L'orthodoxie et l'hétérodoxie en économie renvoient à l'opposition entre les théories et thèses économiques considérées comme faisant partie du mainstream, c'est-à-dire du consensus, et celles appartenant à des écoles de pensée économiques marginales, refusant l'orthodoxie. Le contenu de l'orthodoxie et de l'hétérodoxie évolue en fonction des théories et paradigmes qui acquièrent une place dominante au niveau institutionnel au point de marginaliser les autres.
On estime que 5 à 20 % de l’ensemble des économistes professionnels appartiennent à une école hétérodoxeHayes, C. "The Hip Heterodoxy". The Nation (24 mei 2007).Pluralism at Risk? Heterodox Economic Approaches and the Evaluation of Economic Research in Italy - Marcella Corsi, Carlo D'Ippoliti and Federico Lucidi.
Définition Pour Tony Lawson, l'économie hétérodoxe est un terme générique utilisé pour réunir des traditions économiques très différentes : post-kéynésianisme, institutionnalisme, économie féministe, économie sociale, économie marxienne, économie autrichienne, etc.
Chaque tradition hétérodoxe a généralement pour points communs : un ensemble de thèmes récurrents qui lui sont propres, relativement abstraits ; une multiplicité de tentatives de construire des théories et de proposer des politiques qui constituent une alternative à la position dominante à partir de ces thèmes ; une reconnaissance a posteriori qu'il est impossible de trouver un accord sur une politique donnée ou une position méthodologique spécifique. L'opposition à l'économie orthodoxe devient alors le seul point commun.
Plusieurs auteurs notent ainsi que la principale caractéristique du post-keynésianisme est le rejet de l'école néoclassique.
L'orthodoxie accorde à l'inverse une large confiance à l'efficacité de la régulation de l'économie par les marchés.
Histoire et exemples Hétérodoxie passée
Dans les années 1930, Keynes était considéré hétérodoxe pour avoir soutenu les dépenses publiques d’investissement, lors de la Grande Crise quand Arthur Pigou demandait des économies..
Plus tard, le courant hétérodoxe de Jean Cartelier et Michel de Vroey ont critiqué l'ambition de l’École française de la Régulation de Michel Aglietta, Bernard Billaudot, Robert Boyer, Benjamin Coriat, Alain Lipietz, Jacques Mistral. Pour eux, l'hétérodoxie se positionnerait relativement à la théorie néoclassique et pourrait s’exprimer énoncée dans son langagehttps://shs.cairn.info/revue-l-homme-et-la-societe-2008-4-page-9?lang=fr.
Exemples actuels
De nos jours, au contraire des hétérodoxes, des personnes comme Jean Tirole ou Philippe Aghion (tous deux prix « Nobel » d'économie) sont perçues comme orthodoxes.
La place des économistes hétérodoxes dans la presse écrite est entre 0,5 et 30%..
Limites des connaissances sur l'économie
Sur le caractère scientifique de l'économie, Jean Tirole estime "qu’il est vrai que les économistes ne savent pas tout, loin de là. Comme l’ingénieur, l’économiste développe des modèles pour comprendre l’essentiel de la situation, en teste la robustesse par rapport aux hypothèses et en mesure la validité économétriquement ou en laboratoire. L’économie se situe à cet égard au niveau de la climatologie ou de la médecine, qui a réalisé des progrès remarquables, mais parfois ne parvient toujours pas à guérir un rhume. Le caractère scientifique de l’économie n’est pas en question, mais il s’agit d’une science complexe, que l’on ne comprend pas toujours".
Critique des outils utilisés Une critique régulièrement aux économistes orthodoxes est que les hypothèses de leurs modèles sont irréalistes. David Romer répond que Romer, David. 2001. Advanced Macroeconomics. 2nd edition. Boston, MA: McGraw-Hill. (Traduction française : Romer, David. 1997. Macroéconomie approfondie. Paris : Ediscience.).
L'utilisation des mathématiques en économie est aussi régulièrement remise en cause.
Importance de la théorie et de l'expérience Jean Tirole dans un mémo Assumption in economics : « La théorie fournit le cadre conceptuel. C'est également la clé pour comprendre les données. Sans théorie – c'est-à-dire sans système d'interprétation – les données sont au mieux un ensemble d'observations et de corrélations intéressantes, sans implications claires pour la politique économique. Inversement, une théorie est enrichie de preuves empiriques, qui peuvent invalider ses hypothèses ou ses conclusions et peuvent ainsi l'améliorer ou la renverser. Ce travail empirique s'est étendu pour dominer l'économie dominante est en fait une bonne nouvelle pour la théorie, en raison de leur complémentarité ».
Pierre Cahuc et André Zylberberg avancent que « l'économie est devenue une science expérimentale ».
Critiques des institutions de la recherche en économie Selon Pierre Cahuc et André Zylberberg, les études publiées dans des revues académiques, ayant subi un processus de relecture par les pairs, permettent, lorsqu'elles produisent des résultats convergents, de produire l'image la plus fiable sur l'état du monde. Le « négationnisme scientifique », notamment économique, est alors l'attitude de ceux qui s'opposent sans justification, selon les auteurs, à ces résultats, prétendant souvent s'opposer à la « pensée unique » ou mettre en lumière des failles de la recherche « orthodoxe » : les auteurs citent comme exemples le discours des industriels du tabac autrefois, aujourd'hui de certains grands patrons ou économistes « hétérodoxes » tels que « les Économistes atterrés ». Ils précisent que « des résultats qui apparaissent pour la première fois dans des rapports ou des livres, même à gros tirage, n’ont aucune fiabilité ».
En 2015, certains chercheurs en sciences sociales, notamment du groupe des Économistes atterrés, souhaitaient la création au sein du Conseil national des universités d'une section « Institutions, économie, territoire et sociétés ». Jean Tirole s'oppose à celle-ci dans une lettre ouverte à la ministre chargée de l'Enseignement supérieur, Najat Vallaud-Belkacem, dans laquelle il considère qu'elle serait .Lettre de Jean Tirole (lire en ligne).
Subjectivité de la différence entre orthodoxie et hétérodoxie La différence entre orthodoxie et hétérodoxie est difficile à placer et est souvent subjective, voire confondue avec des divergences politiques. Par exemple Thomas Piketty a largement recours aux méthodes quantitatives et à la modélisation, a publié dans des prestigieuses revues et est parfois improprement considéré comme en raison de ses positions politiques de gauche. De même, Friedrich Hayek est un économiste et rejetait la formalisation en économie, mais est parfois improprement considéré comme pour ses positions de droite libérale. D'autres comme Gaël Giraud ou Matheus Grasselli utilisent des outils mathématiques plus avancés que ceux utilisés en économie ..
L'assimilation entre , mainstream ou École néoclassique est répandue alors que ces termes ne sont pas synonymes. De même, la notion d' assimile rejet du mainstream et rejet de l'économie . Kenneth Arrow a travaillé aussi bien sur l'Équilibre général, des années 1950 que sur l'économie comme Système complexe, encore en 2018..
Le courant keynésien était orthodoxe après la Seconde Guerre mondiale, ce qui a changé à la fin des années 1970 et au début des années 1980, il est depuis lors considéré comme hétérodoxe..
Courants économiques considérés comme hétérodoxes
L'American Economic Association recense les courants hétérodoxes comme suit. : Marxisme, Néomarxisme, Marxiens, Socialisme, Sraffraïsme Économie évolutionniste, Historicisme, Théorie néoinstitutionnelle, Cliométrie, Nouvelle économie institutionnelle, Schumpeterisme École autrichienne et néo-autrichienne Économie féministe Autres : Éconophysique, Économie verte, Doctrine économique islamique, économie pluraliste,
Notes et références
Voir aussi Bibliographie John Atkinson Hobson, 1938, Confessions of an Economic Heretic, George Allen Unwin LTD Liem Hoang Ngoc, 2011, "Les théories économiques, petit manuel hétérodoxe", La Dispute. Steve Keen, L’Imposture économique (traduit de ), Les Éditions de l'Atelier, 2014
Articles connexes Doxa Hétérodoxie Orthodoxie Révolution de la crédibilité (économie)
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