Mathilde l'Emperesse est une princesse de la maison de Normandie née vers le , probablement à Sutton Courtenay dans l'Oxfordshire, et morte le à Rouen, en Normandie. Impératrice du Saint-Empire romain germanique, elle revendique le trône du royaume d'Angleterre contre Étienne de Blois. Leur lutte, une longue guerre civile surnommée « l'Anarchie », dure de 1135 à 1153.

Fille du roi d'Angleterre , Mathilde épouse le roi des Romains en 1114. Elle participe au gouvernement du Saint-Empire à ses côtés, notamment en assurant la régence en son nom en Italie pendant deux ans. Ils n'ont pas d'enfants et à la mort d'Henri, en 1125, le titre impérial revient à son rival Lothaire de Supplinbourg.

L'Angleterre est alors confrontée à une crise dynastique, car le seul fils légitime d', Guillaume Adelin, est mort noyé en 1120. Ne parvenant pas à avoir un autre fils, le roi choisit Mathilde comme héritière et la remarie à , héritier du comté d'Anjou, afin de protéger la frontière sud du duché de Normandie. Néanmoins, à la mort d'Henri en 1135, c'est un cousin de Mathilde, Étienne de Blois, qui ceint la couronne grâce au soutien de l'Église et d'une partie des barons d'Angleterre.

Mathilde traverse la Manche en 1139 pour s'emparer de l'Angleterre avec l'aide de son demi-frère Robert de Gloucester. Ses forces parviennent à faire prisonnier Étienne à la bataille de Lincoln, en , mais elle ne peut être sacrée reine en l'abbaye de Westminster en raison de l'opposition violente de la population de Londres. Elle se contente du titre de « dame des Anglais » . Libéré à la suite d'un échange de prisonniers, Étienne assiège Mathilde dans le château d'Oxford durant l', mais elle parvient à s'échapper de nuit.

Dans les années qui suivent, la guerre civile aboutit à une impasse : ni Mathilde, qui contrôle le sud-ouest de l'Angleterre, ni Étienne, qui domine le sud-est et les Midlands, ne sont en mesure d'emporter un avantage décisif sur l'autre. L'Emperesse rentre en Normandie en 1148, laissant son fils aîné Henri mener le conflit. Par le traité de Wallingford, conclu en 1153, Étienne reconnaît le prince Henri comme son héritier, ce qui met un terme à l'Anarchie. L'année suivante, le roi meurt et le fils de Mathilde accède au trône.

Mathilde passe les dernières années de sa vie près de Rouen et se consacre au gouvernement de la Normandie, où elle représente l'autorité de son fils. Elle joue parfois un rôle de conseillère et s'offre en vain comme intermédiaire dans la querelle opposant Henri à l'archevêque Thomas Becket dans les . Elle est réputée pour sa piété et fonde plusieurs monastères en Normandie. À sa mort, en 1167, elle est inhumée sous le grand autel de l'abbaye Notre-Dame du Bec, mais ses restes sont ultérieurement déplacés à la cathédrale Notre-Dame de Rouen.

Biographie

Origines et enfance

vignette|, sa femme Mathilde et ses enfants légitimes Guillaume et Mathilde dans un manuscrit généalogique de la fin du (British Library Royal MS 14 B ).|alt=Enluminure montrant quatre personnes dans des médaillons reliés par des traits

Mathilde est la fille d', roi d'Angleterre et duc de Normandie, et de sa première épouse Mathilde d'Écosse. Sa date de naissance ne figure pas dans les sources d'époque. En s'appuyant sur le Roman de Rou du chroniqueur normand Wace, les historiens ont longtemps considéré que la reine Mathilde avait accouché à Winchester en , mais l'analyse des documents retraçant ses déplacements contredit cette affirmation. La naissance de sa fille a plus vraisemblablement lieu lors du séjour de la reine à Sutton Courtenay, dans le Berkshire, au début du mois de .

Le père de Mathilde, Henri, est le plus jeune des fils de Guillaume le Conquérant, le premier roi normand d'Angleterre. La conquête normande de l'Angleterre entraîne l'apparition d'une élite anglo-normande dont les domaines s'étendent de part et d'autre de la Manche. La plupart de ces barons ont des liens étroits avec le royaume de France, qui constitue alors un ensemble de comtés et autres domaines sur lesquels le roi capétien n'exerce qu'une autorité réduite. La mère de Mathilde est la fille du roi écossais et de la princesse anglo-saxonne Marguerite, une descendante d'Alfred le Grand. En l'épousant, Henri gagne en légitimité, tandis que sa nouvelle épouse a l'occasion de bénéficier d'un statut accru en Angleterre.

Le mariage d'Henri et Mathilde donne également naissance à un fils, Guillaume Adelin. Quelques historiens ont vu en lui le frère jumeau de Mathilde, mais la chronique de Guillaume de Malmesbury et la date des félicitations du pape suggèrent que Guillaume est plutôt son frère cadet. Le roi entretient par ailleurs des relations avec de nombreuses maîtresses qui lui donnent plus de vingt enfants illégitimes.

Les sources ne décrivent pas les premières années de la vie de Mathilde. Elle les passe vraisemblablement auprès de sa mère, apprenant la lecture et la morale chrétienne, même s'il est possible qu'elle ait été éduquée à l'abbaye de Wilton, un couvent du Wiltshire. À la cour de son père, elle côtoie son oncle, le prince écossais David, ainsi que plusieurs nobles ambitieux, comme son demi-frère aîné Robert de Gloucester, son cousin Étienne de Blois ou le chevalier d'origine bretonne Brian FitzCount. En 1108, Henri se rend en Normandie et confie ses deux enfants légitimes à l'archevêque de Cantorbéry Anselme, un prélat apprécié de la reine Mathilde.

Premier mariage : Mathilde impératrice

Fin 1108 ou début 1109, le roi des Romains envoie des émissaires en Normandie pour demander la main de Mathilde et formule la même requête auprès de sa mère. C'est une offre intéressante pour le roi anglais. Sa fille entrerait dans l'une des familles les plus éminentes d'Europe, ce qui rejaillirait sur son propre prestige de cadet d'une dynastie dont le titre royal ne remonte qu'à quelques décennies. En outre, le roi des Romains peut constituer un allié utile contre la France. De son côté, aurait besoin de la dot de pour financer son voyage à Rome et son sacre impérial. Les détails sont négociés à Westminster en . En octobre, Mathilde assiste pour la première fois à un conseil royal, signe que son statut a changé. Elle quitte l'Angleterre en pour se rendre en Germanie.

Mathilde rencontre Henri à Liège. La différence d'âge entre les futurs époux est considérable : Henri est âgé de vingt-quatre ans alors que Mathilde n'a que huit ans. Ils se rendent ensemble à Utrecht, où leurs fiançailles sont célébrées le . Le , Mathilde est sacrée reine des Romains à Mayence. En raison de son jeune âge, elle est confiée à la garde de l'archevêque de Trèves Bruno, qui doit lui enseigner la culture allemande et l'art du gouvernement. Orderic Vital affirme que ses compagnons de voyage sont renvoyés en Angleterre, mais il semble que certains au moins aient pu rester avec elle.

vignette|gauche|Les noces d'Henri et Mathilde dans une chronique allemande du début du (Corpus Christi College MS 373 ).|alt=Enluminure représentant des convives autour d'une table

Les noces d'Henri et de Mathilde sont célébrées en grande pompe à Worms le ou le . Elle fait dès lors son entrée dans la vie publique et bénéficie notamment de sa propre maisonnée. Le Saint-Empire entre peu après dans une période troublée consécutive à l'arrestation du chancelier Adalbert et d'autres princes allemands par l'empereur. L'autorité d'Henri est menacée par des rébellions, mais surtout par l'opposition qui naît au sein de l'Église, institution qui joue un rôle important dans le gouvernement impérial. Le pape finit par excommunier l'empereur.

Au début de 1116, Henri traverse les Alpes pour se rendre en Italie, accompagné de sa femme. Cette dernière contribue alors significativement au gouvernement de l'empire, qu'il s'agisse de participer à des cérémonies, d'entendre des pétitions ou d'effectuer des donations. Henri et Mathilde passent la majeure partie de l'année à prendre le contrôle de l'Italie du Nord avant de se diriger vers Rome au début de 1117. Le pape s'enfuit devant eux. En son absence, l'émissaire pontifical Maurice Bourdin prend fait et cause pour Henri et procède au sacre du couple dans la basilique Saint-Pierre, probablement à Pâques et certainement avant la Pentecôte. Henri avait déjà contraint le pape à le sacrer empereur en 1111, mais le statut de Mathilde était moins clair. Après la cérémonie de 1117, elle peut prétendre au titre d'impératrice, ou « emperesse », qui lui reste associé dans l'historiographie. La validité de cette cérémonie n'est cependant pas indiscutable : il ne s'agit pas d'un sacre à proprement parler, mais simplement d'une des rares occasions formelles où les souverains portent leur couronne à la cour. En outre, Bourdin est lui-même excommunié au moment où il officie, et il est ultérieurement déposé et emprisonné à vie par le pape. Quoi qu'il en soit, Mathilde maintient par la suite qu'elle a été officiellement sacrée impératrice à Rome, une prétention qui n'est jamais sérieusement contestée de son vivant. Certains chroniqueurs anglo-normands vont jusqu'à affirmer que c'est le pape qui l'a sacrée, une erreur que Mathilde ne fait rien pour corriger.

Henri repasse les Alpes en 1117 pour mater de nouvelles rébellions en Germanie. Il laisse sa femme gouverner l'Italie en tant que régente, un choix courant à l'époque. Elle acquiert probablement une solide expérience du gouvernement durant les deux années qui suivent, même s'il n'en subsiste guère de traces dans les sources, avant de rejoindre son mari en Lotharingie en 1119. Henri s'efforce alors de parvenir à un compromis avec le nouveau pape pour lever son excommunication. En 1122, il assiste, probablement avec Mathilde, au concile de Worms qui tranche en faveur du pape la longue querelle des Investitures. La même année, Mathilde envisage de rendre visite à son père en Angleterre, mais elle doit renoncer à ce projet car le comte de Flandre lui interdit de traverser ses terres. L'historienne Marjorie Chibnall suggère que cette visite aurait eu pour sujet la succession au trône anglais.

Mathilde et Henri n'ont pas d'enfants, bien qu'aucun d'eux ne soit stérile. Pour les chroniqueurs de l'époque, leur infertilité est directement liée aux péchés commis par l'empereur et à ses méfaits contre l'Église. D'après Hériman de Tournai, Mathilde aurait donné naissance à un enfant mort jeune, mais il est le seul à en parler et son objectif semble être de rejeter la faute sur la mère de Mathilde. Atteint d'un cancer, Henri meurt à Utrecht le , laissant sa veuve sous la protection de son neveu et héritier Frédéric. Il confie les regalia impériales à Mathilde, sans que l'on sache s'il lui donne des instructions précises sur le futur de l'Empire. L'archevêque Adalbert la convainc de les lui remettre avant de faire élire roi des Romains Lothaire de Supplinbourg, l'ancien ennemi juré d'Henri.

Veuve à , sans enfant au nom duquel exercer la régence, Mathilde ne peut dès lors qu'entrer dans les ordres ou prendre un nouvel époux. Des offres de mariage lui proviennent de quelques princes allemands, mais elle choisit de rentrer en Normandie. Elle confie à d'autres ses domaines allemands et quitte l'Empire avec sa collection personnelle de bijoux, ses propres regalia et deux des couronnes d'Henri, ainsi qu'une relique précieuse : la main de saint Jacques. Il semble donc qu'elle ne compte jamais revenir en Germanie.

Retour en Normandie

vignette|redresse|Le naufrage de la Blanche-Nef dans un manuscrit du début du (British Library MS Cotton Claudius D. , ).|alt=Enluminure montrant un navire en train de chavirer