Qin Shi Huang, ou Qin Shi Huangdi, (, « Premier Empereur de Qin ») (18 février 259 av. J.-C. – 10 septembre 210 av. J.-C.) fut d'abord le roi de Qin de 247 à 221 av. J.-C. Il mit fin à la période féodale en conquérant un à un l'ensemble des Royaumes combattants entre 230 et 221 av. J.-C. et devint l'unificateur de l'Empire de Chine, et par conséquent l'empereur fondateur de la dynastie Qin (221 à 207 av. J.-C.).
Il standardisa l'écriture, la langue, la monnaie, les poids et les mesures et est vu comme le père de la Grande Muraille de Chine. Pourtant, si son œuvre posa les bases de la période impériale chinoise, c'est pour le caractère cruel et autoritaire de son règne inspiré par la philosophie légiste que l'on se souvient surtout de lui. Sa dynastie lui survécut moins de trois ans, à la suite de quoi le pays replongea dans une guerre civile que seul le fondateur de la dynastie Han parvint finalement à éteindre. On le connaît principalement par les Annales historiques de Sima Qian (). La redécouverte en 1974 de son monumental mausolée à Xi'an et de ses milliers de soldats en terre cuite fascine aujourd'hui encore les archéologues autant que le public du monde moderne.
Nom Son nom de famille était Ying (嬴) et son prénom Zhèng (政), choisi dit-on parce qu'homonyme du mois de sa naissance (正), le premier de l'année chinoise. Le nom personnel du souverain n'étant pas, par respect, employé de son vivant, il était donc pour ses contemporains le « roi de Qin ». Les historiens le mentionnent néanmoins comme « roi Zheng de Qin ». En 221 av. J.-C., il prit officiellement le titre de « Premier auguste souverain » (Shi Huangdi 始皇帝), en référence aux souverains légendaires les trois Augustes et les cinq Empereurs (三皇五帝, sān huáng wǔ dì).
Origine Le futur souverain est né à Handan, capitale de l'État de Zhao, terre natale de sa mère, sous le nom de Zhao Zheng, vers 259 av. J-C. Il est le fils du prince Yi Ren, lui-même petit-fils secondaire du roi Zhaoxiang de Qin, alors otage au royaume de Zhao, et de Zhaoji, que le Shiji décrit comme une danseuse et une courtisane, bien qu'elle fût d'une famille notable de Zhao. Avant d'épouser Yi Ren, elle avait été la concubine d'un marchand riche et puissant, Lü Buwei (呂不韋), qui s'était fait le protecteur du prince et la lui avait « cédée ». Un passage calomniateur du Shiji, au style très différent du reste des annales, extrapole cet épisode pour faire de Lü Buwei le vrai père du Premier Empereur. C'est une affirmation invérifiable, mais considérée aujourd'huiRobert Ciarla, L'armée éternelle, ; Jonathan Clements, Le premier empereur de Chine, ; Frances Wood, L'empereur de l'armée enterrée, ; et d'autres comme une extrapolation malveillante d'un ou de plusieurs commentateurs confucéens, destinée à dénigrer le souverain haï, et reprise dans plusieurs annales postérieures.
En 267 av. J.-C., le prince Anguo (安國), père de Yi Ren, avait été désigné comme héritier du royaume de Qin. Ce dernier n'avait pas de fils de son épouse principale, la dame Huayang (華陽). L'ambitieux Lü Buwei, à l'occasion d'un voyage à Xianyang, capitale de Qin, fit alors campagne pour son protégé, et convainquit la dame Huayang de l'adopter afin d'en faire le successeur désigné du prince Anguo. Le nom de Yi Ren fut changé, et il fut rebaptisé Zi Chu (子楚), pour plaire à Huayang, qui avait été une princesse du royaume de Chu.
Né l'année suivant la bataille de Changping, où le Qin écrasa le Zhao, Zheng et sa famille vivaient dans des conditions précaires. En 257 av. J.-C., les armées de Qin firent le siège de Handan. Assignés à résidence par les autorités de la cité, le prince Zi Chu et sa famille n'étaient plus en sécurité. Lü Buwei dépensa alors de fortes sommes pour permettre à Zi Chu de quitter la cité et rejoindre les forces Qin, laissant derrière lui son épouse et son jeune enfant. Que ce soit grâce à la protection de Lü Buwei, ou aux origines locales de Zhaoji, le jeune Zheng et sa mère eurent la vie sauve, et passèrent encore près de six ans à Handan. Les diverses sources sont silencieuses sur cette période de l'enfance de Zheng, mais la tradition populaire rapporte des conditions de vie difficiles.
En 251 av. J.-C., le roi Zhaoxiang de Qin meurt finalement. Son fils le prince Anguo lui succède brièvement sur le trône mais disparaît dans des circonstances inconnues. Zi Chu devient le nouveau roi de Qin, sous le nom de Zhuangxiang. Les autorités du royaume de Zhao consentent alors à laisser partir les otages de Qin, et Zhao Zheng et sa mère gagnent Xianyang. Désormais nommé Ying Zheng, le jeune prince est le nouvel héritier du trône, et Zhaoji la reine de Qin. Lü Buwei est nommé Chancelier. Le règne du roi Zhuangxiang ne dure que trois ans. À la suite de ces décès successifs et suspects, Ying Zheng monte sur le trône de Qin en 247 av. J.-C. Il n'a que treize ans et est mis à l'écart, le royaume étant gouverné par la régence, pouvoir assuré par sa mère et Lü Buwei. Il ne prendra officiellement le pouvoir qu'en 238 av. J.-C..
Roi de Qin
Régence de Lü Buwei L'ancien marchand, titré désormais « marquis de Wenxin » est le tuteur officiel du jeune roi, et reçoit le titre de « père secondaire ». Il assume la régence pendant près d'une décennie, dirigeant l'administration et l'armée, avec une certaine compétence si l'on en juge par la situation et les forces du royaume lors de la prise de pouvoir officielle de Ying Zheng. De grand travaux publics comme le canal de Zheng Guo datent de cette période, assurant à terme les infrastructures nécessaires à l'entretien d'une armée aussi importante que celle de Qin, qui supplante déjà celles de la plupart des autres Royaumes combattants. Mais c'est surtout par son activité de mécène que Lü Buwei est le plus connu. Sous son mandat, la cour de Qin attire de nombreux lettrés de tous les royaumes, qui seront commandités par le marchand pour son œuvre majeure, la compilation des Annales des Printemps et des Automnes de Lü. C'est dans ce climat intellectuel que grandit le jeune roi. Parmi ses lettrés étrangers, Li Si, ancien fonctionnaire du Chu se démarque suffisamment pour devenir le secrétaire du régent, avant d'être attaché à la personne du jeune roi, dont il complète l'éducation. Li Si restera le principal ministre du règne du Premier Empereur, et l'artisan de ses réformes, qui mettent en application les théories politiques du légisme.
La période de la régence n'est pas exempte de difficultés, et de nombreuses intrigues menacent la stabilité du trône, voire la vie du jeune roi. En -239, le Shiji fait référence à une action menée par Chengjiao, frère du roi, qui est envoyé attaquer l'État de Zhao, mais se révolte contre l'autorité royale. Sa tentative avorte, et le prince et les officiers de son armée meurent tous décapitésSima Qian, Shiji, Chapitre VI - Traduction d'Édouard Chavannes, tome second, . L'année suivante, -238, le roi atteint sa majorité, mais doit faire face à une tentative de renversement dans son entourage proche. La reine-mère Zhaoji, alors au sommet de l'État conjointement à Lü Buwei, s'était entichée d'un nouveau favori, Lao Ai. Selon le Shiji, Lü Buwei, soucieux de se préserver du scandale et d'occuper son ancienne concubine, avait manœuvré pour lui attacher la personne de Lao Ai, officiellement en qualité d'eunuque alors qu'il n'avait en réalité pas été castré, le couple s'étant retiré dans un palais à la campagne. La faveur de Lao Ai, marquis de Chanxin, à qui la reine mère avait secrètement donné deux enfants, n'avait dès lors cessé d'augmenter, jusqu'à ce qu'il put rivaliser avec le régent lui-même dans l'exercice du pouvoir. Or, lorsque Ying Zheng prit officiellement le pouvoir, il instruisit une enquête et découvrit la vérité. Acculé, Lao Ai se révolta. Mais le soulèvement fut écrasé, les rebelles exécutés et les deux enfants illégitimes abattus. Ayant d'abord souhaité la mort de sa mère, Ying Zheng se laissa finalement convaincre de lui accorder la vie sauve. Elle termina sa vie dans l'isolement et mourut en -228. En -237, Lü Buwei, impliqué dans le scandale, était exilé. Sentant la fin proche, il s'empoisonnera pour éviter la disgrâce en -235Sima Qian, Shiji, Chapitre VI - Traduction d'Édouard Chavannes, tome second, à 112. À partir de ces épisodes malheureux, il ne sera plus question d'attribution d'apanages. Les conquêtes Qin auront pour conséquence la création de préfectures et de commanderies.
De cette période date un décret d'expulsion de tous les étrangers. Cet acte pourrait traduire la volonté de Ying Zheng de s'affranchir définitivement de la tutelle et de l'influence de son ancien tuteur Lü Buwei, ou bien être mis en rapport avec la découverte de la duplicité de Zheng Guo, l'ingénieur du canal du même nom dont il s'avéra qu'il travaillait secrètement pour le royaume de Han. Quoi qu'il en soit, ce décret fut suspendu à la suite d'une requête au trône magistralement exposée par Li Si, qui tombait lui-même sous le coup de cette expulsion.
Une armée redoutable Les réformes de Shang Yang au , augurant les pratiques légistes qui allaient faire le succès du royaume de Qin, avaient déjà pour but d'« enrichir l'État et fortifier l'armée »Bibliothèque historique Larousse, Une histoire du monde antique, page 293. Dans une époque de guerre continuelle comme celle des Royaumes combattants qui vit un développement particulier des techniques de guerre, tant dans la stratégie que dans l'équipement et l'organisation des armées, le soin particulier du Qin à privilégier le secteur militaire sur les autres lui assura progressivement un ascendant croissant sur les autres royaumes.
Toute l'énergie du royaume de Qin est tendue vers l'effort de guerre. Les nombreux travaux d'irrigation dans le royaume de Qin, notamment sous la direction de Li Bing, puis de Zheng Guo durant les premières années du règne de Ying Zheng, accroissent notablement les capacités de ravitaillement et permettent de déployer des armées toujours plus importantes. La construction ou la rénovation des routes utilisées par les troupes en campagne représente également un atout déterminant. La découverte des de terre cuite dans le mausolée de l'empereur permit d'avoir confirmation des informations issues des sources anciennes, et de les compléter. L'analyse des statues autorise l'hypothèse, avancée par les historiens chinois, que le Premier Empereur ait pu enrôler des hommes dans plusieurs des ethnies de l'empireA. Coterell, The First Emperor of China, Londres, Penguin Book, 1981.