Le Pinatubo est un stratovolcan actif situé dans l'ouest de l'île de Luçon aux Philippines, à moins d'une centaine de kilomètres au nord-ouest de la capitale Manille. Considéré comme éteint et recouvert d'une épaisse forêt tropicale habitée par des milliers de personnes de l'ethnie Aeta, le volcan se réveille en après 500 ans de sommeil.

Cette éruption volcanique, qui s'achève le , est l'une des plus importantes du , avec des conséquences à l'échelle planétaire. Le volume de matériaux émis est estimé à , dont une grande partie est éjectée dans l'atmosphère, provoquant un refroidissement général d'environ un demi-degré en moyenne pendant un à deux ans, le reste retombant sur une grande partie de l'Asie du Sud-Est. Les abords du volcan sont bouleversés, avec la formation d'une caldeira, une perte d'altitude considérable pour la montagne, la destruction de la forêt et des espèces animales qui y vivaient, ainsi que le comblement des vallées sur des centaines de mètres d'épaisseur par des matériaux qui provoquent des lahars, et ce, plusieurs années après la fin de l'éruption. L'évacuation de en quarante-huit heures, les moyens d'information et de prévention mis en place pour les populations locales, pendant et après l'éruption, ont permis de contenir l'ampleur des pertes humaines. Le bilan humain s'élève à moins de . Le bilan économique est lourd, puisque des villes et villages entiers ont disparu, des zones agricoles sont rendues impropres aux cultures, des milliers d'animaux domestiques sont morts, et des infrastructures privées, publiques et de transport ont été détruites.

Après son éruption de 1991, le Pinatubo commence à redevenir un atout pour la région puisque de nombreux touristes, notamment philippins, désirent gravir la montagne pour admirer ses paysages et surtout son lac de cratère acide rempli dès la fin des éruptions.

Toponymie Pinatubo est un terme aussi bien utilisé en tagalog ou en sambal et qui signifie en français « qui a fait grandir », ce qui tendrait à prouver qu'il existe une connaissance du caractère volcanique de la montagne aux alentours des années 1500. Cependant, il n'y a pas de tradition orale au sujet d'éruptions violentes encore plus anciennes chez les autochtones. Il pourrait simplement être interprété comme une région fertile où les céréales poussent Christopher G. Newhall, , Eruptive History of Mount Pinatubo, Fire and Mud: Eruptions and Lahars of Mount Pinatubo, Philippines, 1997.

Géographie Situation vignette|gauche|Carte des monts Zambales avec le Pinatubo dans leur moitié méridionale.

Le Pinatubo se trouve dans le nord des Philippines, dans l'ouest de l'île de Luçon. Il est situé dans la moitié méridionale des monts Zambales essentiellement formés par le plissement provoqué par le glissement de la plaque eurasiatique sous la plaque philippine le long de la fosse de Manille. Cette chaîne de montagnes contient quelques volcans de subduction, dont le Pinatubo qui est le membre le plus septentrional, qui font partie de la ceinture de feu du Pacifique Kelvin S. Rodolfo, , « Two Years of Lahars on the Western Flank of Mount Pinatubo: Initiation, Flow Processes, Deposits, and Attendant Geomorphic and Hydraulic Changes », Fire and Mud: Eruptions and Lahars of Mount Pinatubo, Philippines, 1997.. Cette chaîne de montagnes orientée nord-nord-ouest—sud-sud-est court le long d'une partie de la côte occidentale de Luçon en séparant la plaine centrale de Luçon à l'est de la mer de Chine méridionale à l'ouest. Ses deux extrémités se prolongent dans la mer de Chine méridionale, la péninsule nord délimitant le golfe de Lingayen et celle du sud, la péninsule de Bataan, délimitant la baie de Manille.

Le Pinatubo s'élève à la limite des provinces de Tarlac, la Pampangue et Zambales, la caldeira se trouvant intégralement dans cette dernière. Il se situe à proximité des villes de Manille ( au sud-est, ), Quezon City ( au sud-est, ), Ángeles (20 à à l'est, habitants), Tarlac ( au nord-est, ) et San Carlos ( au nord, ). Dans un rayon de autour du volcan se concentre une population de plus de , soit un accroissement démographique de plus de depuis 1991. Au nord-ouest d'Ángeles se trouve en particulier la nouvelle zone franche de Clark, à la place de l'ancienne base aérienne de l'United States Air Force, abritant près de .

Topographie vignette|Carte indiquant l'emplacement du Pinatubo et les régions recouvertes par les dépôts de cendres volcaniques en 1991.

Avant la catastrophe de 1991, le Pinatubo est une montagne paisible et son sommet culmine à d'altitude, dominant de seulement la plaine environnante et d'à peine tous les sommets alentour. À ses pieds, principalement dans des barangays, vivent plus de , essentiellement des Aetas, un peuple indigène de chasseurs-cueilleurs qui ont fui les plaines pour échapper aux persécutions des Espagnols vers 1565. Grâce à leurs terres fertiles et à l'abondance des précipitations, les flancs du volcan sont propices à l'agriculture et les Aetas y font pousser du blé, de l'orge et du riz. La majeure partie de la montagne est recouverte d'une dense végétation tropicale où ils vivent en symbiose.

Plusieurs systèmes hydrologiques prennent leur source au Pinatubo, les principaux étant constitués des rivières Bucao, Santo Tomas, Maloma, Tanguay ou encore Kileng. Avant l'éruption, ils formaient des écosystèmes riches mais les dépôts de cendres ont comblé les vallées sur une épaisseur importante. Des études montrent qu'il faudra de nombreuses années pour qu'ils retrouvent leur apparence.

Dans le même temps, à cause de la violence de l'éruption, le sommet de la montagne est décapité et perd une hauteur de plus de . Désormais son altitude atteint et un grand lac de cratère, dont le niveau varie entre 820 et d'altitude selon les précipitations, comble le fond de la caldeira qui mesure de diamètre.

Géologie vignette|Carte géologique du Pinatubo.

Le Pinatubo est un volcan complexe formé de dômes de lave imbriqués dans un stratovolcan d'andésite et de dacite. Il repose sur un socle composé à l'ouest de roches océaniques appelé complexe d'ophiolites de Zambales et à l'est de roches sédimentaires et volcaniques antérieures au Pinatubo et faisant essentiellement partie de la formation de Tarlac. Ses pieds sont noyés sous une masse de débris déposés par des nuées ardentes et des lahars. À l'est du sommet, ces dépôts datent du Pinatubo primitif formé entre un million d'années et environ à . À l'ouest et autour du sommet, ces dépôts datent du Pinatubo moderne formé depuis dont l'histoire éruptive est entrecoupée de grandes éruptions explosives dacitiques.

L'éruption de 1991 marquant la fin d'un repos ayant duré environ 500 ans fait partie des plus petites éruptions qu'ait connues le volcan, malgré l'important volume de matériaux éjecté estimé à plus de . L'éruption s'inscrit dans le type éruptif plinien du volcan avec la formation de dômes de lave générant des nuées ardentes et de fortes explosions produisant de grandes quantités de cendres volcaniques qui, une fois mêlées aux pluies, peuvent donner naissance à des lahars. Dans les premiers temps de l'éruption, la roche magmatique formant le dôme de lave est une andésite hybride composée d'une matrice de dacite riche en phénocristaux comportant des inclusions de basalte riche en olivine et pyroxène hydratés. Progressivement, ces roches sont remplacées par des éjectas constitués de dacite chauffée avant les explosions à environ et soumise à une pression de entre sept et onze kilomètres de profondeur. Les phénocristaux les plus abondants sont la hornblende et les plagioclases mais des minéraux inhabituels sont présents tels que l'anhydrite composé de sulfate de calcium. Ce magma est plus oxydé qu'à l'accoutumée et probablement à l'origine de la nature sulfurique de l'éruption U.S. Geological Survey - A story in the rocks, Fire and Mud: Eruptions and Lahars of Mount Pinatubo, Philippines, 1997.

De par sa nature volcanique, le Pinatubo est en outre une source de matières premières tels des minerais et métaux comme ceux relâchés lors de l'éruption de 1991 : de zinc, de cuivre, de chrome, de nickel, de plomb, d'arsenic, de cadmium et de mercure R.G. Garret, « Natural sources of metals in the environment », Human and Ecological Risk Assessment, vol. 6, 2000, pages 945–963.

Climat Le climat des Philippines est de type tropical influencé par la mousson. Celle-ci provient de masses d'air venant soit du nord-est et donnant une « mousson sèche » de fin octobre à mars, soit venant du sud-ouest avec d'importantes quantités de pluies de mai à octobre tandis qu'en avril et début mai, les alizés dominants du Pacifique nord soufflent sur l'archipel. Hormis leur impact sur les températures, plus basses qu'en plaine en raison de l'altitude, les monts Zambales orientés selon un axe nord-sud agissent surtout sur le niveau des précipitations en formant une barrière à la circulation des masses d'air principales. Les versants exposés au vent reçoivent ainsi des quantités d'eau sensiblement accrues FAO - Information and reporting system for water and agriculture in Asian monsoon areas - Philippines. Ainsi, le Pinatubo est soumis à des précipitations approchant quatre mètres par an en moyenne, soit le double d'une ville comme Ángeles. En août, il tombe quotidiennement d'eau en moyenne et cette valeur peut atteindre certains jours. Le record date du avec en 24 heures. En outre, le nord du pays est plus encore que le sud exposé au passage des typhons, durant la période de juin à décembre.

+ 20px|Climat Relevés à Ángeles ( à l'est du Pinatubo) Average weather for Angeles - Temperature and precipitationsMoisJanvFévMarsAvrMaiJuinJuilAoûtSeptOctNovDécAnnéeTempératures moyennes (°C)26272829292828272828272627,5Précipitations moyennes (mm)111524411742573924182751878733

Faune et flore vignette|Vallée autour du Pinatubo.

Après l'éruption de 1991, des échantillons prélevés dans les sédiments de mer de Chine méridionale ont montré une très forte diminution de la quantité de foraminifères benthiques et une baisse de leur diversité. Des espèces pionnières comme Quinqueloculina spp. ont pu dans le même temps bénéficier de l'abondance de nutriments des matériaux pyroclastiques ou ont montré une meilleure capacité d'adaptation à de nouvelles conditions environnementales. L'éruption a donc généré une perturbation écologique forte sur le milieu naturel E.J. Marquez, « The 1991 Mount Pinatubo eruption and Eastern South China Sea foraminifera: occurrence, composition and recovery », The Island Arc, vol. 9, , décembre 2000, Blackwell Publishing, pages 527-541..

Aujourd'hui, bien que certaines zones du volcan soient encore stériles, la plus grande partie de la montagne a retrouvé sa biodiversité depuis la fin des lahars en 1997. Trente-neuf espèces végétales sont endémiques du seul Pinatubo. Le climat humide permet la prolifération des mousses mais aussi sur le plan animal de nombreux insectes dont plusieurs espèces de papillons. La forêt abrite des chauves-souris, en particulier Aethalops alecto ou roussette pygmée, des singes et des rongeurs. Des poissons, des algues, des crustacés, des reptiles et des amphibiens ont repeuplé les écosystèmes aquatiques. Ainsi, les serpents et les grenouilles constituent la source de protéines la plus importante pour les Aetas Zambales rainforest & its people.

Histoire Formation vignette|Le Pinatubo avant l'éruption de 1991.

Le Pinatubo commence à se former il y a environ un million d'années VolcanoWorld - Pinatubo. Le stratovolcan est alors composé d'andésites et de dacites et ne semble pas avoir connu d'explosion majeure. Il culmine à environ d'altitude sous la forme d'un dôme. Beaucoup de reliefs qui entourent le Pinatubo moderne, comme le mont Negron, le mont Cuardrado ou le Mataba, sont des anciennes bouches périphériques formées à partir des dômes de lave ou des restes du volcan original ayant résisté à l'érosion.