Les émeutes de Watts (ou rébellion de Watts) ont lieu du au dans le quartier majoritairement noir de Watts à Los Angeles aux États-Unis, à la suite d'une altercation entre trois membres d'une famille afro-américaine et des policiers blancs.

Particulièrement violentes, et marquées par le slogan (), les émeutes entraînent l'intervention de l'armée qui impose un couvre-feu. Alors que les violences restent confinées au quartier de Watts, où de nombreux bâtiments et véhicules sont incendiés, en majorité des commerces tenus par des personnes blanches ainsi que des voitures de luxe, le chef de la police William H. Parker applique une politique d'arrestations de masse.

Après six jours de violences, on compte , dont , parmi ceux-ci par les forces de l'ordre. À ce bilan s'ajoutent déclarés et . On dénombre détruits ou endommagés. Les dommages matériels sont estimés à de dollars ( de dollars de 2019).

Au cours des années qui suivent, d'autres grandes villes des États-Unis sont le théâtre de violences urbaines dont les tensions raciales sont généralement le détonateur, en particulier lors du long et chaud été 1967. Les émeutes de Watts sont les plus graves survenues à Los Angeles jusqu'à celles de 1992.

Contexte historique vignette|gauche|upright=1.5|alt=Carte d'une partie de Los Angeles, délimitant le quartier de Watts.|Les frontières du quartier de Watts, d'après le Los Angeles Times.

Difficulté d'accès au logement et à l'emploi Dans les années 1940, au cours de la Seconde Grande migration afro-américaine, le président Franklin Delano Roosevelt signe l'Executive Order 8802 qui interdit la discrimination raciale dans l'industrie de la défense. En conséquence de cette opportunité, la population noire du comté de Los Angeles, où les industries de l'armement recrutent massivement., passe de (soit 2,70 % de la population) en 1940 à (7,64 % de la population) en 1960..

À Los Angeles, le redlining est de mise même après le de 1964 : il empêche certaines minorités, dont les Afro-Américains, de louer ou d'acheter des logements dans certains quartiers. La majeure partie de la ville de Los Angeles et du Sud de la Californie est tacitement interdit à ces minorités ethniques.. : deux des rares quartiers où les Noirs peuvent s'installer sont Compton et Watts. En 1963, un projet de loi visant à interdire les discriminations d'accès au logement est rejeté : les loyers restent beaucoup plus élevés pour les Africains-Américains que pour les Blancs pour des logements similaires. Seulement 13 % des maisons de Watts sont construites entre 1939 et 1965, les autres sont insalubres et abîmées..

99 % des étudiants du lycée de Watts, qui ne pratique officiellement plus la ségrégation, sont noirs. L'établissement manque cruellement de ressources pour fonctionner correctement. Deux tiers des habitants du quartier n'ont pas fini le lycée et un huitième sont illettrés. En parallèle de l'accès limité à l'éducation, la discrimination dans l'emploi s'applique toujours en dehors de l'industrie de la défense, qui périclite depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale.

Violences policières Le , le est mis en cause dans l'affaire du « Noël sanglant », lors duquel des policiers battent violemment sept jeunes hommes, dont cinq hispaniques et deux blancs. L'enquête interne du chef de police William H. Parker se solde par un procès contre huit policiers, la mutation de des forces de l'ordre et la suspension de .. Après cet évènement, Parker cherche à créer une force policière plus rigoureuse et militarisée et moins corrompue. Malgré ses efforts dans ce sens, il n'enraye pas les violences policières subies par les habitants hispaniques et afro-américains de Los Angeles. Celles-ci résultent entre autres du recrutement de policiers venus du Sud et qui ne cachent pas leur racisme..

En 1962, une enquête de la Commission on Civil Rights sur Watts échoue à identifier des cas précis de violences policières. Pendant les émeutes, Martin Luther King affirme cependant qu'à Watts, « il y a une conviction unanime qu'il y a eu des violences policières ». Entre 1963 et 1965, du quartier sont tués par la police, dont 27 dans le dos et .

Émeutes précédentes aux États-Unis En 1964, trois jours d'émeutes à Rochester (dans l'État de New York) font quatre morts, puis près de participent à des émeutes à Harlem et Bedford-Stuyvesant (deux quartiers de la ville de New York) après le meurtre d'un jeune homme noir par la police. À Philadelphie, l'arrestation d'un couple noir cause trois jours d'émeutes, tandis qu'à Chicago, une foule manifeste après l'agression par un commerçant d'une femme prise en flagrant délit de vol. Les émeutes de Harlem se calment grâce à une subvention étatique permettant la création de . Sargent Shriver, à la tête du , critique ouvertement Sam Yorty, le maire de Los Angeles, qui est un des deux seuls maires à avoir refusé cette même subvention pour la création d'emplois et le seul maire d'une grande ville américaine sans programme anti-pauvreté.

Entre 1963 et 1965, sont organisées à Watts pour dénoncer les conditions de vie de la population, sans conséquences concrètes.

Déroulement des émeutes Évènement déclencheur Le soir du , Marquette Frye, un homme noir de ., est arrêté au volant de la voiture de sa mère par un policier californien blanc, Lee Minikus, qui le soupçonne d'être ivre... Après avoir contrôlé Frye positif sur un éthylotest, Minikus l'arrête et appelle une équipe de police pour saisir le véhicule., mais Frye refuse de le suivre. Son frère, Ronald Frye, part chercher leur mère, Rena Price, qu'il emmène sur le lieu de l'arrestation. Quand Price arrive sur place, elle s'en prend verbalement à son fils devant un groupe de plus en plus important de passants et de policiers.. La situation dégénère rapidement : quelqu'un pousse Price, Frye reçoit un coup, Price saute sur un policier et un autre membre des forces de l'ordre sort son arme de service. Les policiers appelés en renfort tentent alors d'arrêter Frye et de l'emmener de force.. Les témoins de la scène préviennent d'autres habitants du quartier que les policiers ont frappé Frye et donné un coup de pied à une femme enceinte qui a craché sur eux ; la population locale commence à se rendre en masse là où se déroule le conflit.. Le groupe s'en prend verbalement et physiquement aux policiers, tandis que le frère et la mère de Frye sont arrêtés à leur tour pour les avoir frappés...

Après l'arrestation de Price et de ses deux fils, la foule se déplace le long de l'Avalon Boulevard. Des renforts de police venus calmer le public deviennent la cible de lancers de pierres et de morceaux de béton.. Watts se transforme alors graduellement en champ de bataille.

Premières violences alt=Un groupe de policiers blancs tenant et étouffant un homme noir torse nu pour le faire entrer dans une voiture.|vignette|Des policiers arrêtent un émeutier le . Dès le matin, les frères Frye et Rena Price sont libérés sous caution. Après une nuit d'échauffements, la police et des dirigeants noirs de la communauté locale, incluant des dirigeants religieux et des représentants de la National Association for the Advancement of Colored People (NAACP), se rencontrent le pour discuter d'un plan d'action qui ramènera le calme. La réunion est un échec. Selon certaines sources, Parker aurait refusé les propositions de médiation, affirmant que « ces émeutes n'ont pas de dirigeants ».. Une adolescente affirme devant la presse que les émeutiers comptent envahir les quartiers blancs de Los Angeles, tandis que la police refuse la suggestion de n'envoyer que des policiers noirs pour calmer les émeutes. Plus tard dans la journée, William Parker fait appel à l'Army National Guard : il affirme que les émeutes s'apparentent à une rébellion, les compare au combat contre le front national de libération du Sud Viêt Nam, et exige une intervention paramilitaire..

Le vendredi , environ de la division blindée de la garde nationale rejoignent la police à Watts.... En plus d'eux, on compte de Los Angeles et du Los Angeles Sheriff Department.. Les forces de l'ordre sont très majoritairement blanches et lourdement armées. Les manifestants pillent et brûlent des magasins tenus par des Blancs aux cris de ().

alt=Trois soldats effectuant des signes de bras, devant deux voitures de l'armée et une rangée de petites maisons. En fond, on voit un nuage de fumée.|vignette|Des soldats californiens empêchent l'accès à une rue de Watts pendant les émeutes.

Le samedi soir, plus de des forces de l'ordre sont mobilisés et patrouillent dans le quartier. Ils érigent des barricades et installent des pancartes portant des messages d'avertissement tel que « Tournez à gauche ou nous tirerons ». Les émeutiers répliquent en agressant des policiers, en arrêtant et frappant des passants blancs et en empêchant le Los Angeles Fire Department (LAFD) d'utiliser les jets d'eau contre les manifestants. Ils incendient et pillent de nombreux commerces. Ces commerces sont très majoritairement gérés par des personnes blanches et connus dans le quartier pour sous-payer les employés noirs tout en maintenant des prix de vente très hauts.. La même journée, les manifestants s'arment en pillant les armureries du quartier. Ils tireront sur les hélicoptères de la police pendant le reste des émeutes.

Répression Le dimanche, Parker met en place une politique d'arrestations de masse. La majeure partie du sud de Los Angeles est soumise à un couvre-feu, en particulier Watts mais également tous les autres quartiers majoritairement noirs de la ville. Toute personne restant dehors après est hors-la-loi : au total, plus de sont arrêtées en six jours.. Parker attise la colère des émeutiers en les comparant à des singes dans un zoo : (en français : « Une personne a jeté une pierre, et comme des singes dans un zoo, les autres ont commencé à jeter des pierres »).

Le , les émeutes sont largement calmées.

Le matin du , après six jours d'émeutes, la police attaque une mosquée de la Nation of Islam, tirant à l'aveugle dans le bâtiment et blessant dix-neuf personnes. Des courts affrontements résiduels surviennent à nouveau en raison de cette attaque.. La fin des émeutes de Watts est prononcée quelques heures plus tard. En six jours, ont participé aux émeutes et on compte environ non actifs.

Le , Martin Luther King, qui a écourté un séjour au Porto Rico, arrive à Watts. Tout en déplorant l'utilisation de la violence, Il affirme :

Il dit être venu à Watts pour soutenir les habitants du ghetto qui, d'après lui, souffrent d'autant plus que les émeutes ont eu lieu là. Il cherche également à soutenir l'alliance entre les activistes noirs et blancs, proposant de servir de médiateur entre les habitants et les autorités locales et insistant sur l'importance de solutions systémiques aux problèmes économiques et sociaux qui touchent les ghettos noirs comme Watts.

Bayard Rustin s'exprime à son tour sur le sujet :

Conséquences immédiates des émeutes

Pertes et dommages Les émeutes font . et . ont été arrêtées. Du point de vue matériel, on compte détruits ou endommagés et plus de de dollars de dégâts., qui correspondraient à de dollars en 2019.. Ces dégâts matériels sont essentiellement causés par les nombreux incendies allumés par les émeutiers : la police ne pouvant pas protéger les pompiers, ces derniers n'interviennent pas.

Sur les , 23 sont des civils tués par les forces de l'ordre. Deux policiers et un pompier meurent pendant la semaine d'émeutes. Au total, sont considérées comme des homicides justifiables. Sur les , on compte et une centaine de pompiers..

Couverture médiatique et analyses politiques Pendant les émeutes de Watts, les autorités et la presse proposent diverses interprétations des causes de la crise. Certains conservateurs et une majorité d'autorités publiques de la ville affirment qu'il ne s'agit que d'une escalade de la violence dans un quartier historiquement très pauvre et où la criminalité est élevée .