Les poches de l'Atlantique est le nom donné aux poches de résistance allemandes subsistantes sur le littoral ouest-européen lors de la Seconde Guerre mondiale, entre la fin de la bataille de Normandie en , marquant le début de la libération de l'Europe du Nord-Ouest, et la capitulation du Troisième Reich en .

Les Allemands avaient fortifié les grands ports des côtes Atlantique, de la Manche et de la mer du Nord pour empêcher les Alliés de disposer d'un tel port après leur débarquement. Ils s'y replieront face à l'avance alliée dans l'ouest de la France. Mais en septembre, ceux-ci ayant réussi à s'emparer de certaines de ces forteresses portuaires, ne jugeront alors plus nécessaire de prendre les autres, en assurant juste leur blocus et préférant concentrer leurs troupes vers une invasion rapide de l'Allemagne. À l'exception de la poche de Royan et de la pointe de Grave, prise principalement pour des raisons politiques par l'armée française en , la reddition des poches s'est faite sans combat dans les jours suivants la capitulation allemande des et .

Création des , les forteresses portuaires en janvier 1944

Face à la dégradation de la situation sur le front de l'Est et à la menace d'un débarquement anglo-américain sur le front de l'Ouest, Hitler prenait, au début de l'année 1944, des mesures destinées à décourager les Alliés de lancer leur opération d'envergure en bloquant tous les grands ports de la côte de l'Europe de l'Ouest.

Il émet la directive suivante le :

Ainsi ces (pluriel de qui signifie forteresse en allemand), sont construites autour des principaux ports de la côte Atlantique, de la Manche et de la mer du Nord, renforçant les défenses déjà existantes avec le mur de l'Atlantique. Ces forteresses visaient à faire échouer le débarquement en empêchant les Alliés de disposer d'un port en eaux profondes, nécessaire pour approvisionner leurs troupes déjà débarquées.

Ces quatorze forteresses se répartissent ainsi, du nord-est au sud-ouest : deux sur le littoral néerlandais, IJmuiden et Hoek van Holland, bloquant l'accès aux ports de Rotterdam et d'Amsterdam ; six sur le littoral du nord de la France et de Normandie : Dunkerque, Calais, Boulogne-sur-Mer, Le Havre, Cherbourg, une constituée des îles Anglo-Normandes dans la Manche occidentale ; deux sur la côte de Bretagne Nord : Saint-Malo et Brest ; cinq sur la côte Atlantique : Lorient, Saint-Nazaire, La Rochelle et l'ensemble constitué par Royan et la pointe de Grave sur l'estuaire de la Gironde et bloquant l'accès au port de Bordeaux.

Formation des poches

6 juin 1944, la surprise du débarquement loin d'un port Les Alliés surprennent les Allemands en choisissant de débarquer le 6 juin 1944 en Normandie, sur les côtes du Calvados et du sud-est du Cotentin, loin des ports trop fortifiés. Ils vont résoudre le problème du ravitaillement et du débarquement de matériels lourds et de ravitaillement dans les premières semaines de combat, en installant deux ports artificiels, les ports Mulberry, sur les côtes conquises mais surtout par une très grande capacité de débarquement à même les plages. Et moins de trois semaines après le débarquement, le , ils s'emparent de Cherbourg et de son port, par la terre, . Avec la prise de Cherbourg, c’est la première allemande qui tombe. Le port de la ville bien que saboté par les Allemands, est remis en fonction partiellement dès mi-juillet.

Prise des de Saint-Malo et de Brest Après la percée d'Avranches, les Américains pénètrent en Bretagne début août et verrouillent rapidement les approches de Saint-Malo, Brest, Lorient et Saint-Nazaire. Mais ils tardent à tenter rapidement de s'en emparer, la priorité alliée étant donnée alors à la fermeture de la poche de Falaise et à la progression vers l'est. Ce délai permet aux troupes allemandes qui y sont repliées, d'organiser au mieux leur défense et de rendre leur prise plus difficile.

Saint-Malo est libérée le , mais son accès portuaire ne sera possible que le ; après la fin de la longue résistance allemande sur l'île côtière de Cézembre. Brest est libérée le après plusieurs semaines de longs et durs combats entrainant la destruction de la ville et du port. .

Directive allemande du 17 août 1944 : d'illusoires nouvelles festungen À la suite du débarquement de Provence et de la rapide progression des troupes américaines et françaises dans le sud-est et dans le couloir rhodanien, une directive d'Hitler ordonne l'évacuation du sud-ouest de la France et de transformer Marseille, Toulon, Bayonne, Biarritz et Saint-Jean-de-Luz en . Mais cette directive ne pourra être mise en œuvre car moins de quinze jours après son émission, les ports de Toulon et de Marseille sont déjà pris par les Alliés et l’armée allemande s’est retirée de la côte basque.

Directive allemande du 4 septembre 1944 Devant la progression rapide alliée au nord-ouest et au sud de la France, Hitler émet une nouvelle directive le pour renforcer les capacités défensives des forteresses du littoral nord de la France et du littoral belge, avec l’objectif de bloquer le grand port d'Anvers:

Décision alliée du 7 septembre de ne pas attaquer les poches atlantiques restantes Le commandement allié décide le de se limiter à faire le siège des autres forteresses côtières allemandes de la façade atlantique et de celle de Dunkerque. La prise de Saint-Malo et surtout celle de Brest ont immobilisé trop longuement les troupes américaines à l'ouest et entrainé trop de pertes dans leurs rangs. De plus la donne stratégique a changé avec la montée en puissance du port de Cherbourg, l'attaque programmée dans les jours suivants du Havre pour libérer la Seine, la prise du port d'Anvers (alors que le débouché sur la mer du Nord des bouches de L’Escaut n’est pas encore libéré), la prise rapide des ports de Toulon et de Marseille après le débarquement de Provence (ouvrant l'axe Rhône-Saône, permettent aux Alliés d'envisager la fin du goulot d'étranglement portuaire du ravitaillement du front).

La progression rapide du front vers le nord-est rend beaucoup moins pertinent la prise des ports de la façade atlantique. À l'exception des petites poche de Calais et poche de Dieppe, prises en car elles pouvaient menacer les flux logistiques dans le nord de la France, les Alliés se contentent de faire le blocus des autres forteresses, de ce qui sera appelé alors les poches de l'Atlantique.

Ce blocus sur les poches de la façade atlantique est principalement assuré en France par des résistants FFI, endivisionnés alors dans l'armée française de la Libération avec quelques troupes américaines.

Les prises

libérées avant octobre 1944

Cherbourg

La prise du port de Cherbourg est le premier objectif des Alliés. Ils choisissent d'ailleurs de rajouter la plage d'Utah Beach, dans le sud-est du Cotentin comme plage de débarquement pour faciliter la prise de la ville. Dès le , deux semaines après le jour J, le nord du Cotentin est isolé par les Américains du reste du front et ne peut plus être réapprovisionné par les Allemands.

La poche est libérée après une bataille qui dure du au .

Saint-Malo

La poche de Saint-Malo est libérée le , après onze jours de combats provoquant la destruction de la vieille ville. La garnison allemande de Cézembre, une île au large de la cité malouine, ne se rend que le après trois semaines d'intenses bombardements.

Brest

Le corps d'armée des États-Unis du général Troy Middleton encercle la ville et la prend d'assaut. Mais les combats sont extrêmement difficiles, car les troupes allemandes sont bien retranchées et composées en partie de Fallschirmjäger, des parachutistes d'élite du général Hermann-Bernhard Ramcke qui vont défendre âprement leurs positions malgré les intenses bombardements aériens et terrestres américains. Ce n'est qu'après un mois et demi de combats, du au , une ville rasée, un port largement détruit et saboté et des pertes importantes parmi les troupes américaines que la poche est libérée. Les Alliés ont à ce moment déjà libéré Paris et Bruxelles.

Le Havre

La poche est libérée par les forces canadiennes et britanniques le après trois jours de bombardement aérien et maritime. Le Havre était considérée comme l'une des plus solides fortifications du mur de l'Atlantique. La ville et son port sont très largement détruits avec des pertes importantes, plus de 5000 tués parmi la population civile.

Boulogne-sur-Mer

La poche est libérée après une bataille qui dure du au menée par les forces canadiennes et britanniques.

Calais

La poche de Calais est libérée le par la division canadienne.

Les poches de l'Atlantique à partir d'octobre 1944 À l'exception de la poche de Royan et de la pointe de Grave, libérée par les forces françaises en plus pour des raisons politiques que par nécessité stratégique, les autres poches allemandes ne se rendront qu'à la capitulation du Troisième Reich en . Les troupes allemandes n'avaient pas la capacité pour mener de grandes offensives, ni terrestres, ni maritimes d'autant que dès le début de constitution des poches, les sous-marins allemands, les U-Boot ont été évacués vers les bases en Norvège.

Le commandement allié va y consacrer un minimum de troupes. Une division d'infanterie américaine (la , remplacée ensuite par la ) pour bloquer les poches de Lorient et Saint-Nazaire et des troupes françaises largement improvisées composées de FFI endivisionnés dans l'Armée française de la Libération et quelques troupes coloniales pour les autres poches atlantiques, renforcé un temps par la DB française.

La poche de Dunkerque constitue une exception. Les forces françaises sont minoritaires et le blocus est assuré par d'abord par des troupes canadiennes, remplacées à partir d'octobre par des troupes tchécoslovaques.

Ainsi fin novembre 1944, les forces alliées face aux poches allemandes sont de soldats américains, soldats des troupes coloniales françaises d'Afrique du Nord et ex-FFI contre soldats allemands. Un ratio de 1 soldat allié contre 4 soldats allemands largement favorable aux Alliés et qui déjoue le plan hitlérien qui espérait aussi immobiliser d'importantes troupes alliées avec ses forteresses portuaires.

En l'absence de grands combats mais avec néanmoins de nombreux accrochages, des raids de petite envergure de part et d'autre aux alentours pendant ces mois de blocus avec des trêves ponctuelles, cette période sera comparée localement à la Drôle de guerre connue sur le front lors des premiers mois du conflit entre et .

Une poche libérée en avril 1945 : Royan et de la pointe de Grave Dès la constitution de ces poches, elles deviennent un objectif politique pour le général de Gaulle, alors président du nouveau gouvernement provisoire de la République française, constitué en . Il cherche ainsi à démontrer la souveraineté de la France vis à vis des puissances anglo-saxonnes tout en voulant contenter le puissant Parti communiste français, membre du gouvernement provisoire et qui souhaite une prise rapide des poches..

Le , lors d'une visite à Saintes, libérée 15 jours plus tôt, De Gaulle envisage l’opération Indépendance, pour libérer l'accès au port de Bordeaux. Mais les forces françaises restant placées sous le commandement allié, il n'a pas les mains libres et a également besoin du soutien maritime et aérien allié pour une telle opération. Il crée un commandement des Forces françaises de l'Ouest (FFO), placées sous le commandement du général Edgard de Larminat. L’ engagerait deux divisions françaises pour dégager l'estuaire de la Gironde puis la poche de La Rochelle. Mais le commandement allié ne donne son accord que pour le premier. L'opération, envisagée en puis en , est reportée à cause de l'offensive allemande dans les Ardennes.

De toutes les poches, c'est la plus petite en superficie et la moins bien défendue, avec . Le , la ville est rasée par un raid aérien.