La bataille d'Al-Anbar est la première et la plus longue bataille de la seconde guerre civile irakienne. Les combats, étalés sur plusieurs périodes, commencent le par une insurrection de tribus sunnites contre le gouvernement. Les forces de l'État islamique (EIIL) interviennent également. Le , Falloujah tombe aux mains des rebelles. Les combats s'étendent également à Ramadi et ses environs. Le , après plus d'un an de combats, Ramadi est est à son tour conquise par les djihadistes. Les escarmouches se poursuivent à l'automne 2015, avant que Ramadi et Falloujah ne soient finalement reprises par l'armée irakienne en 2016.

Contexte La ville de Falloujah a été durement bombardée durant la guerre du Golfe (1991) et la guerre d'Irak (2003-2011). Elle a notamment été assiégée deux fois par les forces américaines en 2004 (voir ). L'invasion américaine de 2003 et la guerre qui a suivi ont complètement détruit le système politique et la cohésion sociale à l'intérieur de la ville. Les bombardements ont laissé une pollution (uranium appauvri, plomb, mercure) qui provoque de graves conséquences sanitaires dans la population. Pour les chercheurs, cela semble donc normal qu'une structure comme l'État islamique s'empare aisément de la villeCyril Roussel (interviewé), Cristina L'Homme (intervieweuse), « Un chercheur français : les frappes aériennes font le jeu des djihadistes », Rue89, 19 octobre 2014..

De nouveaux troubles éclatent en , après l'arrestation de 120 gardes du corps de Rafa Al-Issaoui, ministre sunnite des finances. Ce dernier trouve refuge à Falloujah. Des milliers de sunnites alors et se rassemblent sur un axe du carrefour routier reliant Falloujah à Bagdad. Un camp est établi, surnommé « place de la Dignité » par les manifestants qui réclament la libération des plusieurs milliers de prisonniers sunnites, l'égalité des droits et l'emploi. Le mouvement reçoit le soutien de chefs de tribus et de religieux chiites, et notamment de Moqtada al-Sadr. Cependant lorsque le premier ministre Nouri al-Maliki tente d'engager des réformes, celles-ci sont bloquées par d'autres députés chiites.

Les protestataires rassemblés dans le camp viennent cependant de différents mouvements politiques, les témoins observent la présence de drapeaux irakiens de l'époque de Saddam Hussein, d'autres d'après l'invasion, le drapeau syrien de l'Armée syrienne libre, mais aussi le drapeau noir des salafistes sont également relevés.

Malgré des heurts avec la police, les manifestations sont globalement pacifiques. Cependant, le , les forces de l'ordre lancent un non loin de Hawija, près de Tikrit, qui fait plus de , 204-205. Contribution de Pierre-Jean Luizard.. Deux ministres sunnites démissionnent alors en guise de protestation.

La violence resurgit en décembre. Le quatre policiers sont tués par des insurgés à Falloujah. Le , le député sunnite Ahmed al-Alwani est arrêté à Ramadi. Son frère et six ou cinq de ses gardes du corps sont tués au cours de l'arrestation.

Déroulement

Insurrection des tribus sunnites (fin décembre 2013) Les affrontements éclatent le , lors du démantèlement du camp des protestataires que le gouvernement accuse d'être des partisans d'Al Qaida. Les protestataires, sunnites, reprochent de leur côté au premier ministre Nouri al-Maliki, chiite, la mise à l'écart de leur communauté. Les combats débutent à Ramadi et se portent rapidement jusqu'à Falloujah.

Pour protester contre les violences gouvernementales, l'érudit sunnite appelle les ministres et députés sunnites à démissionner., ce que 44 d'entre eux font immédiatement.

Des milliers de sunnites se soulèvent, plusieurs tribus se fédèrent en un groupe et prennent le nom de « Révolutionnaires tribaux ». Cependant le gouvernement irakien souligne surtout la présence de l'EIIL et les Révolutionnaires tribaux d'Anbar sont amalgamés à des « terroristes » et à des « djihadistes ».

Prise de Falloujah et attaque de Ramadi par les insurgés Il est un temps envisagé par le gouvernement irakien de retirer l'armée pour apaiser la situation, mais finalement sur ordre du premier ministre, les forces armées irakiennes reçoivent des renforts et interviennent pour tenter de reprendre le contrôle de la situation. Cependant, la progression des soldats est freinée par des tireurs embusqués postés sur les toits et les minarets.

Le , les Révolutionnaires tribaux et les hommes de l'EIIL prennent le contrôle de plusieurs secteurs de Ramadi et Falloujah.

Le matin du , les services de sécurité irakiens annoncent que la ville de Falloujah est passée sous le contrôle total des djihadistes de l'État islamique en Irak et au Levant. L'armée affirme cependant toujours tenir les abords de la ville. Environ combattants insurgés y seraient présents.

Dans la journée du , l'armée irakienne lance deux opérations contre les rebelles. La première près de Ramadi, la seconde à Garma, non loin de Falloujah. À la fin de la journée les forces de sécurité irakiennes et le général Ali Ghaidan Majid, commandant des forces terrestres irakiennes, déclarent que 55 insurgés, huit soldats et au moins deux miliciens ont été tués lors des combats. La ville de Ramadi reste tenue par les forces gouvernementales mais les djihadistes restent présents dans les quartiers de Malab, Adel et Bakr.

Le , le gouvernement irakien annonce l'imminence d'une contre-offensive pour reprendre Falloujah et Ramadi.

11 combattants venus d'Afghanistan et de plusieurs pays arabes sont également tués sur l'autoroute entre Bagdad et Falloujah selon le général Ali Ghaidan Majid.

Poursuites des combats dans les environs de Falloujah et Ramadi (de janvier à juin 2014) Les forces irakiennes encerclent Falloujah, à la date du , elles sont fortes de . Cependant le gouvernement hésite à lancer une offensive qui risque d'être très meurtrière, tant pour les militaires que pour les civils, et d'accroître irrémédiablement les tensions entre Chiites et Sunnites. Aussi le , le premier ministre Nouri al-Maliki demande aux habitants de Falloujah de chasser de la ville les combattants djihadistes de l'EIIL.

Dans la matinée du , des combats ont lieu pendant une heure à Falloujah dans les quartiers d'al-Askari au nord-est et d'Al-Chouhada à l'ouest. L'aviation effectue également quelques bombardements. À cette date, ont quitté Falloujah. Cependant les insurgés autorisent la police de circulation à revenir en ville. Selon le cheikh Ali al-Hammad, la ville est entièrement contrôlée par les Révolutionnaires tribaux et les forces de l'EIIL ne sont plus présentes à Falloujah.

Le même jour, l'armée attaque également les rebelles à Khaldiyah, près de Ramadi. À Ramadi, deux miliciens sont tués et quatre autres blessés par un kamikaze.

Le , les militaires irakiens, soutenus par des chars et des hélicoptères lancent une offensive à Al-Boulali, située entre Falloujah et Ramadi. Dans la soirée, à Ramadi, trois policiers sont tués et six blessés par un attentat kamikaze à la voiture piégée.

Le même jour, le gouvernement et les rebelles engagent des pourparlers. L'armée s'engage à ne pas lancer d'assaut sur Falloujah tant que dureront les négociations.

Le 14, près de Falloujah, un kamikaze conduisant un camion-citerne rempli d'explosifs se fait sauter sous un pont autoroutier sur lequel se trouvaient deux blindés. Un des blindés est détruit par l'effondrement du pont, le second est assailli par des rebelles, puis également détruit. Le même jour, le poste de police de Saqlawiya est attaqué par plusieurs dizaines d'hommes, les policiers se rendent. Par la suite, des hélicoptères interviennent pour tenter de repousser les insurgés. À Garma, selon des médecins, quatre personnes sont tuées et six blessés par des tirs de mortiers.

Le , irakiens appuyés par des chars lancent un assaut sur un camp rebelle à Al-Boubali, située entre Falloujah et Ramadi. Les pertes ne sont pas connues, mais l'armée affirme vouloir récupérer les corps de huit soldats, tués les jours précédents. Des combats ont également lieu pendant la nuit à Falloujah, au moins deux personnes sont tuées par des tirs de mortiers.

Le , Abou Bakr al-Baghdadi appelle les insurgés à progresser vers Bagdad. Le 21, l'aviation irakienne bombarde les positions insurgées, 50 rebelles sont tués selon le , 13 autres sont tués le même jour lors d'échanges de tirs selon l'armée irakienne. Au moins huit autres personnes sont tuées le 22 selon des médecins.

Le , le gouvernement irakien déclare que ont fui les combats, dont dans la dernière semaine. Ce jour-là, des bombardements dans le quartier de Nazal, au sud de Falloujah, font huit morts, dont un enfant, et sept blessés. Le 25, l'armée irakienne affirme avoir tué 20 insurgés à Albou Faraj, près de Ramadi. Le 26, une femme et ses trois enfants sont tués par une explosion. Le même jour, près de Falloujah, les combattants de l'EIIL attaquent un poste de l'armée irakienne et capturent cinq à irakiens selon les témoignages, ils s'emparent également de 6 véhicules Humvee, dont trois sont incendiés. Le même jour, la police irakienne abandonne les commissariats de Al-Boubali et Albou-Obeid, situés entre Falloujah et Ramadi, qui sont pris par les insurgés.

Le , l'armée irakienne lance une offensive à Ramadi et au nord de Falloujah, selon Ahmed Abou-Risha, elle a tué 35 rebelles dans la première ville et au moins 15 le sont près de la seconde, selon le Ministère de la Défense. Le 3, l'armée irakienne affirme avoir repris plusieurs quartiers de Ramadi et selon elle, 57 rebelles ont été tués à Al-Anbar, la plupart dans la banlieue de Ramadi. Falloujah de son côté, est la cible de raids aériens.

Le , des rebelles attaquent un avant-poste de l'armée au nord de Falloujah, mais ils sont repoussés à la suite de l'intervention d'hélicoptères de combat qui tuent neuf insurgés.

Le même jour, Ahmed al-Dulaimi gouverneur de la province d'Al-Anbar lance un ultimatum et donne une semaine aux insurgés pour mettre bas les armes. En échange il leur propose une amnistie, il excepte cependant les djihadistes de l'EIIL.

Le , le Haut commissariat des réfugiés des Nations unies déclare que ont été déplacés en raison des combats autour de Ramadi et Falloujah.

Le , en visite à Ramadi, le premier ministre Nouri al-Maliki déclare que la stratégie des forces de l'ordre est d'isoler Falloujah et d'attendre que les insurgés n'aient plus de munitions.

Au cours du mois de mars, la ville de Ramadi est presque complètement reprise par les forces gouvernementales.

Des affrontements éclatent à Falloujah, dans la nuit du 18 au . Les combats ont lieu dans les quartiers du nord, de l'est et du sud de la ville, faisant et , selon un médecin de la ville.

Le , à , au nord de Falloujah, un affrontement oppose un commando de l'armée irakienne aux insurgés. Le même jour, la zone industrielle de Falloujah est visée par des tirs d'artillerie. Selon un membre de la police provinciale, 33 rebelles sont tués par le commando tandis que les pilonnages ont fait trois morts et deux blessés chez les insurgés.

Le , un commando irakien tue 12 insurgés dans la ville d'al-Garma, à l'est de Falloujah, selon une source policière anonyme de l'agence Xinhua.

Le , à Garma, près de Falloujah, une bombe explose dans une maison que des soldats étaient en train de fouiller, puis d'autres soldats envoyés en renfort sont pris sous le feu des insurgés. Selon les autorités irakienne, l'explosion et l'affrontement qui a suivi ont fait et dans les rangs des militaires.

Le , selon le général , porte-parole du , 19 insurgés sont tués par l'armée et la police au sud de Bagdad et dans les environs de Ramadi et Falloujah.

Le , l'armée irakienne prend d'assaut la localité d'al-Hamira, au sud de Ramadi. D'après des responsables de l'armée et de la police, deux soldats et 21 insurgés sont tués lors de l'affrontement.

Le , un affrontements dans la province d'al-Anbar fait neuf mort et sept blessés du côté des rebelles selon les déclarations d'un policier à l'agence Xinhua.