thumb|Diagramme situant l'expérience utilisateur.
L'expérience utilisateur. (EU) (en anglais, , abrégé en « »Le X figure la prononciation anglaise de la première syllabe de .) est la qualité du vécu de l'utilisateur dans des environnements numériques ou physiques. C'est une notion de plus en plus courante là où l'on utilisait, encore récemment, les notions d'ergonomie des logiciels et d'utilisabilité..
Définitions thumb|L'utilisateur au centre de la conception des applications. La notion d’expérience utilisateur marque une évolution disciplinaire (pluridisciplinaire), méthodologique et conceptuelle dans la façon de concevoir la relation de l'utilisateur aux produits et aux systèmes techniques, d'une part, et de considérer leur qualité « ergonomique », d'autre part. Cette évolution passe par la prise en compte des caractéristiques non instrumentales (non liées à l'efficacité, la sécurité ou la fiabilité) des produits et des systèmes techniques, soit l'apparence, l'esthétique, le plaisir, l'émotion, etc..
Donald Norman, professeur émérite en sciences cognitives de l'université de Californie à San Diego, invente le terme dans les années 1990, dans l'ouvrage . Il y développe l'idée d'une « conception centrée utilisateur »... L'idée consiste à considérer l'ensemble des caractéristiques et des besoins des utilisateurs lors du développement des produits, et à faire participer ceux-ci activement au processus de leur conception. Norman souhaite ainsi étendre le champ trop étroit de l’utilisabilité afin de couvrir tous les aspects de l’expérience d’un individu avec un produit ou un système.
Norman explique d’ailleurs l’invention du terme, dans un échange privé avec Peter Merholz, cité par Aurélien Tabard et Alain Mille. :
Popularisée dans les années 2000, l'UX a été abordée de diverses manières et de nombreuses définitions ont été suggérées, sans donner lieu à un réel consensus. Cette absence de consensus a été soulignée par Barcenilla et Bastien, de l'Université de Metz :
Une première définition a été proposée par Lauralee Alben en 1996, pour qui l'UX regroupe .. En 2003, Arhippainen et Tähti proposent de définir l'UX comme le L. Archippainen et M. Tähti, « Empirical evaluation of user experience in two adaptative mobile application prototypes », Proceedings of the International Conference on Mobile and Ubiquitous Multimedia (MUM), Norrköping, Sweden, 2003.. Cette définition suggère la prise en considération du contexte et de la motivation du sujet. Semblablement, en 2006, Hassenzahl et Tractinsky définissent l'UX comme .. Mahlke identifie lui trois dimensions à l'UX : la perception des qualités instrumentales (utilisabilité) ; la perception des qualités non instrumentales (esthétique, valeur véhiculées, facteurs motivationnels) ; et les réactions émotionnelles (sentiments subjectifs, expressions motrices et comportementales, réactions physiologiques, évaluations cognitives)..
La littérature plus récente souligne que les interactions personne-système dépendent de deux composantes : une composante non expérientielle, qui se rattache à la fonction utilitaire, et une composante expérientielle, qui renvoie au ressenti et aux réponses cognitives et émotionnelles de la situation d’interaction. Ces deux interactions dépendent des conditions cognitives et sociales de la situation dans laquelle intervient l’UX. Cette double articulation implique par conséquent des champs théoriques relevant de l’ergonomie cognitive et d’autres liés à la psychologie sociale..
La communauté des designers UX s'est développée à partir des années 2000. Elle est principalement représentée à l'international par la User Experience Professionals Association (UXPA) fondée en 1991 et qui comprend près de . Son chapitre français est la Flupa (Association francophone des professionnels de l'expérience utilisateur). En France, l'association Designers interactifs est aussi très active dans le domaine de l'UX et revendique .
Modèles théoriques Les modèles théoriques de l'expérience utilisateur sont généralement mobilisés dans les travaux scientifiques et peuvent concerner plusieurs disciplines comme les sciences cognitives, les sciences de gestion, ou les sciences de l'information et de la communication. Ces modèles sont également utilisés par des professionnels dans le cadre de la conception des interface homme machines ou plus récemment dans la réalisation de pages internet. Il existe de nombreux modèles dans la littérature néanmoins, trois modèles principaux sont fréquemment cités : le modèle d’ Hassenzahl, le modèle de Mahlke et le modèle de Karapanos.
Le modèle d’Hassenzahl : de la perspective du concepteur à la perspective de l’utilisateur Le modèle d’Hassenzahl (2003) souligne la différence prépondérante existant entre la perspective du concepteur et la perspective de l’utilisateur. Le concepteur, ou le producteur par son degré d’expertise ou ses connaissances va élaborer les dispositifs sans pouvoir se projeter objectivement à la place de l’utilisateur. Son jugement et a fortiori sa production peut être biaisée par ses propres représentations. Le concepteur choisit et combine des éléments (contenu, graphisme, design, fonctionnalités, modalités d’interaction) pour donner au produit un caractère particulier. Cependant, celui-ci est subjectif et traduit seulement l’intention du concepteur. Il n’est pas assuré que l’utilisateur perçoive et apprécie le produit de la manière souhaitée. C’est justement l’étude UX qui va garantir l’adéquation entre les points de vue du concepteur et de l’utilisateur. (Lallemand, Gronier, 2015).
Le modèle de Mahlke : un cadre d’analyse global Ce modèle propose d’intégrer les différents aspects de l’expérience de l’utilisateur qu’on retrouve éparpillés dans la littérature, en les étayant par des données expérimentales. En effet partant d’une revue de littérature et de résultats de recherches empiriques Malke propose un cadre d’analyse plus global qui intègre la plupart des composantes de l’expérience utilisateur que l’on trouve dans les différentes approches (Thuring et Mahlke, 2007 ; Malke, 2008), notamment de deux dimensions caractéristiques : la perception des qualités instrumentales qui correspondent à l’utilité perçue et à la notion d’utilisabilité (dimension1) et la perception des qualités non instrumentales comme l’esthétique, les facteurs motivation réels (dimension2). Cependant le modèle se distingue par une troisième dimension (dimension 3) soulignant le rôle des émotions en tant que fonction médiatrice entre les caractéristiques perçues d’un système et les conséquences de son usage.
Les caractéristiques de l’utilisateur et les paramètres du contexte ont une influence sur les interactions entre les trois dimensions de l’expérience utilisateur évoquées plus haut, ainsi que sur les conséquences de l’expérience de l’utilisateur (jugements et comportements). Les qualités instrumentales et non instrumentales sont perçues par les utilisateurs comme étant indépendantes, bien que les réactions émotionnelles soient influencées par ces deux catégories de facteurs. Bien que cela ne soit pas mentionné de manière explicite, ce modèle intègre également des composantes des approches dites de l’ acceptabilité qui se sont développées, indépendamment des approches de l’utilisabilité, plutôt dans une perspective épistémologique socio-cognitiviste (Barcenilla, Bastien 2009)
Le modèle de Karapanos : la temporalité comme quatrième dimension de l’UX Les modèles ci-dessus ne font pas état de la dimension temporelle de l’activité. Si l’expérience en temps réel vécue par un sujet pendant l’interaction avec un système est généralement considérée comme le cœur de l’UX, des différentes étapes chronologiques du cours d’action dans lequel le sujet est inscrit. Aux trois composantes classiques que sont le système, l’utilisateur et le contexte, Lallemand proposent en 2015 d’inclure la dimension temporelle. En effet, les attentes et les cognitions d’un utilisateur peuvent être reliées aux étapes antérieures, alors que le comportement final attendu est lié à des étapes ultérieures. La prise en considération des phases temporelles de l’UX a fait l’objet de travaux de recherche notamment via le cadre d’analyse de E. Karapanos, qui propose d’aborder l’expérience utilisateur de la phase d’anticipation (attentes de l’utilisateur) jusqu’à une phase à plus long terme d’attachement émotionnel..
alt=Avant l'utilisation ou la réutilisation, l'utilisateur en a un souvenir ou un a priori fourni par l'aspect social (ses amis) ; pendant, il s'agit de l'utilisation de l'interface ; et après, il s'agit du souvenir que vous conserverez de son utilisation, et le partage que vous en ferez.|vignette|Une expérience utilisateur globale incluant la temporalité et le souvenir, proposée par Geoffrey Crofte..
Débats La prise en compte des émotions, autour de laquelle gravite le concept d'expérience utilisateur, ne fait pas l'objet d'un consensus parmi les auteurs. Précurseur de cette approche, Donald Norman défend une « conception émotionnelle » de l'utilisabilité, où les traitements d'ordre cognitif et affectif s'influencent mutuellement. Son modèle permet de distinguer trois niveaux de traitement de l'information des caractéristiques des produits, soit les niveaux viscéral, comportemental et réflexif.
Différents auteurs ont critiqué cette approche. Une première critique souligne l'état de la recherche sur les émotions, de même que la diversité des approches (théoriques et méthodologiques) pour en rendre compte. Une deuxième critique défend l'idée selon laquelle les interactions utilisateur/produit ne peuvent être réduites aux phénomènes affectifs. Cette critique, portée par Palen et Bodker, souligne la nécessité de considérer le rôle du contexte, de l'expérience de l'individu et d'autres qualités des produits (efficience, sécurité, fiabilité) dans l'expérience émotionnelle de l'individu. Enfin, une troisième critique souligne le caractère éphémère des émotions.
Un autre sujet de dissension veut que l'émotion précède l'usage, ou qu'elle suit l'interaction utilisateur/produitDesmet, P.M.A., Hekkert, P. et M.G. Hillen. 2004. « Values and emotion ». Proceedings of the Fifth European Academy of Design Conference. Barcelona, Spain..
Un autre débat a émergé à partir de 2015 autour de l'éthique. L'utilisation des méthodes d'analyse de l'expérience utilisateur pour la conception de services numériques a fait craindre, en effet, qu'elles facilitent la manipulation des usagers en captant leur attention à des fins publicitaires. C'est sans doute Tristan Harris, designer UX et ancien employé de Google et fondateur de l'association Time Well Spent, qui a fait émerger le problème dans l'opinion. Dans un article, largement diffusé en plusieurs langues, il dénonce les méthodes des designers, quand elles visent à tromper l'attention de l'utilisateur :
Cette préoccupation rejoint la notion beaucoup plus ancienne de technique de persuasion. Appliquée dans les services numériques, elle a été baptisée captologie en 1996 par B.J. Fogg de l'université de Standford. En France, le débat est porté notamment par l'association Designers Ethiques.
Critères et méthodes d'analyse de l'expérience utilisateur
Il est actuellement difficile de s'accorder sur des critères d'analyse qui couvrent l'ensemble des facteurs (des plus subjectifs aux plus objectifs), la satisfaction de l'utilisateur étant autant liée à la promesse d'attractivité du service qu'à son accessibilité, son ergonomie, sa cohérence, sa réelle utilité, son environnement concurrentiel et son contexte d'utilisation. Néanmoins, il existe un grand nombre de manuels et de ressources en ligne sur les méthodes utilisées par les designers UX. Ainsi Carine Lallemand et Guillaume Gronier regroupent dans leur livre les méthodes en cinq phases successives : Planification (définition du projet, recrutement des utilisateurs, déontologie…) ;