Le château de Couffoulens est un château situé au cœur du village de Couffoulens, dans le département de l'Aude, en France
Origine du nom Le nom du château, et plus tard celui du village, vient du latin confluens dû à sa position géographique au confluent du fleuve Aude et de son affluent le Lauquet. Situé sur une éminence à caractère défensif, ce site a été occupé très tôt au moins dès l'âge du fer.
Historique Origines vignette|gauche|Thymiatérion (brûle-parfum). Le territoire de Couffoulens est très riche sur le plan archéologique. Le site le plus connu est sans aucun doute une nécropole à incinération au lieu-dit Las Peyros situé sur une terrasse de l'Aude à environ au sud du château. Les recherches archéologiques effectuées dans les années 1970 ont permis la mise au jour d’une série de 35 loculi (petite fosse contenant la tombe et son mobilier) qui ont fourni une grande quantité d’objets datant des
Accompagnant l'urne funéraire (un vase de céramique grise contenant les restes incinérés du défunt), des armes (fers et talons de lances, épées à antennes, javelot à longue tige de fer replié, couteaux), des accessoires de vêtements (fibules, agrafes), des bijoux (bracelet de fer, de bronze, une boucle d'oreille en argent, une perle en calcaire), des scalptorium (pinces à épiler), des gobelets, des coupes de céramique grise, côtoyaient des objets cérémoniels en bronze comme des simpulum (cuillères à long manche), une attache de courroie et un reste tordu de disque de tôle de bronze repoussée.
Un objet très particulier, a été signalé par le propriétaire Jean Sarrand dans la partie centrale de la parcelle, qui a permis de localiser les premières tombes: un Thymiatérion (brûle-parfum), à la tige ornée d’un cerf et portant à chaque extrémité deux coupelles ajourées, celle du bas étant décorée de six petits oiseaux, tout de bronze également.
L’influence de la culture ibère est nette et ce site révèle un peuplement qui commerçait avec le sud par l’axe de la rive droite de la vallée de l’Aude, probablement le long d'un itinéraire de passage ancien.
Traces d'une occupation romaine Deux voies romaines se croisaient à proximité du village : l'axe Carcassonne-Limoux par la rive droite de l'Aude et l'axe -Lagrasse. Jean Sarrand a prouvé que certaines chapelles rurales situées à moins de cinq kilomètres de village (Saint-Frichoux, Saint-Julien-de-Briola) ont été bâties sur d'anciennes latifundiae (fermes romaines).
Au sommet de la partie rocheuse, au cœur du château, sous la cheminée de la grande salle, on peut observer un pan de mur en petit appareil carré, caractéristique des constructions romaines, ainsi que des fragments de pavements romains en opus spicatum (arête de poisson) et des fragments d'amphores.
De nombreux silos ont été découverts lors du creusement de la cave et sous les dalles de la grande salle. Ont-ils une origine romaine ou bien moyenâgeuse : l'un contient une représentation humaine dont la signification reste à déterminer.
Le castrum de Couffoulens entre les En 1012, une première mention écrite du village fortifié de Quoffolent, de Roger dit Le Vieux comte de Carcassonne : , évoque explicitement une tour (turre), une résidence seigneuriale (castellum) et des fortifications (fortitias) lors d'un legs à son neveu. Il s’agit donc, à l'aube du , d’un ensemble fortifié important.
Couffoulens et la féodalité languedocienne Couffoulens fait partie des biens des comtes de Carcassonne dans le courant du , important sur le plan stratégique, cet éperon rocheux verrouille la vallée de l’Aude et sur le plan économique car il est mentionné dans les années 1067-1070 dans de multiples transactions avec les comtes de Barcelone :
En 1067, à la mort de Roger III le dernier comte de Carcassonne, sa sœur Ermengarde de Carcassonne épouse de Raymond Bernard Trencavel vicomte d'Albi et de Nîmes, vend à Raymond Bérenger comte de Barcelone (qui passait pour l'homme le plus riche d'occident), Carcassonne ainsi que le château de Couffoulens : « Castrum de Confolent et ipsam villam cum suo terminio ».
Le château de Couffoulens est excepté, en , de la contre-cession faite par Raymond Bérenger comte de Barcelone, à Raymond-Bernard Trencavel, vicomte d'Albi et de Nîmes, . Couffoulens reste à Barcelone.
Après plusieurs guerres, Trencavel finit par reprendre le pouvoir sur Carcassonne, les Trencavel deviennent vicomtes de Carcassonne et reprennent la possession de Couffoulens au détriment du comte de Foix et de son suzerain Raymond Bérenger comte de Barcelone. Mais en 1071, vente à nouveau du château de Couffoulens, par Rangarde, mère de Ermengarde de Carcassonne, à Raymond Bérenger comte de Barcelone .
En 1110, Couffoulens est retourné dans la possession du vicomte de Carcassonne Bernard Aton IV Trencavel qui fait hommage à l'abbé de La Grasse pour le château de Couffoulens : . La terminologie change avec Coffolento. Le mot castrum qualifie un ensemble complètement fortifié et cohérent.
En 1149, Aimeric de Confolenio est un des témoins au serment et traité de protection de Raymond V comte de Toulouse en faveur de Roger Ier Trencavel, vicomte de Carcassonne. Carcassonne et Couffoulens passent sous l'influence du comte de Toulouse. En 1171, le castrum de Couffoulens est dans le douaire donné par Roger II Trencavel à son épouse, Adelaîde : . Il fait partie de l'important réseau de castra, qui entoure et protège Carcassonne.
Débuts de la seigneurie des Voisins et l’hérésie à Couffoulens au milieu du vignette|redresse=.8|Le blason des Voisins : de gueules à quatre fusées d'argent rangées en fasce. Durant la Croisade contre les Albigeois (1208-1229), le château de Couffoulens, appelé Couffolenco, est adjugé en 1215 à Pierre I de Voisins (1180-1233) compagnon d’arme de Simon de Montfort.
Se succèdent de père en fils, comme seigneurs de Couffoulens : Pierre II de Voisins (1205-1256), appelé seigneur de Couflbulens en 1251, puis Guillaume de Voisins (1233-1308) devenu baron de Couffoulens après le rachat de plusieurs terres. Sénéchaux, (officiers du roi), ils se distinguent dans la répression de l’hérésie cathare car c’est au milieu du que l’activité des hérétiques est le mieux attestée à Couffoulens.
L'histoire de l’Inquisition au Moyen Âge de Jean Guiraud indiquent que de très nombreux cathares originaires du réseau de Couffoulens-Cavanac-Corneze-Leuc sont interrogés lors de l'inquisition vers 1240-1250 (Po Adalbert, Seignier, At Pela, Potelac...). Le plus engagé de ces hérétiques est certainement Hugues de Roumeygous, viguier (juge) au château du temps des Trencavels. À la suite de la croisade, il est déclaré faidit (dépossédé de ses biens). Il participe ensuite à la défense de l’ultime bastion du catharisme Montségur et est mis au bûcher avec 210 autres hérétiques en 1244.
À égale distance des villages de Couffoulens, Cavanac et Leuc, dominant la plaine du Lauquet, il existe un lieu-dit cathari. Garde-t-il le souvenir d'un lieu de rendez-vous de cathares ou bien est-il la mémoire d'un lieu de supplice ? Car il est très proche de l'ancien gibet dressé au Moyen Âge pour exécuter la justice rendue dans ces trois villages.
En , Philippe le Bel adressa aux sénéchaux l'ordre secret d’arrêter le même jour le vendredi , tous les membres des chevaliers du Temple. Le seigneur de Couffoulens, Guillaume de Voisins, était lieutenant du sénéchal de Carcassonne. Son fils Amalric de Voisins eut connaissance du secret et put prévenir des Templiers logés au château de Bézu proche d'Alet. La divulgation du secret fut vite connue et Amalric, échappant de peu à la peine capitale, fut enfermé quelques mois dans la prison de Couffoulens, sous le donjon du château. (Les Templiers de Bézu furent arrêtés après avoir pu cacher 50 kilos de bijoux et d'or que l'on retrouva en 1860 dans un tertre au pied du château de Bézu au lieu-dit Charbonnières.)
Évolution du logis seigneurial Le donjon de Coffolentium bâti par les seigneurs de Voisins Au milieu du , ou au plus tard au début du , ces Seigneurs du Nord construisent un nouveau château fort autour de celui des Trencavel gravement endommagé par la Croisade des albigeois (1208-1244) ou bien par un incendie fortuit. L'ancien château, a-t-il subi les ravages de la campagne du Prince Noir (Édouard de Woodstock 1330-1376) à l'automne 1355 ? Entre les murailles du et du , dans un dépôt de cendres et de gravats mêlés, ont été retrouvés une monnaie, un gros de Louis I de Crecy (1304-1346) ainsi qu'un jeton de Nuremberg du .
À l'ouest de la partie sommitale, les seigneurs de Voisins adjoignent la tour maitresse que l'on peut observer aujourd'hui. Les murs (vraisemblablement bâtis entre 1245 et 1325) à l'appareil 0.20 x 0.30, entourent parfaitement ceux du XIe, ils sont très visibles à l’extérieur, du côté jardin.
Le donjon est construit selon l’architecture militaire de cette époque: c’est une tour massive dont le sommet était autrefois couronné de créneaux, offrant un passage, sur des hourds, que l'on distingue encore très bien au sommet du mur de la façade ouest, ainsi que des trous de boulin permettant l'établissement de ces échafaudages de bois en encorbellement.
La salle basse aux murs épais (de à au nord plus exposé) présente plusieurs astuces de défense courantes à cette époque-là : le sommet de la voute était percé d’un oculus ou trou d’homme qui est resté intact et qui permettait aux assiégés de s’échapper jusqu’à l’étage supérieur au moyen d’une échelle de corde et de lancer des projectiles sur les assaillants. Au fond, la belle porte ogivale était certainement une fausse porte : elle ouvre directement sur la paroi rocheuse ne laissant qu’un étroit passage de . Ce front de taille présente des traces de broches. On pense que c'était une carrière destinée à fournir in situ le matériau du donjon.
En 1610, François de Voisins, seigneur de Couffoulens, vend sa possession à Louis de Cayres (1550-1643) seigneur d’Antraigues et d’Hauterive.
Château de Couffoulens à l’époque renaissance Il n'existe que très peu d'écrits de l'époque des Cayres d'Antraigues devenu par l'alliance de Madeleine de Cayres d'entraigues avec Marc de Calvières, le , propriété de Calvières ; les archives du château ayant brulé à la révolution. Cependant, a retrouvé un récit plein de charme du mariage mouvementé de leur fille Charlotte de Calvières née en 1641, appelée Mademoiselle de Couffoulens avec Fulcran-Guilhem de Clermont Lodève Castelnaux. De Marc de Calvières, conseiller au parlement de Toulouse, mort en 1652 peu après la naissance de sa fille unique Charlotte, la baronnie est transmise à son frère Antoine, un temps aumônier de la reine Anne d'Autriche, puis militaire. À cette époque, une fenêtre à meneaux a été percée dans le mur ouest au premier étage du donjon. La croisée a disparu, vraisemblablement au à la suite de l’impôt sur les portes et les fenêtres. Plus tard, sur la façade sud du donjon, après le , seront ouvertes les six grandes fenêtres que l'on voit actuellement.
Château de Couffoulens à l’époque moderne Les archives communales conservent des plans de la terre de Couffoulens dont l’un, dressé en 1777, présente au centre du village un grand bâtiment en forme de U désigné comme « Château de Couffoulens » adjoint sur le côté d’un bâtiment rectangulaire appelé : l’écurie de Madame de Poulpry. Ce plan représente donc le Château tel qu’il était (et tel qu’il est resté) pendant la grande époque des Castanier .
Château des Castanier vignette|Portrait de Guillaume IV Castanier par Hyacinthe Rigaud. Musée des beaux-arts de Carcassonne thumb|Le blason des Castanier: d’argent au châtaignier de sinople, fruité d’or sur un tertre du premier, au chef d’azur chargé d’un croissant d’argent montant, accosté de deux étoiles d’or