Prudence, de son nom romain complet Aurelius Prudentius Clemens, né en 348 à CalahorraCalagurris pour les Romains. C'est aussi la patrie de Quintilien, autre écrivain chrétien., dans le nord de l'Espagne, et mort vers 408, est un poète romain au service de la religion chrétienne, à l'époque où, après le règne de Constantin, elle s'impose comme religion officielle de l'Empire, malgré la tentative de l'empereur Julien pour défendre les religions traditionnelles et malgré les efforts des chrétiens ariens pour promouvoir leur confession.

Biographie Origines familiales et formation Prudence appartient à une famille chrétienne et reçoit une éducation soignée. Il étudie le droit, avant de devenir fonctionnaire.

Âgé de 14 ans au début de la réaction païenne de Julien, il a pu se sentir concerné par ses mesures contre les enseignants chrétiens.

Carrière de fonctionnaire Il réside probablement à Milan durant l'épiscopat d'Ambroise de Milan et a pu être témoin des luttes contre le dernier carré païen (affaire de l'autel de la Victoire en 384) et contre des hérétiques entre 385 et 386 (occupation de la basilique Porcienne par l'impératrice-mère Justine, arienne, ainsi que de la découverte des restes des saints Gervais et Protais (en 386) ou de la pénitence publique de après le massacre de Thessalonique (en 390).

Après avoir été gouverneur de Tarraconaise à deux occasions, sa province natale, Prudence est appelé en tant que préfet à la cour de l'empereur Théodose Ier.

Retrait de la vie publique (vers 400) et écriture Considérant ce qu'a été la vie qu'il a menée jusque-là, il la trouve médiocre et se retire de la vie publique, renonçant aux vanités du monde pour pratiquer un ascétisme rigoureux.

Il se consacre alors à la poésie, qu'il met, comme il le dit dans la Praefatio (poème programmatique) au service de la religion et de l'Église. Ce qu'il écrit à propos de sa jeunesse, hormis le fait qu'il a pratiqué le droit, est stéréotypé, peut-être sur le modèle du début des Confessions d'Augustin d'Hippone.

Prudence conclut la Præfatio par l'affirmation de sa conversion et de son désir de plaire à Dieu, sinon par ses mérites, du moins grâce à ses poèmes, qu'il énumère en évoquant leur propos. On entrevoit dans le Cathemerinon la vie ascétique qu'il mène, avec la célébration des heures, l'observation de jeûnes et même un régime édénique fait de produits végétaux, de lait et de miel.

Poète prolifique, il écrit près de en quelques années.

Mort et funérailles Il meurt probablement avant le sac de Rome par en 410.

Œuvres Comme Horace, Prudence a écrit une partie de son œuvre en hexamètres dactyliques, bien que plus de la moitié soit dans d'autres formes poétiques. Ses œuvres peuvent être classées en trois groupes : lyriques, didactiques et polémiques.

Poèmes hexamétriques Leur ambition est didactique, celle de l'enseignement moral et religieux. Les deux premiers sont à visées épigraphiques (sans savoir si les inscriptions ont été réalisées ou non) : Dittochæon, tableaux de scènes bibliques, quatrains en hexamètres dactyliques, Peristephanon 8, inscription pour un baptistère, en distiques élégiaques,

Apotheosis, sur Dieu et le dogme de la Trinité ; Hamartigenia (῾Αμαρτιγένεια), sur le péché originel ; Psychomachie, sur le combat de l'âme, et dans l'âme (entre Vices - païens - et Vertus - chrétiennes - personnifiés), important du point de vue de l'histoire littéraire, car il s'agit du premier exemple en Occident de poésie allégorique ;

Contra Symmachum, son travail le plus personnel, contre l'adresse à l'empereur par le sénateur Quintus Aurelius Symmaque qui voulait relever l'Autel de la Victoire.

Autres formes métriques Parmi les autres pièces, composées dans des formes métriques variées, on peut distinguer :

Cathemerinon Cathemerinon (καθημερινω̂ν ὑμνω̂ν): sur la sanctification de certaines heures, des circonstances de la vie, des fêtes et jours choisis. 1. Ad Galli cantum 2. Hymnus Matutinus 3. Hymnus ante cibum 4. Hymnus post cibum 5. Hymnus ad incensum lucernae 6. Hymnus ante somnum 7. Hymnus jejunantium 8. Hymnus post jejunium 9. Hymnus omnis horae 10. Hymnus in exsequiis defunctorum 11. Hymnus de natali Domini 12. Hymnus Epiphaniae

Peristephanon Cet ouvrage traite du martyr de plusieurs chrétiens. Il contient 14 hymnes.

Poèmes programmatiques (Præfatio''', Epilogus) Préface à chacun des traités didactiques (præfationes, sans titre) Hymnus de Trinitate.

Caractéristiques de l'œuvre de Prudence Une illustration des doctrines chrétiennes L'œuvre de Prudence est entièrement « chrétienne » : ses poèmes didactiques ont un contenu théologique et moral (Apotheosis : nature de Dieu - en particulier, doctrine de la Trinité ; Hamartigenia : origine du mal ; Psychomachia : combat de l'âme, et dans l'âme, de Vertus et de Vices personnifiés) ou polémique (Contra Symmachum : contre le paganisme) ; sa partie lyrique ou épigraphique est liée soit à la prière et à la liturgie (Cathemerinon : heures, circonstances de la vie chrétienne, fêtes du Seigneur ; Peristephanon : martyrs), soit à leur cadre (Dittochæon, ainsi que Peristephanon).

Un ensemble structuré Ce qu'il y a de singulier chez Prudence est l'organisation de ses poèmes variés en un ensemble structuré - tentative apparemment sans parallèle dans l'Antiquité. Prudence ne se limitait donc pas à donner une réponse concrète aux attaques dirigées par ceux qui voulaient, pour diverses raisons, dissocier le christianisme de la culture latine, mais, sur le plan littéraire même, il introduisait un concept nouveau.

Sources d'inspiration Prudence est un chez qui la tradition littéraire est omniprésente et en même temps sans cesse revisitée, déformée. Ses sources sont nombreuses.

Comme tout Romain lettré, (cette évolution perdure chez les chrétiens, qui voient dans la un texte prophétique) et compte également Horace parmi ses références. Horace est l’un des grands modèles de Prudence : on le voit avec la nature des mètres choisis, et la bipartition d'une œuvre entre poèmes hexamétriques et pièces lyriques de formes variées. On identifie nombre d'autres réminiscences lexicales ou thématiques d'auteurs profanes, notamment de poètes.

Prudence a pu fréquenter des poètes de cour tels Ausone et Claudien (avec lequel il polémique indirectement). Il a peut-être rencontré à Rome saint Paulin de Nole, auquel il rend hommage dans un catalogue de pèlerins. L’influence de ses contemporains fut surtout celle de saint Ambroise, qui lui fournit l'essentiel de ses thèmes et du pape saint Damase, auteur d'épigrammes consacrées aux martyrs .

D'un autre ordre est l'inspiration biblique, très présente dans certains passages. Enfin, on constate que, conformément au goût des anciens, affleure ici et là le vocabulaire technique , emprunté notamment au droit (que Prudence a pratiqué), à la critique littéraire, à la médecine et aux arts appliqués.

Réception et postérité au Moyen Âge Prudence a une renommée considérable pendant tout le Moyen Âge, notamment à l'époque carolingienne : on étudie et on commente ses œuvres dans les monastères. On le copie aussi abondamment : les manuscrits conservés de Prudence sont très nombreux, .

Il est imité, entre autres, par Sextus Amarcius dans ses Sermones.

Notes et références

Éditions contemporaines

Texte latin Aurelii Prudentis Clementis carmina = CSEL 61, ed. Johannes Bergman, Vindobonæ - Lipsiæ, 1926 Prudentii carmina (= CCL 126), ed. Maurice P. Cunningham, Turnhout, 1966

Texte latin et traduction : « Cathemerinon Liber (Livre d’heures) », Édité par Maurice Lavarenne, , Les Belles Lettres (coll. Budé Série latine), 1944 (, 1972) : « Apotheosis (Traité de la nature de Dieu) - Hamartigenia (De l'origine du mal) », Édité par M. Lavarenne, , Les Belles Lettres (coll. Budé Série latine), 1945 (, 1961) : « Psychomachie - Contre Symmaque », Édité par M. Lavarenne, , Les Belles Lettres (coll. Budé Série latine), 1948 (, revue par Jean-Louis Charlet, 1992) : « Le Livre des couronnes - Dittochaeon - Epilogue », Édité par M. Lavarenne, , Les Belles Lettres (coll. Budé Série latine), 1951 (, 1963)

Voir aussi Bibliographie Jean-Louis Charlet, « L'Influence d'Ausone sur la poésie de Prudence », Thèse, Université de Provence, Aix-en-Provence, 1980 (Éditions Champion, Paris, 1980) Jean-Louis Charlet, « Culture et imagination créatrice chez Prudence », dans « De Tertullien aux Mozarabes », Mélanges offerts à Jacques Fontaine, Paris, 1992 Roy J. Deferrari & James M. Campbell, « A Concordance of Prudence », Cambridge Mass. 1932 (réimpr. Hildesheim 1966) Philippe Desy, Prudence, lecteur de la correspondance de Cicéron (Cic., Att. 14, 9, 2 et Prud., Psych. 98-99), dans Latomus 64 (2005), . Jacques Fontaine, « Le pèlerinage de Prudence à Saint-Pierre et la spiritualité des eaux vives », dans Orpheus 11 (1964), Pierre-Yves Fux, « Les sept Passions de Prudence (Peristephanon 2.5.9.11-14). Introduction générale et commentaire », 496 pages, Éditions Universitaires Fribourg, 2003 Pierre-Yves Fux, « Prudence et les martyrs : hymnes et tragédie (Peristephanon 1.3-4.6-8.10). Commentaire », 492 pages, Academic Press Fribourg, 2013 Laurence Gosserez, « Poésie de lumière. Une lecture de Prudence », 298 pages, Éditions Peeters, 2001 Maurice Lavarenne, « Étude sur la langue du poète Prudence », Paris 1933 Michael Roberts, « Poetry and the Cult of the Martyrs. The Liber Peristephanon of Prudentius », Ann Arbor 1993 Géraldine Viscardi, « La vision du martyre de saint Hippolyte ou La mortification transfigurée : Prudence, Peristephanon 11'' », dans Latomus 56 (1997),

Articles connexes Symmaque saint Augustin

Liens externes

Traduction intégrale du "Cathemerinon" en mode texte sur le site de Philippe Remacle accompagnée du texte latin Une étude sur Prudence par l'abbé Bayle (1860), avec traduction intégrale du "Cathemerinon" à télécharger Introduction au "Peristephanon" et texte, traduction et commentaire de certains poèmes par Pierre-Yves Fux, site de l'Université de Genève

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