Beylul (prononcé [] aussi appelé Beilul, በይሉል en Tigrigna) est une petite ville portuaire du sud de l'Érythrée, dans la région du Debub-Keih-Bahri, dans le district du Denkalya méridional. Sa population est d'environ habitants en 2005. Au recensement de 2000, Beylul est la onzième ville et la quatrième ville portuaire la plus peuplée de l'Érythrée. Beylul est une ville ancienne qui date au moins du Moyen Âge. La ville considérée comme un point stratégique, fut occupée, au cours de son histoire, aussi bien par les Ottomans, les Éthiopiens ou les Italiens. De 1993 à 1996, la ville devient la capitale du district de Beylul, aujourd'hui disparu.. Beylul signifie « diamant bleu » en tigrigna ou « puits profond » en bedja. Géographie Localisation La ville de Beylul est localisée au sud de l'Érythrée, au sud-est de la région du Debub-Keih-Bahri, dans le district du Denkalya méridional. Le port borde la mer Rouge et se situe à l'est du désert Danakil. La ville se trouve à d'Édd, à de Asseb ainsi qu'à une centaine de kilomètres d'Al-Mukha, port à l'extrême sud du Yémen. Les villages les plus proches de Beylul sont Bihde () au sud-ouest et Hlelika () à l'ouest ...

Beylul a donné son nom à la baie de Beylul (appelée Beylul Bahir Selat'e) et au cap de Beylul (ras Beylul) qui lui font face. La ville jouxte également une plage nommée Aghig. Il existe une rivière nommé Gola River qui traverse le nord de Beylul avant de se jeter dans la Mer Rouge, cette rivière est cependant parfois asséchée.

Climat Beylul possède un climat désertique chaud caractérisé par des températures très élevées toute l'année et des précipitations très faibles et sporadiques. La température moyenne journalière annuelle est supérieure à . Les températures maximales moyennes atteignent jusqu'à 42.5 °C pendant le mois le plus chaud alors qu'elle restent au-dessus de 30 °C pendant les mois les moins chauds. Les précipitations annuelles sont d'à peu près 93 mm. Cependant la ville est une oasis qui peut contraster avec l'aridité du désert Danakil, surnommé par National Geographic.. Le climat de Beylul est comparable à celui d'Assab.

La baie de Beylul à à l'est de la ville est balayée par les plus puissants vents de la région avec une moyenne de 40 à (10 à ).. La force des vents de la région a d'ailleurs permis la construction d'éoliennes en 2010 pour fournir de l'électricité à la ville..

Voies de communication et transports Beylul se situe sur la jonction de deux routes principales. L'une en longeant le littoral, relie Idi à Asseb, cette route ne fait cependant pas face à la mer à l'exception du tronçon de entre Assab et Beylul. La deuxième route, l'autoroute Massawa-Assab, s'enfonce plus dans les terres. Ces routes mettent Beylul en relation avec les autres villes d'importance.. Par exemple, Assab se situe à de Beylul en empruntant la route et à de Bera'isole. Ce sont des routes goudronnées ou parfois de simples chemins de terre, leurs constructions a été assurées par la Gedem Construction Company. et plus localement par les petites entreprises Gheled et Roda.. Il n'y a pas de transports en commun à Beylul. Cependant il existe quelques voitures privées qui peuvent transporter des personnes moyennant finance.

Urbanisme La très grande majorité des habitations de Beylul sont des maisons rectangulaires en bois ou parfois de simples tentes. Le bois qui sert à la fabrication de ces logements vient du Yémen. Ces habitations sont parfois délimitées par des clôtures en bois qui servent aussi d'enclos pour le bétail. La ville en elle-même se présente comme une oasis entourée de nombreux palmiers.

Toponymie Quelques explications furent données sur l'origine du nom Beylul. Selon le linguiste Didier Morin, deux étymologies peuvent expliquer l'origine du nom. Beylul peut venir du bedja, qui signifie littéralement « la corde (luul ou lui) en profondeur (b'a(a)- préfixe de baas : enterrer) ». qui se traduit aussi par « puits profond ». Une autre hypothèse serait une origine arabe de Beylul, qui dériverait de بهلول, behlül ou bahlül qui signifie « simple d'esprit » ou « souriant ». Le lien avec la ville est cependant peu clair, le nom a pu être donné en références à un wali. Le fait que la ville a été fondée par des Yéménites et qu'il existe une ville nommée au Yémen permettent aussi de penser que Beylul vient de l'arabe. Beylul signifie également « diamant bleu (በሉል) » en tigrigna .. Beylul signifie en afar « Les diamants perdus ». Les nombreuses écritures possibles de Beylul (comme Beyelul, Baylul, Beilil...) viennent du fait que le tigrigna est une langue de type abjad qui note principalement les consonnes et laisse souvent libre l'interprétation de la place des voyelles. Le schéma ci-dessous représente les différentes formes possibles pour l'orthographe du nom : . Toutefois certaines de ces écritures sont très rares et sont peu, sinon pas, utilisées. Il existe aussi des formes plus anciennes comme Bailur ou Baylur. La forme macronisée « Bēylul » ou l'écriture francisée « Beyloul » se rencontrent également.

Histoire Préhistoire et Antiquité Des sites préhistoriques et antiques aux alentours de Beylul et le long de la côte jusqu'à Karora au Nord de l'Érythrée témoignent d'anciennes implantations sédentaires au moins depuis 2000 Le potentiel archéologique de la région a été peu exploité, ce qui laisse espérer la présence d'autres sites près de Beylul.. De plus, les archéologues ont découvert des obsidiennes isolées au Tihamah qui proviendraient, en fait, d'une zone archéologique non explorée de Beylul. Cette découverte attesterait ainsi un contact préhistorique entre les deux côtes de la Mer Rouge.

Fondements et occupation ottomane Une stèle, aujourd'hui perdue, attesterait la fondation par les Yéménites de la ville au . vignette|gauche|Sur cette carte d'Abraham Ortelius de 1570, l'une des premières occurrences à Beylul (écrit Bellul) est faite. Dès la fin du Moyen Âge, des routes commerciales passent par Beylul, qui reste cependant un port mineur. La ville est mentionnée pour la première fois à la fin du sur la carte de Gastaldi, à la même époque d'autres cartographes référencent la ville. Lors de son intervention dans la guerre Adal-Éthiopie, le pacha des Turcs de Zabid au Yémen, Halim Suleiman Pasha envoya mousquetaires et dix canons qui débarquent à Beylul en août 1541. Ces renforts permettront de mettre en déroute les forces portugaises lors de la Bataille de Wofla. Une victoire de courte durée puisque l'Éthiopie gagnera finalement la guerre et chassera les Ottomans. La ville de Beylul, port devenu stratégique, est cependant reprise en 1582 par les Ottomans.

Au début du , Beylul (appelée alors Bailur ou Baylur), est la capitale du royaume de Dancalie. Le développement du port est limité par l'absence de fleuve et une baie trop petite pour accueillir les gros navires. Les bateaux les plus petits, quant à eux, ne peuvent pas s'approcher trop près de la côte à cause de la marée qui les rejette sur le rivage. On trouve cependant quelques marchandises : des dattes et du beurre de lait de chèvre et de chamelle. Les Turcs extraient également du sel des dépôts naturels.

En 1625, Beylul a une cinquantaine d'habitants selon le jésuite portugais, Jerónimo Lobo. En 1648, l'ambassadeur du Yémen, Hasan ibn Ahmad al-Haym, de passage à Beylul, signale y avoir rencontré une « foule de marchands abyssins (éthiopiens) » bien qu'à l'époque le port n'avait encore qu'un statut secondaire.

Beylul reste un port du commerce entre l’Éthiopie et l'Arabie jusqu'au milieu du . C'est alors, également, le siège d'un « sultanat » afar qui deviendra celui des Akito .

Massacre de l'expédition Giulietti et domination italienne Les Égyptiens, dirigés alors par Werner Munzinger au service du khédive Ismaïl Pacha occupent Beylul en 1872 .. À leur départ en 1885, les Italiens qui sont à Assab à partir de 1869, occupent Beylul. Le l'expédition Giulietti qui a pour but d'étendre les relations commerciales italiennes en Érythrée débarque à Beylul mais elle est entièrement massacrée près de la ville le 25 mai de la même année, une enquête égyptienne conclut à la responsabilité des populations rebelles de la région. et le « sheik », Akito, est arrêté et envoyé en Égypte où il meurt . En 1885, l'ensemble de l'Érythrée devient une colonie italienne avec l'occupation de Massawa. La Grande-Bretagne encouragea la colonisation italienne pour éviter que les Français détiennent un axe colonial d'ouest en est en Afrique ; de fait, l'Italie occupa Beylul, le pour pallier les menaces françaises. La prise de Beylul fut menée par le commandant Trucco qui dirigeait une centaine de marins et deux canons. L'occupation de la ville par l'Italie fut prétextée par l'incident de Beylul qui avait eu lieu quatre ans auparavant . En février, la Sublime Porte ottomane conteste cette occupation italienne en demandant le retrait des troupes jugeant qu'elles atteignent à la souveraineté du sultan. Cette protestation n'eut pas d'écho significatif.

Période contemporaine Beylul décline ensuite et n'est plus qu'un port secondaire de l'Érythrée au . Durant la guerre d'indépendance érythréenne, dans les années '80, Beylul est une base militaire éthiopienne et le théâtre de nombreux combats jusqu'à sa prise par les indépendistes érythréens le qui précéda un sanglant combat qui fit morts selon le Front populaire de libération de l'Érythrée. En 1993, après l'indépendance de l'Érythrée, Beylul devient la capitale d'un nouveau district qui porte son nom (district de Beylul), la ville perd cependant ce statut le , lorsque la nouvelle constitution de l'Érythrée réorganise les divisions administratives du pays. Aujourd'hui, Beylul est redevenue un petit port de pêcheurs et un point du commerce avec la péninsule arabique.

Population et société Démographie upright=0.5|vignette|Un Afar en tenue traditionnelle, dans les années 1950. La région est faiblement habitée, avec une moyenne de . On estime la densité de la ville de Beylul à plus de .. La population ne cesse d'augmenter, passant de au recensement de 2000. à habitants selon l'estimation de 2005.. La démographie de la ville a évolué plus rapidement que ne l'estimaient les prévisionnistes : en 1997, une prévision projetait habitants pour 2002, en 2000 Beylul comptait déjà habitants..

Habitants et coutumes La population de Beylul est principalement composée d'Afars, membres du groupe des ’Assahyammára (Nassals, Damoheitas et Assabarcares) ou des ’Adohyammára (Ankala). Morin (Didier) , : « La division entre ’Adohyammára et ’Assahyammára, comme l’a suggéré Chedeville (1966), n’est ni territoriale, ni sociale, ni liée à une parenté réelle ou supposée. Elle est d’abord politique ».. Les tribus afares de la région sont appelées Danakil par les tribus yéménites en référence au royaume de Dankali, qui correspond à l'une des plus anciennes tribus afares. Le nom Danakil remonte en effet au moins au .. Les Afars de Beylul sont exclusivement musulmans (comme toutes les tribus afares) et dépendent du sultanat d'Aussa. La diversité des langues résulte du grand nombre d'ethnies différentes qui cohabitent dans la ville : l'anglais et le tigrigna, langues officielles de l'Érythrée ; l'afar, parlé dans tout le Debub-Keih-Bahri ; le tigré, le ge'ez et l'agew (le blin), langues parlées localement[ travelsradiate.com].

Outre les dattes ou les jus de fruits consommés par les habitants de Beylul, l'une des spécialités culinaires de Beylul est le doma, un vin de palme à forte teneur alcoolique. Ce vin, appelé aussi dooma ou dôma, est préparé à partir de la sève du palmier doum. Ce palmier sert également à la fabrication de paniers artisanaux.

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