Le fascisme est un courant politique apparu après la Première Guerre mondiale, d'abord en Italie, et en Allemagne, puis qui a essaimé dans l'ensemble des pays européens. Les mouvements se réclamant de l'idéologie fasciste, conglomérat d'idées empruntées au fil des lectures de leurs principaux dirigeants, se caractérisent par une succession de cinq moments historiques mis en valeur par Robert Paxton : d'abord, des mouvements fascistes sont créés, puis, ils s'enracinent dans la vie publique de leur pays, enracinement qui se solde par la conquête du pouvoir légal ; à l'issue de la conquête de l’État, le fascisme exerce alors le pouvoir, mais cette phase engendre un certain nombre de contradictions dont la résolution entraîne une radicalisation des objectifs et des moyens par la guerre. vignette|La scène cocasse de la danse avec un globeLe globe gonflé que tient facétieusement Charlie Chaplin est une réplique du Columbus Globe for State and Industry Leaders qui appartenait à Adolf Hiler, voir l'article en anglais., exécutée par le personnage Adenoïd Hynkel dans le film satirique Le Dictateur (1940).
Cette chronologie s'applique pour l'essentiel à l'ensemble des mouvements fascistes ; mais elle doit être soit amendée soit interrompue pour les partis fascistes autres qu'Italien ou allemand : les partis français, belges ou hongrois d'inspiration fascistes des années 1930 et 1940 voient leur essor contrarié ou brisé dans les années 1930 ; durant l'Occupation, partisans d'une Collaboration étendue, regroupés, en France, sous l'étiquette de Collaborationnistes, ces partis ne sont que des moyens de pression utilisés par les Allemands, et dans une moindre mesure, les Italiens, à l'encontre de gouvernements à la fidélité incertaine (ou chancelante), comme l’État français, le royaume de Hongrie ou encore de pays à déstabiliser, comme le royaume de Yougoslavie, miné par le séparatisme croate, auquel appartient le mouvement oustachi. Ainsi, ils n'apparaissent que comme des supplétifs à la solde des Allemands ou des Italiens, selon les circonstances et les pays.
Création des mouvements fascistes
Dès leurs débuts, les mouvements fascistes mettent en place des logiques qui perdurent jusqu'en 1945 ; ils s'appuient sur un substrat national spécifique à chaque pays dans lequel ces mouvements se développent, la Grande Guerre constitue une référence constante, leur programme politique sera peu ou pas appliqué, ces partis sont assimilés à un chef charismatique, et la violence politique constitue un moyen de contenir, puis de contrôler les opposants.
Un substrat national spécifique
Le courant idéologique sur lequel s'appuie le fascisme, en tant que mouvement politique, est spécifique à chaque pays ; cependant, ce substrat permet aux différentes fascismes de plonger leurs racines loin dans l'histoire culturelle nationale. Mais l'exaltation d'une grandeur passée, le souhait de revivre cet âge mythique, ainsi que l'histoire politique et culturelle récente constituent dans tous les cas un solide substrat de chacun des mouvements fascistes : ainsi, le fascisme italien est indiscutablement le continuateur, du moins dans sa forme de 1919, des Faisceaux d'action révolutionnaires de 1914, le pangermanisme des années 1850-1918 constitue les fondations de la pensée nazie.
Le faisceau italien En 1914, l'Italie ne s'engage pas dans le conflit mondial. Le Parti socialiste italien (PSI) s'oppose à l'intervention, d'un côté ou de l'autre. En , se tient le congrès des faisceaux d'action révolutionnaire, conglomérat de socialistes interventionnistes, exclus du PSI quelques mois plus tôt, d'interventionnistes de gauche, non issus des rangs du PSI, bientôt rejoints par des conservateurs, apeurés par la poussée électorale de la gauche en 1913 et désireux d'en atténuer les effets..
Le premier congrès de ces faisceaux se tient en ; financés, entre autres, par la France, ils développent une propagande antisocialiste favorable à l'entrée dans le conflit, aux côtés de l'Entente..
Le IIe Reich, moment de maturation pour les idées proto-nazies Le Reich Bismarckien constitue un moment essentiel dans la constitution du corpus intellectuel du nazisme : tout d'abord, il ne satisfait pas les attentes des nationalistes allemands, qui continuent à rêver de Grande-Allemagne dans la Petite-Allemagne, ou Grande Prusse, Bismarckienne, ensuite, le règne de Guillaume II d'Allemagne, surtout à partir de 1890, constitue un moment clé de la formation de l'essentiel du système intellectuel nazi, notamment grâce à l'essor des idées Völkisch.
Le pangermanisme
Depuis 1815, les nationalistes allemands développent l'idée de création d'un état regroupant l'ensemble des populations allemandes, habitant la Confédération germanique, ou dans des espaces immédiatement voisins, mais indiscutablement peuplées d'Allemands (Prusse).
L'idéologie Völkisch
Avant la première guerre mondiale, le Reich et les régions de langue allemande de l'Autriche-Hongrie connaissent une forte agitation nationaliste. Dans le Reich, cette agitation nationaliste est protéiforme, de différentes natures et poursuit des buts immédiats différents. Ces sentiments sont exacerbés par le programme expansionniste de Guillaume II avant la guerre, par la réalisation de l'Union sacrée au début de la Grande Guerre et par le climat pangermaniste exacerbé régnant en Allemagne après la paix avec la Russie bolchevique.. En 1919, rien ou presque ne distingue le DAP des autres groupuscules völkisch qui fleurissent en Bavière à la faveur de l'écrasement de la république des conseils de Bavière au printemps 1919 : il demande la restitution des colonies, occupées par les Alliés, d'abord en vertu des lois de la guerre, puis en vertu d'un mandat de la SDN, il proclame la nécessité de l'Anschluss.
Si rien ne distingue le DAP des autres groupuscules qui fleurissent, c'est en raison de l'idéologie völkisch qu'ils en ont en commun. Cette idéologie a été développée durant la seconde partie du par Julius Langbehn et Paul de Lagarde.. La primauté du Volk et la haine des Juifs, jugés inassimilables notamment pour des raisons religieuses, culturelles et politiques (par leur refus de s'agglomérer au Volk), constituent les fondements de ce courant, développés par Paul de Lagarde..
Mais, là où Lagarde reste mesuré, en raison de sa culture de sa vision historiciste de la germanité, Langbehn est plus intuitif, se dirige vers une forme de mystique germanique, liant l'individu, baigné par une religion germanique, à son univers.. En outre, selon sa conception de pureté de la race, il admire les Juifs non assimilés des frontières orientales de l'espace allemand, car ils constituent un peuple, distinct du peuple allemand, qui occupe un territoire qui lui est propre, mais il considère les Juifs assimilés comme des intrus au sein de l'Allemagne, dont les habitants, le Volk, est souillé par leurs apports biologiques, et qu'il faut éradiquer, comme on éradique la peste et le choléra. Au fil du temps, Langbehn en vient à considérer les Juifs, dans leur ensemble, comme des obstacles à la réalisation du Volk et de sa destinée..
Lagarde et Langbehn ne sont que les plus cohérents des précurseurs du courant völkisch, dont les idées ne se voient pas fondamentalement modifiés par la fondation du Reich.. Ce courant de pensée connaît un succès et un développement important durant le règne de Guillaume II. Ainsi, rapidement, le courant völkisch accorde une place importante à l'éducation et à la diffusion de ses idées auprès de la jeunesse des années 1890-1910.. Ainsi, au sein des écoles, l'idéologie völkisch façonne les élèves, en leur apprenant à se situer dans une société hiérarchisée à l'extrême.. Ces écoles ont formé une part non négligeable des soldats allemands du premier conflit mondial et des activistes d’extrême-droite des années 1920.
De plus, Julius Langbehn souhaite une réforme du Reich, basée sur la présence d'un Führer, capable de guider le Volk allemand, y compris malgré lui. Nouveau Bismarck, ce chef doit permettre la réalisation des aspirations profondes des Allemands, à la fois Luther, Shakespeare et Frédéric Hohenstaufen.
Dans le même temps, certains acteurs du mouvement renforcent, dans la pensée völkisch, la nécessité de pureté de la race, en excluant davantage encore les Juifs du Volk, notamment dans des écoles qui appliquent et diffusent les préceptes völkisch..
Le nationalisme croate : 1919-1931
Note préliminaire : comme mentionné dans l'introduction, le substrat spécifique au mouvement oustachi est chronologiquement décalé par rapport aux chronologies italienne et allemande. Avant 1918, le royaume de Croatie est intégré dans le dualisme hungaro-croate, défini en 1868 ; les revendications nationales croates se formulent d'une manière radicalement différente avant et après 1918-1919
Le mouvement oustachi Croate est un mouvement qui se développe dans la Croatie de l'entre-deux guerres. Les causes de sa création et de son développement sont donc intimement liées à la situation politique nationale et internationale du royaume des Serbes, Croates et Slovènestout le paragraphe est tiré de ..
En 1918 est proclamé le royaume des Serbes, Croates et Slovènes, dans un contexte de convoitises internationales : l'Italie, pourtant alliée au royaume de Serbie, souhaite l'application des clauses du traité de Londres, la Hongrie souhaite récupérer les territoires perdus selon les clauses du traité de Trianon, la Bulgarie souhaite toujours annexer la Macédoine.
Dans ce contexte, les autonomistes croates ne peuvent apparaître que comme des cinquièmes colonnes aux yeux du gouvernement de Belgrade, soldées par ses ennemis. le mouvement croate se divise néanmoins en deux tendances : une tendance autonomiste représenté par le Parti croate des paysans, dirigé par Stjepan Radić, qui prône une la création d'une république autonome dans le cadre du royaume réorganisé de manière fédérale. une tendance indépendantiste, dont les partisans se regroupent dans le Parti croate du droit, dirigé par Ante Pavelić, parti renommé en 1931 Oustachi, et réorganisé à cette époque selon le modèle fasciste, depuis l'Italie.
La Première Guerre mondiale, un moment essentiel pour ces partis
Le premier conflit mondial constitue, pour l'ensemble des mouvements fascistes, une matrice essentielle, une référence constante, à plus d'un titre. tout d'abord, ce conflit a contribué à l'exaltation du sentiment national dans ses formes les plus extrêmes, dans l'ensemble des pays en guerre, mais plus seulement en Allemagne, surtout après la paix de Brest-Litovsk, mais aussi en Italie, dès avant son intervention dans le conflit. Ensuite, la guerre a été, dans ces pays plus qu'ailleurs (Russie exceptée) particulièrement éprouvante pour les populations civiles, touchées par le blocus, ou l'impréparation du conflit ; ensuite, la sortie du conflit a été à la base de grandes frustrations nationalistes, et a constitué un défi politique et économique ; enfin, par leur recrutement, les partis fascistes contribuent à perpétuer la société spécifique aux soldats du front.
Un moment de forte exaltation nationaliste Dans tous les pays engagés dans le conflit, une forte propagande nationaliste se développe, parfois macabre. En Italie et en Allemagne, cependant, pour des raisons différentes, les conditions intellectuelles dans lesquelles est mené le conflit sont similaires : non seulement, les deux pays ont fait l'objet pendant toute la durée du conflit, de propagandes incendiaires rappelant constamment les buts de guerre, exaltant le nationalisme et proposant de vastes annexions en Europe et hors d'Europe.