thumb|right|upright=1.5|Pratiquante canadienne effectuant la troisième série d'exercices du Falun Gong. Le Falun Gong, également appelé Falun Dafa, est une discipline spirituelle qui réunit la pratique des exercices et de la méditation avec la philosophie morale présentée par son fondateur, Li Hongzhi. Le Falun Gong a été présenté au public en 1992 dans la ville de Changchun (nord de la Chine), et a été classifié comme une méthode de qi gong basée sur la tradition bouddhiste. Le Falun Gong a d'abord bénéficié de l’approbation officielle et du soutien des organismes gouvernementaux chinois, et la méthode s’est rapidement propagée en raison de la simplicité des mouvements de ses exercices, l'effet sur la santé, l'absence de cotisation ou d'inscription formelle ainsi que de son enseignement moral et philosophique.

Cependant, en 1996, le Falun Gong s’est séparé de l’Association de qigong gérée par l'état, ce qui a conduit à une escalade progressive de la tension avec les autorités du Parti communiste qui a atteint son apogée au printemps 1999. À la suite d'une protestation de du Falun Gong qui demandaient la reconnaissance officielle devant le quartier gouvernemental de Zhongnanhai le , le chef du Parti communiste d’alors, Jiang Zemin, a ordonné l'éradication du Falun Gong. Cet ordre a été suivi par une large campagne de propagande, d’emprisonnements extrajudiciaires à grande échelle, de tortures et de rééducations forcées.

Les pratiquants de Falun Gong ont répondu à cette campagne par des manifestations sur la place Tian'anmen, la création de leurs propres médias à l'étranger, des poursuites judiciaires internationales contre les responsables chinois et la mise en place en Chine d'un réseau clandestin de sites de publication de documents sur la pratique et sa persécution. Le Falun Gong est devenu une voix importante appelant à mettre fin au règne du parti unique en Chine.

Chronologie des principaux événements

Avant 1992 Bien que des pratiques semblables au qigong existent depuis longtemps, le qigong moderne n'apparait qu'à la fin des années 1940. À cette époque, les cadres du Parti communiste chinois commencent à exercer et promouvoir le qigong comme un moyen d'améliorer la santé, en le considérant comme une forme de la médecine traditionnelle chinoise.

Avec le soutien officiel du parti-État, le qigong devient de plus en plus populaire, en particulier dans la période suivant la révolution culturelle. La Société de la recherche scientifique sur le qigong de Chine, gérée par l’État, est créée en 1985 pour administrer et superviser la pratique du qigong à travers le pays. Sa première réunion se tient à Pékin en 1986. Cette organisation compte alors parmi ses dirigeants plusieurs membres éminents et anciens membres du Politburo et de l'Assemblée nationale populaire, ainsi que d’anciens ministres de la santé et de l’éducation. Des milliers de pratiques de qigong apparaissent, certaines d'entre elles dirigées par de « grands maîtres » avec des millions de pratiquants.

Li Hongzhi, fondateur du Falun Gong, affirme que dès son enfance, il a été instruit par différents maîtres bouddhistes et taoïstes qui lui ont transmis des méthodes de pratique et la philosophie qui deviendront la discipline actuellement connue sous le nom de Falun Gong. Au milieu des années 1980, il commence à étudier et à apprendre toute une variété de disciplines de qigong, apparemment en préparant le lancement et la promotion de son propre système de qigong. En 1984, il crée le Falun Gong, une version plus accessible de Falun Xiulian Dafa, un système d'entrainement de qigong de l'école bouddhiste. En 1989, il commence l'enseignement privé du Falun Gong à des élèves sélectionnés.

1992-1995 left|vignette|upright=1.3| La pratique de Falun Gong à très grande échelle était une scène quotidienne en Chine avant la persécution lancée en 1999, comme ici à Guangzhou.

Le Falun Gong est présenté au public au printemps 1992, vers la fin du « boom de qigong » en Chine, une période qui a vu une prolifération de milliers de disciplines. Le , Li Hongzhi commence l'enseignement public du Falun Gong à l'école secondaire/lycée de Changchun, province du Jilin, en donnant une conférence devant une foule de plusieurs centaines de personnes. Le séminaire se prolonge pendant neuf jours à un prix de 30 yuans par personne.

En , Li Hongzhi est invité par la Société de recherche scientifique sur le qigong de Chine (SRQC), administrée par le gouvernement, à donner des conférences à Pékin. En septembre de la même année, le Falun Gong est reconnu comme une branche de qigong sous l'administration de la SRQC. Au cours de l'année, il donne cinq séminaires d’une semaine à Pékin, quatre à Changchun, un à Tayuan et un dans le Shandong. Du 12 au , il participe avec quelques élèves de Falun Gong au Salon d’Orient de la Santé organisé à Pékin. L'organisateur du salon déclarera que le Falun Gong et Li Hongzhi « ont reçu le plus d'éloges [que d’autres écoles de qigong] au salon, et a réussi à obtenir de très bons résultats thérapeutiques. » Cet événement contribue à la popularité de Li Hongzhi dans les milieux de qigong et des reportages sur les pouvoirs de guérison du Falun Gong se multiplient dans les médias. Li Hongzhi et son Falun Gong deviennent des « stars » du mouvement de qigong.

Entre 1992 et 1994, Li voyage à travers la Chine en donnant 54 séminaires sur la pratique et l'enseignement spirituel du Falun Gong. Les séminaires durent habituellement 8 à 10 jours et attirent jusqu’à participants par conférence. La méthode se propage rapidement grâce à sa prétendue efficacité pour l'amélioration de la santé et ses éléments moraux et philosophiques, plus développés que dans d’autres écoles de qigong.

En , Falun Gong de Chine (中国法轮功), le premier texte majeur d'enseignement de Li Hongzhi, est publié par la Military Affairs Friendship and Culture Publishing Company. Le livre contient une explication de la cosmologie de base du Falun Gong, de ses principes moraux et de ses exercices. Une version révisée est publiée en décembre de la même année. Au printemps et à l’été 1993, une série d'articles publiée dans les revues de qigong à travers la Chine font l’éloge des bienfaits du Falun Gong. Plusieurs de ces revues font leur couverture avec des photos de Li Hongzhi et affirment la supériorité du système de Falun Gong. Le , la Société de recherche de Falun Xiulian Dafa est établie comme une succursale de la SRQC. En août, une organisation subordonnée au ministère de la Sécurité publique envoie à la SRQC une lettre remerciant Li Hongzhi pour les enseignements donnés aux policiers blessés pendant l'exercice de leurs fonctions. La lettre affirme que parmi les 100 policiers traités par Li Hongzhi, un seul n'a pas constaté une « amélioration évidente » de sa santé. Du 11 au , Li Hongzhi participe de nouveau au Salon d’Orient de la Santé tenu à Pékin, cette fois en tant que membre du comité d’organisation. Il y remporte plusieurs prix et est proclamé « maître de qigong le plus acclamé ». Le Falun Gong reçoit également le « Prix d’or spécial » et le prix pour « Faire avancer les frontières de la science ».

À partir de 1994, à la suite de l’augmentation des recettes de la vente de ses publications, Li Hongzhi cesse de faire payer l’entrée à ses cours et impose par la suite que le Falun Gong soit enseigné gratuitement. Le , la Société de la recherche scientifique sur le qigong de la province du Jilin proclame Li Hongzhi « Grand Maître de qigong ». Li Hongzhi donne la même année deux conférences sur le Falun Gong à l'Université populaire de la sécurité publique à Pékin, et verse les recettes de ces conférences à la fondation des policiers blessés. Le dernier séminaire complet sur la pratique du Falun Gong et sa philosophie se tient du 21 au dans la ville méridionale de Guangzhou.

En , Zhuan Falun (转法轮), l’enseignement complet du Falun Gong, est publié par la Société de publication de l’Agence de télédiffusion de Chine. Une cérémonie de publication est organisée le dans l'auditorium du Ministère de la sécurité publique. En février, Li Hongzhi est approché par le Comité national chinois des sports, le Ministère de la santé publique et la Société de la recherche scientifique sur le qigong de Chine pour établir conjointement une association de Falun Gong. Li Hongzhi décline cette offre. L’attitude officielle envers le mouvement de qigong commence à changer dans certains secteurs du gouvernement et des critiques du qigong commencent à paraitre dans la presse étatique. Cette même année, Li Hongzhi quitte la Chine et commence la diffusion de sa pratique à l'étranger. Le , à l'invitation de l'ambassade de Chine à Paris, il donne un séminaire de sept jours à Paris, suivi en avril d'une autre série de conférences en Suède (Göteborg, Stockholm et Uddevalla).

1996 - Juillet 1999

En janvier, mars et , le livre Zhuan Falun est répertorié comme best-seller par le quotidien Beijing Youth Daily (北京 青年 报). Cependant, tandis que la pratique continue à se propager en Chine, des tensions apparaissent entre le Falun Gong et les autorités chinoises. En mars, le Falun Gong dépose une demande de retrait de la Société de recherche scientifique sur le qigong de Chine. Li Hongzhi expliquera plus tard qu'il trouvait que les bénéfices provenant du qigong intéressaient la SRQC plus que l’engagement dans une véritable recherche. Li Hongzhi avait apparemment aussi rejeté la nouvelle politique de la SRQC, exigeant que toutes les pratiques de qigong créent des branches du Parti communiste au sein de leur organisation. La SRQC publie finalement une résolution sur l'annulation de l'adhésion de Falun Gong à cette société. La résolution affirme que bien que les pratiquants de Falun Gong « obtenaient des résultats sans précédent dans la remise en forme et la prévention des maladies », Li Hongzhi « propageait la théologie et la superstition », n’assistait pas aux réunions de l'association et n’observait pas ses règlements. À la suite de ce retrait et suivant en cela les recommandations de Li Hongzhi, les administrateurs de l'Association de recherche sur le Falun Gong de Chine font une demande d’enregistrement auprès de trois autres organismes gouvernementaux, y compris l'Association des bouddhistes de Chine et le Département du travail du Front uni. Toutes les demandes sont finalement rejetées. Ainsi, le Falun Gong reste complètement hors de la surveillance et de la réglementation gouvernementale et devient à partir de là l'objet de plus en plus d’attention et de critique dans la presse étatique.

Le premier article important des médias étatiques critiquant le Falun Gong est publié dans le journal Guangming Daily du . L'article considère le Falun Gong comme une manifestation de la superstition féodale et Zhuan Falun, son enseignement de base, comme un ouvrage de « pseudo-science » qui trompe les masses populaires. Les pratiquants de Falun Gong répondent à cet article en écrivant des lettres adressées au journal et à l’association nationale de qigong. Dans les six derniers mois de l'année 1996, l'Association bouddhiste de Chine, gérée par l'État, commence à critiquer le Falun Gong, et demande à ses membres de ne pas apprendre la pratique. Le , les livres de Falun Gong sont interdits à la publication par le Bureau des publications de nouvelles de Chine, une succursale du Département de la propagande. La raison invoquée pour l'interdiction est que le Falun Gong « répand des superstitions ». Avec l'approbation de Li Hongzhi, des versions piratées et copiées des livres de Falun Gong se multiplient. Pendant l’été 1996, après avoir annoncé qu'il avait terminé l'enseignement de sa pratique en Chine, Li Hongzhi commence une nouvelle tournée de conférences en se rendant à Hong Kong, Sydney, Bangkok, Houston, New York et Pékin.