La musique populaire est l'ensemble des genres de musique tirant leur origine et trouvant leur public dans les milieux populaires. Elle se développe dans un milieu urbain et industrialisé et est souvent associée à l'histoire de la révolution industrielle et technologique ayant amené la technique phonographique, ainsi qu'à l'histoire de la mondialisation.

Le terme est souvent utilisé comme un comparatif par certains défenseurs de la musique savante, qui perçoivent la musique populaire comme un produit commercial et pointent ses faiblesses esthétiques, qu'ils jugent en comparaison de la musique classique européenne. Si la musique populaire est souvent associée à la musique commerciale ou de masse, elle s'en distingue néanmoins par des critères qualitatifs et par sa capacité à former des communautés de mélomanes en se nourrissant de formes musicales inscrites dans diverses traditions historiques.

Il ne faut pas confondre la musique populaire avec la musique pop, qui est un genre spécifique de musique populaire.

Caractéristiques Le terme de musique populaire est l'objet de débats. Le sociologue Simon Frith estime que le terme de culture populaire et que ses plus fréquents objets de comparaison sont la haute culture, la culture folklorique et la culture de masse. La musique populaire est en effet souvent comparée à la musique savante, la musique traditionnelle et la musique commerciale.

Depuis les années 1980, le milieu universitaire retient la « définition anglo-saxonne » du terme, comme le rappelle le musicologue français Olivier Julien : . Citant Philip Tagg, pionnier des études sur la musique populaire, le même auteur précise que . La musique populaire se distingue aussi de la musique savante (transmise par la partition) et de la musique traditionnelle (transmise par la tradition orale) par son rapport avec la technique phonographique, qui lui fait traverser l'histoire. Pour Simon Frith, elle se distingue aussi de la musique de masse, car si la musique populaire est , l'adjectif « populaire » ne se confond pas avec celui de « masse » : .

La musique populaire européenne a hérité de certains des usages de la musique modale, du système tonal et des instruments de la musique classique, mais la musique populaire de manière générale peut aussi se référer à d'autres genres musicaux et à d'autres traditions musicales. Par exemple la musique populaire japonaise se nourrit à la fois du jazz et de sa musique traditionnelle, et certains morceaux des Beatles empruntent aussi bien à la musique classique européenne qu'à la pop américaine ou à la musique traditionnelle indienne. La variété des genres et l'éclatement des frontières musicales qui caractérisent la musique populaire la lient intimement à l'histoire de la mondialisation et de la révolution industrielle.

Pour ses détracteurs, la musique populaire est assimilée à la culture de masse ou à la musique « commerciale ». C'est le cas de Theodor W. Adorno, qui a rendu célèbre le concept d'industrie culturelle et voyait dans les genres de musique populaire comme le jazz des simples modes ou produits commerciaux..

Histoire Chant populaire

Il a des racines très anciennes dans le chant traditionnel dit folkloriqueGuilcher Yves (1991), Les Collecteurs du ont-ils inventé la chanson folklorique ?, in Collecter la mémoire de l’autre, Parthenay, Geste Éditions (FAMT) ou de folklore vivant, en France pour partie chanté en Breton, basque, provençal, corse, flamand, alsacien, etc. puis en français surtout à partir du Lécrivain et Toubon Champfleury, Jean-Baptiste-Théodore Weckerlin, Alexandre Bida, Félix Bracquemond (1860) Chansons populaires des provinces de France, 224 pages.. Les thèmes des saisons, des amours, des âges de la vie, du mariage, des guerres et de la mort sont récurrents. Il accompagnait la vie de tous les jours, les travaux des champs et la garde des troupeaux par les enfants, les danses, les fêtes, etc.

Chanteur de rue C'est une personne (homme ou femme), souvent anonyme, qui chante sur la voie publique, parfois associée au camelot. Ce chanteur vit de l'argent que ses auditeurs lui donnent. Des styles et modes particuliers existent selon les époques et les pays (ex : les prosopopées dites lamenti italiens composés et imprimés durant la Renaissance, de 1453 aux années 1630-1650 ; lamenti storici, parodiques, satiriques et musicaux)Benedikte Andersson (2010), Florence Alazard ; Le Lamento dans l'Italie de la Renaissance. Pleure, belle Italie, jardin du monde Rennes, Presses Universitaires de Rennes, 2010, 266 pages. .</ref>. Parfois sans instruments, parfois muni d'un porte-voix, il cherche à attirer et captiver un maximum d'auditoire en un temps très court et s'appuie pour cela sur une musique mélodieuse, un air déjà connu et/ou un texte accrocheur, parfois politique et satiriqueM. Pedaugé (2002) La rue qui chante au : chanson politique et satirique, Chansons de colportage, op. cit., devant alors parfois se jouer de la police<ref>F. Moinard (1990) Les chanteurs de rue et la police à Paris : 1700-1789..

Très populaires avant l'invention des médias modernes (radio, télévision, enregistrement sonore), ils ont largement contribué à la diffusion d'idées ou d'informations au même titre que les journaux. En effet, en dehors de quelques grands standards de la musique populaire, leur répertoire s'inspirait souvent de faits majeurs ou de faits divers remarquables, assurant une publicité à ces événements. Au avec la révolution industrielle, l'apparition d'une classe ouvrière urbaine et son exode rural, elle contribue à porter et diffuser la chanson ouvrière et Maurice Tournier Peuple chansonnier, Peuple chansonné Peuple chansonnier, à paris en 1848 , C N R S Sciences Humaines (PDF, 15 p).

Habitués à se mettre en public dans des conditions difficiles, les chanteurs de rue avaient souvent une personnalité originale et extravertie. Au nombre de ceux-ci le célèbre Aubert (né vers 1769, attesté en vie en 1848), doyen des chanteurs des rues de Paris fut nommé par ses confrères « Syndic des chanteurs des rues » de Paris. En 1848, il parle au nom de la délégation de 800 chanteurs, musiciens et mendiants des rues de Paris venus rendre hommage à l'Élysée au chansonnier Béranger membre de la commission des secours.

Le chanteur des rues a toujours fait partie des Dessart M. (1989) Cris (et bruits) de la rue à Bruxelles et dans les faubourgs ; Chanteurs de rue, cris de métiers ambulants (rémouleur, fagottier, vannier, crieur de journaux) ; Le Folklore brabançon, no261, pp. 49-63 ; ., mais le développement de la voiture et l'augmentation du volume sonore lié à la vie moderne, la difficulté d'occuper la voie publiqueLa rue parisienne comme espace musical réglementé (XVII - ), 2006-03-12 Manuscrit auteur, publié dans "N/P", l'accusation de mendicité et surtout la banalisation des enregistrements sonores ont réduit la présence des chanteurs de rue. Il en reste malgré tout, y compris officiellementVoir à ce propos la politique d'accréditation des musiciens du métro par la RATPÉliane Daphy et Florence Gétreau (1999) Musiciens des rues, musiques dans la rue Ethnologie Française.

Marchand de musique Le marchand de musique ou de chanson est une profession aujourd'hui disparue en Europe mais qui était encore active dans l'entre deux-guerres Éliane Daphy (1997) La gloire et la rue. Les chanteurs ambulants et l'édition musicale dans l'entre-deux-guerres - Musiciens des rues de Paris ; La gloire et la rue ; Les chanteurs ambulants et l'édiction musicale (PDF, 10p), avant la large diffusion de la radio puis de la télévision. C'est un métier connexe à la chanson populaire depuis plusieurs siècles (chanson autrefois spécifiquement éditée et diffusée sur feuilles volantes). Les marchands de musique étaient itinérants et vendaient des partitions de chant en entonnant eux-mêmes la musique. Ils parcouraient les villes et se déplaçaient de foire en foire. Ils proposaient leurs chansons sous forme de feuille volante, souvent grossièrement imprimée, à des personnes qui ne savaient globalement pas lire la musique, mais qui étaient intéressées par la mélodie ou par le texte de la chanson. Ces feuilles volantes étaient parfois également illustrées par des gravures, œuvres d'illustrateurs connus, intéressantes du point de vue artistique et iconographique. Certains marchands de musique ne déchiffraient pas les partitions, mais avaient une bonne mémoire des airs. Leurs feuilles volantes restent une mine d'information sur les idées, les coutumes et les centres d'intérêt des Européens au et au début du .

Orphéons et goguettes Dès le début du , les orphéons fédèrent les masses. Il s'agit d'abord de chorales d'enfants puis d'ouvriers. Quelques noms : Wilhem, pédagogue et fondateur du premier orphéon en 1833. Delaporte qui contribuera dans la seconde partie du à donner une ampleur nationale au mouvement. À partir des années 1850, le terme « Orphéon » désigne les chorales, les fanfares et les orchestres d'harmonie qui ont connu un essor dû au développement de l'industrie des instruments de musique. Les héritiers actuels du mouvement sont le mouvement À Cœur Joie (chorales) l'UFF (fanfares) la CFBF (batterie-fanfare), la CMF (orchestres d'harmonie, orchestres à plectre)Livre de référence : Philippe Gumplowicz, Les Travaux d'Orphée, édition Aubier, Paris 2001.

Au , des centaines de goguettes rassemblent à Paris, dans sa banlieue et aux alentours des dizaines de milliers d'ouvriers ou journaliers, hommes ou femmes. Il en existe encore au siècle suivant. La goguette de la Muse rouge disparaît seulement en 1939.

vignette|droite|184px|Violoneux chanteur des rues de Paris (gravure de 1845Gravure extraite de Paris chantant, Romances, chansons et chansonnettes contemporaines, par Marc Fournier, etc., Lavigne éditeur, Paris 1845.).

Formes répandues La musique populaire s'appuie sur quelques standards musicaux et commerciaux. Elle est aussi à l'origine d'un certain vocabulaire.

Forme Il s'agit essentiellement de chansons (des paroles soutenues par une musique instrumentale ou un petit chœur). Une chanson dure la plupart du temps entre 3 et 5 minutes (durée initiale de la face d'un disque 78 tours ou d'un vinyle 45 tours). Les textes utilisent le vocabulaire courant, voire familier. La musique est essentiellement tonale, écrite dans le mode majeur ou en mode mineur. Sa structure repose souvent sur une alternance entre un refrain et quelques couplets (en général, moins de cinq).

L'ensemble, musique et paroles, est facile à mémoriser par écoute répétée. Elle s'efforce ainsi d'être facilement compréhensible et donc diffusable internationalement. À cet effet, on note une nette prédominance de l'anglais dans les paroles, au moins en ce qui concerne celle qui s'exporte massivement. La musique s'efforce de pouvoir être diffusée le plus largement possible : utilisation d'instruments courants (guitares, claviers, cuivres, cordes, percussions), arrangements musicaux standards, quasi-monopole de la langue anglaise pour les paroles de la version dite « internationale » sans pour autant éliminer toute forme de production nationale.

Promotion Avant l'invention des médias audios modernes (radio, télévision, disques), la diffusion était assurée par des chanteurs de rue qui vendaient les partitions sur les marchés en entonnant eux-mêmes les chansons. La généralisation de la radio a favorisé l'émergence d'une diffusion sur les ondes par des chanteurs qui initialement interprétaient en direct puis se sont enregistrés. Actuellement, la diffusion est massive et se fait par ondes radio, par CD (on parle alors d'EPK), et par diffusion de clips vidéo au cours d'émissions de télévision, mais surtout sur YouTube, ou par des applications de musique numérique, comme Spotify, Deezer ou Apple Music.

Vocabulaire Un tube, ou « hit », est une chanson qui a particulièrement « bien marché », c'est-à-dire qu'elle a atteint des sommets de vente.