L’ancienne abbaye bénédictine Saint-Laumer, écrit aussi Saint-Lomer, ou ancien hôtel-Dieu de Blois, est située sur le quai de l’abbé-Grégoire, à Blois, dans le Loir-et-Cher. Elle est aujourd’hui inoccupée en attente de la réalisation d'un projet immobilier, après avoir hébergé la Direction départementale des Territoires et l'Unité départementale de l'architecture et du patrimoine du Loir-et-Cher.
Histoire
Antécédents
En 874, les moines bénédictins de Corbion arrivent à Blois pour fuir des raids normands ravageant le Perche, et rejoignent ainsi les moines du même ordre, alors établis à la chapelle Saint-Calais du château médiéval depuis 866, avec la bénédiction des comtes de Blois et rois des Francs. Néanmoins, le vicomte Thibaud demanda en 924 le transfert des moines hors du château, et c'est ainsi que le roi Raoul leur concéda l'église Saint-Lubin, alors en contrebas du château, ainsi que les droits féodaux sur le faubourg du Foix voisin Chartularium Launomarense (charte de fondation de Saint-Laumer de Blois), 924 – citée et expliquée par Martin Bouquet, dans Recueil des historiens des Gaules et de la France – repris par Constant Leber, dans Collection des meilleurs dissertations, notices et traités particuliers relatifs à l'Histoire de France, tome 6, chez G.-A. Dentu, 1838, (lire en ligne), 138–140. Chartularium Launomarense (charte de fondation de Saint-Laumer de Blois), 924 – reprise dans la Gallia Christiana, 1744, tome 8 (lire en ligne), col. 1351.. Un premier monastère semble avoir été construit dès cette période, leur permettant de privatiser l'ensemble du terrain entre l'église et la Loire.
Cependant, l'église Saint-Lubin est détruite en 1114 suite après un incendie, menant à la construction d'un complexe religieux : l'abbaye Saint-Laumer.
L'âge d'or des bénédictins à Blois vignette|gauche|L’abbaye au , planche gravée du Monasticon Gallicanum. Exemptés de toutes taxes royales, les moines furent les seuls habilités à gérer la fiscalité dans le faubourg, leur permettant de rassembler des fonds nécessaires à la construction d'un grand monastère à partir du . Les travaux de l'abbatiale commencèrent ainsi le , soit 24 ans après l'incendie de l'église Saint-Lubin, avant que les reliques de Saint Laumer et de Saint Lubin n'y soient déposées le .
Au , l’abbaye est fortifiée pour échapper aux ravages de la guerre de Cent Ans, et absorbe ainsi la paroisse de l'église Saint-Pierre du Foix, dissoute vers 1362. L'abbaye n'en ressort finalement peu endommagée, mais finit ruinée au par les guerres de religion et notamment par le sac de Blois par les Huguenots en 1568. La remise en état du bâtiment est due à l’œuvre des bénédictins réformés, dont les travaux continuent jusqu’au début du .
Depuis la Révolution
À la Révolution, l’abbaye est dissoute et ses bâtiments blésois sont transformés en hôtel-Dieu, ce qui le sauve en partie des destructions révolutionnaires. Seule l'église de l'ancienne abbaye conserve alors des fonctions religieuses, en adoptant le vocable de Saint-Nicolas en souvenir l'ancienne église Saint-Nicolas du Foix démantelée à cette même période.
Les dépendances de l'abbaye sont également saisies (voir liste des dépendances ci-dessous).
En 1845-1847, de nouveaux bâtiments, réalisés par les architectes Pinault puis Jules de la Morandière sont ajoutés à l’édifice.
L’ancienne abbaye bénéficie de multiples protections au titre des monuments historiques : inscription en 1939 pour l’hôtel-Dieu, classement en 1967 pour les façades et toitures de divers bâtiments, sol de la cour et grille, inscription en 1992 pour le pavillon du corps de garde et grille de jardin.
Désaffecté au , l’hôtel-Dieu est alors reconverti en bureaux pour la Direction départementale de l’Équipement, et est occupée aujourd’hui par la Direction départementale des Territoires de Loir-et-Cher.
Relation avec les autres organisations religieuses de Blois
Dès la constitution de l'abbaye de Bourg-Moyen et l'arrivée de celle de Pontlevoy par l'acquisition du prieuré Saint-Jean-en-Grève, survenues au cours du , une rivalité s'est créée entre les trois abbayes présentes à Blois.
Néanmoins, il est important de rappeler que les moines de Saint-Laumer ont trouvé refuge au au sein même du château de Blois, à la chapelle Saint-Calais. Même s'ils furent requis de s'établir dans le quartier du Foix, le fait qu'ils aient conservé leur juridiction sur la chapelle palatine (en plus des nombreuses dépendances qu'il leur a été offertes) prouve l'importance qu'ils représentaient pour les comtes de Blois puis les rois de France.
Architecture Église Bâtiments conventuels À son apogée, l'abbaye comprenait deux cloîtres, dont le Grand Cloître, qui servait d'entrée pour les moines, disparu avant le .
En souvenir du sanctuaire mérovingien, une chapelle absidiale était dédiée à la Sainte Vierge (ou Sainte Marie) et érigée sous le titre d'Annonciation ou de Bonne Nouvelle. Son autel donnait sur les cloîtres.
Liste des dépendances de l'abbaye Dans son ouvrage, Noël Mars fait l'inventaire des dépendances de l'abbaye Saint-Laumer de Blois.
Prieurés conventuels
Prieuré Saint-Laumer de Corbion, dans l'actuelle Moutiers-au-Perche Prieuré Saint-Sulpice de l'Aigle Prieuré Saint-Laumer de Moissat Prieuré Saint-Martin de Montereau Prieuré Saint-Julien de Douy-lès-Châteaudun Prieuré Notre-Dame de Mamers
Prieurés simples
Prieuré Saint-Félix de Champigny-en-Beauce Prieuré d'Illou, à Dampierre-sur-Avre Prieuré de Condeau Prieuré de Saint-Ange Prieuré Saint-Nicolas de Vallières Prieuré Sainte-Opportune de Froidmentel Prieuré Saint-Lubin de Périgny Prieuré Notre-Dame de Fages, à Thenay Prieuré Saint-Avertin du Breuil, à Villefrancœur Prieuré de Rémalard Prieuré Saint-Gilles du Tertre, à Châteaudun Prieuré Saint-Bienheuré de Candé-sur-Beuvron Prieuré Saint-Martin de Monthou-sur-Bièvre Prieuré Saint-Mandé de Montfolet, à Vievy-le-Rayé Prieuré Saint-Médard de Maisse Prieuré de Courcerault Prieuré Saint-Germain de Chemilli Prieuré Sainte-Marie de Rai Prieuré Saint-Pierre de Francheville Prieuré d'Irai Prieuré Saint-Léger d'Ouilly Prieuré Notre-Dame de Cellé Prieuré de Fercé
Églises paroissiales Église Saint-Michel de Chartres Église Saint-Éliphe, près de la Loupe Église Saint-Pierre de Bretoncelles Église Sainte-Marie de Fontaine-Simon Église Notre-Dame de Condé-sur-Huisne Église Saint-Laumer du Pas-Saint-l'Homer Église Saint-Jean d'Oucques, à Oucques La Nouvelle Église Sainte-Marie de Saint-Mandé, à Vievy-le-Rayé Église Sainte-Madeleine de Semerville, à Beauce la Romaine Église Saint-Jean de Froidmentel Église Saint-Julien de Douy Église Sainte-Marie de Boisgasson Église Saint-Pierre de Langey, à Vald'Yerre Église Notre-Dame de Villampuy Église Saint-Médard de Châteaudun Église d'Autheuil Église Saint-Martin de Monthou-sur-Bièvre Église Saint-Bienheuré de Candé-sur-Beuvron Église Saint-Saturnin de Blois-Vienne Église Saint-Nicolas du Foix, à Blois Église Saint-Pierre du Foix (détruite vers 1362) Église Saint-Lubin de Villebarou Église Notre-Dame de Mulsans Église Saint-Étienne de Villeromain Église Saint-Félix de Champigny-en-Beauce Église Saint-Pierre de Villefrancœur Église Saint-Lubin de Périgny Église Saint-Martins de Laons Église Saint-Ange de Saint-Ange-et-Torçay Église Saint-Pierre de Blévy, à Maillebois Église Notre-Dame de Louvilliers-lès-Perche Église Saint-Pierre de Dampierre-sur-Avre Église Saint-Germain-d'Auxerre de Rémalard Église Saint-Étienne de Dorceau Église Saint-Jean-Baptiste de la Lande-sur-Eure, à Longny les Villages Église Saint-Laumer de Corbion, à Moutiers-au-Perche Église Saint-Germain du Mage Église Saint-Germain-de-Paris de Bizou Église Saint-Laurent des Menus Église Saint-Germain de Neuilly-sur-Eure Église Saint-Pierre de Manou Église Notre-Dame de Mattanvilliers Église Saint-Malo de Randonnai, à Tourouvre au Perche Église Saint-Maurice de l'Île de Montereau Église Saint-Nicolas de Valence-en-Brie Décanat de Montereau-Fault-Yonne Église Saint-Jean de Montereau Église Saint-Médard de Maisse Église Saint-Médard de Mespuits Église Saint-Barthélemy de L'Aigle Église Saint-Sulpice de L'Aigle Église Saint-Martin de Saint-Martin-d'Écublei Église Saint-Denis de Vitray-en-Beauce Église Saint-Pierre d'Irai Église Saint-Martin de Francheville, à Verneuil d'Avre et d'Iton Église de Longuelune, à Piseux Église Saint-Martin de Droisy Église Saint-Michel de Saint-Michel-la-Forêt Église Saint-Germain de Préaux-du-Perche (sous réserves de l'auteur) Église Saint-Pierre de Charnelles, à Piseux Église Saint-Pierre-aux-Liens de Moissat-Bas Église Saint-Laumer de Moissat-Haut Église Saint-Denis-et-Notre-Dame de Seychalles Église Notre-Dame-de-l'Assomption de Ravel Église Saint-André de Bouzel Église Saint-Pourçain-Saint-Barthélémy de Bort-l'Étang Église Saint-Martin de Réveillon Église Saint-Ouen de Saint-Ouen-de-Sécherouvre Église Saint-Évroult de Champs Église Notre-Dame-de-la-Nativité de Lignerolles Église Saint-Germain de Chemilli Église Saint-Martin de Suré Église Saint-Pierre de Courcerault Église Notre-Dame-du-Rosaire de la Perrière, à Belforêt-en-Perche Église Saint-Germain de Saint-Germain-des-Grois Église Saint-Denis de Condeau Église Saint-Pierre de Bresolettes Église Saint-Pierre de Fercé-sur-Sarthe Église Saint-Aignan de Saint-Aignan Église Saint-Vivantien de Saint-Vincent-des-Prés Église Saint-Denis de Vezot Église Notre-Dame de Mamers Église Notre-Dame de Cellé Église Saint-Léger d'Ouilly-du-Houley Église Saint-Martin d'Ouilly-du-Houley Église Saint-Pierre de Chanteloup, à Monnai (sous réserves de l'auteur)
Chapelles
Chapelle Saint-Georges de la Forêt, à Blois
Seigneuries
Seigneurie de Morest, à Saint-Claude-de-Diray
Autres possessions
Métairie de l'Orme Cochard, près de Blois-Vienne Château de Madon, à Candé-sur-Beuvron
Liste des abbés Entre l'arrivée de moines de Saint Laumer en 873 et la consécration officielle de l'abbaye à Blois en 1186, le représentant de ces moines adoptaient le titre d'abbé bien que l'accès à l'abbaye de Corbion leur soit impossible. Ils furent :
Simon, qui assista au transfert des reliques du saint à Blois en 873 ( abbé), Richer, signataire de l'achat du moulin de Véteuil en 1030, Bernard, signataire de la charte fondatrice du prieuré Saint-Jean-en-Grève en 1087, Godefroy Ier, Maurice, Rainauld, Godefroy II, Ernaud de Blois, possible neveu de Pierre de Blois, Baudouin, formé à la chapelle Saint-Calais, Hugues, qui assista en 1186 au transfert des reliques de Saint Laumer et de Saint Lubin vers la nouvelle abbaye de Blois, Guérin Ier, Rainauld II, Laurent, Milon, Jean, Guérin II, Guillaume Ier (1280–c. 1302), David (1302–1313), Pierre (1313–1335), Robert (1335–1348), Guillaume II (1348–1349), Philippe Chotard (1349–1367), Guillaume III (1367–1399), Jean Voisin (1399–1419), Philippe de Prunelé (1419–1445), Guillaume de Pressainville (1445–1447), Jean Prunelé (1447–1467), neveu de Philippe, Louis de Pot (1467–1505), Adrien de Framezelles (1505–1510), Philippe Hurault (1510–1512), fils de Raoul de Cheverny, Jacques Hurault de Cheverny (1512–1546) cousin du précédent et premier abbé commendataire, Hippolyte d'Este (1546–1550) nommé par le roi François Ier après la mort du précédent, François de Tournon (1550–1561), designé en 1550 par le précédent après sa resignation, Charlotte de Beaune qui le racheta au début des guerres de Religions mais qui, en tant que femme, a fait signer en son nom trois personnes portant le titre d'abbé (réservé à cette époque aux hommes) : Laurent de Fises (1567–1572 et 1575–1593), Luigi d'Este (1572–1575), abbé commendataire en son nom, René Ragouneau (1593–1599), Nicolas Petit (1599–1600), Guillaume Fouquet de la Varenne (1607–1616) qui acheta l'abbaye à Charlotte de Beaune pour écus, Charles Miron (1616–1619), qui échangea l'évêché d'Angers avec le précédent,