La Charte nationale est le texte promu en par le président algérien Houari Boumédiène, traitant de différents aspects de la vie quotidienne et de la vie politique algérienne.
Histoire
Présentation Elle développe une vision historique des fondements de la société algérienne, en faisant largement référence aux idéologies sur lesquelles doit reposer la nation, socialisme et islam. Elle réaffirme la langue arabe comme étant non seulement la langue nationale et officielle du pays, mais aussi la langue que la nation s'efforcera de promouvoir dans le pays, dans un contexte où la question de l'identité kabyle est un facteur de tension avec les autorités nationalesAlgérie-La politique linguistique d'arabisation Université de LavalEn 2002, dans un climat tendu, le parlement a réhabilité la langue berbère comme langue nationale, sans toutefois lui accorder le statut de langue officielle.
Élaboration L'élaboration de la Charte nationale a pour point de départ un discours prononcé par le président Boumédiène le .., pour le dixième anniversaire de sa prise de pouvoir. La rédaction d'un avant-projet est confiée à une commission constituée le suivantOrdonnance du portant création d'une commission supérieure de la Charte nationale, dans .. Le , le projet de Charte nationale est adopté par la Conférence nationale et le président Boumédiène en prononce un discours explicatif.
L'approbation de la Charte nationale est soumise à référendum par l'ordonnance du Ordonnance du portant convocation du corps électoral et organisant le référendum sur la Charte nationale, dans . Ce référendum se tient le . Les résultats sont proclamés le et publiés le Procès-verbal du de proclamation des résultats du référendum sur la Charte nationale, dans .. Avec sur , le taux de participation atteint . Le recueille des exprimés (soit ) contre () pour le .
La Charte nationale est promulguée par l'ordonnance du , quatorzième anniversaire de l'indépendance du pays, puis est publiée au Journal officiel le suivant, date à laquelle elle entre en vigueur comme .
Révision en 1986 Fin 1985, le congrès du FLN élabore un « enrichissement » de la Charte. La nouvelle version est soumise à un référendum le et massivement approuvée.
Charte et constitution La Charte nationale sert de base à la rédaction de la constitution algérienne de 1976, acceptée elle aussi par référendum par le peuple algérien le , conduisant à remplacer la constitution de 1963 (suspendue en 1965), avant d'être éclipsée par celle de 1989.
La Constitution de 1976 y fait référence par trois fois, restreignant ainsi en théorie les possibilités d'évolution des lois et des options politiques au contenu de la Charte elle-même, dont elle assure ainsi la primauté :
Article 6 : La Charte nationale est la source fondamentale de la politique de la nation et des lois de l’État. Elle est la source de référence idéologique et politique pour les Institutions du Parti et de l’État à tous les niveaux. La Charte nationale est également un instrument de référence fondamental pour toute interprétation des dispositions de la Constitution.
Article 10 : L’option irréversible du peuple, souverainement exprimée dans la Charte nationale, est le socialisme, seule voie capable de parachever l’indépendance nationale.
Article 19 : La Révolution culturelle a notamment pour objectifs : (...) c) d’adopter un style de vie en harmonie avec la morale islamique et les principes de la Révolution socialiste, tels que définis par la Charte nationaleConstitution algérienne de 1976.
Longuement soumise à des discussions politiques et à des amendements par le peuple, elle devient un texte fondateur auquel les Président algériens se réfèrent régulièrement jusqu'en 1989, date à laquelle elle est partiellement amendée pour donner lieu à la rédaction d'une nouvelle constitutionIdentité ou personnalité algérienne ? L’édification d’une algérianité (1962-1988); Jean-Charles Scagnetti, Cahiers de la Méditerranée, 2003 qui, sans abroger la Charte, n'y fera plus référence.
Plan de la charte dans la version de 1986 Préambule Les fondements historiques de la société algérienne Les références idéologiques L'Islam et les exigences du siècle L'édification de la société socialiste Les grands axes de l'édification du socialisme La défense nationale La politique extérieure de l'Algérie Les institutions nationales Le Parti L'État Le contrôle Le développement global Principes généraux d'organisation de l'économie nationale Le développement rural Le développement industriel Le développement culturel et social Aménagement du territoire et développement des structures de base
Aspects juridiques De 1976 à 1989, les textes de loi sont promulgués en faisant tout d'abord référence à la Charte, et commencent ainsi : Le Président de la République, Vu la Charte nationale, Vu la Constitution et notamment ses articles xxPour un exemple, Loi n° 84-09 du 4 février 1984 relative à l'organisation territoriale du pays sur le site éditant les Journaux officiels
Charte et socialisme
Charte et langue
Charte et islam
Charte et rôle de la femme Le principe de l'égalité des droits civiques entre hommes et femmes avait été réaffirmé en 1975, via une Ordonnance précisant que « Toute personne majeure jouissant de ses facultés mentales et n’ayant pas été interdite est pleinement capable pour l’exercice de ses droits civiques. La majorité est fixée à 19 ans révolus »Ordonnance N° 75 – 58 du 26 septembre 1975, modifié et complétée.
Pour la CharteCharte nationale,Jabhat al-Taḥrīr al-Qawmī, Ed. Le Front, 1976, les femmes algériennes ont participé à la guerre de libération nationale, et donc l'État doit les protéger, et notamment, comme cité dans le chapitre "Promotion de la femme", contre le rang injuste dans la société algérienne auquel les ont ravalées l'éthique féodaliste et des traditions contraires à l'esprit émancipateur de l'Islam.
Concernant les relations au travail, la Charte y est favorable, dans une double limite. La première limite est de les considérer comme faisant partie d'une Armée de réserve de travailleurs, concept pourtant créé et combattu par Marx, alors que la Charte vise au socialisme : « Les femmes représentent la moitié de la population active et constituent une réserve appréciable de la force de travail du pays, dont l'immobilisme ne peut avoir d'autre signification que celle d'une faiblesse dans l'économie et d'un retard dans l'évolution sociale.» La seconde limite a trait à la prépondérance de leur rôle de mère et d'épouse : « cependant, l'intégration de la femme dans les circuits de la production doit tenir compte des contraintes inhérentes à son statut d'épouse et de mère de famille dans la construction et la consolidation du foyer familial qui forme la cellule constitutive de la nation. Ainsi, l'État doit-il encourager la femme à occuper des postes de travail qui répondent à ses aptitudes et à ses compétences.» Cette double limitation est pour Dahbia AbrousL'honneur et le travail des femmes en Algérie, Dahbia Abrous, L'Harmattan, 1989 le signe avant-coureur de la tentative répétée d'imposer une seconde fois en 1981, après l'échec de 1966, le code de la famille, qui se réfère à l'islam et prévoit la remise sous tutelle de la femme. Cette tentative sera violemment rejetée par la population, et le texte ne sera pas voté.
La Constitution prévoira quant à elle une égalité entre hommes et femmes, ne faisant aucune distinction entre les citoyens, sauf quand elle réaffirme que tous les droits politiques, économiques, sociaux et culturels de la femme algérienne sont garantis par la ConstitutionArticle 42.
Pourtant, dans une forte critique contre les structures dirigeantes et religieuses, la laïcité en Algérie, Tarik Mira fait part d'un mouvement de balancier dans le statut de la femme. La question en suspens depuis l'indépendance n'empêche pas, sous Boumediene, des avancées qu'il qualifie de "progressistes" telles que la généralisation de l'enseignement et l'ouverture au monde du travail. Ces avancées amèneront au triomphe du dévoilement de la femme» dans les villes. Mais «la réappropriation de l’identité nationale basée sur la diffusion multiple de la langue arabe classique et la réaffirmation de la place de l’islam comme élément constitutif primordial de la personnalité algérienne» vont rapidement faire le lit de l'intégrisme, en générant une dégradation de la qualité de l'enseignement et de la justice, en manque de moyens et accaparés par les barbéfélènescontraction de barbus et FLN. Tarik Mira constate que, dès 1978, on assiste aux premiers retours du hidjab dans les universités. Il attribue à la conjonction islamisation d'État/arabisation les compromis en faveur d'un courant conservatiste et le vote en 1984 d'un code de la famille d'inspiration islamiste, en rupture avec les attentes progressistes. De la même manière, l’incitation à la haine contre, entre autres, les femmes, est le signe pour lui que le double phénomène arabisation/maintien de l'islam comme religion d'État a permis aux imams de d'échapper à la supposée mainmise de cet ÉtatSite de l'Union des familles laïques, la laïcité en Algérie, une idée pérenne Tarik Mira, juillet 2007
Le Code de la famille rejeté par la population en 1981, est finalement adopté en 1984.
Identité ou personnalité algérienne ?
Notes et références
Voir aussi Articles connexes Histoire de l'Algérie depuis 1962 Politique en Algérie Réformes en Algérie après l'indépendance Constitutions de l'Algérie
Liens externes Charte nationale de 1976 portant publication de la Charte nationale, dans La Constitution de 1976 en arabe et en français sur le site du Conseil constitutionnel. La Constitution de 1976 sur Wikisource. Charte nationale de 1986 relatif à la publication au Journal officiel de la République algérienne démocratique et populaire de la Charte nationale adoptée par référendum du , dans
Algerie 1976 Algerie 1976 Catégorie:Référendum en Algérie