Zéna M’Déré, née entre et à Pamandzi et morte le ., est une figure emblématique mahoraise. Elle est principalement connue pour son rôle à la tête du mouvement des Chatouilleuses, groupe de femmes mobilisées dans les années 1960 pour le maintien de Mayotte au sein de la République françaisehttps://www.senat.fr/rap/r08-115/r08-1151.pdf et la défense des droits civiques de la population mahoraise.
Contributions Elle organisa des actions de femmes pour protester contre l'intégration de l'île aux Comores. Ses revendications portaient notamment sur l’accès aux services publics et aux droits sociaux (santé, éducation, sécurité sociale), comme le revendique le Préambule de 1946 garantissant la protection de la santé et la sécurité matérielle de tous les citoyens.
Ces actions pacifiques des Chatouilleuses participèrent aux scrutins décisifs : lors des référendums de et , lors desquels une écrasante majorité de Mahorais exprima son souhait de rester françaishttps://www.vie-publique.fr/questions-reponses/289198-mayotte-les-specificites-de-larchipel-en-8-questions..
Droits des femmes Le mouvement des Chatouilleuses, dirigé par Zéna M’Déré, a constitué une affirmation collective du droit des femmes à participer à la vie publique. Dans une société locale dominée par les hommes, leur mobilisation a marqué une étape dans l’histoire de la représentation politique des femmes à Mayotte. Zéna M’Déré plaidait pour que les femmes puissent accéder aux mandats électifs, anticipant ainsi les évolutions ultérieures du droit français en matière de parité politique (loi constitutionnelle n° 99-569 du ).
Son action politique collective a par ailleurs préparé le terrain à des réformes ultérieures renforçant les droits des femmes : par exemple, la polygamie a été abolie à Mayotte en 2010 afin de mettre fin aux inégalités entre les hommes et les femmes dans le mariage..
Biographie Zéna M’Déré est née vers 1917 à Pamandzi (Petite-Terre, Mayotte). d’une mère mahoraise et d’un père malgachedont le nom d'origine malgache est adopté et doit être de sonorité musulmane "Madaché Ali" comme l'exige l'état des Comores de l'époque pour détenir la nationalité officielle d'origine tsimihety.
Elle grandit dans le contexte du Mayotte colonial, marqué par un accès restreint à l’éducation, en particulier pour les filles, puis rejoignit son père à Madagascar. Là, elle exerça comme foundi (enseignante) dans une école à Diego-Suarez (Antsiranana).
Mouvement des Chatouilleuses et engagement pour "Mayotte française" En 1966, au moment où le président comorien Ahmed Abdallah transféra la capitale de l’archipel des Comores de Dzaoudzi (Mayotte) à Moroni (Grande Comore), provoquant une rupture politique entre Mayotte et les autres îles, Zéna M’Déré prit fait et cause pour que Mayotte reste attachée à la France.
Elle devint la cheffe de file d’un mouvement de femmes insurrectionnel, surnommé les Chatouilleuses, qui organisait des actions de « commando » pour harceler les autorités comoriennes. Les militantes mahoraises encerclaient les envoyés de Moroni, leur posaient des questions (par exemple sur les déficits des services publics) puis les chatouillaient jusqu’à les faire fuir ou capituler. Ce mode d’action inhabituel constituait une forme d'action pour contester la légitimité des représentants comoriens.
Le , au cours de ces manifestations, une autre figure de ce mouvement, Zakia Madi, fut tuée lors d’affrontements entre partisans et adversaires de l’indépendance. Au lendemain de l’occupation forcée du siège de l’Office de Radio-Télévision Française (ORTF) à Dzaoudzi début , Zéna M’Déré et plusieurs autres militantes furent recherchées par le gouvernement comorien. Elles finirent par se livrer aux gendarmes le et passèrent une nuit en garde à vue..
Mouvement Populaire Mahorais et distinctions Le soulèvement des Chatouilleuses aboutit à la création d’un parti politique pro-français : le Mouvement Populaire Mahorais (MPM). Zéna M’Déré en fut l’une des principales dirigeantes, et le décret de la mentionne explicitement comme « présidente du Mouvement Populaire Mahorais à Mayotte ». Ce parti remporta le référendum de 1974-75 à Mayotte, qui confirma le maintien de l’île au sein de la République française.
En reconnaissance de son rôle politique, Zéna M’Déré est faite chevalier de la Légion d’honneur le , puis promue officier le . En 2012, la Monnaie de Paris émet une pièce de 10 euros à son effigie dans la collection « Les Euros des Régions », afin de représenter Mayotte.
Elle est inhumée au cimetière Masdjid-Roihamane à Pamandzi.
Distinctions Zéna M’Déré a été nommée chevalier de la Légion d'honneur le ; elle a été promue officier le Journal officiel de la République française, 13 juillet 1999. Le décret indique « présidente du mouvement populaire mahorais à Mayotte » .. Elle est l'effigie d'une pièce de en argent éditée en 2012 par la Monnaie de Paris, pour la collection « Les Euros des Régions » afin de représenter Mayotte.
Hommages vignette|Femmes mahoraises portant un costume avec le portrait de Zéna M’Déré pour lui rendre hommage. En sa mémoire, on a donné son nom à un collège qui se trouve à Pamandzi. Lors de sa venue à Mayotte, le président de la République française Emmanuel Macron lui a rendu un hommage. Le chef de l’État a en effet commémoré le anniversaire de la mort de celle qui a lutté pour le maintien de Mayotte au sein de la République.
Notes et références
Liens externes
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