L'histoire du sport féminin en France présente souvent ce fait comme une conquête contemporaine mais l'affirmation selon laquelle les Françaises n'ont eu que récemment accès aux activités physiques et sportives mérite d'être tempérée au fur et à mesure que l'on remonte le fil de l'histoire. Si aux confins des certaines ont trouvé leur place au sein du mouvement gymnique et des activités traditionnelles, comme à l'escrime ou l'aviron, l'accès des autres à la révolution sportive anglo-saxonne est loin d'être aussi aisé, et après la guerre de 1914-1918 des sportives doivent créer leurs propres institutions pour pouvoir exister et n'être finalement admises aux Jeux olympiques dans les disciplines de leur choix qu'en 1928, en dépit des réserves de la Faculté à l'encontre des activités physiques intenses pour la physiologie féminine et de l'opposition déterminée de Pierre de Coubertin. Il convient de souligner la place exemplaire tenue par Alice Milliat dans ce véritable combat.

Le rattachement des fédérations féminines à une fédération masculine imposé par le régime de Vichy n'est pas remis en cause à la Libération et perdure depuis. Si les grandes championnes bénéficient d'une couverture médiatique comparable à celle de leurs collègues masculins et si la parité s'établit progressivement au niveau de la pratique amateur, c'est encore loin d'être le cas pour beaucoup de sportives professionnelles et encore moins pour les postes de responsabilité dans les structures dirigeantes malgré l'incitation des pouvoirs publics à faire appliquer les directives européennes dans ce domaine.

Chronologie Préhistoire du sport féminin en France vignette|upright=0.7|Anne de France, jardin du Luxembourg à Paris.|alt=statue d'Anne de France.

L'étymologie du mot qui vient du vieux français desportLe terme est un emprunt (1828) à l'anglais () qui vient d'une aphérèse de disport, (), lui-même issu de l'ancien français desport ()., renvoie au divertissement. Le concept même de loisir actif étant peu compatible avec le statut de la femme dans la société médiévale, la pratique sportive féminine reste très restreinte au Moyen Âge dans les territoires qui constituent le royaume de France. Des études montrent cependant que certaines femmes semblent s'entraîner et combattre dans les tournois médiévaux mais les représentations de Frauentournier (tournoi de femme) mettant aussi en scène des chevaliers déguisés en femmes peuvent induire en erreur.

L'entraînement aux armes ne semble pas être totalement fermé aux jeunes filles car au les historiens musulmans qui suivent Saladin s'émeuvent d'avoir parfois à affronter des femmes ou de retrouver des cadavres féminins sous les armures franques lors des désastres des armées croisées. Régine Pernoud confirme que .

vignette|upright=0.8|Femmes armées sur des chevaux de guerre.|alt=Peinture médiévale montrant plusieurs femmes armées et montées sur des chevaux de guerre.

Outre l'équitation nécessaire aux femmes de la noblesse qui possèdent déjà sous les carolingiens des chevaux de sport pour accompagner les hommes dans leurs activités de chasse et de fauconnerie, sont relevées au quelques championnes de jeu de paume comme Margot la Hennuyère laquelle jouait le mieux à la paume qu'oncques homme eût vu puis la régente Anne de France qui lègue un traité pédagogique à l'usage des fillesLes enseignements d'Anne de France, duchesse de Bourbonnais et d'Auvergne, à sa fille Suzanne de Bourbon, texte original publié d'après le manuscrit unique de Saint-Pétersbourg par A.-M. Chazaud, dessins de M. A. Queyroy, Moulins, C. Desroziers, 1878 (en ligne)., source importante de renseignement sur l’éducation féminine dans l’aristocratie de la fin de ce siècle.

Au , le développement des activités physiques féminines prend sa source à l'école : les premiers établissements féminins d'éducation, telle la Maison royale de Saint-Louis fondée en 1684 à la demande de Madame de Maintenon pour les jeunes filles de la noblesse pauvre, font place aux jeux et aux dans leurs activités. Un siècle plus tard les écrits de Madame de Genlis confirment cet usage avant la Révolution, usage par la suite retrouvé avec la fondation de la maison d'éducation de la Légion d'honneur. Comme pour les hommes, cette place s'accroît et se généralise à partir de la Restauration et du second Empire : le succès de l'ouvrage de Clias Callisthénie pour les jeunes filles en témoigne. Ensuite, la Troisième République encourage le développement de la gymnastique féminine afin de . Le développement du sport « stricto sensu » reste cependant plus laborieux car , L'Écho, 23 mai 1886, cité par ..

Temps des fondations

Ce mouvement d'hostilité au sport féminin né au cours du se poursuit au début du siècle suivant. Alors que les femmes ont beaucoup de mal à trouver place à l'Union des sociétés françaises de sports athlétiques (USFSA) créée en 1887, Pierre de Coubertin est peu enclin à les accueillir aux Jeux olympiques : car Pierre de Coubertin, Pédagogie sportive, 1922. Cette position trouve un fondement scientifique sur les réserves de la Faculté quant aux effets de l'effort violent sur la physiologie féminine : . En 1922, le docteur Maurice Boigey alors médecin-chef de l'École de gymnastique de Joinville rappelle encore que : .

Cependant ce sont bien les Jeux olympiques de 1900 tenus à Paris qui voient l'entrée en lice des premières femmes, les convictions de Pierre de Coubertin étant initialement peu appliquées. En effet, si le Comité international olympique (CIO) édicte la doctrine des Jeux, les entrepreneurs de spectacle qui les organisent souvent n'en tiennent pas toujours compte. Le programme olympique comporte alors des épreuves féminines officielles dans quelques sports : tennis, golf, natation, plongeon

À partir de 1899, les premières sections féminines au sein de sociétés de gymnastique apparaissent à Paris, Valenciennes, Le Havre puis sont créées les premières sociétés féminines à Lyon (1909) et Paris (1911). L’Union française des sociétés de gymnastique féminine (UFSGF) les fédère lors d'une assemblée tenue à Lyon le et celle-ci est déclarée à la préfecture du Rhône le . Sous la présidence masculine de Monsieur Podestat (puis Robert Amy à partir de 1921) elle comptabilise affiliées en 1914. Pendant ce temps, le sport féminin proprement dit ne se développe que laborieusement au sein de l'.

À la fin de l'année 1916 deux associations parisiennes, Fémina Sport créée en 1912 et Académia créée en 1915, fondent une fédération dissidente destinée clairement à contrebalancer l'influence de l' et à ouvrir tout le panel des sports aux féminines : la Fédération des sociétés féminines sportives de France (FSFSF). Le premier championnat de France féminin d'athlétisme, regroupant un total de 10 épreuves, est organisé les 14 et , suivi le du premier cross-country féminin en France (Cross de Chaville). La est déclarée officiellement le . Alice Milliat en devient présidente l'année suivante.. Les premiers records de France établis en 1917 évoluent très vite : en deux ans le 80 mètres haies passe de à , le lancer du javelot de à et Violette Morris améliore son propre record de lancer du poids de à pour atteindre en 1921.

Entre-deux-guerres

vignette|upright=0.8|Équipe de France de football en 1920.|alt=Équipe de France de football en 1920. vignette|upright=0.8|Suzanne Lenglen, distinguée par l'Académie des sports dès 1921.|alt=photo de Suzanne Lenglen. vignette|upright=0.8|Germaine Rouault et Suzanne Largeot, victorieuses de la Coupe des Dames du rallye Monte-Carlo 1938, sur Matford. À partir de 1919, le sport catholique féminin, dont Marie-Thérèse Eyquem est l'une des grandes figures, s'organise également sous le titre de Rayon sportif féminin (RSF). En 1921, alors que les fédérations de hockey (FFH), de golf (FFG), de natation (FFN), d'aviron et de tennis (FFT) n'hésitent plus à accueillir les féminines, les sections féminines qui participent depuis 1917 aux compétitions d'athlétisme de l' en cours de dissolution se regroupent quelque temps au sein d'une Fédération féminine française des sports athlétiques (FFFSA). Celle-ci fusionne rapidement avec l' en une non moins éphémère Fédération féminine française de gymnastique et sports (FFFGS) qui devient dans l'année même Fédération féminine française de gymnastique et d'éducation physique (FFFGEP) alors que la poursuit son propre chemin sous le sigle simplifié de Fédération féminine sportive de France (FFSF) où Alice Milliat fédère les forces en présence.

De grandes championnes s'illustrent à cette époque : Lucie Bréard est recordwoman du monde du en 1921 et du en 1920, 1921 et 1922, Marcelle Neveu du en 1921, Marguerite Radideau du en 1926 et Lucienne Velu future recordwoman du lancer du disque en 1934. Devant le refus du baron Pierre de Coubertin et du de les accueillir aux Jeux olympiques, Alice Milliat fonde la Fédération sportive féminine internationale (FSFI) en 1921 , page 8 , paragraphe 2. . et organise la même année les premiers Jeux mondiaux féminins. Ceux-ci regroupent cinq nations européennes à Monte-Carlo : Grande-Bretagne, Suisse, Italie, Norvège et France. Ils sont suivis des Jeux féminins de Paris en 1922 et de Göteborg en 1926 . Page 8, , paragraphe 3.. Après les Jeux olympiques de Paris et le départ de Coubertin du , les femmes accèdent aux Jeux en athlétisme à Amsterdam en 1928, les gymnastes bénéficiant aussi de l'aubaine mais seulement par équipes . Cette participation se confirme en 1932 aux Jeux olympiques de Los Angeles et, le but étant atteint, la renonce à ses activités propres en 1936 à la suite des Jeux olympiques de Berlin. Ultime soubresaut national d'indépendance : le de la même année apparait une Fédération française d'athlétisme féminin qui n'est intégrée à la Fédération française d'athlétisme (FFA) qu'en 1940.

Le football féminin qui connait un fort engouement, culminant au début des années 1920, fait face, tout comme son homologue britannique, à des réticences puis à une interdiction totale sous le régime de Vichy. De la même manière, Jean Borotra, Commissaire à l'éducation générale et aux sports fait interdire les compétitions de cyclisme aux femmes, jugeant le sport dangereux pour elles.

Si la première moitié du reste marquée par la plus grande réserve des autorités sportives, politiques et médicales vis-à-vis du développement des compétitions sportives féminines, quelques championnes connaissent néanmoins une véritable existence médiatique telles la joueuse de tennis Suzanne Lenglen, distinguée par l'Académie des sports dès 1921, la très controversée Violette Morris, l'exploratrice himalayiste Alexandra David-Néel et les aviatrices Maryse Bastié et Hélène Boucher toutes deux engagées dans le combat féministe.. Cependant le cloisonnement n'est pas aussi strict dans les organisations gymniques. Le fonctionnement de la est calqué sur celui de son homologue masculine, l'Union des sociétés de gymnastique de France (USGF) avec laquelle elle travaille en étroite collaboration voire sous délégation. Au niveau des patronages, la direction du reproduit celle de la Fédération gymnastique et sportive des patronages de France (FGSPF). Armand Thibaudeau lui-même représente la au sein du comité directeur et de nombreux techniciens masculins siégent dans les diverses commissions. L'influence de la fédération masculine est aussi sensible au niveau local où chaque comité diocésain comporte de nombreux membres masculins. Loin de se sentir rejetées ou délaissées, les féminines déplorent plutôt un protectionnisme parfois pesant.

Sous les et républiques vignette|upright=0.8|Jacqueline du Bief en 1950.|alt=Photo de Jacqueline du Bief.