Georges, seigneur de Kunštát et de Poděbrady (en tchèque : Jiří z Kunštátu a Poděbrad), ou Georges de Poděbrady, né le à Poděbrady et décédé le à Prague, gouverneur (1451), régent (1453) puis roi de Bohême (1458-1471), est le premier souverain européen rejetant la foi catholique, embrassant la religion de Jan Hus dont le signe caractéristique était un calice apposé sur les églises.
Biographie Origine Georges est le fils de (1403-1427), seigneur de Kunštát et de Poděbrady, et d'Anne de Wartenberg. Son père est un noble tchèque qui avait pris la tête de la rébellion taborite durant les guerres hussites ; Georges prend part très jeune à la bataille de Lipany en 1434 qui voit la défaite des taborites face aux hussites modérés.
Opposant puis régent En tant que chef des hussites, il met en déroute les armées impériales menées par , beau-fils de l'empereur du Saint-Empire. Durant la minorité de , la Bohème se divise en deux camps : les catholiques menés par (tchèque : Oldřich z Rožmberka) (1403-1462), et les hussites modérés, menés par l'archevêque de Prague, récusé par la curie romaine, Jean de Rokycana, (tchèque : Hynek Ptácek z Pirkštejna) puis par Georges de Poděbrady.
Georges de Poděbrady, après plusieurs essais infructueux d'entente entre les deux camps, a recours aux armes, mobilise une armée hussite qu'il base dans le nord-est du pays où son fief est situé et marche sur Prague dans laquelle il entre quasiment sans rencontrer de résistance dans la nuit du 2 au . La guerre civile continue cependant et Georges détruit Tábor, sanctuaire des extrémistes, en 1452. Le , , tuteur du jeune roi Ladislas, confie à Georges l'administration du royaume de Bohême, décision entérinée par la diète réunie cette même année et qui lui confie l'intendance du royaume. Le , la diète de Bohême élit roi le jeune Ladislas après que l'empereur l'eut libéré mais comme le roi n'a que treize ans, Georges de Poděbrady devient régent. En 1456, il acquiert comme fief héréditaire le duché de Münsterberg.
Règne L'opposition entre les Tchèques hussites et les catholiques proches du Saint-Empire demeure, mais Georges de Poděbrady se révèle homme de compromis. La mort prématurée du jeune roi donne lieu a des rumeurs d'empoisonnement. Le , la diète des États de Bohême élit Georges à l'unanimité. Même les partisans du camp catholique votent pour lui, soucieux de ménager un fort sentiment national et de garder les domaines de l'Église romaine que certains d'entre eux avaient obtenus..
Excellent administrateur, Georges de Poděbrady crée une haute administration qui subsiste jusqu'à la guerre de Trente Ans. Sa politique est fondée sur le respect des Compactata proclamés le à Jihlava lors de l'accord entre les représentants du concile de Bâle et les hussites et qu'il considère comme fondamental pour instaurer une cohabitation harmonieuse entre la majorité hussite de la population et la minorité catholique. Le plus grave problème que le nouveau roi doit résoudre est la menace de croisade brandie par le pape qui dénonce en les Compactata et appelle les sujets tchèques à la désobéissance, ce qui a un certain succès dans les provinces restées pour l'essentiel catholiques (Moravie et Silésie). Le roi de Bohême réussit toutefois à détourner les intentions du pape en appelant toute la chrétienté à la croisade contre les Ottomans qui avaient pris Constantinople en 1453. La manœuvre réussit presque mais meurt en 1464 avant de s'embarquer..
Projet d'union européenne Ne pouvant s'entendre avec le nouveau pape , une délégation du roi de Bohême menée par deux ambassadeurs, et , est reçue par le roi en Picardie en et un traité d'amitié est signé le à Dieppe. Georges de Poděbrady envoie ensuite du à ses ambassadeurs dans toute l'Europe occidentale sous la conduite de son beau-frère Ils rencontrent de France, Philippe le Bon, , , et . pour proposer à la chrétienté une alliance permanente sous la forme d'un traité instaurant une « Confédération des rois et princes chrétiens » dotée d’une assemblée permanente et d'une cour internationale de justice.. Le projet est très élaboré, comprenant les principes d'une assistance mutuelle automatique, d'un arbitrage international, etc. L’Assemblée se réunirait à Bâle, puis, en alternance, dans une ville française et italienne. Les fonds de la « caisse commune » seraient alimentés par la dîme perçue par l'ÉgliseCf notamment , et .. L'ambassade reçoit un accueil poli des cours, notamment du roi de France , mais les souverains préférèrent ne pas donner suite au projet..
Fin de règne thumb|Georges de Poděbrady et Matthias Corvin par Mikoláš Aleš.
En , le pape excommunie le roi Georges et interdit aux sujets catholiques de la couronne de Bohême de lui porter allégeance. Dans le courant de l'année 1467, le roi Georges écrase sans beaucoup de difficulté l'union de Zelená Hora, association de seigneurs catholiques qui se dresse contre lui. Mais au , il se trouve en face d'un nouvel ennemi. , jusqu'alors allié de Georges, fait alliance avec , conquiert la Moravie et la Silésie, se fait couronner roi de Bohême à Olomouc le par les catholiques. Georges remporte des succès militaires notamment dans les monts Métallifères en , obligeant finalement le roi de Hongrie à conclure une trêve. La mort du roi de Bohême, le , relance le conflit, cette fois pour la succession au trône de Bohême dont il avait lui-même écarté ses propres fils le au profit de Vladislas Jagellon, fils aîné de et petit-fils d' du Saint-Empire..
Unions et postérité Georges de Poděbrady eut deux épouses et onze enfants. :
en 1440/1441 Cunégonde de Šternberk (1425-1449), fille de Smilo comte de Šternberk : Boček de Poděbrady (1442-1496) ; Victor de Poděbrady (1443-1500), titré prince d'Empire en 1459 et co-duc de Troppau (1465-1485) ; Barbara de Poděbrady (1444/1447-1469), épouse Henri von Lipa puis Jean Albert Krzinecky von Ronov ; (1448-1498), prince d'Empire en 1462, co-duc de Troppau (1465-1472) et duc de Münsterberg, dont la lignée s'éteint en 1647, et comte de Glatz ; Catherine (1449-1464), épouse de de Hongrie, roi de Bohême et de Hongrie ; Sidonie (1449-1510), épouse d'. en 1450 Jeanne (morte en 1475), fille de Jan de Rožmital zu Blatna : (1452-1492), prince d'Empire en 1462 ; Frédéric (1453/1454-1459) ; Georges (1454/1455-1462), comte de Glatz en 1459 ; Ludmilla, épouse ; Jean (1456-1459).
Notes et références
Voir aussi
Bibliographie
Sous la direction de Denise Péricard-Méa, De la Bohême à Compostelle. Aux sources de l'idée d'union européenne. Projet du roi Georges de Podebrady (1464). Récit du voyage en Europe du seigneur Léon de Rozmital (1465-1467), Atlantica-Séguier, coll. Autour de Compostelle, 2008, . . . .
Catégorie:Roi de Bohême du XVe siècle Catégorie:Famille de Poděbrady Catégorie:Duc de Münsterberg Catégorie:Naissance en avril 1420 Catégorie:Naissance à Poděbrady Catégorie:Naissance dans le royaume de Bohême Catégorie:Décès en mars 1471 Catégorie:Décès à Prague Catégorie:Décès dans le royaume de Bohême Catégorie:Décès à 50 ans Catégorie:Personnalité inhumée dans la cathédrale Saint-Guy de Prague