Thoutmôsis ou Djéhoutymosé est le troisième pharaon de la durant le Nouvel Empire. Il prend le pouvoir à la mort d’, avec qui il ne semble pas avoir de liens familiaux directs.

D’après Manéthon, le règne de Thoutmôsis dure douze ans et neuf mois. On le situe aux alentours de 1504 à 1492 av. J.-C.Selon J. Málek, D. Arnold, J. von Beckerath, I. Shaw, K.A. Kitchen.Autres avis de spécialistes : -1525 à -1516 (D.B. Redford), -1524 à -1518 (E.F. Wente), -1509 à -1497 (R.A. Parker), -1506 à -1494 (E. Hornung), -1506 à -1493 (N. Grimal), -1503 à -1491 (A.D. Dodson), -1494 à -1482 (C. Aldred), -1493 à -1482 (E. Krauss, Murnane), -1483 à -1470 (H.W. Helck).. Sans doute d'un âge au moins égal à celui de son prédécesseurDans le temple de Deir el-Bahari construit par sa fille, la scène de la théogamie, relatant la conception d'Hatchepsout, désigne Thoutmôsis par le terme d'inpou, désignation d'un roi avant son accession au pouvoir, Thoutmôsis est déjà père lorsqu'il monte sur le trône. Il conduit de grandes campagnes au Levant (jusqu'à l'Euphrate) et en Nubie, repoussant les frontières de l’Égypte plus loin que jamais auparavant. Il construit de nombreux temples en Égypte, et se fait vraisemblablement creuser le premier tombeau de pharaon attesté dans la vallée des Rois. Il bâtit son temple funéraire à Deir el-Bahari, à l'emplacement où sa fille Hatchepsout construira le sien. Cette dernière est mariée à son fils et successeur .

Généalogie vignette|gauche|Gravure de Lepsius le représentant avec Ahmès et Néféroubity.

Sa mère, la dame Séniséneb, n'était ni fille ni épouse de roi, et on ignore le nom de son père. Il n’est toutefois pas impossible que Thoutmôsis fût de sang royal, bien qu’aucun document ne le confirme. Certains égyptologues estiment qu'il est le fils du prince Ahmosé-Sipair, fils du roi Seqenenrê Tâa et frère du roi , le fondateur de la dynastie. Il serait alors le cousin et le plus proche parent de son prédécesseur. Selon toute vraisemblance, Ahmès-Néfertary, veuve d' et mère du roi défunt , joua un rôle déterminant lors de la transmission du pouvoir. Cette hypothèse se fonde sur la présence de la vieille reine à côté de la grande épouse royale Ahmès et du nouveau roi, sur la stèle que le vice-roi de Koush Toure a fait ériger dans le Ouadi Halfa, près de Bouhen.

Sa principale épouse était la grande épouse royale et sa propre sœur AhmèsElle a par le passé été considérée comme une fille ou une sœur du roi , mais l'absence systématique du titre de « fille du roi », cette hypothèse est aujourd'hui abandonnée et elle est considérée comme une sœur de , mariage qui n'aurait pu avoir lieu qu'après la montée sur le trône de . Ils ont eu ensemble la reine Hatchepsout ainsi que la princesse morte en bas âge Néféroubity.

Le roi épousa également , aux origines inconnues, avec qui il a eu plusieurs enfants : les princes Amenmès, Ouadjmès, tous les deux morts avant leur père, et le cadet et futur roi , ainsi que peut-être la « fille du roi » , attestée sur une statue de , mais il pourrait s'agir d'une fille de lui-même. L'égyptologue Joyce Tyldesley donne également comme enfant de la reine le prince Râmosé, mais il est généralement considéré comme un fils d'. Ce mariage entre Thoutmôsis et Moutnofret a dû avoir lieu avant la montée sur le trône de car le fils aîné du roi, Amenmès, est déjà connu comme « général en chef » en l'an 4 du règne de , ce qui implique une naissance avant l'avènement de ce dernier, le prince devant être au moins adolescent lorsque l'inscription a été faite.

Règne

Exploits militaires

Au moment où Thoutmôsis est couronné, la Nubie est en révolte contre l'occupation égyptienne. Selon les inscriptions du tombeau d’Ahmès (fils d'Abana), Thoutmôsis remonte le Nil et combat les Nubiens, tuant lui-même leur roi :

Après sa victoire, il revient triomphalement à Thèbes, .

Dans la deuxième année de son règne, le pharaon place une stèle à Tombos. Il y déclare avoir construit une forteresse près de la troisième cataracte, étendant ainsi durablement la présence militaire égyptienne, antérieurement arrêtée à Bouhen sur la deuxième cataracte.

vignette|gauche|L'étendue territoriale maximale de l'Égypte durant le règne de

La stèle mentionne également la campagne en Syrie du roi, qui peut donc être datée du début de l'an 2 du règne. Cette campagne conduit les forces égyptiennes plus loin au nord que celles de tous les pharaons précédents. Pour marquer son exploit, le roi fait dresser une stèle à l'endroit où il franchit l’Euphrate. Celle-ci n’a pas été retrouvée, mais elle est mentionnée par son petit-fils , lors de ses propres conquêtes au Levant. Au cours de cette campagne, des princes syriens font allégeance à Thoutmôsis. Cependant, après son départ, ils rompent leurs hommages et renforcent leurs défenses contre les campagnes à venir. Thoutmôsis fête ses victoires avec une chasse aux éléphants dans la région du royaume de Niya, près d'Apamée en Syrie. Il rentre en Égypte où il relate sa découverte de l'Euphrate, indiquant « que l'eau coule vers l’amont alors qu’elle devrait couler vers l'aval ». L'Euphrate a été le premier grand fleuve rencontré par les Égyptiens coulant du nord au sud, c'est-à-dire d’aval en amont pour le Nil. Le fleuve est ainsi connu en Égypte comme « l'eau renversée ».

Au cours de la troisième année de son règne, Thoutmôsis mène une seconde expédition contre la Nubie, durant laquelle il ordonne de draguer le canal qui contourne la première cataracte. Ce canal avait été initialement construit sous () pour faciliter les voyages de l'Égypte vers la Nubie, améliorant l’intégration de la Nubie à l'empire égyptien. Cette expédition est mentionnée dans deux inscriptions séparées par le fils du roi Toure :

Mais Thoutmôsis doit faire face à une nouvelle révolte en Nubie, durant la quatrième année de son règne. Le soulèvement est écrasé par les troupes égyptiennes, ce qui lui permet de repousser encore davantage la frontière sud de l'Égypte, jusqu’au niveau de Kénissa, en amont de la quatrième cataracte. Cette campagne porte sans doute un coup fatal au royaume de Kerma. Deux stèles relatent ces exploits, l’une trouvée à Tombos, au niveau de la troisième cataracte, et l’autre à Kénissa, gravée sur un rocher à Hager-el-Meroua. Cette dernière témoigne d'une frontière méridionale repoussée jusqu'à la quatrième cataracte, limite encore jamais atteinte.

Durant son règne, Thoutmôsis lance plusieurs projets qui mettent fin à l'indépendance de la Nubie pour le restant du Nouvel Empire. Il agrandit le temple de et de Khnoum à Semna ouest. Il maintient dans sa charge de « vice-roi de Koush, chef des pays du Sud », aussi connu sous le nom de « fils royal de Koush », un homme du nom de Toure, nommé au temps d' et sans doute fils du vice-roi précédent. Avec un représentant civil du roi établi de façon permanente en Nubie elle-même, le contrôle du pays devient plus facile. Le « fils royal de Koush » a également le devoir d'accomplir des rites spécifiques au nom du roi dans les temples nubiens.

Architecture

Le programme de constructions de Thoutmôsis est ambitieux. Il consiste en de nombreux temples et des tombeaux, mais son plus grand projet est le temple de Karnak, conduit sous la supervision de l'architecte Inéni. Avant le règne de Thoutmôsis, Karnak était probablement constitué d'une plateforme primitive, sise dans la cour dite « cour du Moyen-Empire », constituée d'un sanctuaire principal et de deux salles en enfiladeÉléments minimums du temple. De ce sanctuaire partait peut-être une longue voie d'accès unique conduisant à un débarcadère, et ponctuée sur son tracé de chapelles-reposoirs ultérieurement réutilisées. Thoutmôsis est le premier roi qui agrandit considérablement le temple. Il construit le cinquième pylône sur le chemin principal du temple, fait édifier un mur entourant le sanctuaire et deux mâts flanquant la porte. À l’extérieur, il construit le quatrième pylône et un autre mur d'enceinte. Entre les quatrième et cinquième pylônes, construits en « belle pierre blanche de Tourah »inr ḥḏ nfr n ˁnw , il bâtit une salle hypostyle avec des colonnes en bois de cèdre. Ce type de structure était commun dans les temples égyptiens, et censé représenter un marais et des papyrus, symbole de la création. Le long du mur extérieur de cette salle, il fait dresser des statues colossales, chacune portant en alternance la couronne de la Haute-Égypte et celle de Basse-Égypte. Enfin, en dehors du quatrième pylône, il érige quatre autres mâts et deux obélisques, bien que l'un d'entre eux, maintenant abattu, soit inscrit au nom de cinquante ans plus tard. Les colonnes de cèdre de la salle hypostyle seront ultérieurement remplacées par des colonnes de pierre sous . Toutefois, les deux colonnes les plus septentrionales sont remplacées par Thoutmôsis lui-même. Hatchepsout érigera aussi deux de ses propres obélisques à l'intérieur de la salle hypostyle de Thoutmôsis .

Outre Karnak, Thoutmôsis fait également élever des statues de l’Ennéade à Abydos, ainsi que des bâtiments à Armant, Ombos, Al-Hibah, Memphis et Edfou. Il ajoute des extensions mineures aux constructions nubiennes de Semna, Bouhen, Aniba, et Quban.

Sépulture thumb|Momie supposée de Thoutmôsis . thumb|gauche|Hatchepsout fit fabriquer ce sarcophage de diorite durant son règne pour la seconde inhumation de son père Thoutmôsis dans la tombe KV20 - Musée des Beaux-Arts (Boston).

Thoutmôsis fut le premier pharaon à se faire enterrer dans la vallée des Rois. Inéni fut chargé de faire creuser sa tombe, et sans doute de construire son temple funéraire. Ce dernier n'a pas été retrouvé, probablement incorporé ou démoli par la construction de celui d'Hatchepsout à Deir el-Bahari. Son tombeau est cependant identifié à la tombe KV20. À l'intérieur se trouvait un sarcophage en quartzite jaune portant le nom de Thoutmôsis. Son corps semble toutefois avoir été déplacé par dans le tombeau KV38, qui contient également un sarcophage au nom de Thoutmôsis .

Thoutmôsis a été enterré dans la tombe KV20, réutilisée par sa fille Hatchepsout, plutôt que dans la KV38 découverte en par Victor Loret. Celle-ci ne peut avoir été construite pour Thoutmôsis que durant le règne de son petit-fils , si l'on en croit « un réexamen récent de la structure et du contenu du KV38 ». L'emplacement de la tombe KV20 est connu depuis l'expédition de Bonaparte en 1799, bien que son propriétaire d'origine soit resté inconnu. En 1844, le savant prussien Karl Richard Lepsius explora partiellement ses couloirs supérieurs. Toutefois, l'ensemble de ses couloirs .

Il fallut attendre la saison de fouilles de 1903-1904 d’Howard Carter, après deux saisons précédentes de travail acharné, pour percer les couloirs et pénétrer dans la double chambre funéraire. Là, parmi des débris de poteries et des récipients en pierre brisés de la chambre funéraire et des passages inférieurs, on découvrit les restes de deux vases de la reine Ahmès-Néfertary qui faisaient partie du mobilier funéraire original de Thoutmôsis . L'un de ces vases portait une inscription stipulant que l'avait fait . D’autres pièces portant les noms et titres de Thoutmôsis ont également été inscrites par son fils et successeur , ainsi que des fragments de vases de pierre faits pour Hatchepsout avant son accession au trône, et que des navires portant son nom royal de « Maâtkarê », un nom pris seulement après qu'elle a pris le pouvoir.