L'abbaye Notre-Dame de la Chaume est une ancienne abbaye bénédictine, située dans la commune de Machecoul, dans le département français de la Loire-Atlantique.

Historique

Après une lutte d'influence entre les différentes grandes abbayes d'Angers, de Tours et de Redon pour dominer dans l'importante zone salicole de la "Baye de Bretagne", l'Abbatia de Calma devient au sein du duché breton l'une des neuf abbayes bénédictines du pays de Nantes qui relevait de l'abbaye Saint-Sauveur de Redon.

C'est cette abbaye qui en tirera le meilleur profit et deviendra l'héritière des prieurés philibertins. Ce sont en effet les religieux de Redon qui reçurent du seigneur de Sainte-Croix, Harscoët de RetzHarscoët de Retz fait ce don pour le salut de ses ancêtres, ses parents, son propre salut, celui de son épouse Ulgarde et de leurs fils Gestin, Urvoid, Hilaire et Aldroin, et la santé de ses filles ainsi que pour la stabilité de son honneur., vassal du duc de Bretagne Conan II, l'autorisation d'élever un prieuré sur l'emplacement d'un antique sanctuaire dédié à la Vierge Marie qu'avaient fondé les disciples de saint Philibert vers la fin du , sous le vocable de Notre-Dame de Pitié et qui deviendra la chapelle de l'abbaye. Il leur donne en 1055 : la chapelle, une borderie, le cimetière, le quart d'une vigne, un pré, un moulin et le tiers du site de La Chaume.

L'ensemble se trouvait tout près du château de Machecoul, clos de murs, sur une surface d'environ . La donation n'était pas complètement gratuite, car ce seigneur connaissait bien les talents des moines à mettre en valeur les terres ingrates comme celles de La Chaume et que ces moines étaient d'excellents spécialistes de la saunerie. Cette terre était réputée mauvaise, pleine de coquelicots, ne produisant rien.

Cette chapelle, avant , était un centre de pèlerinage important et de nombreux fidèles, riches et pauvres, se faisaient inhumer dans ce lieu. Devenue trop petite, on enterra les morts tout autour de l'édifice. C'est ainsi que prit corps le grand cimetière mérovingien que nous connaissons, avec ses nombreux sarcophages de calcaire coquillier, devenu aujourd'hui le cimetière de Machecoul.

Les religieux de Saint-Sauveur y trouvèrent une seconde chapelle dédiée à saint Jean-Baptiste, placée plus tard sous le vocable de Sainte-Croix et qui deviendra l'église paroissiale. Ces deux chapelles étaient desservies, chacune par un chapelain qui durent céder la place aux quatre religieux qui accompagnaient le prieur : Justin, envoyé par Perennés (+ 1060), abbé de Redon en 1055.

En 1063, le cloître est construit et le prieuré devient abbaye en 1092. En 1099, il y a neuf religieux à l'abbaye.

Des problèmes de ressources se posent dès 1373, ainsi qu'en 1554.

Après être restée longtemps sous le patronage de l'abbaye Saint-Sauveur de Redon, elle passe dans la mouvance des barons de Retz, seigneurs de Machecoul. Après le traité d'union du duché de Bretagne au royaume de France, de 1594 à 1670, la famille de Gondi a l'abbaye en commende et est suivie par les évêques de Nantes de 1671 à 1791.

En 1618, l'abbé Jean-François de Gondi, fit venir les moines de la Société de Bretagne, pour réformer l'abbaye, et il se forma un renouveau spirituel. Puis, à la dissolution de cette société et son rattachement à la congrégation de Saint-Maur, les moines n'acceptant pas cette décision furent autorisés à rester en l'abbaye ou dans l'abbaye Notre-Dame du Tronchet et encore à l'abbaye Notre-Dame de Lanthénac. Ils pouvaient y suivre leur observance, mais sans la propager. En 1639, ils n'étaient plus que dix-huit religieux dans ces trois maisons.

En 1767-1768, par manque de revenu et de moines, et sur décision du chapitre général de la congrégation de Saint-Maur, la conventualité en ce monastère est supprimée et les quatre derniers moines sont invités à quitter Notre-Dame de la Chaume, pour rejoindre l'abbaye Saint-Martin de Vertou. Un seul restera, le jeune frère novice François-Simon Boutan, natif de Vertou. Le frère cellerier Henry Defay, mourut avant de quitter l'abbaye.

L'abbaye est vendue au dernier seigneur de Retz, le marquis Alexandre de Brie-Serrant, qui la loue à un fermier, puis, du consentement de Louis XV, à Pierre-Jacques Meslé de Grandclos, vicaire général de Saint-Malo.

À la Révolution française, c'est le prieur de Vertou, dom Soulastre, qui fera l'inventaire des biens de l'abbaye Notre-Dame de la Chaume et qui fera brûler les archives de son abbaye, ainsi que celles de La Chaume.

Les bâtiments deviendront la propriété de M. Guillaume Pimparay, qui autorisera, en 1802, les habitants de Fresnay-en-Retz à détruire églises et couvents pour récupérer les pierres, afin de reconstruire l'église de Fresnay-en-Retz. D'autres dépendances furent acquises par les familles Lamoignière, Pailler, Rucher-Bazelais, puis l'abbaye passa aux abbés Blanchard, directeurs du collège de Machecoul, qui, en 1876, la cédèrent aux frères de Saint-Gabriel. On ignore ce que sont devenus les reliques de saint André et celles de la Vraie Croix, et ce que devinrent la croix processionnelle et le bâton d'argent.

De son importance passée, il ne reste plus de l'abbaye que des pans de murs d'enceinte de de haut, le portail d'entrée, un petit bâtiment et un magnifique pigeonnier.

En 1990, se crée une association de sauvegarde des lieux (l'association de sauvegarde de l'abbaye de La Chaume, l'ASAC en abrégé) qui a dégagé les murs des ronces et des lierres, a réhabilité le pigeonnier et matérialisé les emprises des anciens bâtiments disparus par des haies de buis. Depuis un théâtre de verdure a été créé et accueille de nombreuses manifestations en plein air. Suite à un avertissement de la DRAC en 2023, puis plusieurs constats d'interventions non autorisées portant atteinte au patrimoine archéologique du site, la municipalité de Machecoul-Saint-Même met fin à la convention avec l'ASAC en 2026.

Architecture La surface des bâtiments représentait environ un quart de la surface ceinte d'une muraille, soit .

Église abbatiale L'église fut reconstruite au , c'était une église orientée vers l'est. C'est un édifice à trois nefs, avec un chœur carré. On a fait venir de Paris un soleil et une croix processionnelle avec son bâton d'argent. Elle possédait de chaque côté dans les transepts : un autel dédié à saint André, avec une relique de ce saint qui avait été donnée par les prêtres qui desservaient l'Île Chauvet, au moment où elle fut incendiée par les calvinistes ainsi qu'un autre à Sainte-Émerance. Elle est décorée de peintures à l'huile sur lambris. Furent réalisées également trois chapes de nouvelles étoffes avec des chasubles et des dalmatiques. D'après le plan du , elle mesurait de 36 à de long pour une largeur de . Le narthex à l'entrée était surmonté d'une tribune.

Le clocher ne possédait qu'une cloche à son origine. L'abbé Jean-François Paul de Gondi donne pour refondre les quatre cloches et refaire le clocher.

L'église est petite mais éclairée par un vitrail, placé au bas de l'église à l'est.

Lors de la démolition on a trouvé des sarcophages à l'intérieur du chœur de l'édifice, ainsi qu'une trentaine de tombeaux dans le jardin entourant l'église. Les seigneurs des Grandes Aubrays et des Petites Aubrays étaient inhumés sous des dalles d'ardoise, à proximité du dortoir des moines.

Cloître Construit en 1063Selon Ogée., le cloître roman fut refait au , avec des piliers de belles pierres en grès. Ils ne sont pas voûtés, mais sont fort gaisP. Jousseaume, ..

Cimetière Il prit forme autour de la chapelle, une fois celle-ci remplie. Gérard Mellier, en 1719, écrit : « Près de Machecoul, est le grand cimetière dans lequel on voit grand nombre de tombes entr'autres sept qui sont de grosses pierres grises façonnées de feuillages, festons et autres ouvrages entrelassés de quelques caractères et lettres inconnues. Les uns disent que ces tombes sont de sept rois qui, venant subjuguer la Bretagne, furent défaits et taillés en pièces dans cette plaine ; d'autres veulent que se soient des tombes de princes et seigneurs de l'armée de Charles le Chauve qui fut défait en cette plaine par Nominoë, roi des Bretons. »

Bâtiments conventuels Au , les bâtiments abbatiaux et conventuels sont séparés et réparés, sous l'abbatiat de Jean-François Paul de Gondi. Ils existaient déjà en 1063 selon Ogée. Construction de neuf chambres dans un dortoir sur la longueur et la largeur du bâtiment avec vue sur le jardin, dans le bâtiment du logis abbatial qui reste au « Levant ». Le dortoir était précédemment au nord. Aujourd'hui, une petite haie de buis donne le tracé des anciens bâtiments.

Attenant aux cuisines, il y avait un four banal à pain de l'abbaye qui pouvait cuire quelque de troupe par fournée soit par jour, à raison de quatre fournées. Le farinier Honoré Morisset devait fournir un gros gâteau aux moines pour Pâques, cuit au four de l'abbaye et un autre cuit au four banal de la paroisse.

En 1746, le palais abbatial n'existe plus.

Jardins, parc, verger C'est vers 1055 que les religieux aménagent l'environnement, en construisant les digues (île Saint-Michel, île Saint-Denis, île Gaudin et île Chauvet).

Le jardin est carré et fort grand.

Le monastère possède un étang, deux jardins, une cour d'honneur et une cour intérieure.

Il y a des allées couvertes et bordées de grands buis ayant plus de trente pieds de haut.

Le verger fait plus de trente pieds de large et cent de long. Il y a aussi des douves dans lesquelles l'eau du vivier communique par une voûte qui sert de pont. Il y a encore un grand pré au bout du jardin que les douves enferment.

Pigeonnier Le pigeonnier du existe toujours et fut entièrement restauré en 2004. Il possède une échelle intérieure tournante, attachée au mat central. Il compte environ 600 nichoirs. Le sommet de l'édifice était ouvert, pour l'envol des pigeons. Il rapportait à l'abbé 60 pigeonneaux par an. Mais il était également affermé. Il est situé dans un champ à l'est, en direction du cimetière.

Inventaire de 1790 Rédigé par dom Soulastre, prieur de Vertou : « l'ancienne abbaye de La Chaume consiste en vieux bâtiments, jardins, cour, ménageries, verger, le tout contenant environ quatre journaux affermés avec champs et prés, une métairie, un moulin, dîmes et terrages objet d'un bail de neuf ans consenti à M. Rimbaud le , pour la somme de … des chambres basses, réfectoire, salle, salon, écuries, graniers, forge, cours, cloîtres, douze chambres hautes etc... ». Sans oublier beaucoup d'autres biens en pays de Retz et au diocèse de Vannes.

Il est constaté que dans l'enclos existe une allée de noyers à deux rangs. Ce religieux épousera les idées nouvelles et fera brûler les archives de son abbaye et celles de La Chaume.

Vues du site

Liste (non exhaustive) des prieurs et abbés

Prieurs 1055 : Justin.

Abbés réguliers