On appelle « Chinois de Malaisie », en malaisien « Orang Cina Malaysia », un Malaisien d’origine chinoise. On utilise également l'expression « Sino-Malaisien ». La plupart d’entre eux sont les descendants des Chinois qui sont arrivés entre le et le milieu du . En Malaisie, ils sont appelés des « Chinois » dans toutes les langues. Le terme « sino-malaisien » est souvent utilisé pour faire référence à cette communauté.

Démographie Un premier recensement des groupes ethniques en Malaisie britannique en 1835 par les Britanniques, a montré que les Chinois constituaient 8 % de la population, concentrés dans les Établissements des détroits (Penang, Melaka et Singapour), tandis que les Malais et les Indiens formaient respectivement 88 % et 4 % de la populationYamashita, Eades (2003), p. 7. La population de Malaisie britannique a connu une augmentation rapide pendant le et le , bien que les immigrants Chinois soient majoritairement masculinsOoi (1963), p. 122. Dès 1921, la population de la Malaisie britannique avait atteint presque 3 millions d’habitants, et les Chinois constituaient 30 % de la population pendant que les Malais en constituaient 54,7 %, (les Indiens formant le reste). Bien que la plupart des Chinois soient de passage, et beaucoup d’entre eux sont rentrés en Chine, 29 % de la population chinoise était né sur le territoire malaisien, dont la plupart des progénitures étaient issues de la première génération des immigrantsChandler, Owens (2005), p. 312. Le gouvernement britannique commençait alors à imposer des limitations sur la migration dans les années 1930, mais le nombre de Chinois et de Malais continuait à se rapprocher même après la Seconde Guerre mondiale. Le recensement de 1947 indiquait que les Malais constituaient 49,5 % de la population, comparé aux Chinois à 38,4 % sur 4,9 millions d’habitantsHwang (2005), p. 22. À cette époque, il était normal de parler de « Chinois » et non de « Sino-Malaisien » (de même pour les Indiens) car avant 1957 (l’indépendance de la Malaisie), seuls les Malais détenaient la nationalité malaisienne.

Le nombre de Chinois (connus dorénavant sous l'appellation de Sino-Malaisiens) ne cesse d’augmenter, de en 1957 à en l’an 2000Prof. Dato' Asmah Haji Omar, edt: "Encyclopedia of Malaysia - Languages and Literature", p. 52-53, Kuala Lumpur: Éditions Didier Millet, 2004, , formaient ainsi 26 % de la population totale.

Les États avec une présence importante de Sino-Malaisiens À compter de 2008, la majorité de Sino-Malaisiens est fortement concentrée sur la côte occidentale de Malaisie péninsulaire avec un pourcentage considérable (au moins 30 %) dans les États (État et territoire fédéral confondu) de Penang, Perak, Selangor, Kuala Lumpur et Johor.

Les régions avec une population considérable de Sino-Malaisiens (au moins 40 %) pour chaque État sont :

Kuala Lumpur

Kepong, Cheras, Bukit Bintang, Old Kelang Road, Sri Petaling, Pudu, Segambut.

Selangor

Subang Jaya/USJ, Puchong, SS2, Petaling Jaya, Damansara Jaya/Utama, Bandar Utama, Serdang, Port Kelang.

AnnéeNombre d’habitantsMalaisPourcentageSino-MalaisienPourcentage1891International Conference of South-East Asian Historians (1962), p. 10281 59223 75029,1 %50 84462,3 %

Penang Penang (l’île), Bukit Mertajam.

AnnéeNombre d’habitantsMalaisPourcentageSino-MalaisienPourcentage1812Colonial Construction of Malayness: The Influence of Population Size and Population, Kiran Sagoo, 27 novembre, 2006, International Graduate Student Conference Series, p. 9/1626 1079 85437,7 %7 55828,9 %182035 03514 08040,2 %8 59524,5 %1860124 77271 72357,4 %36 22229,0 %1891232 00392 68139,9 %86 98837,5 %1970Tan (1984), p. 3775 000247 00030,6 %436 00056,3 %1990Goh (1990), p. 1481 150 000399 20034,5 %607 40052,9 %2005TheStar, Wong Chun Wai, 9 mai 201041,3 %43 %

Perak Ipoh, Taiping, Batu Gajah, Sitiawan.

AnnéeNombre d’habitantsMalaisPourcentageSino-MalaisienPourcentage1891Ball (1903), p. 12994 34544,0 %1901329 665150 23945,6 %

Johor Johor Bahru, Kulaijaya, Kluang, Batu Pahat, Muar, Segamat, Ledang, Pontian.

Les États avec une présence moyenne de Sino-Malaisiens Ce sont les États où les Sino-Malaisiens forment une minorité considérable (10 % à 29,9 %) tels que Melaka, Negeri Sembilan, Pahang, Sarawak et Sabah.

Les régions à forte concentration de Sino-Malaisiens (au moins 40 %) pour chaque état sont :

Malacca Bandar Melaka.

Negeri Sembilan Seremban, Rasah.

Pahang Bentong, Raub, Mentakab, Kuantan.

Sarawak Kuching, Sibu, Bintulu, Miri, Sarikei, Sri Aman, Marudi, Lawas, Mukah, Limbang, Kapit, Serian, Bau.

Sabah Kota Kinabalu et Sandakan. Tawau, Kudat et certaines régions dans le Sud (notamment Beaufort et Keningau) ont de petites communautés de Sino-Malaisiens mais considérables.

Langues

Des statistiques gouvernementales en 2000 classent l’affiliation de dialecte des Sino-Malaisiens en MalaisieDept. de Statistiques: "Population and Housing Census of Malaysia 2000", Kuala Lumpur: Département de Statistiques Malaisie, 2001 :

DialecteNombre de locuteursJoshua Project database for MalaysiaHokkien (Minnan)HakkaCantonaisTeochewMandarinHainanais380,781Min Bei373,337Foochow

Malgré des origines différentes, les mariages entre groupes linguistiques variés et influences régionales font que certaines régions ont chacune leur propre lingua franca de facto afin de faciliter la communication entre les différents dialectes chinois locaux.

De plus, les jeunes générations ont généralement perdu la maîtrise de leur propre sous-dialecte (ex. hainanais, hing hua) et préfèrent plutôt parler le dialecte chinois lingua franca dans chaque region.

Hokkien

Les Sino-Malaisiens de la partie nord de la Malaisie péninsulaire Penang, Kedah, Perlis, Taiping et sur la côte occidentale parlent principalement le hokkien de Penang.

Kelang et Malacca parlent principalement le dialecte Hokkien avec une variante de sud qui ressemble beaucoup à l’hokkien parlé à Singapour.

À Sibu et Sitiawan, Fuzhou est couramment parlé mais il n’est pas la lingua franca.

Hakka

Hakka, particulièrement la variante Huiyang (惠陽, Hakka : Fui Yong), est le dialecte chinois principal dans l’état de Sabah. Selon un recensement en 1991, de Sabah étaient d’origine Hakka, soit beaucoup plus que ceux d’origine cantonaise ().. Sabah est donc le seul état malaisien où le Hakka est le dialecte principal parmi les Sino-Malaisiens.

Dans d’autres régions de Malaisie, on trouve beaucoup de Hakka, par exemple à Miri au Sarawak (sur l’île de Bornéo) et dans les villes principales de la Malaisie péninsulaire. Cependant, la plupart d’entre eux ne parlent pas le hakka à cause de l’influence plus forte de hokkien et de cantonais en Malaisie péninsulaire. Les variantes de hakka parlées en Malaisie à part Sabah sont les variantes Ho Poh et Moiyan (Meixian).

Cantonais

Les Sino-Malaisiens de la partie centrale de la Malaisie péninsulaire Kuala Lumpur, Petaling Jaya, Subang Jaya, Seremban, Ipoh et Kuantan parlent principalement le cantonais.

Le cantonais est aussi le dialecte principal de Sandakan au Sabah. Le seul district à être majoritairement dominé par le cantonais au Johor est Mersing.

Beaucoup de Sino-Malaisiens des autres sous-groupes dialectaux arrivent à comprendre et/ou parler le cantonais à niveaux variés dû à l’influence de films et d’émissions de télévision en provenance de Hong Kong. La ressemblance du cantonais avec le hakka facilite ainsi la maîtrise du cantonais par les Hakkas.

Mandarin

Les Sino-Malaisiens du sud de la Malaisie péninsulaire, particulièrement au Johor, parlent principalement le mandarin. C'est la conséquence de la proximité de Singapour, dont les médias en mandarin, notamment la télévision à accès libre, peuvent être facilement captés à Johor (et certaines parties de Malacca).

Beaucoup de Sino-Malaisiens recevant une éducation chinoise préfèrent parler le mandarin avec leurs enfants car ils considèrent celui-ci comme plus important et plus utile que leur propre dialecte chinois. Il est ainsi apparu une communauté de jeunes Sino-Malaisiens parlant couramment le mandarin, mais incapables de parler leur dialecte chinois maternel : ils le comprennent mais ne le parlent pas, ou préfèrent de ne pas le parler en dehors de la famille.

Contrairement à Singapour qui n’a qu’une seule langue d’enseignement (l’anglais), toutes les familles sino-malaisiennes n’envoient pas leurs enfants dans les écoles chinoises : il existe donc également des Sino-Malaisiens recevant une éducation en malais ou en anglais et ne sachant pas parler mandarin. De plus, la génération plus âgée est à l’aise pour parler les autres dialectes. Bien que le malais soit la seule langue officielle en Malaisie, il est extrêmement rare de trouver des Sino-Malaisiens ayant le malais comme la langue maternelle (le malais est souvent leur deuxième ou troisième langue), car ils préfèrent garder leur identité chinoise dont fait partie le dialecte chinois.

Éducation

L’instruction publique en Malaisie est gratuite. Il existe deux types d’écoles pour l’enseignement primaire et secondaire en Malaisie: Écoles nationales (où la langue d’enseignement et la langue nationale, le malais) et écoles type-nationales (où la langue d’enseignement est le chinois mandarin ou le tamoul). Dans toutes les écoles, le malais est une matière obligatoire et l’anglais est enseigné comme deuxième langue. Les Sino-Malaisiens ont le choix d’aller dans une école nationale ou dans une école type-nationale.

Dans les universités publiques, le baccalauréat (dans le système universitaire anglo-saxon) est enseigné en malais tandis que le cycle postgraduate est effectué en anglais. L’anglais est la langue d’enseignement principale pour la plupart des enseignements supérieurs privés.

Environ 90 % de Sino-Malaisiens vont en école primaire chinoise, tandis qu’un pourcentage faible de 10 % vont en école primaire malaise. Cette séparation des élèves en école depuis tout petit selon la langue parlée est perçue comme une entrave à l’intégration nationale The Star, 2 décembre 2008 New Straits Times, 2 janvier 2011. Toutefois, pour l’enseignement secondaire, plus de 95 % de Sino-Malaisiens passent en école malaise. La logique derrière ce phénomène est parce que les écoles secondaires malaises sont gratuites, contrairement aux écoles secondaires chinoises, qui sont payantes.

Le passage d’école primaire chinoise à une école secondaire malaise pour la plupart des Sino-Malaisiens n’est pas sans conséquence. Beaucoup d’étudiants abandonnent leurs études car ils sont incapables d'adapter au changement de langue d’enseignement. L’Association de Sino-Malaisiens (MCA) estime que 25 % d’étudiants sino-malaisiens abandonnent leurs études avant l’âge de 18 ans; le taux d’abandon annuel est de environ et s’aggrave. Certains étudiants ayant abandonné deviennent des apprentis dans des ateliers, spécialisant ainsi dans certains travaux techniques comme la plomberie ou la réparation de moteurs. D’autres s’engagent aussi dans le commerce illicite, par exemple la vente de la contrefaçon de DVD, ou s'emploient auprès d'usuriers pour recouvrer des dettes.

Un grand nombre de Sino-Malaisiens scolarisés avant l’indépendance de la Malaisie ou peu après fréquentait des écoles anglaises, avant le passage aux écoles nationales malaises et écoles type-nationales dans les années 1970.