L’art timouride regroupe les créations artistiques produites sous la dynastie du même nom, qui régna sur un empire s'étendant de la Perse orientale à l'Irak et à la Syrie entre 1370 et 1506.

Contexte Contexte historique

L'empire timouride naquit de la conquête de Timur-i Leng ("Timour le boiteux"), plus connu sous le nom de Tamerlan. Celui-ci était originaire de Kesh, l'actuelle Shahr-e Sabz, une ville située à environ au sud de Samarcande. Il appartenait au clan turco-mongol des Barlas, parents lointains de Gengis Khan. Par un système d'alliance, Timour parvint à prendre possession de la ville de Samarcande en 1370, avant de s'engager dans une conquête fulgurante du monde islamique : il s'empara du Khwarezm et du Khorasan en 1371, de l'Iran et de la Mésopotamie cinq ans plus tard, de la plaine Kipchak où régnait la Horde d'or. En 1395, il occupa pendant un an la ville de Moscou, avant de faire campagne en Inde (1398-1399) et de mettre à sac la ville de Delhi. En Anatolie en 1402, il s'empara de la personne du sultan Bayezid Ier, puis se battit en Syrie, prit Damas, se dirigea vers l'Égypte, mais la dynastie Mamelouke se déclara vassale, évitant ainsi l'annexion de son territoire. Il meurt à soixante et onze ans alors qu'il s'apprêtait à se diriger vers la Chine.

La succession du conquérant avait été organisée de son vivant, et c'est son fils Shah Rukh qui monta sur le trône. Mais le territoire se morcela rapidement, et il fallut au successeur de Timour prendre les armes pour reconquérir l'empire que lui avait légué son père. En 1420, il dirigeait l'Iran et l'Irak, et dominait, au moins de nom, l'Inde et la Chine. Son propre fils, Ulugh Beg, astronome réputé, et gouverneur de Samarcande, prit sa succession en 1447. Mais, attaqué de toutes parts, il connut une période de décadence territoriale qui se poursuivit jusqu'à la fin du règne de sultan Husayn Bayqara (r. 1469-1506), qui clôt la dynastie.

Le contexte de la création artistique

Timour, bien qu'illettré, avait un grand goût pour la culture et l'art. À chacune de ses conquêtes, il déportait nombre d'artistes et d'artisans vers Samarcande, ce qui créa un nouvel art métissé et brillant : le "style timouride international". Ce style se diffusa dans tout le monde islamique après la mort de Timour, lorsque les artisans revinrent chez eux et composèrent un peu partout des œuvres aux influences variées, d'après ce qu'ils avaient pu voir à Samarcande.

Le mécénat sultanien était important grâce aux richesses accumulées pendant les conquêtes : la moitié des édifices alors construits furent des commandes impériales. Il faut noter le rôle important des femmes dans toutes les commandes artistiques.

Architecture et urbanisme Généralités

Plusieurs éléments sont considérés comme caractéristiques du style architectural timouride : la richesse des commandes, qui donne lieu à des monuments d'échelle colossale et regorgeant de matériaux précieux l'utilisation de techniques iraniennes, à savoir de la brique comme matériau principal, et d'éléments comme les iwans, les pishtaks, etc. l'importance de la géométrie et de la notion d'ordre, de régularité (symétrie, distribution spatiale hiérarchisée...). Une unité de mesure standardisée est mise en place : le gaz. des techniques de construction plus avancées, pour les coupoles (à doubles coques donc plus hautes) et les voûtes notamment. l'utilisation intensive de la mosaïque de céramique et du hazerbaf pour les décors.

Les différentes productions de céramique architecturale : Plusieurs techniques de céramique sont utilisées pour décorer les architectures : Le hazerbaf ("mille tissages" en persan), joue sur l'opposition entre briques glaçurées et non-glaçurées, donnant un effet de textile ; La mosaïque de céramique est une technique née sous les il-khanides, longue et coûteuse, qui consiste à découper dans des carreaux de céramique colorée des motifs et à les assembler entre eux ; La cuerda seca est une technique plus simple et plus rapide, qui permet d'obtenir les mêmes effets que la mosaïque de céramique en séparant les glaçures colorées par un trait gras noir. Cette technique oubliée renaît un peu sous les Timourides, mais acquiert ses lettres de noblesse sous les Safavides ; La céramique taillée est très rarement employée du fait de sa complexité. On la trouve parfois dans certains tombeaux de Shah-i Zinda.

Sous Timour Urbanisme

À partir de 1370, Timour décida de prendre Samarcande comme capitale. Cette ville, qui existait depuis la période achéménide avait été rasée par les invasions mongoles, et dut être entièrement reconstruite. Entourée d'une muraille ouverte de six portes, elle se compose d'un centre (le Registan) où convergent six avenues qui structurent la cité. Des structures importantes, comme le grand bazar et la citadelle sont bâties à cette période, mais la nécropole de Shah-i Zinda comporte des tombeaux beaucoup plus anciens.

Architecture religieuse

Deux bâtiments, situés tous deux à Samarcande, peuvent être mentionnés : il s'agit de la Mosquée Bibi-Khanym et du Gour Emir.

La mosquée Bibi Khanum porte ce nom en souvenir de la femme de Timour (Tamerlan), à qui elle est dédiée. Implantée en plein cœur de la ville, elle fut commandée en 1398-99, au retour de la campagne indienne, mais subit de nombreuses restaurations tout au long de son histoire (le dôme principal s'était effondré dès le ). Son plan s'inscrit dans un rectangle de . Il s'agit d'un plan iranien à quatre iwans, entouré sur trois côtés de salles sous coupole et d'un portique. Le portail, extrêmement haut et profond, est l'archétype d'un pishtak ; entièrement recouvert de céramique, il comporte dans sa partie supérieure une généalogie de Timur-i Leng (Tamerlan). Les coupoles sont côtelées et bulbeuses, décorées par de la céramique.

Le Gour Emir est un peu plus tardif : sa construction s'échelonne entre 1400 et 1404. Il s'agit en fait un complexe composé d'une madrasa (avant 1401) à l'est, d'une khanqah à l’ouest et du tombeau dynastique, construit en 1403 après la mort d'un des petits fils de Timour. Ce mausolée, carré à l'intérieur mais octogonal à l'extérieur, est surmonté d'une coupole très haute car elle comporte deux coques. Son décor est marqué par une profusion de matériaux précieux : carreaux en onyx, inscriptions en jaspe vert, céramique dorée. Dans la coupole et certains renfoncements, on note une importante utilisation des muqarnas.

Architecture funéraire

Dans ce domaine, le monument le plus important est sans conteste le mausolée de Shaykh Ahmad Yasavi, construit à Turkestan entre 1394 et 1399. Lieu de pèlerinage important, la sépulture du fondateur de l'ordre soufi des Yasavi forme un grand rectangle (), centré sous une salle sous coupole. Celle-ci sert de hall d'entrée derrière un portail en forme de grand iwan, et ouvre vers la tombe (à l'arrière) et diverses pièces annexes sur les côtés (bains, bibliothèque, cuisine, salles de prière, mosquée). On remarque une hiérarchie dans la distribution spatiale, la hauteur du monument diminuant au fur et à mesure que le visiteur avance vers la tombe. Le décor est réalisé par des muqarnas (dans les voûtes et les coupoles) et grâce à la technique du hazerbaf au dehors. Les signatures des artistes font référence à la ville de Shiraz, ce qui indique sans doute que des techniques (de voûtement notamment) ont été amenées depuis cette cité par le biais des déportations.

On peut également mentionner la nécropole de Shah-i Zinda ("le roi vivant") à Samarcande, qui comporte des tombeaux de différentes périodes entre le et le . Malgré les différences de date, on remarque une recherche d'uniformité entre tous les tombeaux, qui sont tous des cubes sous coupoles. Ceux de la période timouride se distinguent par leur hauteur, leurs coupoles côtelées et leur revêtement complexe de céramique.

Architecture civile

La ville natale de Timour, Kish, fut transformée par lui en capitale secondaire, et un palais, le Aq Saray (palais blanc) y fut édifié entre 1379 et 1396. Il n'en subsiste qu'un portail haut de , extrêmement profond et cantonné de deux bastions. Il est décoré en mosaïque de céramique et en cuerda seca.

Après Timour

Sous Shah Rukh, ce fut la ville de Herat qui devint capitale et fut rénovée. On y trouve en particulier une madrasa-mausolée faite par Qavam al-Din Shirazi entre 1417 et 1437 sur commande de la femme du sultan, Gawharshad. La tombe, qui constitue le seul élément survivant avec deux minarets, est couverte d'un dôme à double coque, dans lequel on observe des nouveautés : une zone de transition très basse, avec des trompes, et une chambre plus cruciforme que carrée.

Leur fils Ulugh Beg, quant à lui fit construire un immense observatoire à Samarcande, aujourd'hui disparu. Une madrasa, située devant le Régistan, la place centrale de Samarcande, fut également édifiée sur son ordre entre 1417 et 1420. Il s'agit de l'un des bâtiments les plus complexes du règne timouride, qui fonctionnait originellement couplé avec une khanqah. Son grand iwan d'entrée, mène à une cour carrée à quatre iwans, de de côté, entourée de logements pour cent étudiants. Pour le décor, toutes les surfaces sont couvertes de lambris de marbre, de mosaïque de briques, de carreaux de céramique en cuerda seca, etc. Ulugh Beg fit bâtir à Boukhara une autre madrasa, ouverte en 1418.

Objets

La déportation des artisans à Samarcande permit d'établir un contact entre les différents foyers culturels de l'Orient, depuis la Syrie jusqu'à la Chine. Le style timouride international qui éclot alors portait plusieurs marques : une importante influence chinoise et une forte emprise de kitabkhana, l'atelier de peinture.

Travail de la pierre dure

Les Timourides appréciaient particulièrement le travail des pierres dures, auxquelles ils attribuaient des propriétés magiques. La plus utilisée était le jade, à savoir une néphrite dont les couleurs varient depuis le blanc jusqu'au vert presque noir. Cette mode, qui dénote une forte influence de la Chine, où le jade est taillé depuis des millénaires, fut lancée par Ulugh Beg. Le centre principal de fabrication en était Herat.

Le type le plus connu pour les objets en jade est un pichet globuleux surmonté d'un col cylindrique large dont l'anse est en forme de dragon. Ce type, qui viendrait peut-être du métal, fut également repris par les potiers Yuan. On connaît aussi des sceaux, de la vaisselle (tasses à vin) et de garde d'épées fabriquées en cette matière.

Céramique

L'art de la céramique timouride est un art problématique, peu étudié, qui semble en déclin par rapport aux périodes précédentes. Quatre centres de production majeurs ont pu être dégagés : Samarcande, où officient des potiers de Damas déportés, Nishapur et Mashhad, deux centres de bleu et blanc Tabriz, qui pourrait cependant être un centre d'art turkmène et non timuride. Deux autres centres sont moins sûrs : Diyarbakir et Chiraz. Sous Ulugh Beg, un déplacement vers Herat a lieu, mais on ne sait pas vraiment à quelle échelle.

Il existe différents types de production : La céramique de Kubacha, qui commence à se développer au , même si elle prendra tout son essor sous les Safavides ; Le peint en noir sous glaçure colorée turquoise, bleue ou plus rarement verte. Cette technique s'inscrit nettement dans la descendance des Il-khanides, et est marquée par une forte influence de la Chine (marlis chantournés, motifs de poissons, couleur vert pâle imitant les céladons...) ; Le lustre métallique, de couleur orangée avec un décor en réserve, n'est quasiment pas usité ; Le bleu et blanc commence à se développer, en imitation des productions de porcelaines chinoises considérées comme des objets de grande valeur.

L'art du métal

L'art du métal se divise en deux périodes :