Janusz Korczak, né le à Varsovie et mort le au Camp d'extermination de Treblinka, pseudonyme de Henryk Goldszmit, est un pédiatre, éducateur, pédagogue et écrivain polonais. Avant la Seconde Guerre mondiale, il est une des figures de la pédagogie de l'enfance les plus réputées. Il laisse son nom à la postérité pour son œuvre de pédagogie, sa littérature enfantine, et son engagement en faveur des droits de l'enfant. Il est reconnu comme le précurseur et l'inspirateur de la Convention des droits de l'enfant.

Grand témoin de son temps, il s'est battu toute sa vie pour défendre et faire respecter l'enfant, jusqu'à avoir choisi délibérément d'être déporté vers Treblinka avec les enfants juifs de son orphelinat.

Biographie L'histoire de la vie de Janusz Korczak (dont le nom de naissance est Henryk Goldszmit.) a été décrite dans de nombreux livres. Le film Korczak d'Andrzej Wajda raconte l'histoire de sa vie et en partie sa déportation avec ses orphelins par les nazis à Treblinka.

Né d'une famille juive assimilée à Varsovie, avec un grand-père vitrier et un autre médecin, il a pour mère qui est issue de la communauté juive de Kalisz, et pour père, (1846-1896), avocat et partisan du mouvement progressiste juif .. Lors de sa naissance, sa famille ne prend pas soin de l'inscrire au registre des naissances, d'où la difficulté ultérieure de déterminer son année de naissance (1878 ou 1879). Henryk a une sœur, Anne..

La famille Goldszmit vit dans différents endroits de Varsovie : Bielańska 18 (peut-être son lieu de naissance), Krakowskie Przedmieście 77, Miodowa 19, Pl. Krasińskich 3, Nowosenatorska 6 (aujourd'hui Rue Molière). Il passe ses années scolaires (1886-1897) à Augustin Szmur rue Freta. Il a une gouvernante française jusqu'à l'âge de . Puis il va au lycée Vasa. L'école, comme toutes celles de la partie de la Pologne occupée par la Russie, était russe. Il en retiendra surtout l’absence totale de respect des adultes à l’égard des enfants et un profond ennui.

En 1890, son père est interné à l’asile d'aliénés de Tworki dans le centre ville de Pruszków, ce qui engloutit les réserves pécuniaires familiales et à l'âge de , Henryk doit subvenir aux besoins de sa famille ruinée. Il devient précepteur et il découvre ainsi la pédagogie. Il se réfugie dans l’imaginaire, écrit des poèmes, tient son journal. Le roman qu'il en tirera plus tard (1913) Confession d'un papillon, décrit sa vie d'adolescent confronté six ans durant à la folie de son père.

Sa grand-mère et seule confidente meurt quand il a . En 1896, son père se suicide, laissant sa famille sans ressources et dans l'obligation d'abandonner l'appartement spacieux où elle vivait. Après la mort de son père, vers , les conditions de vie se dégradent significativement et il doit se mettre à travailler d'autant plus, en donnant des cours particuliers pour soutenir sa mère et sa sœur.

Henryk écrit un roman intitulé Suicide et un article humoristique « Le nœud gordien » () dont la publication dans un hebdomadaire satirique ( : Épines) au lycée russe (Varsovie se trouve alors sous l'occupation de la Russie) où il est élève de la dernière classe, sous le pseudonyme Hen, marque le début de sa carrière de journaliste engagé.

En 1898, il entreprend des études de médecine à l'Université de Varsovie. Cette même année, à l'occasion d'un concours littéraire organisé par « » (Le Courrier de Varsovie), il envoie un drame en quatre actes (Par où ?), et prend le pseudonyme de « Janusz Korczak », nom polonais aristocratique d'un personnage de roman de Józef Ignacy Kraszewski. Le drame obtient une mention honorable. Henryk Goldszmit devient membre de la Société des bibliothèques gratuites, destinées aux enfants et aux jeunes ouvriers.

En 1899, il est en Suisse et y étudie l'œuvre du pédagogue Johann Heinrich Pestalozzi, connu comme le père de l'école populaire.

En 1900, « Korczak se lie d'amitié avec , jeune poète et ethnographe ; ensemble, ils visitent des quartiers pauvres de Varsovie et s'intéressent aux conditions matérielles et morales de la vie des enfants. Le reportage de Korczak, (La Misère de Varsovie), présente ses observations et ses réflexions. La revue « » (Voyageur) publie un cycle de sept articles de Korczak : « » (Enfants et éducation) où sont ébauchés certains principes qu'il développera plus tard (« L'enfant est reconnu comme un homme, un être avec lequel il faut compter et que l'on ne doit pas tenir en laisse… ») ».

En 1901, il décrit la misère des enfants les plus pauvres, les enfants abandonnés, négligés ou dits dépravés, et leur consacre son premier livre Les enfants de la rue. Il publiera au total 480 articles, essais et feuilletons entre 1898 et 1905.

En 1904, il est employé pour encadrer des enfants juifs dans un camp de vacances à Michałówka.

Le , il obtient son diplôme de médecin. À peine diplômé, il est mobilisé comme médecin militaire dans l’armée russe pour la guerre russo-japonaise, où il exerce dans le train sanitaire et se rend donc en Extrême-Orient. Ensuite, il est professeur dans une école pour garçons chrétiens dans Wilhelmowce. Cette même année, il publie Les Enfants de salon dont le succès fait de lui un jeune écrivain célèbre.

À son retour en 1906, il travaille comme pédiatre dans un hôpital pour enfants pauvres de Varsovie, au 51 rue Śliska. Il ouvre également un cabinet privé. Passionné et dévoué, il devient un médecin très recherché. Il travaille avec le neurologue Samuel Goldflam avec lequel il soutient de nombreuses causes sociales.

En 1907, il participe à une colonie de vacances pour s'initier au rôle d'éducateur. Il part ensuite en voyage d'études à Berlin, puis sur les traces de Johann Heinrich Pestalozzi en Suisse. Visitant le pays, il s'intéresse beaucoup aux écoles, aux hôpitaux pour enfants, ainsi qu'aux salles gratuites de lecture pour les enfants. Parmi ses articles et essais (dont l’un porte un titre français : « Savoir vivre »), « L’École de la vie » fait événement et est publié dans deux revues. Il s'agirait de sa première réelle contribution pédagogique.

En 1909, dans le cadre de son travail pour la Société des Orphelins, il rencontre la pédagogue Stefania Wilczyńska. Elle partage avec lui son rêve de construire un lieu idéal pour les enfants pauvres. Il écrit Colonies de vacances. La même année, il est jeté en prison par la répression tsariste contre l’intelligentsia polonaise et il y reste deux mois. Des fonds étant réunis, son établissement pour enfants est mis en chantier. Korczak repart en voyage d'études six mois à Paris, jusqu'en , puis un mois à Londres.vignette|L'orphelinat de Korczak à Varsovie vers 1935.En 1911-1912, son (La Maison des Orphelins) au 92 rue Krochmalna à Varsovie est inauguré. Il accueille les orphelins juifs et c'est l’un des plus beaux orphelinats d'Europe, possédant baignoires et chauffage central (luxe scandaleux à l'époque), conçu par Korczak, construit et fonctionnant avec des fonds d'œuvres philanthropiques de la communauté juive.. Son projet pédagogique est d'avant-garde ; l'établissement-pilote est mixte. Janusz Korczak abandonne son poste à l’hôpital pour enfants pour en prendre la direction avec Stefania Wilczyńską. Il habite sur place, dans une chambre mansardée sous les toits.

Il publie notamment La Gloire et Une semaine de malheur de l’écolier Stasio.

Il y forme une « République des enfants » avec son propre Parlement, Tribunal et Journal et réduit en conséquence ses activités de médecin. En 1911, il prend la décision de ne pas fonder de famille.

En 1914, il est de nouveau mobilisé, d'abord dans un hôpital de campagne de l’armée russe, puis à Kiev où il fait la connaissance de Maria Rogowska-Falska qui dirige alors un refuge pour enfants errants et fait appel à lui pour ramener de l'ordre dans son établissement, où l'agitation des enfants victimes de la guerre est calmée par Korczak qui y instaure avec succès les règles de fonctionnement de l'autogestion pédagogique qu'il avait déjà mis en place à . De ces quatre années sur le front, il ramènera un ouvrage-clé, son célèbre traité de pédagogie : Comment aimer un enfant, publié en deux fois, en 1919 avec Moments pédagogiques.

En 1919, Maria Rogowska Falska, formée à l'école de Maria Montessori., ouvre à Pruszkow, à de Varsovie, (Notre Maison), un établissement créé sur le modèle pédagogique de Janusz Korczak pour les orphelins de la guerre (1914-1918) « polonais » (c'est-à-dire de culture catholique), sous la direction pédagogique et médicale de Korczak.

En 1920, Janusz Korczak est mobilisé encore une fois, mais cette fois comme officier de la toute nouvelle armée polonaise opposée à l’armée russe. Il est nommé dans un hôpital pour maladies infectieuses et y contracte le typhus. Il échappe de peu à la mort mais contamine sa mère venue à son chevet. Elle en meurt, le .

Fou de chagrin, il pense au suicide. Le , Varsovie assiégée et la Pologne sont sauvées par la victoire du Maréchal Józef Piłsudski. Il écrit Seul à seul avec Dieu, ou Prières de ceux qui ne prient jamais.

En 1925, il enseigne à l’Institut de pédagogie et à l’université. Il est médecin-expert auprès du Tribunal pour jeunes délinquants. Il s'y rend une fois par semaine (le lundi) pour examiner leurs cas et se fait le plus souvent leur avocat auprès de leurs juges. Ses plaidoiries font souvent événement et secouent l’opinion.

Œuvre littéraire et radio En 1898, il participe à un concours de théâtre organisé par le journal . Korczak y envoie son œuvre dramatique intitulé sous le pseudonyme « Janasz Korczak ». Il s'inspire du livre de Józef Ignacy Kraszewski et doit son pseudonyme futur à une erreur typographique (Janasz/Janusz).

En 1900, sous le pseudonyme de « Hen-Ryk », il travaille pour l'hebdomadaire satirique « » en tant que coauteur d'une histoire à sensation . À partir de 1901, il écrit de courts feuilletons, d'abord en épisodes dans () (Salle de lecture pour tous), puis par la suite dans un recueil littéraire. Entre 1903 et 1905, il publie des feuilletons dans l'hebdomadaire « » où il dirige la rubrique . En 1904, dans les colonnes de « », il commence à publier par épisodes l'histoire . En 1906, il fait publier son livre portant le même titre. Il publie par la suite , , .vignette|Korczak en 1933.En 1922, la mort de sa mère et la renaissance de sa nation favorisent la création de son personnage clé, son fils spirituel : Le roi , suivi en 1923 du Roi Mathias sur une île déserte. Les aventures de Mathias, l’enfant-roi qui tente de donner la démocratie aux enfants contre l’avis des adultes, ont été publiées dans le monde entier et restent toujours très populaires. Ses livres pour enfants ont donné lieu à des éditions illustrées par plusieurs générations d'illustrateurs polonais..En 1926, il crée (1926-1939), qu'il dirige pendant quatre années. Il s'agit d'un supplément au journal « » rédigé par des enfants et adolescents et ne comptant qu'un seul adulte au Comité de rédaction (Janusz Korczak lui-même, remplacé plus tard par Igor Newerly, son secrétaire puis plus tard collaborateur). Tirée à jusqu'à l’invasion nazie en 1939, a plus de correspondants de presse dans tout le pays ; tous perçoivent une petite rémunération. Son orphelinat est aidé par la CENTOS une association caritative juive polonaise.vignette|gauche|Janusz Korczak et Misza Wróblewski entourés d'enfants de l'orphelinat à Varsovie, 1934.|alt=En 1934, Korczak effectue son premier voyage en Palestine mandataire à l’invitation d'un ancien pupille. Il partage pendant trois semaines de juillet la vie du kibboutz . À son retour, il crée à la Radio polonaise une série d'émissions pour enfants, consacrées à leurs vécu et expériences : les « Causeries du Vieux docteur ». La chaude voix de Korczak captivera le pays tout entier, en famille, pendant deux ans, le jeudi, à l’heure de la plus grande écoute. Il publie en outre Jojo le sorcier.