La famille Javal est une famille originaire d'Alsace, qui a connu une ascension sociale certaine dès le début du : « Les Javal étaient une famille juive d'importants industriels, négociants et banquiers solidement implantés, depuis plusieurs générations [en 1889] à Paris et en Europe (...) Les Javal [...] avaient depuis près d'un siècle réussi le saut dans la société industrieuse du . Parmi la minorité qui a évolué vers les sommets de la société française et s'est intégrée à son élite, figurent les Javal. Cette famille a engendré au long du des banquiers, des industriels, des professeurs de médecine, des hauts fonctionnaires, des députés et des artistes. Elle a su profiter pleinement de la politique d'ouverture prônée et imposée par Napoléon III car elle avait jeté de solides bases économiques dès le début du siècle. »(Jacques Mousseau, Le Siècle de Paul-Louis Weiller. 1893-1993, Paris, Stock, 1998, ).

« Les Javal, écrit Pierre Birnbaum, ont [...] connu une exceptionnelle réussite économique les intégrant davantage encore dans [le] petit milieu des Juifs de Cour. Depuis le tournant du [] siècle ils participent à nombre d’aventures économiques, du textile jusqu’aux chemins de fer, et ont noué avec les milieux d’affaires des liens étroits [...] au cœur d’un réseau industriel ouvert sur l’étranger, ils se lancent, dès la monarchie de Juillet, dans des opérations financières d’envergure, amassant ainsi une fortune considérable qui les place aux premiers rangs de l’élite socio-économique. »

Histoire En 1784, à la veille de la Révolution française, on recensait en Alsace juives totalisant F. Raphael et R. Weyl, Regards nouveaux sur les Juifs d'Alsace, Librairie Istra, Éditions des Dernières Nouvelles d'Alsace, 1980, cité par J. Mousseau, Op. cit., . Beaucoup d'entre elles s'y étaient implantées après les traités de Westphalie de 1648 qui avaient rattaché l'Alsace au royaume de France. Néanmoins, une législation discriminatoire, remontant au , leur interdisait de posséder des biens immobiliers, d'exercer des professions artisanales ou agricoles et de s'installer dans les villes ou villages de leur choixJ. Mousseau, ibidem. Ces discriminations furent abolies par le décret de l'Assemblée constituante du qui fit des Juifs des citoyens français à part entière. Les Javal furent l'une des premières familles juives d'Alsace à profiter de ces possibilités nouvelles.

La famille était originaire de Seppois-le-Bas.. En 1808, les deux frères Javal, tous deux prénommés Jacques et dits respectivement « l'aîné » et « le jeune », obtinrent l'autorisation de créer une entreprise de tissage à Mulhouse en faisant valoir qu'ils donneraient ainsi du travail à leurs coreligionnaires et les aideraient à s'émanciperJ. Mousseau, Op. cit., . Dix ans plus tard, en 1819, les deux frères s'installaient à Paris et créaient à Saint-Denis une vaste manufacture d'impression et d'apprêtage d'indiennes qui emploierait jusqu'à 500 ouvriers. Ils créèrent une filature de coton dans les Vosges, puis une entreprise d'importation et d'exportation de balles de coton, intégrant ainsi complètement la filière de production des toiles imprimées. À côté de cette activité industrielle, ils développèrent une activité de maison de banque avec des bureaux à Lyon, Mulhouse, en Suisse et en AngleterreLes détails sur le développement des affaires de la famille Javal sont tirés de : Emmanuel Chadeau, L'Économie du risque, Paris, Éditions Olivier Orban, 1988, . Cet auteur a étudié spécifiquement la réussite économique de la famille Javal..

Jacques Javal l'Aîné se retira des affaires dès 1822 à la suite du décès de son épouse, Claire Schöngrun, bénéficiant des revenus d'une somme de qu'il avait laissée en commandite dans les affaires que son frère continua à gérer et à développer avec le fils de Jacques l'Aîné, Joseph, qui épousa la fille de Jacques le Jeune et de Lucie Blumenthal, Julie. Dans la société créée le au moment du retrait de Jacques l'Aîné, la banque, de manière significative, est mentionnée avant les affaires industrielles. Progressivement, Jacques le Jeune et son neveu Joseph prirent des participations dans diverses affaires. Avec le banquier Jacques Laffitte, ils participèrent ainsi à la fondation des Messageries Royales. La société Javal se lança aussi dans des opérations immobilières à Paris, d'abord dans le quartier du boulevard Poissonnière, puis dans la Plaine Montsouris où ils créèrent des carrières de pierre qui servirent à édifier des hôtels particuliers dans le quartier de la Chaussée d'Antin.

Jacques Javal le Jeune est, de 1824 à 1829, le premier président du Consistoire israélite de Paris.

En 1826, Jacques Javal le Jeune était entré au Conseil des manufactures et, en 1828, il fut fait chevalier de la Légion d'honneur, au titre de son activité industrielle, sur proposition du comte Chabrol de Volvic, préfet de la Seine. Il se fit construire un hôtel particulier au bas de la rue Taitbout tandis que son gendre et associé, Joseph, s'installait rue Chauchat. Lorsque Jacques le Jeune se retira des affaires en 1835, sa fortune dépassait 3 millions de francs.

Léopold Javal Jacques le Jeune commanditait son fils Léopold (1804-1872), alors âgé de 31 ans, pour une somme de francs à investir dans de nouvelles affaires. Léopold investit dans des mines en Provence, dans des compagnies de canalisation, créa un bazar à l'enseigne « A la ménagère », préfiguration des grands magasins, un établissement de bains publics sur la Seine au pied de la Samaritaine, un quartier d'habitation pour employés à Montrouge dit le « village d'Orléans » (Petit-Montrouge). En dix ans, il multiplia par trois le capital des sociétés familiales, qu'il porta de un à trois millions de francs, et accumula une fortune personnelle de 2 millions. Il prit le contrôle de l'établissement financier qu'il rebaptisa « Léopold Javal et » et en prit la direction. À travers cette banque, il investit dans le développement des chemins de fer, dans les lignes Mulhouse-Thann et Strasbourg-Bâle, en association avec la maison Koechlin.

En 1834, il achète près de Villeneuve-l'Archevêque (Yonne) un domaine de , l'abbaye de Vauluisant, qu'il portera à par des acquisitions successives avec l'ambition d'en faire une ferme modèle, appliquant les dernières méthodes de culture. En 1847, il crée le concours agricole de Vauluisant, au succès grandissant d'année en année ; en 1862, il y adjoint un concours de ferrage Un paysan-factotum : Edmé-François Pailleret (1832-1908), fermier à Vauluisant. Des histoires sur l'Yonne - Livre 2. Tiré de Études villeneuviennes'. Bulletin de la Société d'Histoire et d'Archéologie du canton de Villeneuve-sur-Yonne, , Association "Les Amis du Vieux Villeneuve-sur-Yonne", 1998..

En 1847, il achète une exploitation de à Andernos (Gironde), qu'il agrandira jusqu'à en 1860, centrés sur la commune d'Arès. Il y plante des pins pour fixer les dunes, exploite industriellement la gemme, fore des puits pour alimenter les communes en eau potable et éradiquer ainsi la fièvre typhoïde. Ces efforts lui valent la rosette d'officier de la Légion d'honneur en 1862.

Le , il avait épousé à Mosbach (grand-duché de Bade) Augusta de Laemel (1817-1893), fille du financier Léopold von Laemel (1790-1867) et de la baronne Sophia von Eichthal (l'une des "deux cents familles", comprenant plusieurs régents de la Banque de France) sœur du baron , banquier installé à Augsbourg (Bavière). Le couple aura six enfants : Émile (1839-1907), Pauline (1842- ?), Ernest (1843-1897), Eugène (1846-1847), Alfred (1848- ?) et Sophie (1853-31.12.1947), épouse de Paul Wallerstein.

Toutefois, après 1850, il limita l'activité de la maison de banque à la représentation à Paris des maisons étrangères Merton et Cohen de Londres et Cahen de Bruxelles et ouvrit le capital, où il ne détenait plus que à sa mort en 1872. Il laissait alors à sa veuve et à ses enfants une fortune de 7,5 millions de francs en valeurs. Le seul établissement de bains de la Samaritaine rapportait 12 % nets annuels d'un capital de près d'un million. En même temps qu’il s’éloignait de la banque, Léopold Javal avait mené une carrière politique comme conseiller général en Gironde à partir de 1851, avec le soutien du régime impérial, puis comme représentant du département de l’Yonne au Corps législatif à partir de 1857, où il se présenta d’abord comme républicain contre le candidat bonapartiste, et fut constamment réélu en 1863, cette fois-ci avec le soutien au moins tacite du régime impérialPierre Birnbaum, Les Fous de la République. Histoire politique des Juifs d'État de Gambetta à Vichy, Paris, Le Seuil, coll. Points, 1994, ., puis en 1869 et 1871. Membre du Consistoire de Paris en 1841, il avait été élu au Consistoire central israélite de France en 1853 et devint vice-président de l’Alliance israélite universelle en 1868Pierre Birnbaum, Op. cit., . En 1862, il avait été fait officier de la Légion d’honneur. Il habitait, à la fin de sa vie, un hôtel particulier de vingt pièces rue d’Anjou, aux murs décorés de toiles de François Boucher, Claude Joseph Vernet, Canaletto, Andrea del Sarto, Bruegel et Rubens.

Lorsque Léopold Javal s'installe en « fond de bassin » en 1847, il acquiert une propriété du côté d'Andernos, qu'il agrandit d'Audenge à Arès et jusqu'au Porge pour constituer un vaste domaine de plus de . Financier, homme politique éclairé d'inspiration saint-simonienne, il commence par planter des pins, puis fore des puits et se passionne pour l'agricultureEn savoir plus sur http://www.lexpress.fr/region/les-javal-wallerstein-weiller-ou-la-medecine-de-campagne_766081.html#UFA244OiUP1P7gAo.99 http://www.lexpress.fr/region/les-javal-wallerstein-weiller-ou-la-medecine-de-campagne_766081.html.

Les Weiller Paul-Louis Weiller, fils de l'industriel et homme politique Lazare Weiller (1858-1928) et d'Alice Javal, la première femme pilote d'avion, mène une intense vie mondaine entre les familles royales d’Europe, les grands hommes d’affaires et politiques (Aristote Onassis, Henry Ford II, Jean Paul Getty, Richard Nixon, Georges Pompidou…), avec qui Paul-Louis Weiller a parfois travaillé ou qui ont parfois travaillé pour lui, et les personnalités des arts, des lettres et du spectacle, qu’il rassemble dans le dernier des salons parisiens dans la tradition de ceux décrits par Marcel Proust. Paul-Louis Weiller finance aussi de nombreuses œuvres caritatives.

Patron d’industrie dès l’âge de vingt-neuf ans, de 1922 à 1940, Paul-Louis Weiller développe la plus importante entreprise de construction de moteurs d’avion d’Europe, Gnome et Rhône, qui deviendra la Snecma après sa nationalisation en 1945. À partir de 1925, il achète progressivement le capital de la compagnie aérienne CIDNA. Il participe à la création d’autres lignes aériennes vers l’Afrique. Elles seront toutes nationalisées en 1933 pour devenir Air France, dont il sera un des premiers administrateurs (il se voit offrir en 1933 par Pierre Cot, ministre de l’Air, la présidence d’Air France, mais il refuse).

Paul-Louis Weiller s’était marié, le à Paris, avec la princesse Alexandra Ghica, avec qui il eut une fille, Marie-Élisabeth (épouse Irisarri, morte en 2006), et dont il avait divorcé le . Il épousa en secondes noces Aliki Diplarakou, Miss Europe 1930. Aliki était la fille du diplomate Georgios Diplarakos. Elle a eu 3 sœurs, Nada Diplarakos qui épousa l'ambassadeur André Rodocanachi, Cristina Diplarakos, qui épousa le diplomate Henri Claudel, un fils de l'écrivain Paul ClaudelHenri est le troisième fils de Paul Claudel., . Aliki épousa en secondes noces en 1945 Sir John (Jack) Wriothesley Russell ( - ), un aristocrate anglais descendant de John Russell, duc de Bedford, et cousin germain du philosophe Bertrand Russell.