Le mausolée de Bourgogne en Champagne est un caveau familial imposant, de style byzantin construit dans le cimetière de la commune de Bourgogne-Fresne, entre 1898 et 1914, destiné à servir de sépulture aux membres d'une famille locale. Ce monument, construit en pierre de taille, d'un aspect extérieur volontairement dépouillé, offre une ornementation intérieure d'une grande richesse avec ses mosaïques, ses marbres, sa sculpture centrale, réalisés par des artistes et des artisans prestigieux. Il est situé à Bourgogne, commune de Bourgogne-Fresne, dans la Marne. Il est classé monument historique par arrêté du , après avoir été inscrit par arrêté du .
Historique
Origine : la famille Promsy Marie-Théodorine Zoé Promsy est issue d'une famille de riches propriétaires terriens et de fabricants dans le domaine du tissage, de la commune de Bourgogne (Marne). Elle épouse à Reims, en 1868, Jean-Marie Léon Faynot, substitut du procureur impérial, puis conseiller à la cour d'appel de Paris, et président des Assises de la Marne en 1885 et 1888. , Marie-Théodorine décide d'honorer la mémoire de son mari et de sa famille par l'édification d'une construction à la mesure de ses sentiments.
Chronologie de la construction Madame Faynot demande à la commune un emplacement dans le cimetière pour y faire ériger le monument projeté. Il s'agit d'élever un mausolée inspiré de l'art religieux byzantin de l'époque des , du genre du Mausolée Galla Placidia à Ravenne. Elle s'adresse, à l'époque, à celui qu'elle considérait comme le plus apte à faire aboutir son projet, Octave Courtois-Suffit, un architecte parisien et Grand Prix de Rome.
Entrepris vers 1898, les travaux durèrent jusqu'en 1914. Ils furent interrompus deux années en raison d'un litige avec l'entrepreneur. Mais l'événement majeur se produisit en . Madame Faynot résolut de se rendre en Terre sainte, en passant par la Grèce, où, dit-on, elle devait choisir des marbres destinés à orner l'intérieur du mausolée et à dresser un autel. Elle succomba sur le paquebot, en route vers Jérusalem, et son corps fut immergé. La sépulture princière qu'elle destinait aux siens et à elle-même ne lui servit pas. L'édification du monument fut cependant poursuivie par les héritiers et elle était à peine terminée en 1914, à l'arrivée de la Grande Guerre.
Cette crypte n'a pourtant pas subi le sort des dernières maisons du village, que les Allemands ont fait sauter, avant de quitter les lieux ; probablement, les occupants portaient un intérêt à ce monument. A. Barot, qui a rédigé un journal relatant les événements dans le village durant toute la Grande Guerre, fait part de l'incessant défilé des soldats et officiers allemands, venus parfois de très loin pour visiter le monument. On peut aussi supposer que la crypte, couverte en pierre dure, a servi d'abri à l'ennemi, qui n'en procédât pas moins à l'enlèvement de la chape de plomb qui protégeait les voûtes de l'édifice, fragilisant ainsi la construction et favorisant les infiltrations. À l'Armistice, le mausolée servit d'église en attendant la construction d'une baraque-chapelle provisoire et la reconstruction de l'église. Il ne subit, par chance, aucun dommage lors de la Seconde Guerre mondialeJournal de la Première Guerre Mondiale - M. Barot..
Description L'extérieur Aspect général thumb|Le mausolée. Le mausolée est de plan cruciforme avec abside, dôme et portique. Il mesure approximativement de long et dans sa plus grande largeur et hauteur. Il est orienté nord-sud. S'inspirant du style religieux byzantin, l'aspect extérieur est volontairement dépouillé pour offrir un contraste frappant avec la richesse de l'ornementation intérieure. Seule la mosaïque du tympan du porche en donne une première idée. L'édifice est construit en pierre de grand appareil : pierre de taille identique à celle de la cathédrale de Reims et extraite vraisemblablement des carrières du Mont Aimé, près de Vertus. Il est entouré d'un fossé dont la profondeur correspond à celle de l'intérieur du corps central. Le gros œuvre a été réalisé par des artisans belges, alors que la décoration intérieure l'a été par des artisans italiens.
Composition L'essentiel de la construction visible est un corps central en forme de croix latine. Une tourelle carrée protège la coupole hémisphérique que l'on voit à l'intérieur et dont le centre se trouve au-dessus de la sculpture du magistrat. Le porche à baldaquin est surmonté d'une croix d'une grande simplicité. Les deux colonnes, encadrant le portail, sont surmontées de deux anges qui soutiennent l'arc frontal. L'un a les cheveux courts et semble en prière, l'autre, aux cheveux longs, a un air méditatif. L'angle au sommet est souligné par une frise à fleurs. Une colombe se tient au centre et à chaque extrémité. Un portique, éclairé de chaque côté par trois fenêtres cintrées, recouvre l'escalier descendant au corps central. Celui-ci est clôturé au nord par une abside dont la voûte en cul-de-four, a la forme d'une demi-coupole.
Ornementation extérieure Malgré sa sobriété, la sculpture extérieure présente quelque intérêt. Une frise aux motifs floraux entrelacés anime et parcourt les murs de l'ensemble de l'édifice. Les façades Est et Ouest, similaires, méritent une attention particulière : deux panneaux verticaux, situés de part et d'autre du vitrail semi-circulaire, comportent deux losanges soutenus par une longue tige florale palmée. L'inscription "Jésus de Nazareth, Roi des Juifs" est sculptée en latin dans le losange de gauche et en hébreu dans celui de droite. Enfin, une large arcade décorative entoure le vitrail central et présente neuf sculptures symbolisant les épisodes et les instruments de la Passion. En suivant de gauche à droite, tout d'abord le marteau et les clous, puis le fouet de la flagellation, l'éponge vinaigrée, les cactus de la Croix, au sommet, puis la lance qui a percé le flanc du Christ, une amphore de vin avec du blé, la couronne d'épine et enfin les tenailles.
Les coloris des vitraux, uniquement composés de motifs floraux (avec une croix au centre pour les deux principaux) ne prennent toute leur valeur que vus de l'intérieur sous l'effet de la lumière du jour.
L'intérieur vignette|Vue d'ensemble en 2011. Le décor de mosaïques multicolores, s'associant ou s'opposant aux marbres rares, met en valeur l'imposant tombeau de Jean-Marie Léon Faynot. L'architecte Courtois-Suffit et les peintres-architectes-décorateurs Georges Rochegrosse (1859-1938) et René-Martin, ainsi que le sculpteur Gustave Michel, ont fait une œuvre personnelle et originale.
Aspect général Le portique recouvre un escalier de 11 marches qui s'enfonce vers le centre de l'édifice, dont le seuil se situe à environ sous terre. Le niveau du corps central est délimité par la surface carrée de la croix grecque. Celle-ci est surmontée d'une coupole hémisphérique qui définit l'espace intérieur (dont la hauteur avoisine une dizaine de mètres). La coupole est supportée par quatre ensembles de colonnes et par le triangle de quatre pendentifs qui établissent le passage du carré au cercle. La statue du Juge Jean-Marie Faynot, imposante par ses dimensions, occupe le centre de la croix à l'aplomb de la coupole. L'abside, qui prolonge l'édifice au nord, délimite un espace destiné à recevoir un autel. Les branches Est et Ouest de la croix sont circonscrites par une arcade en plein cintre faisant corps avec les pendentifs et sont ornés, en hauteur, d'un vitrail en demi-cercle. Celui-ci surmonte, de part et d'autre, un fronton sous lequel s'inscrit le mémorial des membres de la famille Promsy, enterrés dans le mausolée. Quatre trappes dans le sol permettent d'accéder à la crypte, profonde d'une dizaine de mètres, où reposent les corps des défunts.
Décoration vignette|Triple colonnade en marbres. Le marbre et la mosaïque constituent les deux principaux revêtements utilisés pour l'intérieur du mausolée. Les marbres précieux proviennent de carrières et de gisements célèbres : marbre blanc de Carrare (Toscane), Serpentine verte des Alpes italiennes, Rossoto Levanto, Porphyre rouge d'Italie, Griotte rouge de Sainte-Marie-Campan (Pyrénées) Onyx de Grèce, Marbre ocre dit "fleur de pêcher", Grand Antique (Ariège), Paonazo, Rouge-royal (carrière ardennaise de Rance en Belgique).
La mosaïque est un assemblage d'éléments multicolores en émail, en verre ou encore en céramique, pour former des motifs ou des figures incrustés dans un ciment. Ces éléments sont appelés des tesselles. Elles ont généralement une forme de cube. Les tesselles dorées sont obtenus en recouvrant une feuille d'or avec du verre.
Une frise byzantine, large d'environ , soulignée par une bande de marbre brun orangé et s'alignant sur la base des fenêtres du portique, fait le tour de l'intérieur de l'édifice et opère une transition entre les surfaces voûtées et les surfaces murales perpendiculaires. Cette frise est un rinceau en mosaïque (dont le motif : pampre de vigne avec sarments et raisins) représente un symbole funéraire d'origine romaine. On le retrouve, par ailleurs, comme motif d'ornement du mémorial.
Les voûtes sont entièrement revêtues de mosaïques. Les murs et l'escalier sont recouverts de plaques de marbre; colonnes et chapiteaux sont aussi taillés dans le marbre. Le sol est recouvert d'un carrelage italien en céramique.
L'opposition des couleurs austères des marbres et des couleurs vives des mosaïques apporte un contraste frappant qui met en relief les principaux motifs décoratifs de l'ouvrage. Le marbre blanc de Carrare de la statue du juge Jean-Marie Faynot, qui orne également les chapiteaux des colonnes, se détache lumineusement des couleurs sombres des murs marbrés. Mais la recherche des effets colorés se trouve essentiellement dans la réalisation des mosaïques par une assimilation des techniques de la peinture à l'huile ou de l'aquarelle et des couleurs.
Principaux ornements vignette|Gustave Michel, Monument à Jean-Marie Faynot. vignette|La Sainte Trinité - Mosaïque de l'abside par Rochegrosse et René-Martin. vignette|Mosaïque du portique : La Croix Glorieuse par Rochegrosse et René-Martin. vignette|Le vitrail de la croix, côté est.
Le Monument à Jean-Marie Faynot Le Monument à Jean-Marie Faynot prend place au centre. Le juge repose allongé sur un lit d'apparat, le buste et la tête redressés, les mains s'appuyant sur le lit. Il porte sa robe de magistrat et tient à la main gauche son bonnet à mortier. La Légion d'honneur est agrafée à sa robe. On peut noter l'adresse de la reproduction des détails, notamment l'élégance du drapé des vêtements, ainsi que la décoration florale du lit mortuaire, faite de roses, de lierre, de pensées et de marguerites. Mais cette statue de style moderne qui n'est donc ni un gisant, ni un orant, est avant tout vivante. L'intérêt se porte sur l'expression du visage du magistrat. Cet ouvrage en marbre blanc de Carrare, dû au sculpteur Gustave Michel, dont la signature est taillée au burin en V, sur le socle du lit, a été au Salon de Paris, avant de rejoindre sa destination.
Les colonnes
Trois colonnes jumelées se dressent à chaque angle intérieur de la croix grecque. Leur rôle est déterminant et complémentaire, pour définir les surfaces et volumes du carré et des branches de la croix grecque. Elles donnent naissance à la fois aux pendentifs supportant la coupole, à l'arcade de l'abside, à l'arcade du portique et sa voûte, aux arcades des branches Est et Ouest. Le fût des 12 colonnes est en marbre serpentine. Leur base et les tores les ornant sont en porphyre rouge. Les chapiteaux sont en marbre de Carrare et leur sculpture, inspirée du style corinthien, représente des feuilles d'acanthe stylisées.
Les mosaïques