Henri Quesné est un homme politique français né le à Elbeuf (Seine-Maritime) et mort le à Tourville-la-Rivière (Seine-Maritime).

Un milieu social très favorisé Henri (orthographié assez souvent Henry) Mathieu Quesné naît le à Elbeuf (Seine-Inférieure), fils de Louis Henry Mathieu Quesné (Elbeuf, 1789-Rouen, 1862), manufacturier, domicilié rue Bonaparte, anobli sous la RestaurationLouis-Henri-Mathieu Quesné, chevalier Quesné, fabricant de draps, membre du Conseil des manufactures, fut créé chevalier héréditaire, par lettres patentes du 18 mai 1825, avec règlement d’armoiries : d’or, au chevron d’azur, accompagné en pointe d’une ruche de sable (Albert Révérend, Les familles titrées et anoblies au XIXe siècle. Titres, anoblissements et pairies de la Restauration, 1814-1830, t. 6, Paris, Chez l'Auteur et chez Honoré Champion, Libraire, 1906)., et de Constance Pélagie Duruflé dite parfois Suzanne (1794-1869), mariés à Elbeuf en 1812« Essai de généalogie », Alain Garric (Geneanet) et arbre généalogique d’Astrid Noël (Geneanet). Contrat de mariage passé à Elbeuf devant Me Collet-Valdampierre le 7 juillet 1812 (Archives départementales de la Seine-Maritime, 2 E 43/6).. Ses grands-pères, tous deux manufacturiers, sont témoins de la naissanceArchives départementales de la Seine-Maritime, registre d’état civil d’Elbeuf, 3E 00999, 1813, acte .. Les Quesné forment une très importante lignée de fabricants et d’hommes d’affaires anciennement implantée à Elbeuf. Il épouse le jeudi , à Paris, Xe arrondissement ancien, Marie Angélique Sapey (fille de Charles Sapey (1775-1857), magistrat, et d’Angélique Eulalie Boby (1791-1867). Aux dires de sa cousine, Berthilde Quesné, le couple est mal assorti : « ni les goûts, ni les idées, ni les habitudes, rien n’allait entre eux… Ils eurent au moins tous les deux la vertu de ne pas se séparer ouvertement, mais au bout de quelques années leur existence était bien divisée. »Senevas (baron de),Une famille française du XIVe au XXe siècle. Étude sur les conditions sociales, la vie et les alliances des Terrasson de Senevas. III. Raoul de Senevas et son épouse Berthilde Quesné. Lettres et souvenirs (1827-1928), Paris, Impr. J. Dumoulin, 1939, . Cela explique sans doute la naissance d’une seule fille, Marthe Quesné, née en 1845, gravement malade dès l’âge de 15 ans et décédée d’une méningite en 1862 à l’âge de 17 ansAlbert Révérend, Les familles titrées et anoblies au XIXe siècle, . Le couple vit d’abord à Elbeuf, rue Royale (lors du recensement de 1846, il loge une cuisinière, une femme de chambre, un domestique et un cocherBérengère Delasalle, « La fortune des Quesné : étude du destin d’une grande famille de la bourgeoisie d’Elbeuf (1730-1880 »), mémoire de maîtrise d’Histoire sous la direction d’Alain Becchia, Université de Rouen, 1997, .), puis à Paris au 88 rue de Varennes.

Fils et petit-fils de fabricant de draps, il se retrouve tout naturellement à la tête d'une manufacture – moins importante que celle de son père – au moins de 1835-1836 (il possède alors dix métiers à tisser) à 1848, si l’on se réfère aux registres des patentesElbeuf, Centre d’archives patrimoniales, ELB_G 1575 ; Bérengère Delasalle, « La fortune des Quesné… », .. Son « ancien associé »Henri Saint-Denis, Histoire d’Elbeuf, t. XI, . Des constructions appartenant à Henri Quesné sont aussi touchées en 1882 lors d’un incendie qui détruit deux filatures mitoyennes à Pont-Authou, Eure (Ibidem, t. XII, )., Émilien Nivert meurt en 1868, âgé seulement de 37 ans. Henri Quesné fils porte un toast aux pairs et aux députés lors de la visite du ministre de l’Agriculture et du Commerce Cunin-Gridaine à Elbeuf, en Francis Concato et Pierre Largesse, Éléments pour une histoire de la Chambre consultative des arts et manufactures d’Elbeuf, 1801-1861, 1992, ..

Premières implications dans la vie politique Durant le règne de Louis-Philippe, il s'occupe peu de politique. Mais il est quand même élu au conseil municipal d’Elbeuf dès , puis réélu en 1846 Henri Saint-Denis, Histoire d’Elbeuf, t. X, . L’année suivante, il s’oppose au conseil municipal à l’entrée des sœurs de Saint-Vincent de Paul au Bureau de bienfaisance ().. La Révolution de 1848 lui donne l’occasion de s’impliquer davantage dans la vie municipale. Dès le mois de février, il intègre l’un des « comités consultatif et d’action » qui se relaient en permanence à l’hôtel de ville, afin de gérer la situation Henri Saint-Denis, Histoire d’Elbeuf, t. X, .. Un arrêt du commissaire du gouvernement, le , désigne – parmi d’autres citoyens – « Henri Quesné fils, fabricant », pour compléter le conseil municipal Henri Saint-Denis, Histoire d’Elbeuf, t. X, . En mai 1848, il fait à nouveau partie des 27 citoyens nommés par le commissaire général du département membres de la nouvelle « commission municipale » chargée d’administrer la ville ().. Il participe à diverses commissions municipales et s’occupe ainsi des questions de subsistances, d’un projet de construction d’une caserne et du casernement provisoire de soldatsHenri Saint-Denis, Histoire d’Elbeuf, t. X, , 105, 144.

Il se fait remarquer en proposant d’adresser une pétition au gouvernement provisoire visant à proroger la protection des tarifs douaniers (dès 1846 il a manifesté son opposition aux traités de commerce risquant d’aboutir à une sorte de libre-échange) Henri Saint-Denis, Histoire d’Elbeuf, t. X, et 81-82.. Parallèlement, il s’occupe aussi en 1848, en tant que délégué de la Chambre consultative des arts et manufacture d’Elbeuf des questions de soumission de drap militaire destiné à la Garde nationale de Paris. Il est adjoint à Victor Grandin, sur la demande de Victor Quesné (banquier, grand notable et adjoint provisoire au maire) pour suivre cette affaire à ParisHenri Saint-Denis, Histoire d’Elbeuf, t. X, , 104, 196..

Cette première implication dans la vie politique locale lui a sans doute donné envie d’aller plus loin. En 1849, il envisage de se présenter aux élections législatives partielles qui suivent la mort du député Victor Grandin. Mais sa candidature est écartée par le comité local dit de « L’Union électorale », au motif qu’il a quitté la ville et l’industrie en 1848 (pour quelles raisons ?) et s’est fait rayer des rôles de la garde nationale d’ElbeufHenri Saint-Denis, Histoire d’Elbeuf, t. X, ..

Une longue carrière de parlementaire Cependant, s'étant rallié au prince Louis Napoléon, il est désigné candidat officiel, dans la circonscription de la Seine-Inférieure (qui inclut le canton d’Elbeuf mais aussi ceux de Duclair, Grand-Couronne, Maromme, Pavilly et Caudebec-en-Caux). Son beau-père, Louis Charles Sapey (1769-1857), député de l’Isère sous le Premier Empire, puis à plusieurs reprises de 1819 à 1848 et enfin sénateur d’Empire de 1852 à 1857, a pu contribuer à sa désignation. Il est aussi apparenté par sa mère à Noël Lefebvre-Duruflé, ministre des Travaux publics dans les premiers mois de 1852, qui a pu également le patronner. Élu député au Corps législatif, Henri Quesné occupera ce siège constamment de 1852 à 1870.

Les et , il arrive en seconde position dans le canton d’Elbeuf, mais est en effet très largement élu grâce aux suffrages des communes du pays de Caux, par (58,2 % sur et ) contre à Camille Randoing, à Théodore Chennevière, et (7,25% des voix) à Mathieu Bourdon, député sortant, candidat de l’ordre mais de tendance orléaniste, lâché par le gouvernement (ces candidats étant tous des manufacturiers elbeuviens).

En 1857 (il se dit encore fabricant), il déclare à ses électeurs avoir « pris une part spéciale et active à l’examen de la plupart des lois importantes qui concernaient l’agriculture et l’industrie » et avoir été constamment dévoué à la politique napoléonienne. Il s’est opposé au gouvernement sur un seul point : la politique douanière (conformément aux intérêts de l’industrie textile elbeuvienne, il s’oppose aux traités de libre-échange et réclame le maintien de tarifs douaniers protecteurs) Sur les résultats détaillés des législatives de 1857 voir Henri Saint-Denis, Histoire d’Elbeuf, t. X, .. Il est réélu le , par (sur et ), contre à Leballeur de Villiers. Dans le texte qu’il adresse aux électeurs en 1863, il se dit cette fois « ancien manufacturier » et déclare : « J’ai soutenu avec fermeté la cause de nos industries ; membre de plusieurs commissions financières du Corps législatif, je me suis associé à tous ce qui tendait à réduire les dépenses publiquesTexte entièrement reproduit et résultats détaillés du scrutin dans Henri Saint-Denis, Histoire d’Elbeuf, t. X, .. » Il est réélu à nouveau le , par (54,4 % sur et ), contre à l’avocat rouennais Manchon (candidat des libéraux) et à Mathieu Bourdon (orléanistes), qui le devancent tous les deux dans le canton d’Elbeuf Henri Saint-Denis, Histoire d’Elbeuf, t. X, .. En dépit de l’érosion de la popularité de tous les candidats officiels, il est encore réélu le , par (52,5% sur et ), contre à Eugène Manchon et 286 à l’ouvrier lithographe AubryDictionnaire des parlementaires français de 1789 à 1889.. Dans une adresse aux électeurs, il justifie ainsi ses prises de position : « J’ai, avec regret, mais sans hésitation parlé et voté contre plusieurs propositions du gouvernement, notamment lorsqu’il s’est agi de la protection, insuffisante suivant moi, du travail national, et dans certaines questions financières, religieuses ou politiques. Le gouvernement m’a néanmoins conservé sa sympathie Henri Saint-Denis, Histoire d’Elbeuf, t. XI, .. »

Mandats d’Henri Quesné au Corps Législatif : 1ère législature, du au , Groupe Majorité dynastique IIe législature, du au , Groupe Majorité dynastique IIIe législature, du au , Groupe Majorité dynastique IVe législature, du au , Groupe Centre droit (mais il fait toujours partie des « ministériels »)

En tant que député, il est rapporteur d’un projet de loi, visant à accorder un crédit extraordinaire de pour la restauration de l’église Saint-Ouen de Rouen, adopté à sa grande satisfaction le . Il aidera aussi à l’achèvement de l’église de La BouilleP. Molet, Notice historique sur La Bouille, Rouen, Cagniard, 1862, 16 p. en 1862 et obtiendra, en , une subvention de pour le rachat de la tour Jeanne d’Arc. Il n’intervient quasiment pas à la tribune de 1853 à 1864, mais se manifeste sur des questions très diverses dans les années 1866-1868 Bérengère Delasalle, « La fortune des Quesné… », , ; dépouillement du Journal officiel.. Il défend surtout, à maintes reprises, les intérêts de sa circonscription et plus particulièrement de l’industrie lainière d’Elbeuf. En , il accompagne par exemple une délégation elbeuvienne composée de membres de la Chambre de commerce et du Conseil municipal venus solliciter les ministères de la Guerre, du Commerce et de l’Intérieur et transmettre un mémoire à l’Empereur afin d’obtenir des commandes d’État ; les fabriques de la ville obtiennent finalement entre et la fourniture de de drap pour la Garde impériale et les troupes de ligne. La ville sollicite à nouveau des commandes de drap de troupe par l’intermédiaire de son député en 1870Francis Concato, Pierre Largesse, La Chambre et la fabrique. Histoire de la Chambre de commerce d’Elbeuf de 1861 à 1914, Elbeuf, CCI, 2001, ; Henri Saint-Denis, Histoire d’Elbeuf, t. X, ..