Méta est un préfixe utilisé dans le vocabulaire scientifique principalement pour faire de l'auto-référence (c'est-à-dire de la réflexion sur l'objet-même) ou pour désigner un niveau d'abstraction supérieur. Tandis que le stéréotype fait référence à l'ensemble des idées et des représentations stables que nous pouvons entretenir à l'égard d'un groupe donné ou d'une classe sociale. Ainsi, un méta-stéréotype est une réflexion sur l'ensemble des représentations stables qu'autrui entretient à notre égard. En d'autres termes, le méta-stéréotype correspond à ce que nous pensons que l'autre pense de nous.

Le concept de méta-stéréotype est défini en psychologie sociale comme étant les croyances d’une personne concernant le stéréotype que les membres de l'exogroupeConcept utilisé par la psychologie sociale pour qualifier le groupe auquel l'individu n'appartient pas. entretiennent à l’égard de son endogroupeTerme opposé à celui d'exogroupe, qui correspond au groupe d'appartenance d'un individu. Vorauer, J. D., Hunter, A. J., Main, K. J. & Roy, S. A. (2000). Meta-stereotype activation: Evidence from indirect measures for specific evaluative concerns experienced by members of dominant groups in intergroup interaction. Journal of Personality and Social Psychology, 78, 690-707.. Ce concept englobe donc l’opinion d’autrui dans le contexte des relations intergroupes. Ce concept représente un enjeu crucial dans les relations que les groupes entretiennent dans la société. Ce phénomène peut être source de conflitElcheroth, G., Doise, W., Reicher, S.(2011). On the knowledge of politics and the politics of knowledge: how a social representations approach helps us rethink the subject of political psychology. In Political psychology 32. 5, 729-758., d'incompréhension mutuelle, ou encore de sentiment de mal être pour un groupe donné.

Le méta-stéréotype doit être distingué du stéréotype ainsi que de la méta-perception. Cette dernière se réfère aux impressions d'un individu par rapport à ce qu’un autre individu pense de lui, sans que cela soit lié à son groupe d'appartenance.

Une autre distinction doit être faite selon le niveau d'action du méta-stéréotype : au niveau individuel et au niveau groupal. Au niveau individuel, il est question du méta-stéréotype personnalisé, car la personne intériorise le méta-stéréotype. Par ailleurs, l'influence d'un méta-stéréotype sur un individu dépend du niveau d'identification (faible ou élevé) que cette personne entretient avec son groupe d'appartenance. Par exemple, il est possible qu'un individu qui ait connaissance d'un stéréotype négatif que l'exogroupe entretient à l'égard de son propre groupe, ne ressente pas d'anxiété sociale lorsqu'il est en contact avec des membres de l'exogroupe simplement parce que personnellement, il a un faible niveau d'identification à son groupe d'appartenance. Au niveau groupal, ce même individu peut quand même avoir un méta-stéréotype négatif à propos de son propre groupe, sans toutefois se sentir personnellement impliqué par celui-ci.

Ce sont principalement des chercheurs de psychologie sociale, tels que Vorauer, Gordijn et Gomez, qui se sont intéressés aux méta-stéréotypes. Cependant outre la psychologie sociale, d'autres disciplines comme la philosophie ou encore la psychologie clinique se sont penchées sur le concept.

Concept et définition Le méta-stéréotype est développé par les individus d'un groupe donné à la suite d'un stéréotype émis par un exogroupe. Il ne s'agit pas d'une impression que les individus se font personnellement (comme dans le cas d'une méta-perception) mais de croyances qui sont communément partagées par l'endogroupe. Le contenu du méta-stéréotype est directement lié à la valence du stéréotype de base. Toutefois, il peut arriver que même si le contenu du stéréotype est positif, le méta-stéréotype ne le soit pas. Il existe différentes possibilités d'activation des méta-stéréotypes. Elles sont liées à la position des groupes dans la structure sociale, au pouvoir des groupes, à la perception de l'évaluation de l'autre, ainsi qu'à de nombreuses variables contextuelles. Une fois que le méta-stéréotype est activé, il produit différents effets. Ces effets se situent à différents niveaux : cognitif, affectif et comportemental. Les individus ne sont pas passifs face aux méta-stéréotypes. Ils peuvent les retourner d'une façon stratégique à leur avantage. De plus, les méta-stéréotypes peuvent être considérés comme déclencheurs de conflit ou de tensions intergroupes.

Méta-stéréotype versus méta-perception Les méta-perceptions diffèrent des méta-stéréotypes en ce sens qu’elles se situent au niveau individuel puisqu'elles sont basées sur des croyances personnelles de l’individu. Une méta-perception fait référence à la façon dont l'individu croit être perçu par l'autre, sans que cela soit lié à son groupe d'appartenance. Par exemple, une personne peut penser être perçue par une autre personne comme étant introvertie. Tout comme dans le cas du méta-stéréotype, une méta-perception peut influencer la qualité d'une relation entre les individus. En général, on peut s'attendre à ce que les individus tentent de contrôler les impressions qu'ils donnent d'eux-mêmes dans les relations intergroupes et dans les relations interpersonnelles.

Les méta-stéréotypes ne sont pas à considérer comme des méta-cognitions "classiques" car ils ne concernent pas les pensées des personnes à propos de leurs propres pensées. Avec les méta-stéréotypes, on est dans les pensées des personnes à propos de pensées d'autres personnes, et plus particulièrement à propos des croyances stéréotypiques de ces autres personnesYzerbyt, V. Y., & Demoulin, S. (2011). Meta-cognition in stereotypes and prejudice. In P. Briñol, & K. DeMarree (Eds.), Social meta-cognition (pp. 243-262). New York: Psychology Press.

Distinction entre le méta-stéréotype groupal et le méta-stéréotype personnalisé Il faut distinguer les méta-stéréotypes en général des méta-stéréotypes qui sont personnalisés. Ces derniers correspondent à des “prévisions” de stéréotypes que l’on attribue à des personnes d’un exogroupe et qui nous concernent individuellement. C’est-à-dire qu’on pense qu’ils pourraient avoir à notre égard personnellement, certains stéréotypes, parce que nous faisons partie d’un groupe donné. Par exemple, un jeune d'origine étrangère assis dans un bus peut penser que les nationaux de souche tiennent fermement leur sac à main contre eux car il est d'origine étrangère et qu’on pense donc de lui qu’il est un voleur. Les méta-stéréotypes en général, par contre, peuvent concerner un groupe sans impliquer personnellement un individu. En tout cas, sans qu’il se sente personnellement visé par le méta-stéréotype. Par exemple, une personne d'origine étrangère peut penser que les nationaux de souche voient la jeunesse issue de l'immigration comme des délinquants alors même que cette personne ne se sent pas personnellement perçue par les autres comme étant un délinquant Vorauer, J. D., Main, K. J. & O’Connell, G. B. (1998). How do individuals expect to be viewed by members of lower status groups ? Content and implications of meta- stereotypes. Journal of Personality and Social Psychology, 75, 917-937..

Historique Le concept du méta-stéréotype fut d'abord abordé en philosophie sous le concept de méta-perception. Il s'est ensuivi tout un cheminement à travers diverses disciplines qui ont mis en évidence une distinction entre le méta-stéréotype et la méta-perception. Selon ces disciplines, l'accent est mis sur l'un ou l'autre aspect du méta-stéréotype car les enjeux de celui-ci se situent à divers niveaux. En philosophie, il relève d'un niveau plus global lié à la manière dont un individu pense qu'il est perçu par les autres. En psychologie clinique, c'est plutôt l'importance accordée à ce concept dans la vie psychique d'un individu et les effets qui en découlent. Enfin, en psychologie sociale, l'accent se situe surtout au niveau des relations intergroupes.

Philosophie En philosophie, Mead et al (1934) se sont demandé si les méta-perceptions étaient le fruit de nos propres perceptions ou bien si elles dépendaient de la façon dont nous pensions être perçus par autrui. Mead essaya donc de faire une distinction entre ce qu’il nomme la « conscience de soi » (la réaction par rapport aux attitudes des autres) et le « soi social » (adoption des attitudes des autres par l’individu). Selon cette perspective, lorsqu’un individu tient compte de l’opinion d’autrui, il en tiendrait compte dans sa construction de soi mais aussi dans l’organisation de ses idéesGomez, A. If my group stereotypes others, others stereotype my group...and we know. Concept, research lines and future perspectives of meta-stereotypes, Revista de Psicología Social, 2002,17(3), 253-282.

Psychologie clinique La psychologie clinique s’est intéressée à la gestion des relations interpersonnelles chez des individus souffrant d’anxiété sociale, ces derniers accordant une grande importance à ce que les autres pensent d’eux. Selon cette discipline, les individus socialement anxieux sont fort affectés lorsqu'ils se rendent compte que l’ qu’ils pensent renvoyer d’eux-mêmes, ne correspond pas à l’image qu’autrui a réellement d’eux .

Psychologie sociale Plus récemment (à partir des années 1990), c'est la psychologie sociale qui s'est penchée sur ce phénomène en faisant apparaître ce concept dans ses travaux, notamment ceux de Vorauer, véritable précurseur dans l'étude du méta-stéréotype. Cependant, la signification attribuée au méta-stéréotype dans les premières années était différente de celle dont-on parle aujourd'hui. À cette période, le méta-stéréotype était uniquement utilisé dans une dimension culturelle. Il consistait à comparer l'organisation d'une culture à celle d'une autre.

La genèse des méta-stéréotypes Les méta-stéréotypes sont développés en réaction à des stéréotypes issus des contacts intergroupes.

L'activation des méta-stéréotypes Il existe plusieurs facteurs qui interviennent dans l'activation des méta-stéréotypes. De façon non exhaustive, en voici quatre qui ont été mis en évidence par la psychologie sociale.

La position dans la structure sociale Un élément important dans l'apparition des méta-stéréotypes est la position relative du groupe dans la structure sociale. Le fait d'appartenir à des groupes de statuts faibles ou à des groupes de statuts forts va modifier l'activation et l'application des méta-stéréotypes. Des expériences en psychologie sociale ont montré que les membres d'un groupe à statut social faible vont davantage activer et utiliser les méta-stéréotypes que les membres d'un groupe à statut fort. On peut expliquer ceci par la tendance des participants à prendre en compte l'avis de l'exogroupe. Il est possible que les membres d'un groupe à statut bas soient plus incertains quant à l'avis que l'exogroupe a envers euxLammers, J., Gordijn, E.H., Otten, S. (2008). Looking through the eyes of the powerful. Journal of Experimental Social Psychology, 44, 1229-1238. Les membres des groupes à bas statuts ont un plus grand besoin de se référer à leur environnement, y compris à la façon dont les autres les perçoiventSocial Metacognition, Edited by Pablo Briñol, Kenneth DeMarree Published 12th December 2011 by Psychology Press – 384p.

L'importance du pouvoir Des expériences en psychologie sociale ont testé l'idée que le pouvoir diminue l'activation de méta-stéréotypes. Ces expériences montrent le rôle joué par le fait de tenir compte de la perspective des autres ou non. On peut dire que l'orientation psychologique dominante de ceux qui n'ont pas de pouvoir est de se demander comment les autres les perçoivent. Dans une situation intergroupes, ils sont donc davantage enclins à activer et appliquer des méta-stéréotypes. Par contre, ceux qui ont du pouvoir et du contrôle sont moins enclins à activer des méta-stéréotypes.

La perception de l'évaluation de l'autre