vignette|Siège de Gazprom dans le Lakhta Center à Saint-Pétersbourg. vignette|Une station-service de Gazprom à Bichkek, Kirghizistan.
Gazprom (en cyrillique : Газпро́м) est une société anonyme russe connue principalement pour l'extraction, le traitement et le transport de gaz naturel. Depuis 2005, elle est aussi un acteur majeur sur le marché mondial du pétrole. Son nom est l'acronyme de Gazovaïa Promychlennost, qui signifie « Industrie gazière » en russe.
En 2007, c'est la première entreprise russe, la par la capitalisation boursière au monde, derrière Saudi Aramco, TotalEnergies, ExxonMobil et PetroChinaGazprom, un géant au service du Kremlin, Politique internationale , été 2007 et la première valorisation boursière d'Europe« Classement des capitalisations boursières européennes et américaines depuis 1975 » sur Vernimmen.net .
En , à la suite de la crise financière de 2008 entre autres, sa capitalisation boursière a diminué de 76 % par rapport à son sommet, la faisant passer à de dollars, la positionnant ainsi au mondial, avant de revenir au mondial en 2012.. En 2014, Gazprom est classée comme étant le deuxième plus gros investisseur du monde, avec 44,5 milliards de dollars d'investissements..
En 2005, la société a contribué pour 20 % aux recettes budgétaires de l'État russe et contribuait à hauteur de 8 % au PIB. Elle emploie plus de .
En 2004, elle produit environ 93 % du gaz naturel russe, tout en contrôlant 16 % des réserves mondiales, soit environ Energy of the State, Financial Times, 14 mars 2006 Statistiques de Gazprom. La société possède notamment les gisements de l'Ourengoï et de Chtokman. Ses clients se trouvent en Europe centrale et en Europe occidentale, ainsi que dans l'ancienne URSS.
En plus de ses réserves de gaz naturel, et du plus grand réseau de gazoducs au monde (), elle détient des positions dans les banques, l'assurance, les médias, la construction et l'agriculture.
En 2011, la capacité de production électrique du groupe s'élevait à , soit 17 % de la totalité des capacités électriques installées en Russie.. Fin 2011, Gazprom emploie plus de ..
En 2022, le chiffre d'affaires de la société s'élevait à près de 80 milliards d'euros.
Gazprom est l'une des principales entreprises émettrices de gaz à effet de serre dans le secteur des hydrocarbures.
Historique Le ministère soviétique de l'industrie gazière (en ), chargé de la prospection, de l'extraction, du transport et de la distribution du gaz naturel, fut fondé en 1965. En 1989, en pleine période de réformes économiques structurelles, ce ministère fut transformé en groupement (konzern) d'État (государственный концерн) « Gazprom », devenu société d'État par actions (РАО) en 1993. Le futur chef du gouvernement russe Viktor Tchernomyrdine sera nommé à la tête de Gazprom de 1989 à 1992.
À la suite de l'éclatement de l'URSS en 1991, Gazprom a perdu un tiers de ses gazoducs et un quart de ses stations de pompage, devenus propriétés des républiques indépendantes.
En septembre 2005, Gazprom a annoncé la construction, pour 2010, d'un gazoduc de sous la mer Baltique. L'un des objectifs est de contourner la Pologne et l'Ukraine, et donc éviter les coûts de transit et les risques d'éventuels « prélèvements non sanctionnés » (selon l'expression de Gazprom).
La société est cotée à la bourse de Londres depuis le et a presque doublé de valeur en deux mois à la suite de la crise avec l'Ukraine (voir ci-dessous). Les investisseurs internationaux détiennent environ 20 % du capital, l'État russe, 50 % plus une action, le reste étant réparti entre des détenteurs russes et étrangers.
Pour maintenir le niveau de ses exportations, Gazprom doit mettre en production les champs de la péninsule de Yamal et pour cela investir des dizaines de milliards de dollars, alors même que le prix très bas du gaz sur le marché russe (trois quarts des débouchés de Gazprom) ne permet pas de payer ces investissements. Les prix internes de Gazprom pour le gaz s'échelonnaient, fin 2005, de 25 à /, tandis qu'ils dépassaient les / pour ses clients étrangers .
En , la Commission européenne annonce avoir ouvert une enquête sur les pratiques commerciales de Gazprom en Pologne, République tchèque, Slovaquie, Bulgarie, Hongrie, Lituanie, Lettonie et Estonie. Elle soupçonne notamment cette société d'avoir « empêché la diversification de l’approvisionnement en gaz », ce qui constitue une restriction à la concurrence. En , elle envoie à Gazprom une notification des griefs, c’est-à-dire un acte d’accusation pour violation de la loi antitrust.
Entre 2014 et 2018, Gazprom et l'ensemble de ses filiales devraient déménager leurs sièges sociaux à Saint-Pétersbourg au lieu de MoscouRussie: Saint-Pétersbourg attend Gazprom, Céline Bayou, Regard sur l'est, 11 février 2014.
En 2023, Gazprom a subi une perte record de 6,4 milliards d'euros, la première depuis 1999. Selon Thierry Bros, professeur à Sciences Po, . Les sanctions européennes en réaction à l'invasion de l'Ukraine par la Russie ont fragilisé Gazprom. Les contrats avec la Chine, l'Inde et le Pakistan ne peuvent remplacer ceux avec l'Europe car leurs prix sont nettement inférieurs. L'arrêt des livraisons en passant par l'Ukraine lui coûterait 6,5 milliards de dollars par anNicolas Rauline, Gazprom, talon d'Achille de la diplomatie gazière de Vladimir Poutine, Les Échos, 30 décembre 2024..
En janvier 2025, l'entreprise russe Gazprom, envisage des licenciements en raison des difficultés financières dues à l'invasion de l'Ukraine par la RussieLe groupe russe Gazprom, en difficulté financière, envisage des licenciements.
Une entreprise stratégique pour l'État russe Gazprom domine le marché gazier mondial. Malgré une privatisation partielle sous la présidence de Boris Eltsine, elle reste toujours sous un contrôle étroit de l'État russe, qui, de 2004 à 2006, a fait passer sa part dans le capital de 38 % à plus de 50 %.
Gazprom cherche à obtenir des droits d'accès à la distribution du gaz en Europe, dans le but d'être présent tout au long du circuit gazier — de l'amont jusqu'en aval —, tout en préservant sa position dominante dans le domaine de l'extraction en Russie.
Par ailleurs, pour prévenir une éventuelle diversification d'approvisionnement des pays européens, pourtant peu réaliste à grande échelle, inspirée par son premier affrontement avec l'Ukraine en , Gazprom négocie activement avec la Chine, la Corée du Sud et le Japon pour construire de nouveaux tronçons de gazoducs vers ces pays, et envisage la construction d'un méga-terminal de gaz naturel liquéfié situé en Arctique avec l'aide des Canadiens pour alimenter l'Amérique du Nord.
Dans ce contexte d'incertitudes, le monopole de Gazprom (neuf dixièmes de la production gazière du pays) est vivement critiqué par de nombreux pays clients qui souhaiteraient s'approvisionner en concurrence.
Des tentatives de réformes ont été suggérées, comme le développement d'opérateurs indépendants concurrents de Gazprom et l'augmentation des tarifs domestiques réglementés du gaz (sans remettre en cause le monopole d'exportation de Gazprom). À ce sujet, le premier ministre Vladimir Poutine reste prudent, l'augmentation de la production de gaz naturel n'ayant pas produit une amélioration des finances russes.
Les anciennes républiques de l'URSS voient en Gazprom un « cheval de Troie » de l'influence russe dans les pays de l'ex-Union soviétique et s'inquiètent d'une dépendance grandissante de l'Europe orientale. La crainte de l'augmentation du prix du gaz russe inquiète l'Europe centrale qui doit déjà faire face à l'augmentation du prix du pétrole. D'autant plus que la libéralisation du secteur électrique et gazier en Europe de l'Ouest offre à Gazprom d'importants bénéfices économiques et financiers sur le marché européen de l'énergie. Certains y voient un passage de la géopolitique à la « géoéconomie » ou, à l'instar du sénateur américain Richard Lugar, et considèrent que la Russie est en train de devenir une « super-puissance énergétique », après les pays producteurs de pétrole.
Gazprom et l'Europe
Gazprom a fourni à l'Europe de l'Ouest 25 % de ses approvisionnements en gaz naturel en 2005.
Les États baltes et la Finlande sont dépendants à 100 %, l'Autriche à 55 %, l'Allemagne à 37 %, la France à 15 %.
Le gaz en direction de l'Union européenne est transporté essentiellement via l'Ukraine et la Biélorussie (20 %).
Le , la Commission européenne a publié un Livre vert sur la stratégie européenne de l'énergie dont un volet concerne la coopération extérieure. Le , Gazprom riposte en faisant comprendre à ses clients européens qu'ils pourraient se trouver en panne de gaz s'ils ne se montraient pas plus coopératifs, en renonçant à et en permettant à Gazprom de prendre le contrôle d'une partie de la distribution dans les pays de l'Union européenne.
Conflits sur les tarifs et le transit avec l'Ukraine et la Biélorussie
thumb|right|280 px|Gazoducs russes vers l'Europe (existants, en construction ou en projet) Première crise avec l'Ukraine
Jusqu'au , l'Ukraine bénéficiait de prix avantageux grâce à ses bonnes relations et son statut d'ancien pays de l'Union soviétique. Gazprom souhaitait aligner le prix du gaz ukrainien, jusque-là fortement subventionné ( les , contre sur le marché européen). Gazprom argumentait sa décision par le fait que l'Ukraine avait obtenu le statut d'économie de marché, et devait donc être aux mêmes conditions que le reste de l'Europe.
Par ailleurs, Gazprom accusait l'Ukraine de gonfler facticement ses importations de gaz et de revendre le surplus à l'Europe, empochant au passage la différence entre le prix que payait l'Europe et le prix subventionné qu'elle-même payait à la Russie. À la suite de l'échec des négociations sur ce sujet, l'Ukraine contestant la réalité de ces prélèvements illégaux, Gazprom posa un ultimatum en menaçant de couper le gaz à l'Ukraine en ne laissant que passer celui à destination de l'Europe. C'est ce qui eut lieu le , et la diminution consécutive du débit à destination de l'Europe, outre le fait d'internationaliser la crise, démontra l'existence de ces prélèvements illégaux.
L'Ukraine cède le , promettant de mettre fin aux prélèvements et acceptant l'alignement sur le prix du marché européen, tandis que Gazprom recommence alors à alimenter les gazoducs à pleine capacitéLe conflit du gaz entre la Russie et l'Ukraine, Peter Schwarz, 4 janvier 2006. Ukraine gas row hits EU supplies, BBC News, janvier 2006..
Cependant, le vol semble n'être qu'un facteur secondaire de la réaction de la Russie, qui serait plus préoccupée par ses intérêts géostratégiquesLe journal Kommersant écrit par exemple, en janvier 2006 : .
Finalement, les termes de cet accord imposent une augmentation du prix du gaz moins sévère qu'initialement prévu. L'Ukraine paiera en pratique /, car les livraisons seront composées en partie par le gaz turkmène, à /, via la société mixte RosUkrEnergo dont les actionnaires ne sont pas clairement connus.
Négociations difficiles avec la Biélorussie Fin 2006, la Biélorussie a ardemment négocié le prix de son gaz, qu'elle payait jusqu'à cette date / (contre plus de alors sur le marché européen). Menaçant de couper les robinets à moins d'obtenir le prix demandé, Gazprom a obtenu un accord final in extremis le à un prix de /. De plus, il a obtenu en compensation 50 % des titres de la société gazière biélorusse Beltransgaz (dont le montant de cinq milliards de dollars est estimé surévalué par les experts russes).
Outrée par cette augmentation, la Biélorussie a appliqué une taxe sur le transit du pétrole russe vers les pays plus à l'Ouest (/tonne) qu'elle a dû abolir quelques jours après sous la pression du gouvernement russe.
Deuxième crise avec l'Ukraine