Le mouvement du (tamazight : ⴰⵎⵓⵙⵙⵓ ⵏ 20 ⵙⵉⵏⵢⵓⵔ amussu n 20 sinyur) ; ) est un mouvement de contestation apparu au Maroc le , à la suite de la vague de protestations et de révolutions dans d'autres pays de l'Afrique du Nord et du Moyen-Orient connue sous le nom de .

À l'instar de la Tunisie ou de l'Égypte, les manifestants demandent plus de libertés et de démocratie, l'égalité sociale, la fin de la corruption. ainsi qu'un plus grand respect des droits de l'homme.

Les partis politiques marocains, affaiblis ou créés de toutes pièces par le pouvoir (RNI, PAM), se révèlent totalement incapables d'absorber les demandes de la population. Le mouvement se caractérise par de nombreuses manifestations avec comme revendications des réformes politiques. Au contact d'une police particulièrement brutale, quelques émeutes éclatent dans des zones pauvres.

Les manifestants contestent également la forme monarchique du pays, critiquent la monarchie absolue et demandent une monarchie parlementaire. Le mouvement est vite pris en compte par le pouvoir, qui réécrit la Constitution en faveur d'une plus grande séparation du monarque et du gouvernement, et la fait plébisciter le de la même année.

Le face-à-face entre ce dernier et l’État marocain semble avoir débouché sur un jeu à somme nulle. Ainsi, le mouvement du a réussi à élargir l’espace public avec quelques réformes politiques concédées par la monarchie marocaine. Mais le pouvoir a réussi à éliminer complètement ce mouvement du champ social et politique marocain.

Contexte Au Maroc, le roi Mohammed VI avait promis, lors de son accession au trône en 1999, une série de réformes démocratisant la monarchie. Il avait également entrepris une évolution du statut des femmes et un débat sur les années de plomb. Cependant, le processus de démocratisation du régime demeurait bloqué selon les manifestants. Ceux-ci, encouragés par la vague contestataire du début 2011, lancent sur les réseaux sociaux plusieurs appels à manifester, le premier le . Les appels à manifester, se renouvelèrent ensuite, désignant le comme étant la .

Cet appel à manifester est soutenu par le mouvement islamiste Al Adl Wal Ihsane. et plusieurs associations de droits humains notamment l'AMDH. Le mouvement a également été soutenu dès le départ par le Parti socialiste unifié et le Parti Annahj Addimocrati. Quant aux autres partis politiques marocains, comme le Parti de la justice et du développement, principal parti islamique de l'opposition, ils ont appelé à ne pas participer à ces manifestations craignant des ..

Comme dans les autres révolutions arabes, Internet et les réseaux sociaux jouent un rôle important dans la mobilisation populaire et l'information (Facebook représenterait ainsi plus de 3 millions de comptes au Maroc).

Revendications Les revendications majeures du mouvement font appel à des réformes constitutionnellesRéforme constitutionnelle, site de L'Économiste Magazine.. Il s'agit d'un ensemble de revendications de réformes politiques et sociales qui remettent en cause le fonctionnement du régime, pour la première fois depuis la succession du roi au trône. Selon les manifestants, il s'agit de ..

Lors d'une conférence de presse le au siège de l'Association marocaine des droits humains (AMDH) à Rabat, l'une des membres actifs du mouvement du 20 Février, Tahani Madmad, étudiante de 19 ans, a énuméré les principales revendications du mouvement. Ces revendications sont apparues de façon plus détaillée sur le communiqué national du mouvement daté du www.20fevrier.com/?p=1747.www.20fevrier.com/?p=1386. ; elles concernent :

l'adoption d'une Assemblée constituante élue chargée de rédiger une nouvelle constitution qui sera soumise à un référendum populaire ; l'abandon du contenu de l’article 19 de la Constitution précédente datant de 1996 ainsi que ; la reconnaissance du tamazight comme langue officielle ; l'écartement immédiat des centres de décision de ; l'ouverture d'une enquête sur , notamment ceux reconnus coupables en vertu de la loi sur le terrorisme et ceux qui ont été arrêtés en marge des événements du ; la ; l'abolition de la Charte nationale d'éducation et de la formation et du programme d'urgence ; l'abolition des lois adoptées , notamment la loi sur le terrorisme ; la dissolution du gouvernement et des deux chambres et la formation d'un gouvernement intérimaire chargé de l'intégration immédiate et complète des diplômés sans emploi dans la fonction publique, la protection du pouvoir d'achat des citoyens par la limitation du coût de la vie, l'augmentation du salaire minimum et l'amélioration des conditions des travailleurs ; l'accès sans frais pour tous les citoyens aux services sociaux avec l'amélioration de ces mêmes services.

Déroulement de la contestation et concessions du pouvoir Manifestations du 20 février Des manifestations ont eu lieu dans 53 préfectures le dimanche , pour exiger des réformes politiques, la limitation des pouvoirs du roi, la fin des injustices et de l’affairisme, y compris au palais royal. La police a compté manifestants, les organisateurs en revendiquent personnesIsabelle Mandraud, « Au Maroc, le roi Mohamed VI affiche sa fermeté après les manifestations en faveur des réformes politiques », Le Monde, 23 février 2011, p. 8, lire en ligne.. Ces manifestations sont les plus importantes de l’histoire du Maroc. L'Institut de relations internationales et stratégiques évalue leur nombre à 100 000.

a déclaré le ministre de l'Intérieur Taib Cherkaoui..

Le ministre de l'Intérieur a indiqué que 33 établissements et édifices publics, 24 agences bancaires, 50 commerces et édifices privés, 66 véhicules et 2 vélomoteurs ont été incendiés. Les mineurs arrêtés sur les lieux des évènements ont été remis à leurs tuteurs, alors que 120 personnes ont été arrêtées et déférées devant la justice. Les recherches se poursuivant pour l'arrestation du reste des personnes impliquées.

À Al-Hoceima cinq manifestants sont morts dans une agence bancaire incendiée par les . Selon des témoins oculaires, ces personnes auraient été eux-mêmes des émeutiers qui tentaient de piller la banque.. D'autres sources indiquent qu'il pourrait s'agir d'un « dérapage » de la DGST. Le fait notamment que les vêtements des morts aient été retrouvés quasiment intacts tandis que les corps étaient, eux, complètement carbonisés, permet de douter de la version officielle. Le ministre a ajouté que 128 personnes, dont 115 policiers, ont été blessées lors des manifestations.

Un jeune homme dénommé Karim Chaib a succombé le aux blessures infligées par un policier qu'il avait reçues lors de la manifestation du à Sefrou.

Un millier de personnes manifestent à Casablanca le ..

Le 27, les manifestants revendiquent la fin d’un des piliers du régime, du système du makhzen, mais aussi contre la corruption, les injustices, les inégalités et l’affairisme jusque dans le palais royalFlorence Beaugé, « L'espoir d'un changement, insufflé par l'exemple tunisien, gagne le Maroc », Le Monde, 2 mars 2011, p. 8, lire en ligne..

Discours du roi le 9 mars Devant la mobilisation stable, le souverain chérifien annonce la formation d'une commission, composée de proches du pouvoir et dirigée par Abdeltif Menouni. Cette commission est chargée de rédiger des réformes constitutionnelles pouvant conduire à une monarchie constitutionnelle : reconnaissance de certaines minorités, justice indépendante, Parlement indépendant et librement élu, gouvernement responsable devant le Parlement. Cependant, un sit-in à Casablanca est violemment dispersé le dimanche . La répression fait des dizaines de blessés« La monarchie réprime durement une manifestation à Casablanca », L'Écho, 15 mars 2011, page Actu 3.Isabelle Mandraud, « Au Maroc, les promesses de réformes du roi n'ont pas désarmorcé la contestation », Le Monde, 15 mars 2011, p. 15, lire en ligne.. Les promesses de réforme n’abordent pas, entre autres, le pouvoir de droit divin du monarque, qui le rend intouchable et lui permet de passer outre à la constitution ; Ahmed Reda Benchemsi note toutefois le caractère contradictoire de ce droit divin avec la procédure référendaire choisie pour valider les réformes projetéesAhmed Benchemsi, « La sacralité de la monarchie marocaine est un frein à la démocratisation, », Le Monde, 16 mars 2011..

Malgré ce discours, les manifestations reprennent le . La police les réprime violemment.

Le , plus de manifestants défilent à Casablanca, Rabat, Tanger, Fès, AgadirIsabelle Mandraud, « Des manifestations au Maroc pour un « vrai changement » », Le Monde, p. 8. et d'autres villes (plus de 80 au total). Certains manifestants réclamaient plus de réformes que ce qui a été annoncé, d'autres entendent ainsi maintenir la pression pour que les promesses de réforme soient respectées « Thousands rally in call for Morocco reforms », AFP, 03-20-2011..

Une Commission consultative de révision de la constitution est mise en place, avec pour rôle de représenter les différentes tendances politiques du pays. Des membres des différents partis sont invités, ainsi que les jeunes du mouvement du 20 Février. Ceux-ci décident en partie de boycotter cette commission, qu’ils jugent trop limitée, alors qu’ils réclament une nouvelle constitution. Attac Maroc, l’Association marocaine des droits humains, le Parti socialiste unifié (PSU) et Annahj Addimocrati refusent également de participer aux travaux de la commissionIlhem Rachidi, « Maroc : le Mouvement du 20 février refuse la commission du roi », Rue 89, nouvelobs.com, 17 avril 2011..

Printemps Le , la mobilisation est en nette décrue, après le discours du roi : seulement 3 000 manifestants à Marrakech.

Le , le roi gracie 92 prisonniers politiques, dont des islamistes et des indépendantistes sahraouis« Chronologie », Le Monde. Dossiers & documents, 408, mai 2011, p. 20.. Mais les auditions de la commission de réforme constitutionnelle sont boycottées par l’Association marocaine des droits de l’homme et le Parti socialiste unifiéIsabelle Mandraud, AFP, « Maroc : troisième journée de manifestations », Le Monde, 26 avril 2011, p. 6..

vignette|Rassemblement de jeunes en . Le , des manifestations rassemblent des milliers de personnes dans plus de 100 villes à l’appel du mouvement du 20 Février; celle de Casablanca atteint 10 000 personnes. La police s’étant montré discrète, le calme a régné et aucun incident n’est à déplorer. Des manifestations ont eu lieu à Rabat, Fès, Tanger et Marrakech. Le , le roi promet une hausse du salaire minimum de 15 %, une augmentation des salaires des fonctionnaires de 600 dirhams et des petites retraites de 600 à 1 000 dirhams.

Les réactions du régime vis-à-vis du mouvement ont été très diverses : les premiers mois des manifestations (de février à avril), on note une certaine tolérance des autorités envers le mouvement, les manifestations se passant sans trop de problèmes malgré quelques incidents isolés. Mais dès le mois de mai, la réaction du régime change et des rassemblements sont dispersés par les forces publiques à coup de matraques pendant trois semaines d'affilée : c'est ainsi que les manifestations du , du et du ont toutes été empêchées, donnant parfois lieu à des scènes d'une rare violence.