La bataille de Lebouirate est livrée dans la nuit du pendant la guerre du Sahara occidental. L'attaque par surprise du Front Polisario met en déroute les soldats d'une unité blindée marocaine, garnison de la base de Lebouirate dans la basse-vallée du Draa.
Contexte Le village de Lebouirate, au sud de Zag est en territoire marocain proprement dit. Après l'annexion par le Maroc de Dakhla dans le Río de Oro abandonné par la Mauritanie le , le Polisario décide de porter la guerre en territoire marocain. La date de l'attaque précède de peu la conférence des non-alignés à La Havane.
Le village est la base du groupe d'escadron blindé des FAR. La base est protégée par 36 postes de combat, dans les collines autour du village, avec un blindé de combat et un autre de transport par position. L'unité, d'un effectif nominal de , ne compte qu'environ aptes au combat. Les officiers demandent régulièrement un renforcement de l'armement, en vain. Le moral est extrêmement bas parmi les militaires marocains, mal payés.
Le et le la garnison subit des attaques du Polisario. Après l'attaque du , le commandant de la garnison note dans ses rapports que ses véhicules sont immobilisés et que son unité est traumatisée, prévoyant une .
D'après le Polisario, seuls hommes ont assailli la base. D'après des officiers marocains rescapés du combat, les indépendantistes devaient être plus nombreux, avec au moins , ce qui correspondrait à . Un sous-officier sur la ligne de défense a vu des dizaines de phares au début de l'attaque. Certaines analyses postérieures annoncent un effectif de polisariens durant la bataille entière. Selon un membre du Polisario écrivant en 2013, l'attaque a été menée par une force d'une centaine de véhicules. La force du Polisario est soutenue par des blindés légers AML-90.
Les indépendantistes sont commandés par leurs officiers les plus connus, dont Lahbib Ayoub. D'après un médecin marocain fait prisonnier, le commandant du raid était appelé Lahassan.
Déroulement Attaque de la base Les combattants du Polisario attaquent la base marocaine à partir de trois directions différentes, en trois colonnes. Les indépendantistes allument brusquement leurs phares puis attaquent en tirant à l'arme automatique et aux lance-roquettes.
Le chef de la garnison marocaine Mohamed Azelmat, , abandonne même ses positions défensives ainsi qu'une grande partie de son matériel. L'évacuation marocaine se fait dans le désordre et coûte énormément de pertes à l'armée marocaine. La bataille de Lebouirate n'aurait duré qu'une heure selon un soldat marocain fait prisonnier.
Tentatives de dégagement depuis Zag Une unité partie de Zag pour venir prêter main-forte aux troupes marocaines engagées à Lebouirate tombe dans une embuscade à de Zag au moment de rejoindre la garnison en repli. Le Polisario affirme que 230 Marocains ont été tués dans cette embuscade. Une seconde colonne parvient toutefois à venir relever les morts.
En début de matinée, cinq chasseurs F-5A et trois hélicoptères arrivent sur zone mais ne peuvent intervenir à la cause de la confusion et de l'imbrication des combattants.
Bilan et conséquences Pertes marocaines Le communiqué du Polisario annonce que 800 soldats marocains auraient été tués, 92 militaires dont plusieurs officiers auraient été faits prisonniers, et qu'une centaine de blindés, cinquante-sept véhicules militaires et de nombreux canons auraient été saisis. Après l'attaque, des officiels du Polisario confient à des journalistes à Alger que 130 fusils, 14 Land Rover, 6 camions, 13 radios, une douzaine de canons et 7 mitrailleuses ont été capturés, ainsi que 19 prisonniers.
D'après un officier marocain, les pertes marocaines s'élèvent à 50 morts et une grande quantité de matériel militaire, principalement des jeeps. Des journalistes venus sur place comptent 26 vieux chars T-54, 13 transports de troupe blindés OT-62 fournis par l'Égypte et 12 automitrailleuses d'origine française. Les véhicules blindés, pour la plupart abandonnés par leurs équipages, sont incendiés sur place par le Polisario. En ajoutant peut-être le butin obtenu à Bir Anzarane, le Polisario ramène en Algérie au moins un blindé, trois canons, 21 Land Rover, 4 camions, de nombreux fusils et 4 mortiers.
Exécutions D'après le témoignage du docteur Azeddine Benmansour, capturé par le Polisario, les 12 blessés marocains présents avec lui dans l'infirmerie ont été exécutés par les rebelles lors de l'attaque.
Conséquences à Lebouirate Les 166 habitants du village, par le Polisario rejoignent les camps de réfugiés sahraouis en Algérie. La localité reste aux mains du Polisario plus d'un an. Le principal résultat est le démantèlement de la place forte marocaine.
Condamnation de militaires marocains Le Polisario, maître de la place, peut présenter à des journalistes étrangers les documents écrits par la garnison, qui font état de ses difficultés morales et matérielles.
D'après le ministre marocain de l'Information Abdelouahed Belkeziz, le chef du n'aurait pas opposé la résistance appropriée et n'aurait pas évacué en bon ordre la base marocaine. C'est ainsi que 77 militaires ont été inculpés pour , et parmi eux 36 militaires ont été condamnés puis graciés par le roi Hassan II, après un recours en grâce. Ils ont immédiatement réintégré les rangs des forces armées royales..
Cependant, le capitaine Mohamed Azelmat, commandant de la base, est exécuté quelques mois plus tard, pour cas de trahison sans jugement au préalable.
Annexes Notes
Sources bibliographiques
Références
Série d'articles du journal El País sur la bataille
Bibliographie
Photos de la bataille par Jean-Claude Francolon sur Getty Images
Lebouirate Lebouirate Lebouirate Catégorie:1979 au Maroc Catégorie:Août 1979