Claude-Victor Perrin, duc de Bellune (1808), né le à Lamarche et mort le à Paris, est un général français de la Révolution et un maréchal d'Empire. Tambour dans l'artillerie en 1781, puis grenadier dans la Garde nationale, l'ascension de Victor sous la Révolution est rapide : il est général de brigade à l'âge de 29 ans et fait avec brio la campagne d'Italie, ce qui lui vaut d'être remarqué par Bonaparte. Il gagne ensuite son grade de général de division et obtient le commandement en chef de l'armée de Batavie sous le Consulat. Il est également ambassadeur au Danemark de 1804 à 1806.

Rappelé à l'armée, son intervention décisive à la bataille de Friedland, le , détermine l'Empereur à élever Victor à la dignité de maréchal d'Empire. Ce dernier est envoyé peu après en Espagne à la tête d'un corps d'armée, y alternant les succès — Espinosa, Uclès, Medellín — et les revers — Talavera, Chiclana et Cadix. Napoléon le rappelle à ses côtés en 1812 pour lui confier le d'armée en vue de la campagne de Russie. En dépit de quelques échecs face aux forces russes, Victor s'illustre lors du passage de la Bérézina en résistant pied à pied aux attaques russes pour protéger la retraite de l'armée. Après avoir servi pendant les campagnes d'Allemagne en 1813 puis de France en 1814, il est grièvement blessé à la bataille de Craonne et n'exerce plus aucun rôle jusqu'à la fin des hostilités.

À la Première Restauration, Victor se rallie à Louis XVIII et le suit à Gand pendant les Cent-Jours. En récompense de sa fidélité, il est couvert d'honneurs et de décorations, et en 1821, fait son entrée au gouvernement en qualité de ministre de la Guerre. Il continue à servir sous Charles X mais refuse de prêter serment à Louis-Philippe en 1830. Il vit alors dans la retraite. Napoléon a émis ce jugement à son propos : .

Biographie

Origines et début de carrière

Victor est issu d'une famille bourgeoise native du plateau de Langres. Il est le fils de Charles Perrin, tenant d'une charge de fermier des domaines du roi (fils de Charles Perrin, huissier royal au bailliage de Lamarche, et de Gabrielle Guérin) et de Marie-Anne Floriot, fille d'un fermier des domaines du roi. Le , il entre, à dix-sept ans, comme tambour dans le régiment de Grenoble artillerie (plus tard d'artillerie) à Grenoble. Rachetant son congé absolu le , moyennant la somme fixée par les ordonnances, il quitte l'armée, se fixe à Valence où il se marie et devient employé à la municipalité de Valence où travaille son beau-père.

Sous la Révolution

vignette|gauche|180px|Claude-Victor Perrin, lieutenant-colonel du 5e bataillon de volontaires des Bouches-du-Rhône en 1792, Georges Rouget, 1835.

Il fait partie de la Garde nationale de cette ville comme grenadier et le , il est nommé adjudant du de volontaires de la Drôme. Il y sert jusqu'au , quand il est promu au grade d'adjudant-major capitaine dans le de volontaires des Bouches-du-Rhône. La déclaration de la patrie en danger le conduit aux frontières. Il s'élève en peu de temps au grade de chef de bataillon au même corps le . Il rejoint l'armée d'Italie pour les campagnes de 1792 et 1793. Victor fait ses premières armes sous les ordres du général d'Anselme, dans le comté de Nice et au combat de Coaraze, culbutant avec son seul bataillon un corps de .

Après ces deux campagnes, Victor est envoyé au siège de Toulon. À son arrivée, on lui donne le commandement d'un bataillon de chasseurs à la tête duquel il rend d'importants services au sein de la division Lapoype. Il rencontre Napoléon Bonaparte. Le , il est nommé provisoirement au grade d'adjudant-général. Le il se distingue lors de la prise du fort du Mont Faron. Sa conduite dans cette journée est appréciée par les représentants du peuple Salicetti et Gasparin, qui le nomment adjudant-général chef de brigade sur le champ de bataille. Il est immédiatement chargé du commandement des troupes formant l'aile droite de l'armée de siège. Quelques jours plus tard, le , il est grièvement blessé au ventre en s'emparant de la redoute britannique l'Éguillette, dite le « Petit Gibraltar ». Il est promu général de brigade à titre provisoire le , avec Bonaparte, Brûlé, sur demande des représentants Salicetti, Barras, Fréron et Ricord.

À peine guéri de ses blessures, il est employé à l'armée des Pyrénées orientales, où il fait les campagnes de l'an II et III. Sous les ordres de Pérignon, il s'illustre à la Bataille de la Sierra Negra : chargé d'une fausse attaque sur Espolla, par le col de Banyuls, le 27 brumaire an III, il la dirige avec une grande habileté et concourt à la prise des retranchements de cette place et de ceux de Saint-Clément. Il assiste aux sièges et aux diverses attaques du fort Saint-Elme et de Collioure. Il est ensuite chargé de surveiller les travaux de réparation de ces places, de l'établissement des batteries côtières et de la garde des frontières d'Espolla et de Roses. Il commande une brigade au siège de cette dernière ville, et se trouve à sa capitulation le .

Passage à l'armée d'Italie

Confirmé dans son grade de général de brigade, par arrêté du gouvernement du de la même année, il passe à l'armée d'Italie en l'an IV. Le , l'avant-garde piémontaise a pris position sur un mamelon, en face de Borghetto, et a commencé à s'y retrancher pour y élever des batteries de gros calibre. Le général Masséna ordonne au général Victor, commandant la de droite, de détruire ces ouvrages. Dans la nuit du 2 au 3, Victor fait entourer le mamelon par deux colonnes, tandis que 100 grenadiers et 200 chasseurs, placés en observation, devaient empêcher les secours d'arriver. Le mamelon est enlevé, les soldats français sautent dans les retranchements et tuent tout ce qui s'y trouve. Quelques hommes seulement se sauvent à la faveur de la nuit. Les retranchements sont abattus, et quelques prisonniers sont ramenés.

Les 22, 23 et , il contribue à la défaite des Autrichiens et des Piémontais à Loano et sur le Tanaro, le , à celle du général Provera, au château de Cosseria, et le , à la déroute du général Vukasović à Dego.

vignette|alt=Scène de combat entre Français et Autrichiens, sur un terrain encaissé séparé par une rivière, en contrebas d'un château entouré de murailles.|La bataille de Rovereto, 4 septembre 1796. Gravure de l'époque, tirée de l’Histoire de l'armée française du colonel Revol.

Le , au combat de Peschiera, le général Victor, à la tête de la , culbute les Austro-Piémontais, leur enlève 12 pièces de canon. Le , au combat de Ponte San Marco, avec la même demi-brigade, il perce la ligne ennemie par le grand chemin ; la résistance est longue et opiniâtre ; pendant ce temps, le général Vaubois attaque le camp de Mori ; après deux heures d'un combat acharné, le général Victor peut entrer, au pas de charge, dans la grande rue de Roveredo, et les Autrichiens évacuent la place, en laissant une grande quantité de morts et de prisonniers.

Le , il est envoyé avec sa brigade, pour compléter sur la rive droite de l'Adige l'investissement de Porto-Legnago, que le général Augereau cerne déjà sur la rive gauche et qui capitule le . À l'affaire qui eut lieu le , le général Victor culbute les troupes qui couvrent Saint-Georges et entre dans ce faubourg pêle-mêle avec elles. Un bataillon de la y est chargé par deux escadrons de cavalerie autrichienne ; non seulement les soldats français soutiennent avec beaucoup de résolution cette charge impétueuse, mais ils poussent à leur tour les cavaliers avec tant de vigueur que tous ceux qui ne sont pas tués ou blessés mettent bas les armes et se rendent prisonniers. À l'affaire de Cerea, l'armée française est vigoureusement pressée par le général Wurmser ; Victor, avec un bataillon de grenadiers, rétablit le combat, dégage l'armée, repousse les Autrichiens, fait un grand nombre de prisonniers et reprend les canons qui ont été enlevés aux Français. Le , il partage la gloire de l'armée et le succès qu'elle obtient à la bataille de Saint-Georges, où il est blessé, et il contribue puissamment, à la tête des et demi-brigades, au gain de celle de la Favorite, où il fait mettre bas les armes à la division Provera, forte de .

Général de division

Le général en chef Napoléon Bonaparte, qui apprécie son audace, le nomme provisoirement général de division sur le champ de bataille, et en rend compte au Directoire qui confirme cette nomination par son arrêté du . Le général Victor marche ensuite sur Bologne avec un corps de troupes suivi d’une réserve de grenadiers sous les ordres du général Lannes. Il s'empare d'Imola et se porte ensuite sur le Senio où se sont retranchés 3 à des troupes du pape. Les Pontificaux sont culbutés et mis en déroute au premier choc et perdent , huit drapeaux, 14 pièces de canon et plusieurs caissons de munitions. Ils se réfugient dans Faënza, mais ouvrent les portes aux Français dès qu'ils se présentent. Le général Victor continue sans obstacles sa marche sur Ancône. Il parait devant la place et s'en empare sans coup férir, le , y prenant 120 bouches à feu et plus de . Lors de l'insurrection des États de Venise, il rejoint le général Kilmaine qui est à Vérone. Il se porte ensuite sur Vicence, et le , ses troupes campent devant Trévise et Padoue. Lorsque l'armée se trouve réunie dans les provinces de terre ferme, Victor rétrograde sur l'Adige et prend position le long de la rivière.

En France puis retour en Italie

Pendant que ces événements se passent à l'extérieur, le coup d'État du 18 fructidor an V () permet au Directoire de mettre à l'écart les royalistes du club de Clichy. Des adresses de félicitations arrivent de toutes parts au gouvernement. Après le traité de Campo-Formio, le , le général Victor rentre en France. Il est employé à l'armée d'Angleterre le , passe au commandement de la militaire (Nantes) le , en remplacement du général Grouchy, et retourne à l'armée d'Italie le .

Il est renvoyé en Italie, où il prend part à la reconquête du Piémont, se trouve avec sa division aux batailles de Sainte-Lucie le , de Villafranca le , jour de la bataille de Magnano), d'Alexandrie le . Il est blessé à la bataille de la Trebbia, les 17 et . Le lendemain, , la division Victor défend, avec une grande énergie, le poste de Sainte-Marguerite qui est attaqué par les Autrichiens, et il les contraint à se retirer après avec des pertes considérables. Le suivant, à Fossano, il doit se retirer du champ de bataille sur ordre du général en chef Championnet, qui a remplacé Joubert mort à Novi. Il évacue également Valdigi, où il se maintenait avec succès, que sur l'invitation réitérée qui lui est faite par le même général.

Sous le Consulat

vignette|upright=1.5|alt=Scène de bataille entre Français et Autrichiens sous la Révolution.|La bataille de Marengo, le 14 juin 1800. Huile sur toile de Louis-François Lejeune. gauche|vignette|Médaillon par David d'Angers Il s'illustre lors de la deuxième campagne de Bonaparte en Italie. Appelé le , au commandement d'une division de l’armée de réserve, il contribue aux succès remportés sur le Tessin et sur le Pô pendant les mois de mai et juin. Le , il détermine le succès de la bataille de Montebello. Le , à Marengo, placé en première ligne, il soutient pendant quatre heures les efforts de l'armée autrichienne, et contribue à la prise du village de Marengo. Il reçoit un sabre d'honneur le suivant.

Le , il est nommé lieutenant général en chef de l'armée de Batavie, et exerce ces fonctions jusqu'au . Il est nommé pour préparer une expédition en Louisiane, avec titre de capitaine général, mais ne part pas du fait de la perte de Saint-Domingue, des menaces de reprise des hostilités des Britanniques et de l'immobilisation de son escadre, prise dans les glaces à Berg-op-Zoom (Pays-Bas). Il conserve ce titre jusqu'au , lorsqu'il est rappelé au commandement en chef de l'armée de Batavie.

Au service de l'Empire