La séparation des Beatles, un des groupes de rock les plus populaires et influents de l'histoire, est devenue partie intégrante de la légende des Fab Four. La période d'activité des Beatles s'étend de leur formation en 1960 à leur désintégration dix ans plus tard. La séparation en elle-même est le résultat d'un long processus qui s'accélère en 1969, année marquée par le départ définitif de John Lennon en septembre, une reconnaissance publique des évènements en cours par Paul McCartney dans une interview donnée en novembre, avant l'annonce officielle de la fin par ce dernier dans un communiqué de presse accompagnant la sortie de son premier album solo le .

Les causes de la séparation des Beatles sont multiples. Il ne s'agit pas d'un évènement brutal et isolé, mais d'une longue transition ponctuée par l'arrêt des tournées en 1966 et la mort de leur manager Brian Epstein en , obligeant le groupe à s'impliquer pour le meilleur et pour le pire dans des méandres financiers et juridiques conflictuels, ainsi que par l'arrivée de Yoko Ono dans la vie de John Lennon, qu'il installe à partir de dans les studios d'enregistrement au milieu du groupe, en provoquant une certaine rancœur et animosité. L'arrivée d'Allen Klein en en tant que nouveau manager et avec lequel McCartney refuse de signer le moindre contrat, la perte de leur catalogue d'éditions Northern Songs, les tensions qui ne cessent d'augmenter à partir de la réalisation de l« Album blanc », le besoin de plus en plus pressant de George Harrison de se « libérer » pour enregistrer ses propres chansons qui sont nombreuses, sont d'autres éléments menant à la dissolution du groupe.

Dans les dernières années, les Beatles commencent à diverger sur leur vision artistique. Paul McCartney, à l'origine de tous les projets du groupe à partir de 1967, fait progressivement preuve d'une forme de dirigisme qui indispose ses camarades. Ringo Starr puis George Harrison claquent tour à tour et temporairement la porte à l'été 1968 puis en . En septembre cette année-là, au moment où l'album Abbey Road est commercialisé, John Lennon annonce à ses partenaires qu'il quitte les Beatles, mettant de fait un terme à l'aventure. Tous commencent alors à travailler sur des projets solo, comprenant qu'ils ne joueront plus ensemble, tandis que la nouvelle reste secrète compte tenu de nombreux enjeux commerciaux et de matériel restant à publier. L'animosité régnant finalement entre les musiciens, dans plusieurs directions, rend impossible tout projet commun et Paul McCartney se décide à annoncer l'éclatement des Beatles en . Il l'explique par « des différends personnels, des différends juridiques, des différences artistiques, mais avant tout parce que je passe de meilleurs moments en famille », rompant le secret, s'attribuant donc la séparation et provoquant le mécontentement de ses partenaires, et particulièrement celui de John Lennon.

L'action auprès des tribunaux initiée par Paul McCartney en afin de prononcer la dissolution juridique des Beatles ne trouvera son épilogue que quatre ans plus tard. Alors qu'un espoir de reformation du groupe est entretenu tout au long des années 1970, l'assassinat de John Lennon en 1980 l'enterre définitivement.

Historique

Contexte

Arrêt des tournées

Jusqu'en 1966, les Beatles enchaînent, à un rythme très soutenu, les tournées, l'écriture, les séances d'enregistrement et les sorties de singles et d'albums. Mais plus leur succès grandit, plus leurs prestations publiques se déroulent dans des conditions impossibles, dans des salles ou des espaces en plein air de plus en plus grands, alors que les moyens de sonorisation sont encore balbutiants, et surtout, sous les cris stridents du public, qui couvrent complètement leur musique, au point qu'ils ne s'entendent pas jouer et se rendent finalement compte que le public ne les entend pas non plus.

À partir de l'enregistrement de l'album Revolver, la différence entre leur production en studio, de plus en plus complexe et ce qu'ils arrivent à produire sur scène devient flagrante. Tandis que leur répertoire scénique reste quasiment le même au fil des années , ils constatent les dégâts dès qu'ils s'attaquent à des titres plus récents, par exemple ou : au Budokan de Tokyo, fin juin, on voit George Harrison agiter la main en saluant le public pour le faire hurler, afin de couvrir le chœur a cappella de qui sonne nettement faux… Ces concerts à Tokyo ayant déclenché une demande de Daniel Ichbiah, Beatles - histoire & légende. se passent d'ailleurs dans une ambiance étouffante, les Beatles restant cloîtrés dans leur hôtel et bénéficiant de la plus grande protection policière jamais vue au pour un groupe ou un artiste, avec un dispositif ( mobilisés) de même ampleur que celui mis en place deux ans plus tôt pour les Jeux olympiquesRapport de l'ambassadeur britannique à sa chancellerie, 40 ans après les concerts du Budokan, Japan Times..

Après cette série de concerts dans la capitale nippone, les événements vont précipiter leur décision de mettre un terme à ce que John Lennon considère comme « de foutus rites tribaux ». À Manille, aux Philippines, ils passent tout près d'un lynchage, pour avoir malencontreusement snobé, à leur arrivée, une réception donnée en leur honneur par la redoutable Imelda Marcos, épouse du dictateur Ferdinand Marcos, la veille de leurs concerts du . Le groupe répondra qu'il n'avait reçu aucune invitation, ce qui n'empêchera pas la presse locale de se déchaîner ni les Philippins d'envoyer des menaces d'attentat et de mort. Toute protection policière leur est retirée lorsqu'ils repartent, une foule hostile les attend à l'aéroport, ils sont agressés, parviennent difficilement jusqu'à leur avion qui va rester bloqué sur la piste, le temps que leur manager Brian Epstein en soit débarqué pour aller se faire délester de la recette des quelque vendus pour leurs deux concerts.Description du séjour à ManilleThe Beatles Stiffed in Manila.

Cette énorme frayeur les décide déjà à tout arrêter, mais il leur reste des dates estivales à honorer aux États-Unis. Là-bas, ils subissent les conséquences de la tempête provoquée par les paroles de John Lennon à propos du christianisme. Ils reçoivent des menaces, notamment du Ku Klux Klan, et craignent réellement pour leur sécurité, alors qu'ils se produisent dans des stades dans des conditions qui restent détestables. Ils n'en peuvent plus. La dernière date de cette tournée, le lundi , au Candlestick Park de San Francisco, onze titres interprétés en un peu moins de 35 minutesPhilippe Broussard, Le dernier concert des Beatles, M. Le Monde, (consulté le )., sur une scène entourée de grillages, au milieu d'une pelouse où la chasse policière aux fans déchaînés bat son plein, avant de quitter l'arène dans un fourgon blindé, devient leur dernier concert tout court.

« À Candlestick Park, on s'est sérieusement dit que tout ça devait s'arrêter. On pensait que ce concert à San Francisco pourrait bien être le dernier, mais je n'en ai été vraiment certain qu'après notre retour à Londres. John voulait laisser tomber plus que les autres. Il disait qu'il en avait assez », explique Ringo Starr. « Je suis sûr qu'on pourrait envoyer quatre mannequins de cire à notre effigie et que les foules seraient satisfaites. Les concerts des Beatles n'ont plus rien à voir avec la musique. Ce sont de foutus rites tribaux », dit John Lennon. « C'était trop, toutes ces émeutes et ces ouragans. La « Beatlemania » avait prélevé sa dîme, la célébrité et le succès ne nous excitaient plus », se remémorera George Harrison.

L'arrêt des tournées marque une première fissure dans la carrière des Beatles, partant du principe qu'un groupe de rock 'n' roll qui ne joue plus sur scène n'est plus vraiment un groupe. D'ailleurs, tandis que John s'exclame « Mais qu'est-ce que je vais faire maintenant ? » , George déclare tout de go « Ça y est, c’est fait, je ne suis plus un Beatles ».

Disparition de Brian Epstein vignette|Brian Epstein, disparu le . Brian Epstein est sans doute le personnage le plus influent pour ce qui concerne le lancement et la promotion du groupe vers une popularité mondiale. Il réussit également à maintenir la cohésion entre les musiciens. Son style de management est de laisser la direction artistique au groupe tout en jouant un rôle de médiateur dès que des conflits éclatent. Son rôle commence cependant à diminuer dès lors que les Beatles cessent de donner des concerts à la fin de l'été 1966. Mais il continue à exercer sur eux une forte influence, aplanit leurs différends et surtout, gère leurs finances. Avant sa disparition, les sept premiers mois de l'année 1967 sont fastes pour le groupe, qui enregistre et sort le un album qui va marquer son époque, Sgt. Pepper's Lonely Hearts Club Band et joue en direct et en mondovision le devant plusieurs centaines de millions de téléspectateurs la chanson de John Lennon All You Need Is Love.. Lorsqu'Epstein décède à 32 ans d'une overdose accidentelle de barbituriques le ., il laisse un grand vide, qui marque une nouvelle fissure dans la carrière du groupe. John Lennon, très proche de lui, se montre le plus affecté par sa disparition. McCartney ressent pour sa part la situation précaire dans laquelle se retrouvent les et cherche à les garder mobilisés en lançant des projets les uns après les autres, à commencer par le film . Les trois autres se montrent de plus en plus incommodés par son côté dirigiste, aussi bien sur un plan musical que sur les questions d'orientation en général et refusent sa domination.

La fondation d'Apple Corps est initiée sous la houlette de Brian Epstein, comme un moyen d'échapper à la pression fiscale. Sa disparition inattendue assombrit l'avenir de la nouvelle compagnie. Brian Epstein ne sera jamais remplacé dans le rôle qu'il tenait en tant que manager des Beatles. Cette absence d'un véritable et fort leadership suivi par tous, tel qu'il incarnait, devient une des causes majeures de la séparation du groupe. Sans sa supervision, et avec l'inexpérience totale des Beatles en tant qu'hommes d'affaires, l'entreprise devient rapidement chaotique et ne fait qu'ajouter du stress pour le groupe au moment même où il entre en studio pour enregistrer l'« Album blanc » en . Lors de ses séances d'enregistrement, le producteur George Martin s'y sent étranger. et, le , l'ingénieur de son Geoff Emerick quitte même son poste face à l'ambiance détestable qui y règne..

Arrivée de Yoko Ono John Lennon est dans un état d’esprit fragile après le retour désordonné du groupe de Rishikesh, leur séjour dans l’ashram du Maharishi Mahesh Yogi durant les premiers mois de 1968. Ce dernier n’a pas répondu à ses attentes, Lennon vit cela comme une désillusion. Il le considère même comme un imposteur et exprime son ressentiment dans la chanson Sexy Sadie. À cet état d’esprit s’ajoute sa consommation de psychotropes, son insatisfaction à propos de son mariage avec Cynthia et la place qu’il tient à cette époque au sein des Beatles, source de mécontentement. Le musicien américain James Taylor, qui a récemment été signé par Apple, devient une source d'opioïdes pour Lennon ; sa consommation d'opium contribuera à affecter sa personnalité..

vignette|left|Yoko Ono et John Lennon en 1969.