Une casemate d'intervalle de la ligne Maginot est une fortification interdisant de ses tirs une portion de la ligne Maginot le long des frontières orientales de la France. Ces constructions ont été mises en chantier au début des années 1930 et ont servi pendant la Seconde Guerre mondiale. Le même système se retrouve dans le système de fortifications tchécoslovaques.
Fonction Ces casemates (synonyme de « blockhaus ») servent à protéger, sous du béton et de l'acier, de l'armement d'infanterie (essentiellement des mitrailleuses). Les intervalles désignent les espaces entre deux ouvrages le long de la ligne de feu, espaces que les casemates sont censées occuper et défendre.
Principe de la ligne de feu
Les lignes de défense de la première moitié du sont avant tout basées sur un barrage de tirs croisés de mitrailleuses. Dans le cas de la ligne Maginot, cette ligne s'appelle la « ligne principale de résistance » (doublé parfois par une seconde ligne, dite CEZFLa ligne CEZF (du nom de la Commission d'étude des zones fortifiées), composée de casemates STG, ne fut pas réalisée sur les fronts puissants de Lorraine, mais fut commencée à partir de 1939 dans les secteurs les plus faibles : Nord (devant Cassel et Cambrai), Ardennes (Rethel-Mézières), Montmédy (Omont-Stonne, Belval-Brandeville et Damvillers-Boismont), Faulquemont (en arrière de Faulquemont), Sarre (au nord de Morhange et ouest de Sarre-Union), Haguenau (Lobsann-Rittershoffen) et Jura (devant Morteau et Pontarlier). la majorité des casemates sont encore en chantier lors de l'été 1940.), matérialisée par l'obstacle que forment deux réseaux de barbelés et de rails antichars, presque en continu de la mer du Nord à la Suisse : le réseau de fil de fer barbelé est large de . Il est fixé sur six rangs de piquets (communément appelés « queues de cochon ») scellés dans un dé de béton et plantés en alternance tous les afin de former un effet de vague au réseau. Si les piquets sont bien apparents, la végétation peut masquer des ardillons plantés dans le sol et dépassant de . Le rôle du réseau est de freiner l'infanterie assaillante pour que les mitrailleuses puisse la faucher. Le réseau de rails est un champ composé de sections de rails de chemin de fer de trois mètres enterrées à la verticale sur six rangs de profondeur, dépassant de à au-dessus du sol. Il est planté parallèlement au réseau extérieurde fils barbelés, selon un schéma pré-établi, à des profondeurs différentes afin de bloquer un char qui franchirait les premières rangées. Cet obstacle antichar s'étend en avant des ouvrages, d'un bout à l'autre du système fortifié, sur des centaines de kilomètres. Il a pour rôle d'arrêter les véhicules assaillants le temps que les canons antichars les détruisent.
Les mitrailleuses assurant les tirs en flanquement (tirs croisés venant des flancs) sont installées environ tous les , ce qui correspond à la portée utile des mitrailleuses.
Modèles de casemates
Le long de la ligne Maginot, les mitrailleuses sont protégées en les intégrant dans des casemates d'infanterie. Leur armement principal, composé de jumelages de mitrailleuses (l'une tire pendant que l'autre refroidit), est complété à partir de 1934 avec des canons antichars (de , de ou de Le canon antichar de est monté qu'en arme mixte (en général sous cloche d'arme mixte) dans les casemates des « nouveaux fronts ».). S'y rajoute des FM (fusil mitrailleur) pour la protection rapprochée, que ce soit dans un créneau ou sous une cloche (appelée cloche GFM : guetteur fusil-mitrailleur).
Ces casemates sont dites d'intervalle pour les différencier des casemates des ouvrages, qui s'intègrent elles aussi dans la ligne. Ces dernières sont soit des blocs servant de casemates d'infanterie (avec un armement identique aux casemates d'intervalle), soit des blocs-tourelle équipés d'une tourelle de mitrailleuses ou pour armes mixtes. Les casemates d'intervalle se déclinent en plusieurs modèles selon le terrain, leur armement et la date de construction : les casemates CORF, construites de 1929 à 1930, tirant à partir d'un ou de plusieurs créneaux en façade, simples (flanquement d'un seul côté) ou doubles (flanquement des deux côtés), avec des cloches GFM sur le dessus ; à partir de 1931 s'y rajoute une cloche JM (cloche pour mitrailleuses) ; les casemates CORF cuirassées, construites de 1931 à 1934, tirant à partir d'une ou plusieurs cloches pour mitrailleuses et de leurs cloches GFMLes casemates cuirassées sont réparties à raison de deux dans le secteur de Thionville (Petersberg Est et Entrange), six dans le secteur de la Crusnes (Jalaumont Est, Chénières Ouest, Bourène Ouest, Crusnes Est, Nouveau-Crusnes Ouest et Route-d'Ottange Centre) et sept dans le secteur de Faulquemont (Bisterberg Nord, Bambiderstroff Sud, Einseling Nord, Einseling Sud, Quatre-Vents Nord, Bois-de-Laudrefang Nord et Bois-de-Laudrefang Sud). ; les casemates CORF « nouveaux fronts », construites de 1934 à 1935, simples, doubles ou cuirassées, avec en plus des cloches pour arme mixte (certaines recevront même une tourelle pour une arme mixte et un mortierLes casemates de Tallandier, Héronfontaine, Rocq, Marpent Nord et Marpent Sud du secteur fortifié de Maubeuge sont équipées avec une tourelle pour une arme mixte et un mortier.) ; les blockhaus MOM (main-d'œuvre militaire), construits de 1935 à 1940, bien moins protégés et plus petits, avec des modèles très variés : STG (Service technique du Génie), FCR (fortification de campagne renforcée), RFM (région fortifiée de Metz), RFL (région fortifiée de la Lauter), , , et RM (région militaire), etc. Un modèle particulier est la casemate d'artillerie STGLes casemates d'artillerie STG sont implantés dans les secteurs les moins bien défendus : il y a les trois casemates du fort de Maulde dans le secteur fortifié de l'Escaut, les deux casemates de Nouzonville et de Flize dans le secteur défensif des Ardennes, les neuf du secteur fortifié de Montmédy, les trois du secteur fortifié de Faulquemont et les sept du secteur défensif d'Altkirch..
Les casemates simples sont en général disposées en couple sur le terrain, la première flanquant vers un côté, la seconde de l'autre côté. Dans quelques cas, une galerie de liaison relie les deux casematesLes couples de casemates de Hummersberg, Veckring, Petit-Réderching, Drachenbronn, Breitenacker, Bremmelbach et Routzenheim ont une galerie entre leurs deux blocs..
Historique
Dans les années 1920, les officiers chargés d'établir les premières ébauches des fortifications à construire s'opposaient entre deux principes, d'une part de faire une ligne discontinue avec de gros forts armés d'artillerie et d'autre part de faire une ligne continue avec de petites casemates armées de mitrailleuses. Si finalement c'est le premier principe qui a été retenu, le besoin de faire des économies a entrainé l'apparition d'intervalles importants entre les forts, d'où le besoin de combler ces vides.
L'idée de combler les vides par de petits ouvrages et surtout par des casemates assurant la continuité de la ligne est retenue par la Commission d'organisation des régions fortifiées par sa note du . Ces « casemates d'intervalle » sont définis par la notice du , modifiée par celle du (qui rajoute des visières au-dessus des créneaux et de la porte), avec des variantes notamment celles du pour les berges du Rhin, du pour les casemates cuirassées et du pour les Vosges du Nord.
Les premières sont mises en chantier dès le début de l'année 1930 (celles de Kœnigsmacker, Hummersberg, Veckring, Kanfen, Drachenbronn et Breitenacker). 143 casemates , dont 53 le long du Rhin, sont commencées durant cette année-là. À partir de 1936, les régions militaires et la Section technique du génie prennent le relai avec d'autres modèles réalisées par la main-d'œuvre militaire (, , , ou ).
Caractéristiques Créneau JM/AC Appelés JM/AC 47 ou JM/AC 37 selon le calibre, les créneaux doubles sont l'armement principal de la presque totalité des casemates d'infanterie (que ce soit les casemates d'intervalle comme les casemates des ouvrages, mis à part les casemates cuirassées). Les casemates simples sont équipées avec un créneau mixte pour jumelage de mitrailleuses et canon antichar de ou de (dit JM/AC 47 ou JM/AC 37). Les casemates doubles en ont deux, à raison d'un créneau mixte par chambre de tir.
Ce type de créneau est dit mixte, car le même poste de tir peut recevoir deux armes différentes, soit le jumelage de mitrailleuses soit le canon antichar, permutables entre eux à volonté. La dotation en munitions est de par canon antichar et de de par jumelage de mitrailleuses (la dotation pour les mitrailleuses est plus importante dans un ouvrage : ).
Équipements
Les casemates sont conçues pour être indépendantes, avec à l'intérieur tout ce qu'il faut pour que l'équipage tienne pendant plusieurs semaines. Presque toutes sont organisées sur deux étages : à l'étage supérieur se trouvent la porte d'entrée blindée et étanche, la salle des filtres à air, la ou les chambre(s) de tir et les stocks de munitions ; à l'étage inférieurLes casemates le long du Rhin sont parfois à un seul niveau, à cause de la proximité de la nappe phréatique de la plaine d'Alsace. Présentation de la nappe phréatique de la plaine d'Alsace, proposant aussi une carte avec indication de la profondeur de la nappe. on trouve la salle des moteurs (le groupe électrogène de , le ventilateur et la réservoir de gazole), les réservoirs d'eau (potable et de refroidissement), parfois un puits, la réserve de vivres, la chambre pour les hommes de troupe, la chambre de l'officier, les latrines et le poste téléphonique. Les casemates n'ont pas de cuisine, mais disposent d'un réchaud à pétrole.
Pour le combat de nuit, des projecteurs sont installés sur les faces arrière des blocs d'infanterie pour éclairer les réseaux de rails et de barbelés. Il s'agit d'une lampe à incandescence de de diamètre et de de puissance (portée utile d'environ ) montée le plus souvent dans une niche blindée (épaisse de 40 à d'acier, d'un poids total de ) le tout sur un mât, ou pour les blocs « nouveaux fronts » dans une niche en béton sur la façade arrière.
Protection
Pour la majorité des casemates la dalle de couverture fait d'épaisseur de béton arméUne épaisseur de de béton armé est théoriquement capable de résister à deux coups superposés de ., les murs exposés aux coups font d'épaisseur (avec en plus un remblai de pierrailles et de terre d'au moins quatre mètres d'épaisseur), tandis que les murs arrière font , les murs intérieurs un mètre, le radier (plancher) en fait . Pour les casemates installées sur la berge du Rhin, la dalle fait et les murs exposés sont à Il fut estimé que l'assaillant n'utiliserait pas d'artillerie lourde contre les casemates de berge du Rhin car un bombardement risquerait de percer la digue du fleuve et d'inonder une partie de la plaine d'Alsace..
Le résultat est une casemate qui fait en général de haut avec comme dimensions au sol de de longueur sur 18 de largeur.
Les ouvertures sont protégés par des cuirassements : des trémies à rotule obturent les créneaux, des cloches (modèles GFM, JM, AM et VDP) protègent les dessus, des portes blindées étanches ferment les entrées et dans quelques cas particuliers on y trouve une tourelle à éclipse. L'intérieur des pièces des casemates a un revêtement en tôle pour les plafonds et murs exposés aux coups, pour éviter la formation de ménisques (projections de béton à l'intérieur, aussi dangereux qu'un obus).
Équipages La garnison d'une casemate (on parle d'« équipage » par analogie avec celui d'un navire) varie selon l'armement à servir et donc selon le modèle de la casemate.