. Ealdred comptait probablement lui succéder, mais les circonstances poussent le roi à lui préférer son chapelain Cynesige. Néanmoins, Godwin rentre d'exil et recouvre ses biens dès le mois de , et Ealdred ne tarde pas à retrouver la faveur royale à son tour. Il est possible qu'il ait accompagné Sven dans son pèlerinage en Terre sainte vers cette époque, mais rien ne permet de l’affirmer avec certitude.
En 1054, Édouard le Confesseur envoie Ealdred en Germanie, afin d'obtenir l'aide de l'empereur pour organiser le retour en Angleterre d'Édouard l'Exilé, le neveu du roi et son héritier potentiel. Le jeune prince, qui a dû fuir l'Angleterre très jeune après la mort de son père et l'avènement de Knut le Grand en 1016, se trouve alors en Hongrie, à la cour du roi . Ealdred profite de ce voyage pour observer le fonctionnement de l'Église allemande durant son séjour d'un an auprès de l'archevêque de Cologne . Impressionné par les pratiques liturgiques et l'architecture religieuse qu'il y découvre, il en reprend certains éléments à son retour sur le sol anglais. Cependant, sa mission se solde par un échec : les relations sont tendues entre Henri et les Hongrois, et l'empereur ne peut pas (ou ne veut pas) aider Ealdred. Ce dernier apprend toutefois qu'Édouard est bien vivant et qu'il réside à la cour de Hongrie. En fin de compte, le prince rentre en Angleterre en 1057, mais il meurt peu de temps après.
En 1056, Ealdred participe aux négociations de paix avec les Gallois menées par les comtes Harold et Leofric. Édouard fait appel à lui après la mort de l'évêque de Hereford Leofgar, vaincu et tué par Gruffydd ap Llywelyn. Les détails des négociations sont inconnus, mais Gruffydd finit par prêter serment de fidélité au roi Édouard, encore que ce serment ne semble assorti d'aucune obligation. Ainsi, Gruffydd n'est pas tenu de soutenir militairement Édouard, ni d'être présent à sa cour.
Ealdred se rend en pèlerinage à Jérusalem en 1058. Il est le premier évêque anglais à accomplir ce voyage, et la Chronique anglo-saxonne atteste qu'. À Jérusalem, il offre un calice d'or à l'église du saint-Sépulcre. Il est possible que son passage par la Hongrie durant ce pèlerinage soit lié à une tentative de préparer le retour des enfants d'Édouard l'Exilé, ou qu'il s'y rende à la recherche d'autres héritiers possibles du trône. La date exacte de retour en Angleterre des enfants d'Édouard n'est pas connue. Il est possible qu'ils soient rentrés en même temps que leur père en 1057, mais il n'est pas exclu qu'ils aient accompli ce voyage en compagnie d'Ealdred en 1058.
Administration ecclésiastique
vignette|Découpage en diocèses du royaume d'Angleterre à l'époque d'Ealdred, mettant en évidence les trois diocèses de l'Ouest du pays qu'il administre entre 1056 et 1058.
Il n'existe aujourd'hui que très peu de documents contemporains du passage d'Ealdred à l'évêché de Worcester, en partie parce qu'il est fréquemment absent de son diocèse. Seuls cinq contrats signés de sa main nous sont connus, tous datés entre 1051 et 1053, et les copies de deux autres figurent dans le cartulaire de Hemming. Il est donc difficile d'établir comment le diocèse de Worcester est administré à l'époque d'Ealdred, mais il semble que ce soit Wulfstan, prieur du chapitre de la cathédrale, qui assure la direction religieuse du diocèse. Sur le plan financier, le Chronicon Abbatiae de Evesham atteste qu'Æthelwig, nommé abbé d'Evesham en 1058, s'occupe avant cette date d'administrer Worcester.
De retour de son voyage en Germanie en 1054-1055, Ealdred rapporte une copie du Pontifical romano-germanique, un ensemble de textes liturgiques. Un exemplaire de cet ouvrage, appartenant à la bibliothèque Cotton, lui aurait appartenu. Il est vraisemblable que la Règle de Chrodegang, un ensemble de règles de vie communautaire pour les chanoines, ait également été introduite en Angleterre par Ealdred avant 1059. Il a pu en rapporter un exemplaire de Germanie.
Durant cette période, Ealdred administre également les abbayes de Winchcombe et Gloucester et prend en charge les diocèses de Hereford et de Ramsbury. Sa nomination à Hereford, qu'il conserve jusqu'en 1061, est sans doute due à sa connaissance des affaires galloises. Le diocèse avait subi une rude attaque de la part des Gallois en 1055 : Ealdred poursuit la reconstruction de la cathédrale et conforte les droits de son chapitre. L'arrivée d'Ealdred à Ramsbury est la conséquence de tensions entre l'évêque Herman et Édouard le Confesseur : le premier souhaite transférer le siège du diocèse à l'abbaye de Malmesbury, ce que le roi refuse. Par conséquent, Herman démissionne en 1055 pour se faire moine à Saint-Bertin. Selon le chroniqueur Jean de Worcester, Ealdred reçoit la charge d'administrer le diocèse de Ramsbury jusqu'au retour d'Herman, en 1058 ou peu après, mais aucun document d'époque n'en témoigne. Frank Barlow décrit le domaine d'Ealdred à cette période comme une , qui s'étend sur le Worcestershire, le Wiltshire et le Herefordshire.
Archevêque d'York
Une prise de pouvoir délicate
L'archevêque d'York Cynesige meurt le , et Ealdred est élu pour lui succéder le jour de Noël. Un évêque est rapidement nommé pour lui succéder à Hereford, mais pas à Worcester, un siège qu'Ealdred semble avoir souhaité conserver, suivant l'exemple de plusieurs de ses prédécesseurs à York. Comme le diocèse d'York est relativement pauvre comparé à celui de Worcester, conserver le second permet aux archevêques de s'assurer des revenus suffisants. L'existence de précédents n'exempte pas Ealdred de critiques : Guillaume de Malmesbury écrit ainsi qu'il .
vignette|alt=portrait d'un homme tonsuré, en tenue de moine.|Selon différentes sources, le pape se serait opposé à l'accession d'Ealdred au siège d'York.