Harvey Comics est une maison d'édition américaine de comic books fondée en 1941 par Alfred Harvey. À ses débuts, elle ne se différencie pas des autres éditeurs et suit les modes du moment (guerre dans les années 1940, horreur et romance dans les années 1950). Les années 1950 permettent à la société de se démarquer. Dans un premier temps, elle édite au format comic book des comic strips à succès, comme Joe Palooka ou Blondie et surtout, en 1951, Alfred Harvey signe un accord avec pour publier des adaptations des personnages de leurs dessins animés. Cet accord amène le succès des comics, qui se vendent souvent à plus d'un million d'exemplaires comme ceux de Casper le gentil fantôme ou de Richie Rich. Pour mieux assurer ses revenus, Harvey Comics rachète en 1959 les droits complets sur les personnages. De plus, des séries animées sont présentes régulièrement sur les écrans. Cependant, à partir de la seconde partie des années 1970, les ventes diminuent progressivement et, en 1982, la société cesse toute publication. Une relance est tentée en 1986 mais sans succès. La société est alors rachetée puis elle revient au début des années 1990, sans plus de réussite. Elle disparaît définitivement en 1994. Cependant, son catalogue reste vivant car il a été racheté plusieurs fois et diverses œuvres en ont été tirées.

La présence des personnages Harvey dans des comics est très limitée, mais il n'en est pas de même pour d'autres supports. Ainsi, Casper et Richie Rich ont été les héros de films et de séries d'animation. En 2019, un dessin animé mettant en vedette trois des personnages de Harvey est encore diffusé sur Netflix. Il faut cependant noter qu'Harvey Comics a eu une production dans d'autres genres que le comics pour la jeunesse. Les comics d'horreur étaient remarquables dans les années 1950. Dans les deux cas, le rôle des auteurs (Joe Simon, Warren Kremer, Sid Jacobson) est évident. En effet, Alfred Harvey avait recruté des scénaristes et des dessinateurs de talent qui savaient s'adapter au genre demandé. Ainsi, Harvey Comics a marqué le monde des comics, surtout dans un genre qui est maintenant sous-représenté : le comics destiné aux enfants.

Histoire Débuts Incertitudes des origines En 1939, Alfred Harvey Wiernikoff est responsable éditorial chez fondée au début de l'année. Il décide de quitter ce poste et de créer sa propre maison d'édition, à laquelle il donne le nom d'. Il est soutenu par Irving Manheimer, président de la société de distribution . Il est particulièrement difficile de retracer quel a été le premier comics publié par Alfred Harvey. En effet, les premiers titres parus sous son nom étaient auparavant publiés par d'autres éditeurs . Alfred Harvey reprend ces titres et en poursuit la publication sans que la numérotation change. Si le premier comics portant le nom d'Alfred Harvey comme éditeur est , daté d'., le deuxième est de . . Ce comics était auparavant publié par . qui l'avait cédé à dirigé par Leo Greenwald. Celui-ci possédait aussi . . . Ce titre est aussi publié par Harvey à partir du .

Cependant, il est possible qu'Alfred Harvey ait pris le contrôle de ces publications bien avant. Ainsi nommé à l'origine était publié par dont le directeur était Worth Carnahan. Or, ce dernier était auteur de comics et travaillait dans un studio de dessinateurs, appelé , qui était une subdivision de la société dirigée par Harry Donenfeld, l'un des dirigeants de DC Comics. Son rôle d'éditeur est donc incertain et il est possible qu'il n'ait été qu'un prête-nom pour Alfred Harvey. De plus, Irving Manheimer, qui soutenait financièrement de jeunes éditeurs qui se lançaient comme Ned Pines (Pines Publications) ou Martin Goodman (Timely Comics, ancien nom de Marvel Comics) était aussi le dirigeant de Worth Carnahan et, en 1939, avait été choisi comme président de . .

Enfin, il existe une autre hypothèse, qui s'appuie en partie sur la présence de pages d'informations philatéliques, dues très probablement à Worth Carnahan, qui était collectionneur de timbres, et à la présence de Carnahan au , propriété de Donenfield. Ce dernier aurait été le véritable propriétaire de et Carnahan en aurait été le responsable éditorial. Alfred Harvey aurait pris le contrôle de cette série à partir du numéro 8, comme le prouve la fin des pages consacrées à la philatélie. . Quoi qu'il en soit, le premier comics dans lequel le nom d'Alfred Harvey apparaît est , qui n'est pas au format comics mais qui se présente sous la forme , c'est-à-dire la moitié de la taille comics. La couverture est probablement de Joe Simon, bien qu'elle ait été longtemps attribuée à Bob Powell.

Années 1940 Pocket Comics est donc la première anthologie publiée sous le nom d'Alfred Harvey. Elle propose les aventures de plusieurs personnages comme , , et .. Elle est suivie par , anthologie de séries de super-héros comme ou . À ce premier titre s'ajoute en puis racheté à Holyoke Publishing. D'autres séries sont lancées : , , et , mais celles-ci ne connaissent pas le succès et sont abandonnées après deux ou trois numéros. Pocket Comics connaît le même sort après quatre numéros car les vendeurs se plaignent que le format choisi facilite le vol. Certains personnages sont alors redistribués dans les autres comics. qui est le personnage le plus apprécié des lecteurs, trouve ainsi une place dans .

En 1942, Harvey lance un nouveau comics intitulé . Celui-ci rejoint et qui sont les seules séries publiées par Harvey durant la Seconde Guerre mondiale. Cette même année, pour suivre la vague de comics mettant en scène de jeunes gens luttant contre le nazisme, Harvey produit , une série dessinée par Jill Elgin qui fait suite aux aventures de dessinée entre autres par Barbara Hall.. La guerre a une autre influence sur la société : en effet, Alfred Harvey est appelé sous les drapeaux et son frère Leon devient vice-président de l'entreprise dès lors renommée en . Alfred Harvey reste sur le territoire américain, ce qui lui permet de suivre l'évolution de la société, d'autant qu'à l'armée il est chargé d'éditer des comics éducatifs destinés aux soldats. Après la guerre, leur troisième frère, Robert, rejoint aussi qui est rebaptisée d'abord puis : c'est ce second nom qu'elle conserve jusqu'à sa disparition.

Après-guerre vignette|Couverture du premier numéro de Boy Explorers de Simon et Kirby.|upright|alt=couverture en couleur d'un comics présentant quatre enfants et un marin bedonnant face à un squelette et un trésor. Alors que jusqu'en 1945, les comics de super-héros étaient les plus recherchés, après-guerre leur attrait s'efface rapidement et les éditeurs cherchent le genre qui pourra les remplacer. Harvey Comics essaie dans un premier temps de lancer des comics humoristiques (Clown Comics, Dotty Dripple et Horace and Dotty Dripple) et des comics d'aventure. . Aucune série ne présente d'identité forte et rien ne distingue alors Harvey Comics de la multitude d'éditeurs de l'époque. Une seule super-héroïne, The Black Cat, qui est apparue en connaît un relatif succès et dure jusque dans les années 1950. Selon certaines sources, les aventures de ce personnage sont dessinées par Barbara Hall mais Trina Robbins dément cette information et attribue à Al Gabriele la création du personnage.. Le succès de The Black Cat se concrétise par la création de son propre comics entre 1946 et 1963, même si les changements de mode amènent la disparition du personnage en 1951. En effet seul le nom de l'héroïne reste indiqué sur la couverture mais elle-même n'apparaît plus.

Harvey a aussi l'opportunité de travailler avec Joe Simon et Jack Kirby, auteurs de comics à succès comme Captain America et rendus à la vie civile. Ils proposent deux nouveaux comics d'aventure : et . Cependant, ces deux titres sont noyés sous le flot de nouveautés qui apparaissent dans les kiosques après le rationnement de papier dû à l'effort de guerre. connaît deux numéros et un seul. Harvey dénonce alors le contrat conclu avec Kirby et Simon, lesquels se tournent vers la maison d'édition Crestwood. Un dernier comics d'aventure intitulé Strange Stories n'a pas plus de succès.

Des années 1950 aux années 1970 Les années 1950 : le début du succès Les adaptations de vignette|gauche|upright|Couverture de Love Stories of Mary Worth 2.|alt=dessin en couleur d'une infirmière regardant par la fenêtre un couple d'amoureux alors que sa patiente, une vielle femme réclame son médicament. Comme les comics d'humour ou d'aventure ne se vendent pas, Harvey décide de revenir à l'origine des , à savoir la reprise de . Dans les années 1950, la majeure partie de la ligne de Harvey est donc constituée d'adaptations. Le premier héros de strip à obtenir son propre est Joe Palooka en 1945. En 1947 Li'l Abner et Terry et les Pirates sont aussi adaptés par Harvey. Si Joe Palooka est un succès jusqu'en 1961, en revanche les deux autres séries sont assez rapidement arrêtées car les ventes sont trop faibles. Steve Canyon en 1948 est aussi un échec. Cette alternance de réussite et de désillusion persiste par la suite : Kerry Drake se vend bien alors que ne dure que cinq numéros. A contrario, devient un pilier de Harvey : le comics sera publié jusqu'à la disparition de la maison d'édition. En 1950 sont lancés Blondie et Dick Tracy qui sont deux réussites : Blondie est publié jusqu'en 1965 et fait l'objet de séries dérivées, Dagwood Comics de 1950 à 1965 et de 1951 à 1955. Dick Tracy ne connaît pas le même engouement mais dure néanmoins jusqu'en 1961.

Cette même année, Harvey Comics propose une anthologie intitulée qui sert à tester des adaptations de avant leur éventuelle publication dans un à leur nom. On y trouve ainsi Mandrake le Magicien et Guy l'éclair. Seul ce dernier fait l'objet d'un comics distinct, mais il disparaît après quatre numéros. Par la suite, , rebaptisé puis en 1951, publie Popeye, Henry et Pim Pam Poum. Ces derniers gagnent aussi leur comics mais il ne dure que cinq numéros en 1953 - 1954. Deux autres anthologies sont produites durant cette période : avec Mandrake, Steve Canyon, Mary Worth et le Fantôme et , qui ne dure que deux numéros en 1952. Ce dernier est cependant notoire à cause de la polémique que son premier numéro a fait naître. En effet la couverture porte le titre supplémentaire La partie as exposed by Rex Morgan est écrite en bien plus petit que le début du titre. et cela sera cité en 1954 par le docteur Fredric Wertham dans son livre comme un exemple de la perversion des comics. Les dernières adaptations de comics dans ces années 1950 sont qui reprend des strips de La Famille Illico et mais aucun des deux ne dépasse les cinq numéros.

Romance, horreur et guerre En parallèle aux réimpressions de , Harvey diffuse aussi des comics en suivant la mode du moment. Son catalogue propose donc des romances comics, des comics d'horreur ou des comics de guerre. Le premier comics de romance, , paraît en ; il est créé par Joe Simon et Jack Kirby et publié par . Le succès est phénoménal et bientôt tous les éditeurs de comics proposent des narrations de ce genre. Il faut cependant attendre 1949 pour que Harvey Comics présente sa propre ligne avec des titres comme , , . Comme tous les éditeurs, Harvey multiplie les titres jusqu'à ce que le marché arrive à saturation puis s'effondre. Harvey cesse de publier des romances en 1958, excepté un dernier titre, , qui dure jusqu'en 1963.

L'horreur est un autre genre à succès apparu avec les comics d'EC Comics. Quatre titres de ce genre sont publiés par Harvey ; , , et .. Les comics d'horreur sont arrêtés lorsque le Comics Code est instauré en 1954. Heureusement pour Harvey, l'essentiel de ses séries n'est pas menacé par cet organisme d'autocensure dont l'un des promoteurs est d'ailleurs Leon Harvey. En effet, ce sont surtout les comics pour enfants qui permettent à Harvey d'être une société florissante.