L'abbatiale Saint-Sauveur est une église catholique située à Redon dans le département français d'Ille-et-Vilaine en région Bretagne. Située au nord de l'ancienne abbaye Saint-Sauveur de Redon, elle en était l'église abbatiale jusqu'en . À cette date, l'abbaye est supprimée ; l'église est ensuite affectée à la paroisse, tandis que les bâtiments conventuels deviennent un lycée.
La construction a commencé au . Il subsiste de cette époque la nef romane, amputée de ses cinq premières travées à la suite d'un incendie en . Le transept, construit au , est particulièrement remarquable : sa croisée s'inspire de constructions contemporaines du sud-ouest de la France ; le chevet date quant à lui du dernier tiers du . Il s'inscrit dans la lignée des constructions très unifiées et rigoureuses de l'architecture gothique rayonnante de l'Île-de-France. Enfin, le clocher est issu d'une campagne de construction postérieure à celle du chevet, et qui visait à créer une façade monumentale. Ce projet étant resté inachevé, il n'en reste que le clocher, qui a été séparé de l'église lors de l'incendie de . À cet ensemble a été ajoutée, sur le flanc nord du chevet, une chapelle construite vers le milieu du pour le duc .
L'église est classée au titre des monuments historiques par la liste de 1862 ; le clocher est classé à son tour en .
L'église abrite plusieurs objets protégés au titre des monuments historiques, notamment le tombeau du duc François de Bretagne, ainsi qu'un retable monumental baroque dans le chœur, autour du maître-autel. Elle dispose de deux orgues, le grand-orgue et l'orgue de chœur.
Localisation L'église est située sur le côté nord de l'abbaye Saint-Sauveur de Redon, à proximité immédiate de l'hôtel de ville.
Historique La construction de l'église L'abbaye, fondée en , disposait d'une église édifiée vers et consacrée à saint Étienne, située un peu plus à l'est que le bâtiment actuel. Elle est ravagée par les Normands, puis reconstruite une première fois par l'abbé Ritcand (-) à l'emplacement actuel ; certaines parties du mur nord de la nef et du bras septentrional du transept pourraient dater de cette époque. Cette nouvelle église est de nouveau ruinée, avec le monastère, par un second raid normand en 920. Les moines quittent alors l'abbaye et errent pendant plusieurs années en Val de Loire, en Bourgogne et en Poitou.
L'église est de nouveau reconstruite dans la première moitié du suivant les principes de l'architecture romane. Cet édifice était alors l'un des plus imposants du duché de Bretagne et comportait un chevet à déambulatoire et chapelles rayonnantes. Vers le milieu du est édifiée la tour de croisée, inspirée de bâtiments prestigieux d'Aquitaine.
En , un incendie endommage gravement l'édifice roman. Le roi Henri III d'Angleterre, de même que le pape, incitent à la reconstruction de l'église, mais un conflit survenu entre le duc Jean de Bretagne et les moines force ces derniers à l'exil et retarde le lancement du chantier. Les moines rentrent en , et la construction ne commence qu'en -. En , les parties basses du vaisseau central et les chapelles rayonnantes étaient probablement déjà bien avancées, car l'abbaye reçoit un crucifix et deux statues en argent de la Vierge et de saint Jean pour le maître-autel. Enfin, les parties hautes sont probablement achevées ou en voie d'achèvement vers , car les verrières hautes contenaient au des vitraux représentant les ducs Jean mais également Jean II de Bretagne.
Le chantier continue, environ une décennie plus tard, à l'extrémité ouest de l'édifice : on projette de remplacer la façade romane par une façade monumentale. Cependant, on ne construit que la tour nord, probablement achevée lorsque éclate la guerre de Succession de Bretagne, en . La victoire du parti Montfort se traduit par la création, dans l'abbatiale, d'une chapelle ducale consacrée à Notre-Dame de Bonne-Nouvelle et plus couramment appelée « chapelle au duc », vers .
L'église abbatiale après la fin du Moyen Âge
L'abbaye étant passée aux mains des bénédictins de Saint-Maur, ceux-ci entreprennent dans les années la reconstruction des bâtiments claustraux, ainsi que certaines modifications de l'église : les mauristes font installer une toiture en appentis au-dessus du déambulatoire, ce qui rend aveugle le triforium au niveau du rond-point, tandis qu'il reste à claire-voie dans les travées droites. Ils font également installer un grand retable dans le chœur, autour du maître-autel.
En , un incendie ravage l'abbatiale et la nef est amputée de cinq travées, ce qui explique sa séparation de la tour gothique, qui était à l'origine située au niveau de la façade. La voûte de la nef est également abaissée, ce qui entraîne la suppression des fenêtres latérales et explique le manque de luminosité à l'intérieur.
En , l'abbaye est supprimée. L'église reste cependant affectée au culte jusqu'en , date à laquelle elle est transformée en temple de l'Être suprême. Elle est ensuite rendue au culte catholique sous le Premier Empire.
Le , Redon est prise par les Chouans après des combats contre la garnison républicaine retranchée à l'intérieur de l'abbatiale.. Le , les Chouans s'emparent à nouveau de la ville mais, dépourvus de canons, ils ne peuvent déloger les soldats impériaux retranchés dans la tour de l'abbatiale..
L'édifice est classé au titre des monuments historiques en , pour l'église, et pour le clocher. Le clocher fait l'objet de restaurations en . L'église est restaurée en et les transformations apportées par les mauristes sont alors supprimées. Une campagne de fouilles menée en - ne permet pas de découvrir de reliques ni de traces de pèlerinage.
L'abbatiale au L'église abbatiale Saint-Sauveur de Redon est depuis la Révolution française une église paroissiale qui appartient en 2019 à la paroisse de Saint-Conwoion en Pays de Redon. La messe y est célébrée tous les dimanches à . En , elle accueille une exposition sur le thème du pèlerinage de Saint-Jacques-de-Compostelle.
Architecture
La façade alt=Photographie d'un clocher isolé|vignette|redresse|La tour de la façade.
De la façade antérieure à l'incendie de , seule subsiste la tour nord, construite hors-œuvre dès l'origine. Le projet initial comprenait probablement une autre tour qui aurait fait pendant à celle-ci, à l'autre extrémité d'une façade monumentale.
Construite dans le même appareil de granite que le chevet, elle a un décor assez similaire : des chapiteaux à corbeille lisse, de fausses arcatures appliquées sur trois côtés, ornées de trilobes et de quadrilobes. Cependant, à l'étage des cloches, deux frises de quadrilobes au tracé anguleux, l'une à la base et l'autre au sommet, ainsi que le cordon en ressaut à la base des fenêtres, témoignent plutôt de l'art du début du . Les différents étages sont desservis par une tourelle rectangulaire située à l'angle sud-ouest de la tour, qui contient un escalier en vis.
Sur le mur sud de la tour, trois portes attendent encore la construction de la façade monumentale avec laquelle elles auraient dû communiquer. Plus bas, à la base de la tour, des arcs formerets devaient supporter les bas-côtés de la nef romane ; ils retombent sur des culots en forme de cône renversé, d'origine anglaise et qu'on retrouve à la même époque dans le transept de Notre-Dame de Guingamp. D'autres éléments décoratifs indiquent une parenté avec l'église de Guingamp : des chapiteaux aux feuillages stylisés, des décors plaqués. L'ensemble de la flèche, dépourvue de garde-corps mais ouverte par de petites lucarnes et ornée de clochetons à huit pans, est également très proche de l'édifice guingampais.
L'ancienne façade, connue par une gravure du , était un simple mur pignon au sommet triangulaire, que soutenaient des contreforts aux angles.
La nef gauche|155px|vignette|redresse|La nef du .|alt=Photographie d'une nef d'église avec des arcades retombant sur des piliers.
Construite au , la nef a trois vaisseaux. Elle est longue de six travées, mais la construction initiale était plus longue et en comportait douze : les cinq travées occidentales ont été détruites par l'incendie de . L'ensemble subsistant mesure encore de long. L'élévation du vaisseau central comportait initialement deux niveaux : de grandes arcades et des fenêtres hautes qui permettaient d'éclairer la nef. Cependant, l'incendie de nécessite d'abaisser la voûte et de supprimer ces fenêtres, ce qui rend la nef fort sombre. Ne restent donc que les arcades en plein cintre, dont le rouleau simple retombe sur des tailloirs tailloirs simplement biseautés. Ces tailloirs reposent eux-mêmes sur des chapiteaux très minces et unis, retaillés ainsi après l'incendie pour donner un style dorique à l'ensemble couvert de plâtre. Les chapiteaux couronnent des demi-colonnes adossées à des piles carrées, qui sont leur sont antérieures.
Le mur du collatéral nord de la nef, celui du transept nord et la base de celui du collatéral sud sont en partie construits en petit appareil cubique, avec des assises de pierre plates et des chaînes en épi. Des spécialistes y voient une survivance de l'église carolingienne, ou en tous cas d'un état précédant la construction romane.
Le transept vignette|redresse|La tour de croisée du .|alt=Photographie d'un clocher roman construit sur la croisée du transept.
La nef débouche sur un transept à bras très saillants. Les quatre piles du niveau inférieur de la croisée du transept remontent sans doute au . Elles supportent une grande coupole sur trompes. Chaque pile est surmontée de chapiteaux qui sont les seuls chapiteaux romans subsistant à l'intérieur de l'église : deux par pile à l'intérieur du transept, et deux supplémentaires du côté de la nef. Ils sont épannelés sur la forme des corbeilles corinthiennes, mais ont reçu un décor de volutes ou de végétaux particulièrement stylisés, où prend parfois place un masque triangulaire. Sur le chapiteau sud du pilier nord-est, ce masque s'est transformé en figure humaine. Ce décor est très symétrique.
La tour de croisée a été construite au , sans doute entre et . Elle comporte trois niveaux. Le premier niveau est aveugle, et les murs sont décorés par des jeux d'arcatures dont certaines retombent sur des colonnettes à chapiteau. Le niveau médian, un peu en retrait, présente une série d'arcatures ouvertes ; les angles sont arrondis. Enfin, le niveau supérieur, encore en retrait par rapport au niveau médian, est ouvert d'une série d'arcades plus basses que celles du niveau médian. En plus des jeux d'arcatures ouvertes et aveugles, la tour est décorée par l'emploi irrégulier de pierres de différentes couleurs, en moyen appareil. Cette tour de croisée est unique en Bretagne et s'inspire des modèles aquitains. Les chapiteaux du second niveau présentent des compositions de feuilles, de rinceaux ou d'entrelacs qui rappellent les chapiteaux de l'abbaye Sainte-Croix de Quimperlé. Très abimés, ils pourraient avoir été taillés par les restaurateurs d'après ceux de Quimperlé.
Le chevet alt=Photographie d'un chevet d'église gothique|gauche|vignette|Le chevet.
Le chevet comprend trois travées droites, puis une abside à cinq pans, le tout entouré d'un déambulatoire à cinq chapelles rayonnantes. De part et d'autre des premières travées du déambulatoire, deux bas-côtés de trois travées accueillent des chapelles rectangulaires. L'ensemble est voûté d'ogives quadripartites. La largeur des travées droites du chœur diminue à mesure que l'on s'avance vers l'abside, ce qui indique probablement que l'édifice gothique est bâti sur les fondations de l'église romane.
alt=Photographie de l'intérieur du chevet d'une église gothique|vignette|redresse|Intérieur du chevet.