L'abbaye Saint-Bénigne de Dijon était un édifice monastique de moines bénédictins fondé au . L'abbaye était située au centre de Dijon, dans le département français de Côte-d'Or, dans la région Bourgogne-Franche-Comté.

Son abbatiale est aujourd'hui la cathédrale Saint-Bénigne dédiée à Bénigne de Dijon, un martyr chrétien du . Cette cathédrale est depuis 1792 le siège de l'archidiocèse de Dijon.

En partie détruite, l'ancienne abbaye conserve actuellement les restes d'une aile romane édifiée au , qui compte parmi les plus anciens bâtiments conventuels existant en France. Elle héberge depuis 1930 le musée archéologique de Dijon.

Situation géographique L'abbaye Saint-Bénigne de Dijon est située à l'ouest du centre actuel de la ville, à l'angle des rues Michelet, Mariotte, Danton et Condorcet. Cependant, dans les premiers temps, elle était située à l'extérieur du castrum de Dijon, auquel elle a progressivement été reliée par le développement d'un bourg entre les deux constructions.

Histoire de l'abbaye Fondation de l'abbaye alt=Photographie d'un élément de sarcophage de pierre dans une crypte|vignette|redresse|Sarcophage dit de saint Bénigne de Dijon, dans la crypte de l'abbatiale

L'origine de l'abbaye est entourée de légendes, liées à la personnalité de saint Bénigne de Dijon qui serait apparu à l'évêque Grégoire de Langres pour lui demander d’élever un oratoire sur son tombeau. Cette histoire, rapportée par Grégoire de Tours, petit-fils du précédent, est probablement une façon pour la hiérarchie ecclésiastique de canaliser des dévotions populaires qui pouvaient être héritées du paganismeDu culte des reliques à celui du Précieux Sang, dans Tabularia « Études », n° 8, 2008, p. 81-88 - lire en ligne.. Quoi qu'il en soit, l'établissement religieux est donc attesté dès le . Il appartenait directement aux évêques de Langres. Une communauté de moines y est attestée dès le , mais pourrait avoir été présente dès le . Vers 870, le monastère est transformé : l'évêque de Langres Isaac et le roi Charles le Chauve y introduisent la règle bénédictine.

Réforme de Guillaume de Volpiano En 989, Guillaume de Volpiano est envoyé à Dijon par l'abbé Mayeul de Cluny avec douze moines pour réformer l'abbaye, à la demande de Brunon de Roucy, évêque de Langres. Elle n'est cependant pas affiliée juridiquement à l'ordo cluniacensis et garde son indépendance. Brunon et Guillaume, d'un commun accord, se lancent en 1001 dans une ambitieuse reconstruction de l'église abbatiale, avec une basilique doublée d'une rotonde. Cette construction est un symbole du renouveau de la vie monastique mais aussi le fruit de la nécessité, compte tenu de l'adoption des usages clunisiens ainsi que de l'accroissement de la communauté : douze en 990, les moines sont en effet 80 en 1016, lorsque la construction de la basilique s'achève. La rotonde est terminée deux ans plus tard.

En parallèle, Brunon de Roucy s'emploie à affermir la situation financière de l'abbaye en restaurant ses possessions temporelles, tandis que plusieurs grands seigneurs de la région participent financièrement, notamment Otte-Guillaume, comte de Mâcon et avoué de l'abbaye jusqu'en 1016.

Le successeur de Guillaume de Volpiano, l'abbé Halinard, fait reconstruire les bâtiments conventuels dans les années 1030-1040, autour du cloître situé au nord de l'église et non au sud comme il est d'usage, peut-être à cause de la présence d'un cimetière ou d'un autre lieu sacré à cet endroit.

Reconstructions successives En 1137 un important incendie ravage Dijon et l’abbatiale (seule la rotonde est épargnée par les flammes). L’abbé Pierre de Genève reconstruit l’église presque entièrement en architecture romane.

Entre 1280 et 1393 l'église Saint-Bénigne de Dijon est construite en style gothique sur la précédente basilique effondrée en 1271. L'abbé Hugues d'Arc achète la moitié de la terre de Ville-Comte en décembre 1287 à Eudes de FrôloysFrançois-Alexandre de La Chenaye-Aubert, Dictionnaire de la Noblesse, Paris, 1773, t.VI, éd, P.697Claude Courtépée, Description générale et particulière du Duché de Bourgogne, 1777, à Dijon chez Causse imprimeur du Parlement, t.II, p.312..

vignette|L’abbaye au , planche gravée du Monasticon Gallicanum.

Au la congrégation des Bénédictins de Saint-Maur entreprend des transformations architecturales de l'abbaye en architecture classique.

En 1791 durant la Révolution française, à la suite de la dissolution des ordres religieux à vœux solennels, les derniers moines quittent l'abbaye et en 1792 l'abbatiale (devenue d'abord église paroissiale) est consacrée cathédrale.

En 1930 le musée archéologique de Dijon (crée en 1831) hébergé au musée des beaux-arts de Dijon est transféré dans l'aile principale de l'abbaye Saint-Bénigne avec au niveau 0 : la salle capitulaire et le scriptorium (), au niveau 1 : le dortoir des moines (style gothique, ) et au niveau 2 : des salles du .

L'abbaye bénéficie de plusieurs protections aux monuments historiques : un classement pour son cellier le , une inscription pour l'ancien logis abbatial le .

Architecture Église abbatiale

Bâtiments conventuels Salle capitulaire La salle du chapitre date de la première moitié du ; elle est la plus ancienne salle capitulaire encore en élévation en France.

Jusqu'au , elle garde cette fonction et sert de lieu d'inhumation ( furent relevées dans cette pièce, et ).

Elle est plus tard transformée en cave par les moines de la congrégation de Saint-Maur qui s'installent dans l'abbaye au . Selon le plan mauriste de 1670, le chapitre est transféré au premier étage, dans le dortoir gothique.

Scriptorium La salle attenante à la salle capitulaire longue de 30 mètres date elle aussi de la première moitié du . Elle est supposée être le scriptorium. Le rehaussement du niveau du sol en mille ans d'existence a transformé cette salle située autrefois au rez-de-chaussée, en crypte. Les accès extérieurs qui donnaient sur le cloître ont été condamnés.

Dortoir des moines Le dortoir est construit à la fin du , au-dessus du scriptorium de l'époque romane. Il est construit avec des voûtes d’ogives, en style gothique.

En 1652, les mauristes font surélever l'aile par un niveau supplémentaire pour ajouter de nouvelles cellules. Les baies sont agrandies. Le toit est recouvert de tuiles plates de couleurs: blanches, noires, rouges et vertes.

Palais abbatial

Il renferme aujourd'hui l'École nationale supérieure des beaux-arts de Dijon

La maladrerie Située à l'entrée de l'abbaye, elle accueillait les pèlerins et les voyageurs.

Cloître Cloître roman avec ses quatre ailes qui desservaient les principaux édifices abbatiaux. On a retrouvé dans le cloître, les sépultures de réparties de la façon suivante :

Galerie orientale Elle forme un angle droit avec l'église et abritait la salle capitulaire, le scriptorium au niveau du rez-de-chaussée et le dortoir au niveau I, les autres bâtiments : cuisine, réfectoire, bibliothèque, logement de l'abbé ont tous disparus en élévation. Dans cette galerie furent retrouvées les sépultures de: , , , ,

galerie occidentale , , , , ,

Galerie septentrionale , ,

Galerie méridionale

Jardins La rivière du Raisne, affluent de l'Ouche traverse les jardins inférieurs de l'abbayeAujourd'hui cette rivière est canalisée en partie souterraine.

Cimetière Au Moyen Âge l'investiture du maire et des échevins se faisait dans le cimetière de l'abbaye Saint-Bénigne en face au portail de l'église Saint-PhilibertPaul Foisset, « Saint-Philibert de Dijon et l’architecture romane en Bourgogne. », Mémoires de la Commission des antiquités du département de la Côte-d’Or, t. 6, 1861-1864, p. 5..

Sculptures vignette|Tympan du Christ en gloire, provenant d’un portail du cloître (1150-1160). Musée archéologique de Dijon. vignette|Tympan de la Cène, provenant du réfectoire : onze personnages entourent le Christ nimbé avec le pain au centre, dont les apôtres Jean, Judas et Pierre. Musée archéologique de Dijon.

Les différents édifices de l'abbaye furent ornés de plusieurs tympans richement sculptés. L'un ornait la façade occidentale de l'abbatiale, connu par une gravure, et dont quelques éléments sont conservés au Musée Archéologique. Les gravures de dom Plancher conservent le souvenir d'un tympan représentant le martyr de Benigne. On a parfois supposé qu'il provenait aussi de la façade occidentale, mais cela paraît peu probable. Son emplacement originel reste inconnuStratford, 1994..

Un autre fut découvert en 1833 dans les maçonneries de l'église. Plusieurs fois déplacé, son emplacement d'origine est difficile à déterminer. Il ne semble pas possible cependant qu'il s'agisse du portail donnant dans le cloître comme on l'a pensé au . Lors des travaux menés par les mauristes, il fut remployé comme décors de l'enfeu du tombeau du cardinal de Givry. Il représente le Christ en majesté, entouré des quatre vivants. Il pourrait être daté de la fin du .

Un autre décorait la porte du cloître donnant accès au réfectoire, décoré de la Cène. Sa réalisation pourrait être placée dans le second tiers du . Assez différent des autres tympans sculptés de l'abbaye, ses sculptures se rapprochent du "relief Crosby" retrouvé à Saint-Denis.

Rayonnement de l'abbaye Abbés

Religieux célèbres vers 990 : Raoul le Blanc, vicomte de Dijon, prend l'habit monastique et donne une partie de ses biens à l'abbayeAnalecta Burgundia, 2, 990-991, Ment: Chro.SB.,f°43 v° (Bourgaud,S.B., p.149; B., p.288) Indiq: Pignot,I, p.503 - Petit, II, p.450 - Sackur, I, p.268 - Chomton, p.91 - Lot, Derniers Carolingiens, P.239.- M.Oursel, 1939, p.97, .. Il deviendra grand-prieur de l'abbaye Saint-Pierre et Saint-Paul de BèzeS. de Montenay, L'abbaye bénédictine de Saint-Pierre de Bèze, Dijon, 1960, et l'abbé Jean Marilier avec Pierre Quarré, L'église abbatiale de Bèze.. 1025 à 1030 : Raoul Glaber, moine, (un des principaux chroniqueurs de l'An mil). Gui de Jaucourt (vers 1325-vers 1386), fut prévôt de cette abbaye et abbé de celle de Moutiers-Saint-Jean (1363-1386). 1671 : dom Thomas Le Roy, célérier et procureur, achève cette année-là son manuscrit sur l'histoire de l'abbaye et meurt quelque temps plus tard.

Possessions

Postérité Armoiries D'azur à deux lances d'or posées en sautoir, accompagnées d'un levier d'argent en chef et d'un ange de même en pointe.

item : D'azur à un saint Bénigne de carnation vêtu d'une aube d'or et d'une chasuble d'argent, les flancs percés de deux lances d'or en sautoir, les doigts percés d'alènes de même, et le front sommé d'un levier d'argent.

Sceaux 1208: rond, à un saint Bénigne en buste, nimbé, barbu, vêtu d'une chasuble, tenant de la main droite une palme, et de la main gauche un livre Légende : SIGILLVM SANCTI BENIGNI BVRGVNDIONVM APOSTOLI 1237 : Rond à un saint Bénigne à mi-corps, nimbé, imberbe, vêtu d'une aube, et d'une chasuble, tenant à la main droite une palme, et de la main gauche un livre, accompagné de deux dextrochères mouvant du flanc, tenant chacun une lance dont on aperçoit que la hampe, le fer étant longé dans le corps du martyr. Légende : SIGILLVM CONVENTVS SANCTI BENIGNI DIVIONIS Contre-sceau sans figure Légende : DEVS DEVS MEVS Ce sceau ne sera modifié qu'à l'arrivée de la Congrégation de Saint-Maur et deviendra: : Ovale, à un écusson entouré de deux palmes, surmonté d'une mitre et d'une crosse, et portant les premières armoiries de l'abbaye Légende SIGILLVM MONASTERII SANCTI BENIGNI DIVIONENSIS

Sépultures

Il reste un rouleau des morts de 1439-1441 n°: LXXXII conservé à la Bibliothèque de Troyes, ms 2256 et qui a fait l'objet d'un article dans Bibliothèque de l'École des Chartes, 1867, vol 28, , III, 153. On a retrouvé dans plusieurs endroits de l'abbaye dont deux d'abbés dont le lieu d'inhumation n'a pu être déterminé.Elles sont aujourd'hui conservées dans la crypte actuelle, à l'étage inférieur de la rotonde du Monique Jannet-Vallat, op.cit, p.37