Philippe d'Auvergne ou Philip Dauvergne, que l'on trouve également parfois sous le nom de Philip de La Tour d'Auvergne, né en 1754 et mort le à Westminster (Londres), est un officier de marine, explorateur, scientifique et administrateur territorial britannique (notamment à Jersey). Il fut adopté et désigné comme successeur par Godefroy Charles Henri de La Tour d'Auvergne (1728-1792) sur le duché de Bouillon mais cet état - situé à la frontière nord-est de la France - fut supprimé, par le congrès de Vienne, en .
Biographie Une jeunesse jersiaise Un ancêtre lointain originaire d'Auvergne dans le sud de la France doit s'être installé à Jersey à une date inconnue ; lorsqu'il naît en 1754, sa famille habite la paroisse de Saint-Ouen depuis quatre siècles, fournissant à la paroisse plusieurs marguilliers et gendarmes (« Constables »). L'un de ces gendarmes part pour Saint-Hélier, où il fait l'acquisition d'une maison en bas de King Street en 1696. Il s'agit alors de l'une des maisons situées en bordure de la ville. C'est dans cette maison que son petit-fils, Philippe, naît en 1754. D'après les registres paroissiaux de Saint-Hélier, il est baptisé le , sur place ou dans la vieille chapelle du château Elizabeth.
Son père, le captain Charles Dauvergne (1724-1797) sert dans la British Army où il est l'aide de camp personnel du duc de Marlborough lors du débarquement raté en baie de Cancale en 1758 ; sa mère est Elizabeth Le Geyt († 1754 ; mariée en 1748), une des filles de Philippe Le Geyt, Lieutenant-Bailli de Jersey de 1729 à 1746. Sa mère décède deux semaines après lui avoir donné la vie. Son père se remarie en 1757 avec Elisabeth († 1803), fille de Philippe Bandinel : ainsi, Philippe Dauvergne aura une nombreuse demi-fratrie puînée, dont Corbet James (Jacques) Dauvergne (1765-1828), officier de la Royal Navy, connu comme le époux, marié en 1823, de Marie-Victoire-Adélaïde de Rohan, fille de Charlotte Stuart et de Ferdinand de Rohan (cf. l'article La Tour d'Auvergne, et Jerripedia : Corbet James Dauvergne).
L'enfant reçoit une bonne éducation, il fréquente l'école élémentaire de St Mannelier's Grammar School, et, lorsque la guerre de Sept Ans prend fin (en 1763) et que les voyages par mer deviennent à nouveau sûrs, il poursuit ses études en Grande-Bretagne et en France. Il est encouragé par sa grand-mère maternelle à suivre des études de mathématiques.
Il doit le début de sa carrière à une heureuse coïncidence. Un certain Captain Howe se rend à Jersey pour prendre le commandement de l'escadre chargée de défendre les îles de la Manche, et ce dernier se lie d'amitié avec le père de Philippe. Lorsque Howe deviendra par la suite le célèbre Lord Howe, Vice-amiral de Grande-Bretagne ; qui gardera à cœur l'avancement du fils de son ami, lorsque Philippe intègrera la Royal Navy. D'autant plus que le jeune Philippe est davantage attiré par la Marine — qui offre des perspectives d'avancement rapide — que par l'armée de terre, malgré les encouragements de son père et de son oncle James.
Débuts dans la Royal Navy Comme premier poste, Howe parvient à lui trouver une place de Captain's servant à bord du yacht royal, en 1770, à bord duquel il se forme dans des conditions meilleurs que celles qui régnaient alors à bord des gros vaisseaux de 74 canons. Cette aide est la bienvenue, d'autant plus que Philippe d'Auvergne est alors trop âgé pour intégrer l'Académie de Portsmouth, voie d'entrée traditionnelle pour les futurs officiers de la Navy. Il passe, en tant que midshipman à bord de la frégate , qui est appelée à Cronstadt, où les officiers sont présentés à l'impératrice Catherine de Russie à Peterhof par l'ambassadeur britannique Lord Cathcart. L'impératrice, qui aimait s'entourer de beaux jeunes hommes, essaye de persuader Philippe d'accepter une place à sa cour ; mais ce dernier décline cette offre.
À Copenhague, lieu de leur escale suivante, la frégate française La Flou jette l'ancre à leur côté avec, à son bord, plusieurs savants de l'Académie des sciences chargées de mesurer les effets de la pression atmosphérique sur les chronomètres. Le sujet est alors d'une grande importance, la longitude d'un bâtiment en mer étant calculée à l'époque à partir de la position du soleil à midi, et des chronomètres imprécis, pouvaient amener le commandant à se méprendre sur sa position et causer la perte du navire.
D’Auvergne qui parlait français couramment — Jersey étant alors encore francophoneJersey base active de la Chouannerie - Position avancée dans le blocus des côtes françaises ; et ces scientifiques lui transmettent un intérêt pour la science qu'il conservera pendant le reste de sa vie. Lorsque la Flora est désarmée, il se rend à Londres pour suivre des cours de mathématiques avancées auprès d'un célèbre mathématicien huguenot.
L'Europe étant en paix, l'Amirauté britannique décide d'affecter un certain nombre de bâtiments pour tenter de résoudre certaines grandes énigmes scientifiques et géographiques du moment. Les tentatives pour trouver le passage du Nord-Ouest au nord du Canada s'étant révélées décevantes, l'attention se porte vers l'est. L'objectif est de trouver un chemin plus court vers l'est, sans avoir à contourner l'Afrique par le cap de Bonne-Espérance.
La recherche du passage du Nord-est left|250px|thumb|Navires se rendant aux Spitzberg dans les années 1700 Les boussoles montrant parfois d'étranges déviations, l'existence d'un second pôle magnétique distinct est soupçonné. Il s'agit également de déterminer l'existence d'un « passage du Nord-Est Passage », au nord de l'Europe et de l'Asie.
De plus, une liste d'inventions nouvelles attendaient d'être testées en pleine mer. Le comte de Sandwich, Premier Lord de l'Amirauté pétitionne le roi George III pour qu'il ordonne l'envoi de deux man'o'war en direction du pôle Nord. Deux navires sont choisis pour cette tâche, et la compétition est intense parmi les jeunes officiers pour obtenir une place à leur bord.
Le Captain Constantine John Phipps, futur Lord Mulgrave, est nommé pour prendre la tête de cette expédition. Les bombardes Racehorse et sont spécialement armées et les officiers et membres d'équipage choisis pour leur capacité et leur physique.
Deux « Sailing Masters », équivalent de skippers, possédant une expérience de navigation en eaux polaires, sont engagés comme pilotes et d'Auvergne, qui est alors âgé de 19 ans, est nommé à bord du Racehorse pour ses capacités scientifiques et mathématiques particulières. En réalité, le jeune Philippe doit probablement sa place à l'intervention en sa faveur de l'amiral Howe.
thumb|right|Gravure du HMS Racehorse et du HMS Carcass, 1773. Parmi les autres scientifiques embarqués figurent Israel Lyons, représentant le Board of Longitude, Messieurs Banks et d'Alembert, représentant la Royal Society. Le Racehorse est armé par le Captain Phipps le et inspecté par Lord Sandwich le de la même année, peu de temps avant son départ. Le , le Racehorse est rejoint par le Carcass, commandé par le Captain Lutwidge, et les deux navires mettent les voiles en direction du nord. À bord du se trouve alors le jeune Horatio Nelson.
Le , les bombardes quittent les Spitzberg et ce que les baleiniers surnomment l’Ultima Thule, et s'élancent vers l'inconnu. Bien qu'ils soient au milieu de l'été, les membres de l'expédition doivent faire face à un brouillard permanent, restant en vue de la terre enneigée pour ne pas se perdre, et cartographiant chaque baie et chaque île rencontrée.
Par deux fois leur navire est fait prisonnier des glaces. La seconde fois, la glace atteint la hauteur de la grand-vergue, et le navire doit être abandonné. Les hommes décident alors de traîner leurs chaloupes sur la glace en espérant trouver de l'eau, lorsque soudain, la glace se met à céder sous leurs pieds, empêchant toute nouvelle progression.
L'expédition est un échec, le passage du Nord-Est demeure introuvable, tout comme l'existence d'un second pôle magnétique ; mais ses membres atteignent une latitude de 80° 21' Nord et parviennent à se rapprocher du pôle Nord de 25 miles de plus que quiconque avant eux. Ils rapportent avec eux des informations sur les oiseaux, les animaux, et les plantes vivant dans ces contrées nouvellement explorées. Le responsable de l'expédition termine son carnet de voyage par 200 pages de remarques sur le comportement des nouveaux instruments qu'il avait pu tester pendant le voyage.
Jour après jour, d’Auvergne note dans un carnet les conditions météorologiques, effectue des observations astronomiques, cartographie les lieux visités et effectue des relevés topographiques que son capitaine inclura dans son compte-rendu. De retour en Grande-Bretagne, d'Auvergne retourne à ses études de mathématiques.
Guerre d'indépendance des États-Unis Le blocus de Boston right|thumb|Le blocus de Boston Il ne restera pas longtemps à ses études. Les colonies britanniques d'Amérique se révoltant, la Navy le rappelle. Il est nommé à bord du , 64 canons, commandé par le Captain van de Put, à l'été 1774. Son vaisseau est envoyé bloquer Boston au printemps 1775, au sein de la flotte placée sous les ordres de l'amiral Graves et de son neveu Thomas Graves. Le , il débarque des troupes avant la bataille de Lexington et Concord et échappe de peu à la capture par les milices américaines. Il est nommé « acting-lieutenant » (lieutenant par intérim) à bord du sloop avant de passer sur le vaisseau amiral le , de 50 canons. Le , il est à la bataille de Bunker Hill. Il lance des raids sur des villes qui refusaient d'approvisionner la flotte. Il est légèrement blessé pendant le bombardement et la destruction de Falmouth.
Il est remercié par l'amiral Graves pour avoir réussi à faire passer un grand nombre de marins et de Royal Marines sous le feu ennemi et il est transféré à bord du , vaisseau de l'amiral Shuldham, commandant de la North American Station, en récompense.
Lorsque des renforts parviennent en Amérique du Nord, sous les ordres de l'amiral Howe, ce dernier décide de déplacer la flotte britannique en direction du sud pour capturer New York.
Combats et captivité thumb|left|Combat de la Belle Poule et de l'Aréthusa, par Rossel de Cercy. Pendant les deux mois de combats, d’Auvergne reçoit la mission périlleuse de transporter des troupes d'île en île, sous le feu ennemi. Il commande un raid lancé contre Fort Washington et des forces de débarquement envoyées contre New Rochelle et Kingsbridge. Son calme devant les barricades de White Plains inspire ses hommes et ces derniers parviennent à arrêter leur retraite.
L'amiral Peter Parker, qui vient relever l'amiral Shuldham de son commandement, attaque Rhode Island et il choisit d’Auvergne, assisté du général commandant les troupes britanniques, pour conduire les difficiles négociations avec gouvernement provisoire américain. Il s'acquitte si bien de cette mission que Lord Howe le confirme dans son grade de Lieutenant et lui confie son premier commandement, l’Alarm, un East-Indiaman transformé pour la navigation fluviale, et il est envoyé à Rhode Island pour combattre les corsaires américains.
À l'entrée en guerre de la France aux côtés des colonies, il est coincé dans le fleuve par une flotte française et contraint de mettre le feu à son navire pour éviter sa capture. Il conduit son équipage jusqu'à Newport et vient renforcer la garnison de la ville, qui était assiégée par les insurgents. Traduit devant une cour martiale en pour la perte de son navire — la procédure est alors classique dans la Royal Navy — il est acquitté avec les honneurs.