vignette|Deux exemplaires de la 4e et 5e édition du Manuel diagnostique et statistique des troubles mentaux. La psychopathologie (des mots grecs : psukhê, « âme » et pathos, maladie) est l'étude scientifique et clinique des troubles psychiques (ou troubles mentaux) par la psychologie ou la psychiatrie.

La reconnaissance des troubles mentaux comme maladies date du début du avec la parution d'une publication de Philippe Pinel (1801).

La psychopathologie pose le problème de la définition et description des troubles, et de la différence entre le normal et le pathologique. Elle porte sur les critères diagnostiques des troubles et sur leur classification. Elle tente de comprendre les facteurs influençant ou causant les troubles, les mécanismes de mise en place et de développement des troubles, ce qui permet de proposer des traitements et d'évaluer des pronostics.

La psychopathologie se définit comme classiquement l'étude des dysfonctionnements psychologiques. Il s'agit d'une psychologie du pathologique aussi que de l'étude de la pathologie du psychologique. Comme selon le psychiatre Eugène Minkowski, la psychopathologie désigne à la fois la psychologie du pathologique et la pathologie du psychologique.

Selon le psychologue clinicien Jean-Louis Pedinielli, la pathologie du psychologique est l'acceptation la plus courante et la plus classiquement admise. Elle suppose l'existence d'une pathologie mentale dont on décrit et interprète les aspects psychologiques, la notion de psychologie du pathologique désigne l'analyse psychologique du fait pathologique.

Histoire

La reconnaissance des troubles mentaux comme maladies date du début du avec la parution du Traité médico-philosophique sur l'aliénation mentale ou la manie de Philippe Pinel (1801).

Classification internationales

Les deux principaux systèmes de classification des troubles mentaux pour les personnes de tous âges sont la CIM-11 (système international de classification des maladies publié par l'Organisation mondiale de la santé) et le DSM (Manuel diagnostique et statistique des troubles mentaux) publié et régulièrement actualisé, par l'American Psychiatric Association (APA)https://www.psychiatry.org/psychiatrists/practice/dsm.

Les classifications du DSM et de la CIM tendent à circonscrire leur champ d'étude à la faveur d'une approche scientifique convoquant clinique, épidémiologie, génétique et neurosciences, positive des symptômes lesquels ne sont pas référés à des conflits inconscients sous-jacents à la différence de la psychanalyseBerrios G E (1996) The History of Mental Symptoms. Descriptive Psychopathology since the Century. Cambridge, Cambridge University Press . Toutefois, la psychopathologie psychiatrique peut également faire référence à Freud ou à la psychanalyseAbabei Cristina, « Manuel de psychiatrie sous la direction de J.-D. Guelfi et F. Rouillon. Traité de psychiatrie de M. Gelder, R. Mayou et P. Cowen », L'information psychiatrique 4/ 2008 (Volume 84), , .

Normal et pathologique La distinction entre normal et pathologique a fait l'objet de nombreuses discussions, tant la frontière entre les deux est parfois difficile à définir.

En psychopathologie de l'enfant et de l'adolescent, un comportement est considéré comme pathologique lorsqu'il remplit un ou plusieurs des critères suivants:

excès ou insuffisance du comportement évalué par comparaison aux enfants ou adolescents du même âge,

enfreinte aux normes familiales, culturelles et sociales,

retard ou décalage développemental, comportement entravant le développement de l'enfant en l'empêchant d'acquérir des compétences affectives, sociales et instrumentales,

entrave au fonctionnement adaptatif, comportements perturbant le cours habituel du développement et entraînant une souffrance pour le jeune (et très souvent pour son entourage).

Ces critères, considérés de manière isolée, ne sont pas suffisant pour parler de psychopathologie. En pratique, la distinction entre normal et pathologique est souvent difficile à établir. Les diagnostics s'appuient sur plusieurs entretiens, examens ou tests psychologiques et/ou échelles de comportements qui évaluent non seulement la catégorie pathologique mais également sa nature précise et son intensité. Malgré cela, il existe toujours une part de jugement social et de valeur (familiale, sociale, culturelle) dans l'évaluation du normal et du pathologique.

Par ailleurs, on peut aussi étudier la psychopathologie des animaux qui se présente sous diverses formes.

Canguilhem Georges Canguilhem propose de substituer la notion de normativité à celle de norme et la notion d’ordre à celle de valeur. Cet auteur « biologise » la notion de norme et considère que ce n'est pas à la science de juger du normal car c’est avant tout la vie qui en fait un concept de valeur. On ne peut pas non plus poser le problème de la normalité ou de l’anormalité sans tenir compte des normes sociales ou individuelles. La psychopathologie identifie ainsi trois types de normalité : la normalité comme norme sociale, la normalité comme idéal, la normalité comme absence de maladie. Canguilhem propose encore le concept d’« anomalie » qui se définirait comme . Elle est observable. La psychopathologie s’intéresserait alors plus à l’anomalie qu’à l’anormalité.

Minkowski À propos de la différence entre une sémiologie étroite, c'est-à-dire simplement rivée aux symptômes, et une réflexion approfondie qui fonde la psychopathologie, Eugène Minkowski écrivait en 1929 : Évolution psychiatrique, octobre 1929.

Les approches Psychopathologie biologique La psychopathologie biologique désigne une orientation particulière des conceptions et des recherches dans lesquelles l’accent est mis principalement sur l’influence des modifications morphologiques ou fonctionnelles du système nerveux sur la genèse des troubles mentaux.

Comportements anormaux et facteurs biologiques (neuroimagerie, neuroanatomie) Les techniques de neuroimagerie ont démontré que de nombreux troubles mentaux s’accompagnent d’altérations cérébrales. Par exemple, la schizophrénie est associée à une réduction du volume cérébral global et à une dilatation des ventricules latéraux du cerveau par rapport aux sujets sains. De même, dans la dépression, on retrouve une diminution du volume de l’hippocampe – région clé de la mémoire et de la régulation du stress – comparativement aux individus non déprimés. Ces exemples illustrent que les comportements dits « anormaux » observés dans les maladies mentales sont corrélés à des altérations biologiques objectivables du cerveau (notamment une perte de matière grise dans l’insula antérieure et le cortex cingulaire antérieur dorsal), confirmant l’importance des facteurs neuroanatomiques dans la psychopathologie.

Génétique comportementale : génotype, phénotype et hérédité des troubles mentaux Les études de génétique comportementale montrent clairement que la composante génétique (génotype) contribue significativement au risque de troubles mentaux, même si le phénotype (manifestations observables, symptômes) résulte toujours d’interactions complexes entre les gènes et l’environnement. Une méta-analyse de la quasi-totalité des études sur les jumeaux publiées au cours des 50 dernières années confirme que tous les traits humains présentent une part d’héritabilité : en moyenne, environ la moitié de la variance des traits – y compris des tendances psychopathologiques – est attribuable à des facteurs génétiques. Dans environ le deux tiers des cas, ces effets sont de nature additive, c’est-à-dire que l’influence de chaque gène s’ajoute à celle des autres. Cependant, pour l'autre tiers, certaines caractéristiques, comme les troubles de conduite ou la dépression récurrente, font apparaître un rôle non négligeable de facteurs environnementaux partagés ou de mécanismes génétiques non additifs, reflétant la complexité du processus.

Globalement, la plupart des troubles psychiatriques présentent une héritabilité modérée à élevée, mais ces estimations varient selon la pathologie. Par exemple, pour la dépression, l’anorexie, la dépendance à l’alcool ou les troubles obsessionnels compulsifs, les études indiquent des héritabilités avoisinant 30 à 40%, tandis que la schizophrénie, le trouble bipolaire, l’autisme ou encore le trouble déficitaire de l’attention/hyperactivité (TDAH) affichent des valeurs plus élevées, pouvant atteindre 50 à 80%. Les études de jumeaux confirment cette influence génétique : les monozygotes (partageant 100 % de leur génome) ont un risque nettement plus élevé de développer la même maladie que les dizygotes (qui partagent environ 50 % de leurs gènes).

Néanmoins, une forte héritabilité n’équivaut pas à un déterminisme génétique. Comme le soulignent Uher et Zwicker (2017), même pour les troubles mentaux dont la composante héréditaire est élevée, l’expression finale du phénotype dépend d’interactions complexes entre de multiples variations génétiques (souvent chacune de faible effet), un large éventail de facteurs environnementaux, et des mécanismes épigénétiques sensibles aux expériences de vie (stress, traumatismes, etc.). Certaines maladies neuropsychiatriques, comme la maladie de Huntington, illustrent de façon nette l’importance de la génétique : cette pathologie autosomique dominante, liée à une mutation du gène HTT, conduit quasi inévitablement à des troubles moteurs dégénératifs (chorée, dystonie, etc.) souvent associés à des symptômes psychiatriques (irritabilité, troubles de l’humeur, comportements inappropriés, etc.). Mis à part ce cas extrême, la plupart des troubles mentaux ne reposent pas sur un seul gène, mais plutôt sur une combinaison de multiples variations génétiques de faible effet, dont les influences s’additionnent pour accroître le risque de développer un trouble.

Neurosciences et biochimie des troubles mentaux (neurones, neurotransmetteurs) Les troubles psychiques étant le reflet d’un dysfonctionnement du cerveau, il est logique d’examiner les anomalies neuronales et biochimiques associées. Les avancées en neurosciences ont permis de mieux comprendre comment certaines perturbations des neurotransmetteurs et des circuits neuronaux contribuent aux symptômes psychiatriques.

Déséquilibres des neurotransmetteurs De nombreux travaux soutiennent l’hypothèse des monoamines pour la dépression, selon laquelle un déficit en sérotonine (5-HT) et en noradrénaline (NA) dans certaines régions cérébrales contribuerait aux symptômes dépressifs. Cette vision est étayée par le fait que la plupart des antidépresseurs actuellement efficaces — tels que les inhibiteurs sélectifs de la recapture de la sérotonine (ISRS) et les inhibiteurs de la recapture de la sérotonine-noradrénaline (IRSNa) — augmentent la disponibilité de ces monoamines dans la synapse, par exemple en bloquant le transporteur qui les recapture. L’introduction clinique des ISRS et des IRSNa a d’ailleurs significativement amélioré la prise en charge de la dépression, confirmant l’importance de ces amines biogènes dans la régulation de l’humeur.