Les Zirides (en berbère : Ath-Ziri ; en arabe az-Zīrīyūn ou banū Zīrī) sont une dynastie berbère sanhajienne qui régna en Afrique du Nord, originaire du Maghreb central, ils contrôlent épisodiquement une grande partie du Maghreb entre 972 et 1014 et vont régner sur l'Ifriqiya jusqu'en 1148.

Descendants de Ziri ibn Menad, chef militaire ayant rallié les Fatimides et qui donne son nom à la dynastie, les Zirides sont une lignée d'émirs qui gouvernent au nom des califes fatimides installés en Égypte. Dans les faits, ils renforcent leur indépendance jusqu'à rompre officiellement avec les Fatimides à partir du milieu du . Se transmettant le pouvoir par voie héréditaire, ils constituent ainsi une véritable dynastie. C'est la première dynastie d'origine berbère de la période médiévale du Maghreb ; elle ouvre ainsi la voie à une période de l'histoire maghrébine où le pouvoir politique sera détenu par des dynasties berbères (Almoravides, Almohades, Zianides, Mérinides et Hafsides)Ivan Hrbek, Unesco. International Scientific Committee for the Drafting of a General History of Africa, Africa from the Seventh to the Eleventh Century, James Currey Publishers, - 398 pages, en ligne.

Poussant leurs campagnes jusqu'à Fès et au nord du Maghreb al-Aqsa en 980, ils se heurtent à la résistance des Zénètes qui font allégeance au califat de Cordoue.

Diverses branches zirides vont régner sur le Maghreb central, mais aussi sur la Taifa de Grenade en Al-Andalus. C'est ainsi qu'au début du , à la suite de diverses contestations familiales, la branche des Hammadides fait sécession et prend le contrôle des territoires du Maghreb central. Les Zirides proprement dit sont alors désignés comme « Badicides » et n'occupent plus que l'Ifriqyia entre 1048 et 1148. Une partie fuit en Al-Andalus et fonde plus tard, en 1019, le royaume de Grenade sur les décombres du califat de Cordoue« Les Zirides et les Hammadides (972-1152) » sur Qantara-med.org, par Allaoua Amara . Les Zirides de Grenade sont défaits par l'expansion des Almoravides, qui annexent leur royaume en 1090, tandis que les Badicides et les Hammadides demeurent indépendants.

À la suite de la reconnaissance du califat sunnite abbasside et de l'affirmation de l'Ifriqiya et du Maghreb Central en royaumes indépendants d’obédience sunnite en 1048, les Fatimides chiites provoquent la migration des Hilaliens vers le Maghreb. Au , les invasions hilaliennes combinées aux attaques des Normands de Sicile sur le littoral affaiblissent le pouvoir ziride ; les Almohades finissent par conquérir le Maghreb central et l'Ifriqyia en 1152, unifiant ainsi l'ensemble du Maghreb et mettant fin aux « deux dynasties zirides » : Badicide et Hammadide.

Histoire Origine des Zirides Ce n'est qu'au début du de l'ère chrétienne, quand la Berbérie Orientale vient d'être ravie aux Aghlabides par les Fatimides, que les Sanhadja (en berbère Zenaga ou au pluriel Iznagen), berbères sédentaires du Titteri, dont sont issus les Zirides, émergent d'une sorte de pénombre historique. Deux thèses s'opposent sur l'origine des Sanhadja : celle des généalogistes berbères et celle des généalogistes arabes. Les deux généalogies s'accordent sur l'origine berbère de la dynastie mais les généalogistes arabes lui ajoutent certains ancêtres arabes. Ces origines arabes sont qualifiées par Ibn Khaldoun de « fable »Ibn Khaldoun signale que les Sanhadja bien que Berbères ont toujours revendiqué une généalogie mythique himyarite et passaient pour être les « clients » () du calife 'Alï ben Abï Tàlib, et les Zénètes Maghroua, ceux du calife Othman, tout en déclarant ignorer comment cela se fit. Manifestement cette appartenance découle de la dévotion politique des Sanhadja aux Fatimides et des Maghraoua aux Omeyyades. Certaines généalogies dont celle d'Ibn al-Nahwï ou Ibn Saddàd font remonter les origines de Menad à l'arabe Qahtan (selon )..

Selon Ahmed M'Charek, les toponymes de Saneg, l'antique Visnazi dans le Titteri, non loin d'Achir (capitale ziride) et de Médéa est liée aux Sanhaja. Comme en témoigne leur nom d'origine « Saneg », « Sanak » qui par translittération successive a donné Sanag(a) puis Zenag(a) et enfin, Sanhadja. « Sanâk » ou « Sanâg » est devenu « Sanhâj » au Moyen Âge car comme l'explique Ibn Khaldoun : « les Arabes ont inséré un (h) afin de l’adapter au génie de leur langue. ». Le terme latin Vsinazi ou Vsinaz est en fait une déformation du berbère « U-Sinag » (fils de Sinag) qui donne en arabe « Banû-Sinâg ». Les vestiges de Saneg (203 ) attestent d'une présence des Sanhadjas dans le Titteri remontant au moins l'époque romaine. Ainsi les Berbères Iznagen/ Znâga/Sanâga (Sanhadja) ne sont pas à l’origine des nomades chameliers, mais des sédentaires du Titteri dont l'origine remonte à l'Antiquité.

Ibn Khaldoun décrit les Talkata comme descendants de Telkat fils de Kert, fils de Sanhadj (Zanag en berbère) et dans son ouvrage reproduit la généalogie de l'historien andalou Ibn al-Nahwï à propos de Menad qui serait : « fils de Mencous, fils de Sanhadj le jeune, c'est-à-dire de Zanag, fils de Ouasfan, fils de Djebrîl, fils de Zeid, fils de Ouasli, fils de Semlil, fils de Djafer, fils d'El Yas, fils d'Othman, fils de Segad, fils de Telkat, fils de Kert, fils de Sanhadj l'ancien ». vignette|273x273px|Ruines d'Achir dans la wilaya de Médea, capitale historique des Zirides Les Zirides sont mentionnés pour la première fois par Ibn Hawqal (943-988). Ils habitaient Achir, fief de la famille de Ziri ibn Menad. Par ailleurs, un siècle auparavant, al Yaqubi signale des Sanhadja dans le pays de Haz, région correspondant au sud de Médea.

Pour Bouzid Aleya, qui a consacré aux « Sanhadja » une étude exhaustive, les premiers groupements Sanhadja signalés dans le Haut Moyen Âge, étaient établis dans la partie orientale du Maghreb central, plus exactement à l’ouest du Zab. L’auteur les distingue des Sanhadja nomades du Sahara. Chez ce groupe des sédentaires, les Talkâta sont établis à l’est de Tlemcen, dans la région d’Alger, de Msila, de Hamza, de Médéa et de Bougie. En effet, le pays dit des Sanhadja occupait, au , la moitié nord-est du Maghreb central mais ses limites sont difficiles à cerner. Mahfoud Kaddache s'appuyant sur les travaux d'Ibn Khaldoun affirme que les Sanhadja forment à l'origine une confédération de tribus allant de l'Aurès à Ténès. Il distingue parmi eux : les Talkatas, les Anjafa, Charta, Lemtuna, Masufa, Kadala, Mandasa, Banu Warat et les Itissan. Les terres qu'ils occupent au Maghreb central étaient les montagnes et . Les Sanhadja, principalement éleveurs, tournaient le dos à la mer, hormis leur possession de quelques ports actifs : Ténès, Jazaïr Beni Mezghenna (Alger) fondée ultérieurement, Marsat al Haraz (El Kala), Mers El Hadjadj (Marsat El Hadjadj / Marsat al-Djaj) (« Port aux Poules »), Honaïne et Oran..

À l'époque de la conquête musulmane du Maghreb, les Ketamas et les Sanhadja (dont les Talkāta) peuplaient le Maghreb central, y compris le massif de l'Aurès, la Grande Kabylie, mais également les régions de Tahert et de Tlemcen.

Hady Roger Idriss cite Al Bakri qui rapporte qu'avant la chute des Aghlabides en 909, les Telkatas étaient commandés par Menad Ibn Manqus (père de Ziri ibn Menad). Il se serait rendu au pèlerinage de La Mecque en même temps que Yunûs, l'instigateur de l'hérésie Berghouata et était alors le « souverain » (sahib) de Qalʻat Manādiyya, près de Sijilmassa, qu'il avait pour capitale, . L’avènement de Yunûs à la tête des Berghouatas est d'ailleurs fixé à l'an 842. Dans une note, Hady Roger Idriss juge que la date donnée par le Bayan, soit l'année hégirienne 201, correspondant aux années 816-817, est insoutenable étant donné que son fils et successeur Ziri ibn Menad est mort en Ramadan de l'année hégirienne 360, soit 970-971, .

Les Rostémides, dynastie précédente du Maghreb central, assistent au morcellement de leur territoire qui tombe aux mains de chefferies berbères. Une tribu en particulier, les Sanhadja Talkata, exerce une suprématie sur les autres tribus grâce à son nombre, son armée et la qualité de son chef : Menad père d'un certain Ziri.. Toujours selon Ibn Khaldoun, le père de Ziri, Manād ibn Manqūs : . Or, il n'existe pas de source pour décrire le territoire sanhadja commandé par Manād (et accessoirement la branche talkata) durant la période aghlabide. La thèse de Hady Roger Idris confirme ce manque d’éléments sur le territoire des Sanhadja à la chute des Aghlabides et privilégie le constat selon lequel ils sont bien installés « au moins à l'ouest du Maghrib central », . Ibn Khaldoun décrit Manâd comme le chef de la tribu des « Outelkata » (variante du mot Telkata) originaire du Titterri, alors sous tutelle aghlabide. Il possède alors une mosquée d'où l'on vient de partout pour écouter le sermon d'oulémas réputés.

Émergence des Zirides vignette|upright|Statue de Bologhine à Alger Al-Nowaïri nous compte le récit mythique des prémices de la fondation de la dynastie Ziride. Un jour, Menad, père de Ziri et grand-père de Bologhine, offrit l'hospitalité à un pèlerin maghrébin dans le besoin. Après un bon festin, le pèlerin se mit à fixer une omoplate de mouton avant d'émettre une prophétie ; celui-ci devina que la femme de Menad était enceinte et lui prédit que de sa descendance, naîtra un homme qui sera le maitre de tout le Maghreb et dont les fils régneront après lui. Au début du , Ziri ibn Menad, dont descend la dynastie, rallie les Fatimides chiites. À leurs yeux ce général de la branche berbère des sanhadja fait ses preuves en luttant à leur côté contre les révoltes kharidjites (courant religieux de différentes confédération tribales zénètes : Maghraouas, Banou Ifren...) notamment lors du siège de Mahdia vers 923.

Ziri écrase également les Maghraouas après la mort de leur leader Abu Yazid en août 947 ; Ibn el-Kheir, émir des Maghraouas, se suicide pendant le combat avant d'être remplacé par son fils. L'historien Ibn Khaldoun rapporte que « plusieurs siècles après, on voyait encore les ossements des morts répandus sur le champ de bataille », tandis que les têtes des émirs kharidjites sont envoyées au calife fatimide Al-Muizz li-Dîn Allah qui se réjouit de sa victoire.

De plein accord avec le calife fatimide il fonde alors la ville d’Achir, une capitale et un bastion pour s'assurer un point de retraite en cas de revers. Issu du sud algérois, il se présentent comme . Pierre Montagnon décrit cette dynastie comme en ses débuts et contrairement aux Fatimides ils portent un intérêt à leur domaine comme en témoigne l'implantation de leur capitale Achir dans les monts du Titteri, un environnement austère et aride. Comme Tahert, Achir est à la lisière de deux mondes : l'un sédentaire et Tellien, l'autre nomade et centré sur les Hauts-Plateaux. En titre, les Zirides se présentent comme mandataires des Fatimides, mais en réalité ils s’efforcent d'être maîtres chez eux ; envoyant des tribus et présents à un calife désormais lointain.

En 958, Ziri et Jawhar s'en vont pour soumettre le Maghreb occidental. Les villes de Fès et de Sijilmassa furent soumises après de longs sièges, ainsi que tout le nord marocain. Au même moment, affluaient des délégations de princes berbères du souss al Aqsa apportant des cadeaux. L'expédition a bien atteint l'atlantique, toutefois, les villes de Ceuta, Tanger et Salé sont restées aux mains des omeyyades.