vignette|upright=1|Blason de l'Information Awareness Office avec sa devise scientia est potentia, « la connaissance donne le pouvoir ».

La surveillance globale fait référence à la mise en place d'une surveillance mondialisée sur des populations entières, par-delà les frontières nationales.

Ses racines historiques remontent au milieu du , notamment après l'adoption conjointe par les États-Unis et le Royaume-Uni de l'accord secret UKUSA, qui a abouti à la mise en place d'un premier réseau de surveillance mondial connu sous le nom de code « Echelon ».

L'existence de cette surveillance globale, cependant, n'a été largement reconnue qu'après la couverture médiatique des révélations d'Edward Snowden, qui ont déclenché un débat politique mondial en 2013 sur le droit à la vie privée à l'ère du numérique.

Contexte historique Les origines de la surveillance globale remontent à la fin des années 1940, à la signature de l'accord secret UKUSA adopté conjointement par le Royaume-Uni et les États-Unis, qui aboutira en 1971 à la création du réseau de surveillance globale du nom de code « Echelon ».

Dans les années 1970, à la suite de l'affaire du Watergate et d'une enquête du Congrès des États-Unis qui suivit, on découvrit que la NSA, en collaboration avec son homologue britannique Government Communications Headquarters (GCHQ), avait régulièrement intercepté les communications internationales d'importants militants et chefs de file de l'opposition à la guerre du Viêt Nam, tels que Jane Fonda et le . Des décennies plus tard, une enquête conduite pendant plusieurs années par le Parlement européen mit en évidence le rôle de la NSA dans l'espionnage économique, dans un rapport intitulé Development of Surveillance Technology and Risk of Abuse of Economic Information (Développement des technologies de surveillance et risque d'abus dans l'information économique) et publié en 1999. En 1992, les agents de la Drug Enforcement Administration (DEA) mettent en place l'USTO (« »), programme de surveillance de masse autorisé par la justice américaine qui ordonne à tous les opérateurs téléphoniques de fournir à la DEA la liste tous les appels depuis les États-Unis vers 116 pays qui seraient susceptibles de participer à du trafic de drogue.

Toutefois, pour le grand public, c'est la série de divulgations détaillées de documents internes à la NSA, en , qui révéla pour la première fois l'échelle considérable de l'espionnage de la NSA, aussi bien à l'intérieur qu'à l'extérieur des frontières des États-Unis. La plupart de ces documents furent divulgués par un ancien sous-traitant de la CIA et de la NSA, Edward Snowden.

Ainsi, nombre des programmes de surveillance globale plus anciens comme PRISM, XKeyscore et Tempora sont cités dans les milliers de documents publiés en 2013. De nombreux pays, y compris des alliés occidentaux des États-Unis et des États membres de l'OTAN, ont été ciblés par l'alliance stratégique des « Five Eyes » (Australie, Canada, Nouvelle-Zélande, Royaume-Uni et États-Unis) – cinq démocraties occidentales et anglophones cherchant à atteindre la connaissance totale de l'information (Total Information Awareness) grâce au contrôle d'Internet, via des outils d'analyse comme le Boundless Informant (l'informateur sans limite).

Comme l'a confirmé le directeur de la NSA Keith B. Alexander le , la NSA collecte et stocke toutes les données téléphoniques de tous les citoyens américains. La majorité des données sont conservées dans de grandes installations de stockage comme le centre de données de l'Utah, un énorme projet de de dollars qualifié par le Wall Street Journal de .

Chronologie des révélations

Les révélations d'Edward Snowden sur les activités de surveillance de la NSA sont dans la continuité de fuites dans la presse qui ont commencé au début des années 2000. Un an après les attentats du 11 septembre 2001, l'ancien fonctionnaire du renseignement américain William Binney critique publiquement la NSA pour son espionnage des citoyens des États-Unis.

D'autres révélations ont suivi. Le , le New York Times publia un reportage sous le titre . En 2006, une nouvelle preuve de la surveillance intérieure exercée par la NSA sur les citoyens américains fut produite par USA Today. Le journal publie le un rapport sur « l'énorme base de données » de la NSA, constituée des données d'appels téléphoniques de « dizaines de millions » de citoyens américains. Selon USA Today, ces données d'appels provenaient de plusieurs opérateurs de téléphonie tels que AT&T, Verizon et BellSouth.

En 2008, le spécialiste en sécurité Babak Pasdar révéla l'existence de ce qui fut appelé le « circuit Quantico », que lui et son équipe avait mis en place en 2003. Ce circuit fournissait au gouvernement fédéral américain une porte dérobée dans le réseau d'un opérateur de téléphonie mobile, dont le nom ne fut pas divulgué mais qui fut plus tard identifié comme étant Verizon.

Les premiers contacts établis par Snowden avec Glenn Greenwald, journaliste du quotidien The Guardian, datent de fin 2012. Depuis, les révélations de Snowden sur la surveillance de masse ont continué tout au long de l'année 2013 et se poursuivent en 2015.

Surveillance globale Le , le quotidien britannique The Guardian commence la publication d'une série de révélations provenant d'un lanceur d'alerte américain jusqu'alors inconnu, qui se révèle quelques jours plus tard être Edward Snowden, un ancien administrateur systèmes sous-traitant de la CIA et de la NSA.

Snowden confie un ensemble de documents à deux journalistes : Glenn Greenwald et Laura Poitras ; Greenwald estimera plus tard qu'il contenait entre et documents, certains très longs et détaillés et d'autres très courts. Après plus de deux mois de publication, il apparut clairement que la NSA gérait un réseau complexe de programmes d'espionnage qui lui permettait d'intercepter les conversations téléphoniques et numériques de plus d'un milliard d'utilisateurs, situés dans des dizaines de pays à travers le monde. En particulier, certaines révélations concernaient la Chine, l'Union européenne, l'Amérique latine, l'Iran, le Pakistan, l'Australie et la Nouvelle-Zélande. Cependant, la documentation publiée révéla que de nombreux programmes collectaient en vrac et indistinctement de l'information directement depuis les serveurs centraux et les dorsales Internet qui transportent et routent le trafic de pays éloignés.

À cause de cette surveillance des serveurs centraux et des dorsales Internet, de nombreux programmes se chevauchent et sont en corrélation les uns avec les autres. Ces programmes ont souvent été réalisés avec l'aide d'entités fédérales comme le département de la Justice et le FBI. Ils ont été ratifiés par des lois telles que le FISA Amendments Act, et les ordonnances judiciaires nécessaires ont été signées par un tribunal secret, le Foreign Intelligence Surveillance Court. Certains des programmes d'espionnage de la NSA ont reçu l'assistance directe des agences de renseignement nationales du Royaume-Uni (GCHQ) et de l'Australie (DSD), ainsi que celle de grandes entreprises de télécommunication et d'Internet comme Verizon, Telstra, Google, et Facebook.

Objectifs La synthèse d' des documents révélés par Snowden fait apparaître que plutôt que pour lutter contre le terrorisme, ces programmes de surveillance ont été employés pour évaluer les politiques étrangères et la stabilité économique d'autres pays, et pour recueillir des « secrets commerciaux ».

Dans une déclaration adressée au Congrès national du Brésil au début d', le journaliste Glenn Greenwald a maintenu que le gouvernement des États-Unis s'était servi du contre-terrorisme comme prétexte pour exercer une surveillance clandestine, afin d'obtenir un avantage dans la compétition avec d'autres pays dans les « domaines industriel, économique et des affaires ».

Dans une lettre de au gouvernement brésilien, Snowden écrit que . Selon un membre de la Maison-Blanche, la NSA n'a jamais arrêté d'attaque terroriste Michael Isikoff, NSA program stopped no terror attacks, says White House panel member, NBC News, 20 décembre 2013.

Dans un entretien au magazine Der Spiegel publié le , l'ancien directeur de la NSA Michael Hayden admit que « Nous [la NSA] volons des secrets. Nous sommes les numéros un pour ça ». Hayden ajouta aussi : « Nous volons des choses pour votre sûreté, pas pour vous rendre riche ». D'après des documents consultés par l'agence de presse Reuters, ces « secrets » sont ensuite canalisés vers les autorités à travers les États-Unis afin de les aider à lancer des enquêtes criminelles sur des citoyens américains. Des agents fédéraux sont ensuite chargés de « recréer » la piste d'investigation afin de « couvrir » l'origine des informations.

Selon le témoignage devant le Congrès des États-Unis de Keith B. Alexander, directeur de la NSA, l'un des objectifs de la collecte de données est de conserver toutes les données téléphoniques à un endroit d'où ils peuvent être consultés et examinés à tout moment. Interrogé par le sénateur Mark Udall qui lui demandait si le but de la NSA est de collecter les données téléphoniques de tous les Américains, Alexander répondit : .

Cibles et méthodes Espionnage socio-économique Collecte de métadonnées et autres contenus Aux États-Unis, la NSA collecte les données téléphoniques de plus de d'Américains. L'outil de surveillance internationale XKeyscore permet aux analystes du gouvernement américain de rechercher dans d'immenses bases de données contenant les courriels, les conversations en ligne (chats) et les historiques de navigation de millions de personnes.

Le programme de surveillance globale britannique Tempora intercepte le trafic des câbles de fibres optiques qui constituent l'épine dorsale d'Internet. Avec le programme de surveillance de la NSA PRISM, les données qui auraient déjà atteint leur destination seraient directement récoltées à partir des serveurs des fournisseurs de services américains suivants : Microsoft, Yahoo!, Google, Facebook, Paltalk, AOL, Skype, YouTube et Apple.

Graphes sociaux La NSA utilise l'analyse des appels téléphoniques et des journaux de suivi des courriels de citoyens américains pour créer des graphiques sophistiqués de leurs connexions sociales, permettant d'identifier leurs relations, leurs localisations à certains moments, leurs compagnons de voyage et d'autres informations personnelles.

D'après des documents top secret de la NSA révélés par Edward Snowden, au cours d'une seule journée de l'année 2012, la NSA a collecté les carnets d'adresses de courriel de : – comptes Gmail ; – comptes Facebook ; – comptes Hotmail ; – comptes Yahoo!.

Chaque jour, la NSA collecte les contacts depuis environ listes de contacts de services de conversation en ligne (chats), ainsi que depuis ceux affichés dans les boîtes de réception de comptes de messagerie en ligne (webmail). Une fois réunies, ces données permettent à la NSA de tracer des graphes sociaux, sortes de cartes détaillées de la vie sociale d'une personne, réalisées en se basant sur ses connexions personnelles, professionnelles, religieuses et politiques.