La littérature franco-ontarienne ou littérature ontaroise est une littérature francophone qui comprend les œuvres écrites en français par des Franco-Ontariens ou Ontarois, c'est-à-dire les francophones nés ou vivant en Ontario, de même que certains textes écrits en français traitant de la réalité francophone en Ontario. Ses origines remontent à la Nouvelle-France du avec les récits de voyageurs puis commence à se déployer au sein des Canadiens français en Ontario. Ces écrits souvent méconnus forment néanmoins un corpus important. Littérature minoritaire, elle se développe et connaît un essor depuis les années 1970, alors que s'affirme l'Ontario français.. Miroir d'une communauté minoritaire clairsemée, la production littéraire franco-ontarienne s'inscrit historiquement dans la filiation traditionnelle identitaire. Cette motivation demeure forte mais la littérature franco-ontarienne est maintenant décentrée et diversifiée, souvent dans une exploration éclatée moderne ou post-moderne. Ce corpus diversifié comporte une multitude de choix thématiques et esthétiques, offrant, malgré son caractère récent, un intérêt réel et une qualité certaine; elle « est d'abord une littérature »..

Définition vignette|gauche|220px|Marguerite Andersen. En l'absence d'institutions littéraires nationales, les frontières de la littérature franco-ontarienne comme celles de la culture franco-ontarienne, sont à préciser. Pour Hédi Bouraoui, d'origine tunisienne et Jacques Flamand, d'origine française, l'écrivain franco-ontarien concerne: « […] celui ou celle qui écrit et publie en français et qui est établi en Ontario, quelles que soient ses origines géographiques ou culturelles, […] de même que les Franco-Ontariens de naissance, qui ont élu domicile ailleurs au Canada, voire à l'étranger ». Gaétan Gervais et Jean-Pierre Pichette définissent un écrit de l'Ontario français comme « une œuvre autonome, publiée en français et réputée franco-ontarienne soit par son sujet, soit par son auteur, qui est né en Ontario ou qui y a son lieu de travail ou de résidence ». Il réfère à l'Ontario français comme de la société de langue française sur le territoire qui est aujourd'hui, l'Ontario, que ce soit à l'époque des Pays-d'en-Haut, de la partie occidentale de la province de Québec, du Haut-Canada, du Canada-Ouest ou de l'Ontario actuel.. La définition de base de la littérature franco-ontarienne tient donc de la spécificité franco-ontarienne, à savoir la langue et le lieu d'appartenance. Si ce critère peut paraître simple, il n'est pas toujours évident dans la pratique.

Le critère de la langue ne pose pas de questionnement. Toutefois, il peut devenir de moins en moins opérationnel à mesure que la minorisation et l'assimilation s'accentuent, à l'instar des Franco-Américains qui écrivent en anglais, autrement ils ne seraient pas publiés, le français étant relégué à un statut de langue privée, suivant les mots de Claire Quintal. Un cas emblématique est le roman Frog Moon, écrit en anglais par une Franco-Ontarienne d'origine, Lola Lemire Tostevin, racontant l'histoire d'une jeune Franco-Ontarienne s'assimilant à l'anglaisCe thème narré en anglais décrit une réalité sociolinguistique et culturelle centrale et sensible chez les Franco-Ontariens. Tremblay, 2003, considère que l'original anglais ne fait pas partie de la littérature franco-ontarienne car écrit en anglais mais il considère que la traduction française de cette œuvre, réalisée par Robert Dickson, fait partie de la littérature franco-ontarienne (p. 95). Suivant les critères de Gervais et Pichette, cette œuvre n'est pas franco-ontarienne..

Le lieu d'appartenance peut également porter à un flou en raison des migrations entre l'Ontario et le Québec et de la porosité de la frontière outaouaiseLa rivière des Outaouais constitue la frontière naturelle entre l'Ontario et le Québec et également entre les parties ontariennes et québécoises de la région métropolitaine d'Ottawa-Gatineau ou Région de la capitale nationale du Canada. L'Est de l'Ontario est parfois appelé Outaouais ontarien, suggérant des liens étroits avec l'Outaouais québécois. De plus, plusieurs membres de l'Association des auteurs et auteures de l'Ontario français habitent Gatineau.. Ainsi, il est généralement admis que la création littéraire d'un Franco-Ontarien d'origine établi à l'extérieur de l'Ontario demeure une œuvre de littérature franco-ontarienne mais non celle d'un francophone d'ailleurs venu s'établir un temps en Ontario et qui est reparti ailleurs. Gervais et Pichette retiennent néanmoins les œuvres des auteurs francophones de passage en Ontario, souvent tenus comme exclusivement québécois, par exemple Georges Bouchard, Léo-Paul Desrosiers ou Claire Martin. Ils incluent également des textes fondamentaux de l'histoire de l'Ontario français, notamment de Samuel de Champlain ou de Lionel Groulx. Les œuvres de Jean Éthier-Blais, Franco-ontarien d'origine ayant migré au Québec, et celles de Robert Dickson, Ontarien d'origine anglophone s'étant intégré à la communauté franco-ontarienne, sont considérées franco-ontariennes alors que celles de Gérard Bessette, Québécois ayant vécu à Kingston, sont considérées par certains comme strictement québécoises. Les œuvres d'un francophone déménagé au Québec, souvent à Gatineau, ville jumelle d'Ottawa, tout en maintenant des liens institutionnels franco-ontariens sont considérées franco-ontariennes.. Par ailleurs, le critère de localisation ne se traduit aucunement par une thématique proprement ontarienne, tous les sujets et lieux imaginables pouvant se retrouver dans les œuvres.

Paul Gay, à l'instar de René Dionne, de Yolande Grisé et de Gaétan Gervais et Jean-François Pichette, inclut dans la littérature franco-ontarienne, « les textes qui traduisent quelque aspect de la réalité franco-ontarienne, de quelque auteur qu'ils soient, même si celui-ci n'est pas né ou encore n'a pas vécu en Ontario ». Cet élément n'est pas considéré comme faisant partie du corpus franco-ontarien, par exemple, Lucie Hotte et Johanne Melançon considèrent que la définition doit s'articuler autour des écrivains et non des thèmes. La littérature franco-ontarienne s'impose dans le champ littéraire francophone au Canada et ailleurs par un ensemble d'œuvres ancrées dans la réalité sociopolitique et historique des Franco-Ontariens, sur une base géographique plutôt qu'ethnique et à partir d'un ensemble patrimonial multiple et élargi par rapport au tronc culturel des Canadiens français venus du Québec au et au . «Bien que récente, la littérature franco-ontarienne possède une histoire bien circonscrite, une identité collective aux variances multiples ».

Caractéristiques Littérature mineure et minoritaire François Paré caractérise la littérature franco-ontarienne comme une littérature de l'exiguïté. Elle est également une littérature minoritaire. Jusqu'aux années 1980, la production littéraire franco-ontarienne demeure fragile et une manifestation ponctuelle. La communauté littéraire franco-ontarienne aspire à en faire une institution littéraire, que ce soit en nombre et en qualité de publications, de lectorat, de prix et récompenses, de la critique ou de sa promotion. Le rayonnement de la littérature franco-ontarienne est culturel mais également politique. Écrire ou chanter en français en Ontario demeure un geste politique d'affirmation, le témoignage d'une culture vivante et contemporaine. Elle est maintenant une expression d'une communauté cohésive et inclusive.

Particularisme et universalisme Paul Gay rappelle que la littérature ontaroise est longtemps une littérature de combat, ses écrivains peuvent s'adonner aux choses de l'esprit qu'une fois les luttes épiques pour la langue française ne requérant plus une garde continuelle. Le besoin de s'affirmer se traduit par l'importance qu'occupe la poésie dans la littérature française de l'Ontario. De surcroît, cette littérature se construit souvent collectivement. Ainsi, non seulement pour le théâtre mais également pour la poésie, les écrivains s'unissent pour produire des œuvresGay, 1986, p. 38-39.. Annie Pronovost et Lucie Hotte concluent qu'une littérature mineure ne peut, pour la première, retenir l'ancrage et la voix collective pour se définir puisque « critiques et lecteurs abordent les œuvres dans la perspective d'un projet social et occultent leur caractère littéraire » et, pour la seconde, se complaire dans la période auto-minorisante, mais qu'elles doivent éventuellement évoluer quelque chose d'autre ». D'une esthétique identitaire, la littérature franco-ontarienne explore dorénavant l'urbanité, les transfuges linguistiques, l'intertextualité, et privilégie le roman et ses sous-genres.

Littérature du vacuum Gaston Tremblay qualifie la littérature franco-ontarienne de littérature du vacuum. Pour lui, « l'Ontario français, cet archipel fragile, n'est qu'un chapelet d'îlots accueillants, tous aussi riches et chaleureux les uns que les autres. Malgré tout, la culture française pousse en cette terre anglaise, là où les artistes doivent porter sur leurs épaules les espoirs d'un peuple qui résiste à l'assimilation »Tremblay, 2003, p. 8.. Le vacuum est géographique : la grande dispersion spatiale d'un nombre restreint de Franco-Ontariens sur un vaste territoire, où, aux communautés francophones rurales, rapprochées dans l'Est mais isolées dans le Nouvel-Ontario, se substituent des individus parlant français clairsemés dans des grandes entités urbaines anglophones. Gay, plus tôt en 1985, note que la rencontre de la littérature ontaroise transcende la géographie, arguant que « d'immenses espaces les séparent les uns des autres — sauf dans l'Est de l'Ontario, aux groupements français assez compacts —, mais ils se rejoignent en un seul lieu qui n'est ni Ottawa, ni Sudbury, ni Sturgeon Falls, ni Hearst... mais l'amour de la patrie, l'amour de la nature (...) »Gay, 1986, p. 38..

Le vacuum est aussi institutionnel. La rupture liée à l'éclatement du Canada-Français en 1969 marque un jalon, sinon la pierre d'assise, de la littérature franco-ontarienne. Cette rupture se traduit de manière différente pour le Québec et les autres francophonies canadiennes. Alors que la littérature québécoise est l'héritière, la continuation ou le recentrage de la littérature canadienne-française, puisque l'ensemble des institutions et la grande majorité des auteurs se trouvent au Québec, la littérature franco-ontarienne ne peut s'inscrire dans la québécitude en opposition avec le bilinguisme pancanadien, ni s'approprier le patrimoine traditionnel canadien-français désormais québécois. Par ailleurs, le mouvement québécois d'affirmation nationale s'explique, du moins en partie, par le reflux d'événements touchant les Franco-Ontariens, c'est-à-dire le retour au Québec dans les années 1960 et 1970, de plusieurs Franco-Ontariens eux-mêmes issus de la migration de nombreux Québécois vers le Nouvel-Ontario à la fin du , migration à laquelle le gouvernement ontarien répond par le règlement 17 limitant l'usage du français et visant à assurer la primauté de l'anglais. L'atténuation des liens entre le Québec et le Nouvel-Ontario et le déclin de l'influence du clergé dans l'administration publique obligent les Franco-Ontariens à œuvrer dans le cadre d'institutions bilingues et non confessionnelles puis à créer leurs propres institutions. Cette création se fait sur une base coopérative et communautaire, s'inscrivant dans un premier temps dans la mouvance de la contre-culture américaine mais rapidement elle se retourne vers le folklore propre au Nouvel-Ontario, s'inspirant de la tradition orale et, plus particulièrement, des contes franco-ontariens. Ce retour aux sources assurera la pérennité de ces institutions. C'est ainsi que, avant de s'écrire, la littérature franco-ontarienne contemporaine « a germé dans l'oralité » et a largement été une manifestation collective et d'amitié, comme l'écrit Michel Dallaire :