Daniel Barenboim ou Barenboïm (, ), né le à Buenos Aires, est un pianiste et chef d'orchestre argentino-israélo-hispano-palestinien.
Barenboim est la première (et jusqu’à présent la seule) personne au monde à être à la fois citoyen palestinien et citoyen israélien.. C'est également un polyglotte, parlant couramment l’espagnol, le français, l’hébreu, l’arabe, l’anglais, l’allemand et l’italien.
Biographie Origines Sa famille paternelle est originaire d'Ukraine : son arrière-grand-père est né dans la localité juive de Savran, à quelque au nord d'Odessa, dans la province de Podolie. Son père, Enrique Barenboïm, est né le à Buenos Aires, et est le second fils de Dora Fischman et Miguel Barenboïm. Horloger-joaillier, celui-ci meurt alors que Daniel n'est âgé que de cinq ans.
Ses grands-parents maternels, Rose Rein et Abraham Schuster, se rencontrent en 1904 sur un bateau d'émigrants qui fuient la zone de résidence où ils demeuraient à la suite de l'assassinat du tsar Alexandre II, et qui voguent vers l'Amérique du Sud. Sa mère, Aida Schuster, est née en 1912 en Argentine. Rose Rein séjourne en 1929 pendant six mois en Palestine avec ses deux filles, Rachel et Aida. Rachel s'y installe et intègre le yichouv, la communauté juive fondatrice de l'État d'Israël en 1948.
Barenboïm est la forme yiddish de l'allemand Birnbaum (poirier) .
Jeunesse Daniel Barenboïm, enfant unique d’Enrique Barenboïm et Aida Schuster, naît le à Buenos Aires.
Enfant prodige, il donne son premier concert comme pianiste à Buenos Aires à l'âge de . Son père est et restera longtemps son professeur de piano. Ses deux parents sont professeurs de piano, sa mère initiant les jeunes enfants à la technique du clavier. C'est elle qui lui donne ses premières leçons avant que son père prenne le relais.
Au début des , il donne ses premiers concerts au cours desquels le chef d'orchestre Igor Markevitch le remarque et l'invite au cours de direction d'orchestre qu'il donne au Mozarteum de Salzbourg pendant l'été 1952. Il assiste aussi comme auditeur libre au cours du pianiste Edwin Fischer pour qui il nourrit une profonde admiration.
En 1952, il s'installe en Israël avec ses parents. Il y prend des leçons d'harmonie avec le compositeur israélien Paul Ben-Haim et y donne quelques récitals.
Premiers succès Très tôt, en Argentine d'abord, puis au cours de nombreux voyages, il a l'occasion de rencontrer Arthur Rubinstein et Adolf Busch, Wilhelm Furtwängler, Edwin Fischer (cf. chapitre précédent) et beaucoup d'autres grands musiciens. Il se perfectionne au piano avec Edwin Fischer et à la direction d'orchestre avec Igor Markevitch puis, en 1955, avec Nadia Boulanger, dans la classe de laquelle, à Paris, il étudie la composition et l'harmonie.
En 1954, Furtwängler demande à l'entendre alors qu'à , il est le plus jeune élève du cours de direction d'orchestre de Markevitch à Salzbourg. Il lui propose des concerts avec l'Orchestre philharmonique de Berlin que son père refuse courtoisement, jugeant le moment prématuré sur le plan moral et diplomatique, Israël et l'Allemagne fédérale n'ayant notamment pas encore noué de relations diplomatiques.
De 1955 à 1957, pour son premier concert à Paris avec l'Orchestre de la Société des concerts du Conservatoire, Daniel Barenboïm joue le Concerto pour piano , K. 271 de Mozart sous la direction d'André Cluytens. Pendant cette période, Arthur Rubinstein l'invite à jouer devant lui-même et ses invités dans sa résidence parisienne.
Le , pour son premier concert à Carnegie Hall, il joue le Concerto pour piano de Prokofiev, œuvre quasi inconnue, sous la direction de Leopold Stokowski, accompagné de membres du United Nations Symphony Orchestra. Grâce à l'entremise de l'impresario américain Sol Hurok, à qui il fut recommandé par Arthur Rubinstein, il commence à donner des concerts régulièrement aux États-Unis. Dès la première année, il joue le Concerto en sol mineur de Mendelssohn sous la direction de Dimitri Mitropoulos avec des membres de l’Orchestre philharmonique de New York.
Après une tournée de quatre mois en Australie en 1958, il termine ses études secondaires et passe Le Te'udat Bagrut (bac israélien : תעודת בגרות). Au printemps 1960, il retourne pour la première fois avec son père en Amérique du Sud. Pendant l'été 1960, il joue l'intégrale des sonates de Beethoven à Tel Aviv, en huit récitals successifs. À cette occasion, il se lie avec le pianiste Sir Clifford Curzon qui était venu l'écouter. En 1962, il est invité à jouer sous la direction de Sir John Barbirolli, qui était aussi violoncelliste, avec le Hallé Orchestra.
Les années londoniennes Il part s'installer à Londres, centre européen de la musique à l'époque.
Invité par le RIAS, l'orchestre de la radio du secteur américain de Berlin, il est remarqué par Wolfgang Stresemann, l'intendant incontesté de l'Orchestre Philharmonique de Berlin qui lui propose deux engagements pour 1964. Il y travaille pour la première fois avec Pierre Boulez qui l'accompagne dans le Concerto de Béla Bartók. Leur collaboration et leur amitié ne cessera dès lors jamais jusqu'à la mort du compositeur français en 2016. La même année, il dirige l'English Chamber Orchestra, avec lequel il fait ses premières armes de chef d'orchestre, et l'accompagne en tournée en Europe. Il en est nommé chef en 1965 et enregistre, en dirigeant du piano, l'intégrale des concertos de Mozart, une intégrale que certains critiques considèrent aujourd'hui encore comme la plus belle jamais gravée. Pendant cette période, Barenboïm est un merveilleux mozartien, tant au piano qu'à la baguette, et il mêle à un élan juvénile une profondeur extraordinaire dans les mouvements lents, sans doute en partie acquise auprès d'Otto Klemperer. Sa collaboration avec l'English Chamber Orchestra va durer jusqu'en 1973. Ils se produisent ensemble dans le monde entier durant cette période.
C'est la période heureuse de Barenboim, celle de son amour pour la violoncelliste britannique Jacqueline du Pré, qu'il rencontre le soir du chez la fille de Yehudi Menuhin et avec qui il se marie en 1967 à Jérusalem pendant la guerre des Six Jours. C’est aussi la période où il pratique assidûment la musique de chambre avec elle et ses amis les violonistes Pinchas Zukerman et Itzhak Perlman, et d'autres comme Isaac Stern ou Gervase de Peyer. De nombreux disques sont gravés, en particulier des œuvres de Beethoven. Un DVD garde pour la postérité une interprétation exceptionnelle du quintette La Truite de Schubert avec le chef d'origine indienne pârsî Zubin Mehta à la contrebasse. Daniel et Jacqueline donnent des concerts sans discontinuer, ensemble ou séparément pendant deux saisons, elle jouant souvent sous sa direction. Ce sont de véritables stars adulées dans le monde entier. Leur bonheur est de courte durée : Jacqueline est atteinte de sclérose en plaques, les premiers symptômes apparaissent dès 1969 et elle doit arrêter sa carrière en 1972, alors que la maladie vient d'être formellement diagnostiquée.
Au début des années 1960, Barenboïm joue avec son vieux maître Otto Klemperer et enregistre avec lui ses premiers disques pour EMI : le de Mozart en 1967 et l'intégrale des concertos de Beethoven avec le New Philharmonia Orchestra, intégrale qu'il enregistre à nouveau comme chef avec Arthur Rubinstein au clavier et l’Orchestre philharmonique de Londres, puis avec l'Orchestre philharmonique de Berlin. À cette même époque, il se lie avec le chef de nationalité indienne Zubin Mehta, avec qui il a travaillé tout au long de sa carrière et dont il demeure très proche.
En 1969, Barenboïm accompagne Dietrich Fischer-Dieskau pour le Winterreise de Schubert. C'est le début d'une longue collaboration et d'une amitié profonde. L'année suivante, il dirige pour la première fois le Chicago Symphony Orchestra avec lequel il avait joué auparavant comme soliste ; les solistes sont Jacqueline du Pré et Pinchas Zukerman. À partir de 1970, il dirige à Chicago six semaines par an cette formation exceptionnelle.
Paris De 1975 à 1989, Daniel Barenboïm est directeur musical de l'Orchestre de Paris, jeune formation constituée six ans auparavant, où il crée un chœur symphonique qu'il confie à Arthur Oldham. Il n'a que quand il prend cette direction d'orchestre. Il commence à y diriger des œuvres de Boulez qu'il invite chaque saison pendant sa direction.
En 1979, il dirige pour la première fois le Deutsche Oper am Rhein à Berlin, puis en 1980 il joue ses premiers concerts en tant que soliste avec l’Orchestre philharmonique de Munich sous la direction de Sergiu Celibidache avec lequel il collabore plusieurs années. L’année 1981 marque ses débuts au Festival de Bayreuth. Il y retourne ensuite chaque été jusqu'en 1999 et y dirige d'opéras de Richard Wagner, dont Parsifal en 1987, L'Anneau du Nibelung (le Ring) dans une production de Harry Kupfer de 1988 à 1992, pour la première fois Les Maîtres Chanteurs de Nuremberg mis en scène par le descendant du compositeur, Wolfgang Wagner, en 1996. Il dirige à nouveau le Ring en 1994.
Il enregistre alors de 1979 à 1982 pour la firme Deutsche Grammophon un cycle Hector Berlioz. Après un passage éclair comme directeur artistique et musical au tout nouvel opéra Bastille, il est limogé par Pierre Bergé, six mois avant le démarrage du nouvel opéra en raison d'un conflit de pouvoir..
Une carrière internationale et humaniste
Années 1980 La carrière de Barenboim semble marquée par une sorte de boulimie inextinguible de concerts, d'enregistrements et de projets. En 1980, il dirige l'Orchestre de Paris à Buenos Aires au Teatro Colónhttps://www.cairn.info/revue-relations-internationales-2013-4-page-87.htm#no2. En 1989, il part aux États-Unis diriger l'Orchestre symphonique de Chicago où il succède à Georg Solti qui l'adoube, poste qu'il occupe jusqu'en 2006Il y conserve toutefois le titre de « chef honoraire à vie »., tout en menant une carrière de chef à Berlin, à la tête du Staatsoper Unter den Linden. Il enregistre de nombreuses œuvres avec l'orchestre de Chicago, qui est considéré comme le meilleur des États-Unis, notamment des symphonies d'Anton Bruckner et de Robert Schumann.
Le dimanche , trois jours après la chute du mur de Berlin, il dirige au pied levé l'Orchestre philharmonique de Berlin pour un concert dans la salle de la Philharmonie, concert exclusivement réservé aux habitants de Berlin-Est et où l'entrée leur est gratuite. Figurent au programme, le Concerto pour piano de Beethoven qu'il dirige du piano, puis la Symphonie . L'ouverture de Cosi fan tutte de Mozart est jouée en bisConcert et documentaire sur cet évènement diffusés sur Arte le ..
Années 1990 En , il dirige l'Orchestre philharmonique de Berlin à l'auditorium Mann à Tel Aviv, une première pour un orchestre allemand en Israël.
À Chicago, il introduit une importante programmation de compositeurs du tels Chostakovitch, Stravinsky, Barber, Schoenberg, Hindemith, Berg, Bartok et Boulez. Pour la première tournée européenne de l'orchestre de Chicago, il programme la Première Symphonie de John Corigliano, compositeur en résidence à l'orchestre depuis 1987. De 1991 à 2001, il joue entre autres, les opéras de Mozart au Staatsoper Unter den Linden de Berlin et les concertos pour piano du même compositeur avec la Philharmonie de Berlin.
En 1992, il est nommé pour dix ans directeur musical du Staatsoper Unter den Linden et signe un contrat d'exclusivité avec Warner Classics. Il s'installe à Berlin avec sa famille.
En 1996, il est directeur général de la musique à Berlin. Il revient fréquemment jouer à Paris, notamment jusqu'en 1998 au théâtre du Châtelet dont Stéphane Lissner est administrateur. En 1998, il dirige et joue les symphonies et les concertos pour piano de Beethoven à Londres avec l'orchestre de la Staatskapelle de Berlin.
Années 2000