Le pays de Retz (prononcé []Jean-Marie Pierret, Phonétique historique du français et notions de phonétique générale, Peeters, Louvain-la-Neuve, 1994, .), anciennement orthographié pays de Rais, pays de Rays ou pays de Raiz, (en breton : Bro Raez) est un territoire qui s'étend sur le sud-ouest du département de la Loire-Atlantique.
Seigneurie érigée ensuite en baronnie puis en duché, il fait partie des pays traditionnels de la Bretagne. Ses chefs-lieux successifs sont Rezé (qui lui a donné son nom dès l'Antiquité), Machecoul (siège de la seigneurie de Retz aux époques médiévale puis moderne) puis Paimbœuf (sous-préfecture de 1800 à 1926).
Dans la première moitié du , le pays de Retz est un des principaux fiefs de Gilles de Rais, compagnon d'armes de Jeanne d'Arc à Orléans (8 mai 1429) et maréchal de France, mais surtout connu aujourd'hui en raison de sa condamnation à mort en 1440 pour des agissements criminels graves. Au début de la Première République, durant la Révolution française, le pays de Retz est l'un des principaux lieux de déploiement de l'insurrection vendéenne.
Géographie vignette|La pointe Saint-Gildas située à l'extrême ouest du pays de Retz, sur la commune de Préfailles.
Localisation Bordé à l'ouest par l'océan Atlantique avec la baie de Bourgneuf, le pays de Retz l'est au sud par le Marais breton et la Vendée, au nord par la Loire, et à l'est par le lac de Grand-Lieu avec une limite approximative passant par Rezé, Pont-Saint-Martin, La Chevrolière, Saint-Philbert-de-Grand-Lieu, Saint-Colomban, La Limouzinière, Corcoué-sur-Logne et Legé.
Communes du pays de Retz vignette|345x345px|Carte du pays de Retz établie par la Société des Historiens du Pays de Retz (SHPR). L’île de Bouin y est parfois incluse, car elle relevait du diocèse de Nantes avant la Révolution. Le pays de Retz historique se compose actuellement des quarante-huit communes suivantes :
Relief et hydrographie
l'Acheneau, affluent de la Loire marais de Vue, Frossay, etc.
Voies de communications route Bleue le long du littoral, qui atteint le pont de Saint-Nazaire au nord routes de Nantes (pont de Pirmil ou périphérique, porte de Bouguenais) vers Pornic (par Port-Saint-Père) et vers Saint-Brevin-les-Pins (par Paimboeuf ou par Saint-Père-en-Retz)
Toponymie Attestations anciennes Retz est attesté sous les formes Ratiatensis, Radesius [pagus] (cartulaire Roto) ; Raedis au (Archives du Maine-et-Loire, H 1810) ; Raes en 1160 (Archives Nationales, J 241 A 26) ; Raes en 1160 (Archives Nationales, J 241 A 26) ; Raies en 1225 (Archives de la Loire-Inférieure, E 157 et B 131) ; Rayes en 1275 (D. Morice. Pr., I, 1038) ; Rais, Rays au Henri Quilgars, Dictionnaire topographique de la Loire-Inférieure, Nantes, 1906, p. 236 (lire en ligne sur DicoTopo) .
Étymologie La formulation pays de Retz est issue, selon un processus commun dans la toponymie de la Gaule, du terme latin pagus, associé au nom du chef-lieu Ratiatum (nom latinisé de Rezé) dans l'appellation pagus Ratiatensis, avec suffixe d'adjectif latin -ENSIS localisant.
Remarque : La graphie -tz (ou -z) de Retz est un archaïsme notant à l'origine l'affriquée [ts], c'est-à-dire les dentales t, d combinées avec -sGaston Zink, L'ancien français, Que sais-je ?, P.U.F., 1987, p. 34 qui s'explique ici par l'étymologie Radesius, devenu *Raeds à un stade non identifié (attesté Raedis au ), et que l'on retrouve souvent dans la graphie conservatrice des noms de lieux (cf. noms en -metz, de mansus où n développe un -t- de passage > -nt- et Metz de Mediomatrici> Metis, Mettis, Methis du au ).
Formes dialectales Le nom du pays de Retz s'écrit : Péyis de Retz en paydret, la langue vernaculaireGUITTENY Eloi, La Chronique d'un vieux Paydret, Geste Editions, Collection Parlanjhe, 1991. ;
Bro-Raez en breton.
. Le mot paydret est le mot local traditionnel, forme contractée.
« Retzien » Le néologisme retzien est utilisé en archéologie au sujet des vestiges laissés par une population qui a vécu dans cette région vers le Le Mésolithique : la fin des temps glaciaires, sur le site du conseil général de Loire Atlantique (voir la sous-section Préhistoire).
Usage du déterminant en-Retz Aujourd'hui, le toponyme Retz est un déterminant complémentaire des noms de quelques localités du pays : Arthon-en-Retz, La Bernerie-en-Retz, Bourgneuf-en-Retz, Chaumes-en-Retz, Cheix-en-Retz, Fresnay-en-Retz, Les Moutiers-en-Retz, Saint-Cyr-en-Retz, Saint-Père-en-Retz et Villeneuve-en-Retz, notamment pour éviter des homonymies avec d'autres communes de France comme Arthon, Bourgneuf, Le Cheix, Fresnay, etc.
Histoire
Préhistoire Les sites archéologiques datant du Mésolithique découverts sur la côte du pays de Retz ont valu le nom de retzien à une culture intermédiaire entre les cultures dites du groupe de Bertheaume et du téviecien, propres au Massif armoricain, et les cultures néolithiques du bassin parisien (rubané et VSG) et aquitain (NACA).
Antiquité Période de la Gaule préromaine thumb|right|Carte représentant la Gaule avant la conquête de Jules César, notamment les Pictons en Celtique.
À la fin de la Protohistoire, des Celtes (Gaulois) originaire de l'est de la France et des régions du Rhin migrent vers l'ouest et s'installent en Armorique. Le principal peuple est celui des Vénètes, dont le contrôle semble s'exercer jusqu'à la Loire et l'influence jusqu'au Lay. Les Namnètes sont établis au nord de la Loire autour de Condevicnum, dont l'emplacement précis n'est pas connu.
Le pays de Retz fait alors probablement partie du territoire des AmbilatresStephan Fichtl, , peuple allié aux Namnètes, et sans doute comme lui client des Vénètes. L'abondance des trouvailles de monnaies armoricaines, namnètes, vénètes, andécaves, durant la période antérieure à la conquête, liée à la rareté des monnaies pictonnes, atteste la prépondérance de l'influence armoricaine. S'appuyant sur les travaux de J. Hiernard, Jean-Luc Sarrazin conclut : Lorsqu'on sait que l'or et surtout l'argent eurent une circulation limitée au cadre de l'État-émetteur, on est amené à poser l'hypothèse d'un Poitou occidental sous influence armoricaineLa Vendée des origines à nos jours, coll. "L'Histoire par les Documents", éditions Bordessoules, Saint-Jean-d'Angely, 1982..
Période de la Gaule romaine gauche|vignette|La Gaule Aquitaine s'étendait au nord, jusqu'à la Loire et incluait le Pays de Retz Rezé prend de l'importance après la conquête de César (-58/-51). En effet, César veut sanctionner la cité des Namnètes pour son alliance avec les Vénètes et au contraire remercier les Pictons de leur participation à la victoire sur les Vénètes. Il octroie donc aux Pictons le territoire des Ambilatres qui est intégré au territoire de la cité (civitas) des Pictons. Rezé, bénéficiant de ce rattachement, va devenir un port notable dans les premiers siècles de l'Empire romain.
Avec la cité des Pictons, le pays de Retz fait partie à partir du règne d'Auguste de la province d'Aquitaine (chef-lieu : Saintes, puis Bordeaux), puis de la province d'Aquitaine seconde (Bordeaux) à partir du règne de Dioclétien, alors que les Namnètes font partie de la province de Lyonnaise (chef-lieu : Lyon), puis de Lyonnaise troisième (chef-lieu : Tours).
Antiquité tardive (418-507) Au , l'Empire romain d'Occident connait un déclin marqué avec l'institution des royaumes germaniques fédérés, notamment le royaume wisigoth de Toulouse, institué en 418, qui prend le contrôle de l'Aquitaine jusqu'à la Loire. Après la chute de l'Empire d'Occident (476), les Wisigoths restent maîtres de la région jusqu'à leur défaite face aux Francs (eux aussi anciens fédérés) de Clovis en 507 à Vouillé. L'Aquitaine passe alors aux mains des rois francs mérovingiens, puis carolingiens.
Haut Moyen Âge Période mérovingienne Lors du partage du royaume franc en 511 entre les fils de Clovis, le pays de Retz échoit au royaume de Neustrie gouverné par le roi Clodomir (494-524) puis en 524 par Clotaire le Vieux (497-561)Louis Guérin, Histoire, Machecoul, 1996, p. 18-22. (Fascicule contenant un historique rédigé par le frère Louis Guérin)., tous deux fils de Clovis.
Période carolingienne Aux Mérovingiens succèdent les Carolingiens. À la mort de Charlemagne, le pays de Retz fait partie d'une grande région Aquitaine, au sein de l'Empire d'Occident qu'a conquis l'empereur. Jusqu'au milieu du le pays de Retz , dont la partie nord est divisée en plusieurs pagi : les pays d'Herbauges, Tiffauges et Mauges. Rezé sera au la capitale d'un comté d'Herbauges, constitué vers 830 sur le pays de Retz et sur le nord du Bas-Poitou afin de lutter plus efficacement contre les razzias des Normands qui tourmentent toujours la région.
C'est aussi pendant la période carolingienne que la Gaule romaine est christianisée. Saint Philibert (vers 616-vers 684), descendant d'une famille noble d'Aquitaine, fondateur de la paroisse de Noirmoutier (l'île d'Her), évangélise le pays de Retz, à son arrivée en 677. Ses disciples fondent plusieurs prieurés paroissiaux. Saint Philibert meurt vers 684, son corps est déposé dans la crypte de l'église abbatiale de NoirmoutierEmmanuel Leduc, L'Histoire de Machecoul au travers de la fresque Pavageau de la Salle St Honoré, 200?, 22 p..
C'est à cette même période de christianisation que débarquent bientôt les Normands, Vikings venus de Scandinavie. Le pays de Retz étant en bord de mer, les flottilles envahissent les ports (notamment Machecoul) et les Vikings, durablement implantés à Noirmoutier et dans les îles de la Loire, pillent, détruisent et tuent tout ce qui est devant eux.
Conquête par les Bretons vignette|Le Pays de Retz fut rattaché à la Bretagne par le traité d'Angers en 851 Au , le chef breton Nominoë progresse vers l'est et le sud. De 843 à 851, batailles et traités entre rois de Francie ou empereurs germaniques et rois de Bretagne consacrent les victoires des Bretons de Nominoë puis de son fils Erispoë. En 843, Lambert bat Rainald, comte d'Herbauges, envoyé par le roi de Francie occidentale . Le commandement d'Herbauges est confié à Begon qui est également tué ; une troisième défaite vient parachever la victoire bretonne sur les Francs en 844, quand Lambert défait et tue Hervé et Bernard sur les bords de la Maine, affluent de la Sèvre Nantaise qui sert de limite est au pays de Retz. Le traité de 846 entre et Nominoe, confirmé par le traité d'Angers en 851 entre et Erispoë, cède au souverain breton le comté de Rennes, le comté de Nantes et le Ratense : le pays de Retz devient ainsi breton au , après un accord établi entre et Bretons. Les Bretons sont alors autorisés à occuper les deux rives de la Loire afin de mieux contrôler les attaques extérieures. gauche|vignette|Carte des Marches de Bretagne-Poitou Ravagées par les Vikings, les terres du Sud-Loire (nord de l'actuelle Vendée, pays de Retz, Mauges) connaissent une âpre lutte entre Bretons, Angevins et Poitevins. En ce qui concerne le pays de Retz, il est rattaché à la Bretagne dont la frontière avec le Poitou est entérinée par deux conventions signées en 943 et 973Robert Favreau, . Le comte d'Anjou sort principal bénéficiaire de l'affrontement entre comtes de Poitiers et d'Anjou : conquête des Mauges, sud de Saumur et Loudun. Le comté de Poitiers récupère une grande partie des pays d'Herbauges et Tiffauges, mais perd la totalité des Mauges au profit de l'Anjou. À l'extrémité sud du pays de Retz et au nord-ouest du Bas-Poitou, la Bretagne et le Poitou s'accordent pour former des Marches Communes avec les paroisses situées entre les défenses (et châteaux) de la Bretagne (Machecoul et Clisson) et celles du Poitou (Palluau et Montaigu) ; il en est de même entre Bretagne et Anjou dans la région des Mauges.
Moyen Âge Débuts de la seigneurie de Retz