Lucio Fulci Prononciation en italien standard retranscrite selon la norme API., né le à Rome et mort le dans la même ville, est un réalisateur, scénariste, acteur et parolier italien.
Il s'est distingué dans des westerns et des comédies , il a été pionnier en mettant en scène le premier musicarello (Les Mordus du juke-box, 1959), mais il est connu surtout pour ses gialli et films d'épouvante, considérés comme extrêmement violents et choquants à leur époque. Cela a valu au réalisateur d'être surnommé « le poète du macabre » ou « le parrain du gore » par les critiques de genre et les cinéphiles, à l'origine une référence à Edgar Allan Poe, dont il a librement adapté l'œuvre dans Le Chat noir (1981).
Un de ses premiers gialli est Perversion Story (1969), une réinterprétation de Sueurs froides d'Alfred Hitchcock tournée aux États-Unis avec Jean Sorel, Marisa Mell et Elsa Martinelli. Son film suivant sur l'Italie de l'Inquisition, Liens d'amour et de sang (1969), est inspiré de la vie tragique de Beatrice Cenci (1577-1599) ainsi que de l'ouvrage Chroniques italiennes (1836-1839) de Stendhal. Il tourne ensuite deux films mettant en vedette l'actrice brésilienne Florinda Bolkan, d'abord dans Le Venin de la peur (1971) et son lot de fantasmes psychanalytiques et psychédéliques, puis dans La Longue Nuit de l'exorcisme (1972) un giallo rural tourné dans le Mezzogiorno et parfois considéré comme son chef-d'œuvre. À l'international, Fulci est surtout connu pour son film d'horreur culte L'Enfer des zombies (1979), et comme l'auteur de la « trilogie de la mort », qui comprend Frayeurs, L'Au-delà et La Maison près du cimetière, tous trois avec l'actrice britannique Catriona MacColl.
Biographie Jeunesse
Lucio Fulci est né à Rome, dans le quartier populaire de Trastevere, le . Sa mère, Lucia, était issue d'une famille sicilienne pauvre mais réputée, politiquement anti-fasciste, de Messine, en Sicile. Elle est tombée amoureuse d'un cousin des siens, mais quand sa famille s'est opposée à cette relation, elle s'était enfuie à Rome pour vivre avec lui. Le couple s'est séparé peu de temps avant la naissance de Lucio. Lucio Fulci a fréquenté le Convitto nazionale, puis est allé à Venise pendant trois ans pour fréquenter le Collegio Navale, où il a joué au football comme gardien de but dans des équipes de jeunes Vénitiens. De retour à Rome, il s'inscrit au (lycée classique d'état Jules César) et commence à fréquenter les cercles intellectuels gravitant autour du parti communiste italien.
Après avoir terminé ses études secondaires, Fulci s'intéresse à l'art, à la musique et au cinéma. Cependant, sa mère aurait préféré qu'il s'inscrive à l'université. Pour faire plaisir à sa mère, Fulci s'inscrit à la faculté de médecine, mais ne termine pas ses études. Plus tard, il s'inscrit en littérature et en philosophie et obtient une licenceLa question du diplôme reste toutefois controversée : selon les déclarations de la fille de Fulci, le réalisateur a bel et bien obtenu un diplôme, tandis qu'un ami d'école a affirmé que Fulci ne s'est jamais inscrit à l'université. Ces déclarations se trouvent dans la monographie d'Albiero et Cacciatore.. Fulci commence à fréquenter le Gruppo Arte Sociale (Groupe d'art social), fondé par des peintres comme Renzo Vespignani, puis commence à travailler comme pigiste au Il Messaggero à Rome. Plus tard, il se met à écrire pour la Gazzetta delle Arti.
vignette|300px|Un meeting de Palmiro Togliatti, secrétaire général du parti communiste italien. La relation avec sa mère devenant problématique, Fulci va habiter avec Vespignani. Il commence à exercer divers métiers, notamment celui d'animateur dans les spectacles d'un fakir. Son entrée dans le monde du cinéma est due à une déception amoureuse. Après que son amie a rompu avec lui, Fulci décide de s'inscrire au Centro Sperimentale di Cinematografia (CSC). Lors de l'examen final au CSC, il prend à partie Luchino Visconti, alors président du jury, en l'accusant d'avoir plagié Jean Renoir pour réaliser de nombreux plans des Amants diaboliques.
Après la tentative d'assassinat du secrétaire général du parti communiste italien Palmiro Togliatti par un illuminé le , des manifestations spontanées se produisent et une grève générale est déclenchée. La grève se prolonge jusqu'au , où le gouvernement menace de faire intervenir l’armée. Fulci est arrêté pour avoir participé aux manifestations. Il est par conséquent condamné à trois mois de prison avec libération conditionnelle. Après cela, sa mère a décidé de laisser son fils revenir à la maison.
Fulci fait ses débuts au cinéma en 1950, en dirigeant la seconde équipe de Les Derniers Jours de Pompéi, réalisé par Marcel L'Herbier et Paolo Moffa, puis réalise trois documentaires d'actualités cinématographiques : Una lezione di sistema avec Fulvio Bernardini, Il sogno di Icaro et Pittura italiana del dopoguerra. Mauro Bolognini le présente à Steno qui, après en avoir discuté avec Totò, l'engage comme assistant réalisateur. Avec Steno et Totò, Fulci entame une longue collaboration qui l'amène à écrire une quinzaine de scénarios, dont ceux de Totò en couleurs, Totò en enfer et Totò dans la lune. Mais Fulci a également écrit les scénarios de films qui sont devenus des classiques de la comédie à l'italienne, comme L'uomo, la bestia e la virtù (d'après L’Homme, la bête et la vertu de Pirandello) ou Les Gaîtés de la correctionnelle. Dans ce dernier film, il invente le personnage de Nando Mericoni, qui apparaîtra plus tard dans Un Américain à Rome.
Le musicarello, la comédie et la comédie érotique vignette|300px|gauche|Une scène des Mordus du juke-box, le premier musicarello réalisé par Fulci.
Il fait ses débuts derrière la caméra en 1959, avec I ladri. C'est Totò qui souhaitait que Fulci réalise le film, et pour cela, il a accepté de jouer un petit rôle dans le film. La relation entre les deux hommes s'est rapidement détériorée quand ils se sont tous les deux amourachés de la même femme. Fulci a déclaré par la suite qu'il n'avait accepté la réalisation de I ladri qu'à cause de ses difficultés financières, et qu'il aurait préféré poursuivre une activité de scénariste. Le film, à petit budget, ne remporte pas de succès. Fulci enchaîne avec son premier musicarello, Les Mordus du juke-box, qui reçoit un accueil beaucoup plus encourageant. À côté d'Adriano Celentano dont le film lance la carrière au cinéma, figurent Mario Carotenuto, Tony Dallara et Fred Buscaglione. En 1960, Fulci réalise un autre musicarello, Les Hurleurs, toujours avec Carotenuto et Celentano rejoint cette fois par d'autres noms connus de la variété italienne comme Gianni Meccia, Joe Sentieri et Mina. Le film lance la chanson « 24000 baci », sur italiansongwriters.com (consulté le 16 septembre 2020)., écrite par Piero Vivarelli et Fulci lui-même qui deviendra le grand succès d'Adriano Celentano.
Dans les années 1960, Fulci rencontre Franco Franchi et Ciccio Ingrassia lors d'un Festival dell'avanspettacolo. Bien qu'il ne soit pas le premier à les découvrir, Fulci contribue grandement à former leur duo comique, Franco et Ciccio, en répartissant les rôles entre Ciccio qui devait incarner un homme raisonnable et cultivé, et Franco l'acolyte déjanté. En quelques années, Fulci devient le réalisateur favori du duo, les mettant en vedette dans une douzaine de films. Le premier était Deux de la légion. Fulci a réalisé quelques parodies très réussies pour le duo, comme 002 Agents secrets, Les Deux Parachutistes et Deux Dangers publics , jusqu'à Il lungo, il corto, il gatto, qui marque leur dernière collaboration. Selon le critique Paolo Albiero, Lucio Fulci a mis sa compétence technique au service des gags des deux humoristes siciliens et leur collaboration est analogue à celle que le réalisateur Steno a eu avec Totò.
vignette|300px|Franco et Ciccio avec lesquels Fulci a tourné 13 films (ici dans Il lungo, il corto, il gatto). Pendant sa période de comédies, Fulci a également dirigé d'autres comiques italiens célèbres, tels que Raimondo Vianello, Sandra Mondaini, Vittorio Caprioli, Walter Chiari, Enrico Maria Salerno et Franca Valeri. Après avoir évolué vers le giallo, Fulci revient à la comédie en 1972, en réalisant Obsédé malgré lui. Ce film au titre original interminable (Nonostante le apparenze... e purché la nazione non lo sappia... All'onorevole piacciono le donne) qui met en vedette Lando Buzzanca et Laura Antonelli, a été entravé par la censure et les démocrates-chrétiens. En effet, c'est un film à clef dont le personnage principal incarné par Buzzanca rappelle explicitement le Premier ministre de l'époque, Emilio Colombo. En 1975, il a réalisé un film d'épouvante parodique avec Dracula, Il cav. Costante Nicosia demoniaco ovvero: Dracula in Brianza ( « Le chevalier démoniaque Costante Nicosia ou Dracula à Brianza »), avec Lando Buzzanca et écrit par Pupi Avati et Bruno Corbucci.
En 1976, il réalise une comédie érotique italienne culte, On a demandé la main de ma sœur, avec Edwige Fenech.
Le western-spaghetti En 1966, Fulci décide de changer de genre, car il ne veut pas qu'on se souvienne uniquement de lui comme du réalisateur de Franco et Ciccio. Il met donc en scène son premier western-spaghetti, Le Temps du massacre. Mettant en vedette Franco Nero, Nino Castelnuovo et George Hilton et scénarisé par Fernando Di Leo, il est considéré comme l'un des westerns italiens les plus violents de tous les temps. Le réalisateur a qualifié le film d'artaudien, en référence au célèbre théâtre de la cruauté théorisé par le dramaturge français Antonin Artaud. En outre, ce film est un pivot dans la carrière de Fulci, car c'est la première fois qu'il met en scène de la violence, du sadisme et la cruauté.
Fulci revient aux westerns en 1973, en réalisant Croc-Blanc et sa suite Le Retour de Croc-Blanc (1974), deux films tirés du roman homonyme de Jack London. Ce diptyque met en scène Franco Nero et Virna Lisi, et au contraire de ses autres westerns ne comporte pas de scènes violentes et s'adresse à toute la famille ; les deux films ont rencontré un franc succès auprès du public italien. En 1975, il réalise Les Quatre de l'apocalypse, un western-spaghetti tardif et crépusculaire, considéré comme encore plus violent et féroce que Le Temps du massacre. Le film comporte des scènes extrêmes, comme un shérif écorché vif, des viols et même une scène de cannibalisme. Pour ces raisons, le film a été l'un des rares westerns-spaghetti à être interdit aux moins de en Italie. En 1978, Fulci réalise Selle d'argent, avec Giuliano Gemma, un western classique sans scènes de violence extrême, destiné aux familles tout comme les deux films de Croc-Blanc.
Le giallo vignette|300px|gauche|Elsa Martinelli et Jean Sorel dans Perversion Story. En 1969, Fulci change une nouvelle fois de genre en réalisant son premier giallo, Perversion Story, avec Marisa Mell, Elsa Martinelli et Jean Sorel. Inspiré de Sueurs froides d'Alfred Hitchcock, c'est un giallo classique, sans scènes violentes mais avec des scènes érotiques très osées pour l'époque. Toujours en 1969, Fulci réalise Liens d'amour et de sang, un drame historique inspiré de l'histoire vraie de Beatrice Cenci, une noble romaine exécutée en 1599. Par rapport à l'adaptation cinématographique précédente de cette histoire par Riccardo Freda, Fulci met en avant les aspects les plus violents et érotiques de cette tragédie. Considéré comme l'un des meilleurs films du réalisateur, c'est aussi son « film maudit ». En effet, cette année-là, sa femme se suicide pour échapper aux ravages d'une tumeur diagnostiquée trop tardivementDocumentaire La notte del Lucio Fulci diffusé sur RAI 3 dans Fuori Orario le . et l'année suivante, sa mère est également décédée.