Usinor est un groupe sidérurgique français fondé en 1948, et disparu en 2001 lors de la fusion qui a donné naissance au groupe européen Arcelor.

À sa création, Usinor (Union sidérurgique du nord de la France) est une entreprise sidérurgique basée dans le nord de la France. Elle grossit par fusion-acquisition avant d'être confrontée, dans les années 1970, à de graves difficultés économiques. Elle se restructure avec l'aide de l'État français. Celui-ci l'amène à fusionner en 1986 avec son concurrent, le lorrain Sacilor, pour devenir le groupe Usinor-Sacilor. En 1997, Usinor-Sacilor redevient Usinor, une entreprise complètement restructurée, d'ambition mondiale et centrée sur la production de produits plats sidérurgiques.

Le , Usinor fusionne avec l'espagnol Aceralia et le luxembourgeois Arbed pour former le groupe européen Arcelor. Ce groupe disparait en 2006, lorsque Mittal Steel Company lance une offre publique d'achat sur Arcelor qui aboutit à une fusion des deux groupes en pour former ArcelorMittal.

Histoire Origines Naissance en 1948 par une fusion Usinor (Union sidérurgique du Nord de la France) est créée par une fusion le , prenant la suite des Forges et aciéries du Nord et de l'Est et des Hauts fourneaux et des Forges et Aciéries de Denain-Anzin.. Regroupée depuis le au sein de la Chambre syndicale de la sidérurgie française (CSSF), la profession se résigne à deux grandes fusions pour permettre la construction et le lancement, sans nationalisation, du premier train à bandes (TAB) en France, appelés aussi "laminoirs à produits plats", destinés à une industrie automobile appelée à suivre la forte croissance connue aux États-Unis"Usinor – de Wendel. Une course fratricide durant les Trente Glorieuses ?", par Éric Godelier aux Presses universitaires de Provence . et une stratégie de lutte contre certains projets publics semble émerger chez les industriels privés. La France compte alors 177 sites de production d'acier, "répartis entre 27 sociétés différentes", dont 19 qui concentrent 88 % de l’acier français, avec une productivité du travail bien plus faible qu'aux États-Unis car "beaucoup d’équipements sont anciens". Pendant la Seconde Guerre mondiale, le manque de main-d’œuvre et de matières première, les sabotages de 1943 et les bombardements de 1944 avaient contraint l'usine de Montataire à une production ralentie et même à une fermeture provisoire. Elle est retenue pour développer les produits plats, car proche des grands sites automobiles de la région parisienne et de la Seine-Maritime, où se trouvent aussi les ports d'exportation. Cette consommation reflète alors assez fidèlement le niveau de vie des différents pays, avec 224 kilos par habitant aux États-Unis, contre 27 kilos en Europe. En France, elle reste en dessous de la demande.

Lancement des laminoirs de Denain et Montataire en 1948

Le lancement dès 1948 du nouveau laminoir de Montataire et de celui de Denain marque « un transfert du centre de gravité de la France sidérurgique de l'est vers le nord » de la France. Il est réalisé grâce à l'appoint des dollars Marshall et Le Monde estime qu'il . Face au projet d’Usinor, François de Wendel patron des sidérurgistes de l'est de la France, estimait que « les gens du Nord étaient des fous », ne tenant pas compte de la demande sur le marché français.

Usinor table lui sur une baisse de prix et un élargissement du marché, ainsi qu'un rattrapage du retard sur deux concurrents européens. La crainte d’une surproduction, qui remonte aux années 1920, quand la récupération en 1918 des unités sidérurgiques intégrées de l’Alsace-Lorraine avait doublé la capacité de production française mais fait chuter les prix, avait jusque-là privé la France des premiers train à bandes, lancés entre 1924 et 1928 aux États-Unis, puis en Allemagne 1937 et en Grande-Bretagne en 1938, avec seulement deux trains en Europe.

Usinor ne retient pas le dimensionnement le plus gros possible à l’époque préférant la solution intermédiaire de 0,7. En moins d'une décennie la capacité sera portée à 2 millions de tonnes, face à la pénurie de tôles et carrosseries automobiles.

Pour installer deux TAB américains, sur le site sidérurgique de Montataire et de celui de Denain Montataire (Oise), il faut totalement reconstruire les deux usines, ce qui prend un à deux ans. Celle de Montataire est totalement reconstruite entre et et des extensions régulières seront réalisées dès les années 1950"Le Grand Creillois industriel. Architecture et patrimoine. L’usine de sidérurgie Arcelor-Mittal (Montataire)", par Clarisse Lorieux aux Editions L'Inventaire .. En Lorraine, la Sollac, elle aussi créé par une fusion en 1948, ayant pris un peu de retard sur Usinor, il ne sera annoncé que fin 1950 que ses premiers produits sortiront, avec pour échéance début 1952Article dans Le Monde le 30 décembre 1950 ..

Le train de laminage continu à froid de Denain, l'un des projets industriels les plus importants depuis de nombreuses années en Europe continentale. Il permet à la France de "conquérir son indépendance" en matière de tôles fines et moyennes de haute qualité, "indispensablesArticle de Pierre Drouin dans Le Monde le 23 décembre 1949 .Article dans Le Monde le 14 avril 1951 .. Les envois de matériel de la Westinghouse prennent du retard et doivent arriver le pour usine qui peut produire à leur arrivée dix fois plus de tôles qu'un an avant .

Plus tard, en 1967, Usinor fusionnera aussi avec Lorraine-Escaut (aujourd'hui AFS Sedan)..

Paul Reynaud, député du Nord, assisté par le député-maire de Gravelines Albert Denvers, vice-président de la commission des Finances, obtient en 1956 la localisation définitive, décidée par le gouvernement français, du complexe de sidérurgie sur l'eau d'Usinor dans le port de Dunkerque, dont la reconstruction est terminée en 1955"L’autonomisation de l’expertise dans l’urbanisme français d’après-guerre. Dunkerque et la Flandre maritime à l’épreuve du fordisme ?", par Olivier Ratouis, dans la revue Histoires urbaines ., de préférence aux autres places portuaires, comme le Havre. "Le port de Dunkerque est en péril de mort », répète-t-il à ses interlocuteurs", à ce sujet en 1955"Nouveau Nord", 28 décembre 1955.

À la fin des années 1970, l'entreprise est confrontée à de graves difficultés économiques. Le gouvernement de Raymond Barre intervient massivement pour sauver l'entreprise qui est un gros employeur«La nationalisation n'a pas stoppé les pertes d'emplois», lefigaro.fr, 28/11/2012. En 1977, la direction décide de fermer l'usine ultramoderne de Louvroil. En 1981, Usinor est nationalisé. , Usinor entre dans le capital de Solmer.

Sacilor vignette|Un rail en fabriqué par Wendel-Sidelor, sur la ligne ferroviaire de Tabia à Akid Abbes, en Algérie.

En 1948, Sollac est créé avec le financement du plan Marshall, regroupant dans une coopérative de laminage les principaux sidérurgistes lorrains. En 1950, Sidélor, est créé, regroupant les principaux sidérurgistes lorrains hors Wendel. En 1964, Sacilor est créé pour construire la nouvelle aciérie de l'usine sidérurgique de Gandrage-Rombas, dans la vallée de l'Orne en Moselle. En 1968, Wendel-Sidélor est créé. En 1970, Solmer est créée à Fos-sur-Mer..

En 1971, c'est le « Plan Dherse », du nom de Louis Dherse, président de la Sollac, pour restructurer la sidérurgie lorraine avec l'annonce de suppressions d'emplois. La nouvelle usine de Fos-sur-Mer, Solmer, sera, d'après la direction de Wendel, le de la LorraineDéclaration de Mr Dherse au Républicain lorrain le 20 octobre 1971.

En 1973, Sacilor est créé par fusion-absorption de Sacilor et de Wendel-Sidelor. En 1981, Sacilor est également nationalisé.

Les années 1960 Les grands choix d’Usinor au cours des années 1960 se résument à l'acquisition de Lorraine Escaut et à la concentration de l’effort industriel sur les deux usines à produits plats"La sidérurgie française, 1945-1979. : L’histoire d’une faillite. Les solutions qui s’affrontent", par Michel Freyssenet. Editions Savelli, 1979 . : Dunkerque d’une part, avec la construction du troisième haut fourneau portant la capacité de l’usine à 3 millions de tonnes, et d'autre-part Denain.

Lorraine Escaut est la quatrième société française, acquise avec effet rétroactif au , ce qui permet à Usinor d'obtenir rapidement les prêts de l’État. Lorraine-Escaut est deux fois moins important que son acquéreur et ne fait que des produits longs et des tôles fortes. L'acquisition donne à Usinor des installations toutes neuves mises en service en 1965 : un train à poutrelles moyennes et petites à Longwy, et un haut-fourneau en partie automatisé de 8 m de creuset et de /jours de fonte à Thionville, le plus moderne de Lorraine. Elle permet à Usinor de confirmer sa première place en France et de devenir le quatrième producteur européen avec 7 Mt/an de capacité, derrière Thyssen (9 Mt), l’Association Hoesch-Hoogoven (9 Mt), Finsider (8 Mt).

Le sauvetage de la sidérurgie française et la fusion Usinor-Sacilor (1978-1986)

En 1975, le secteur de la sidérurgie française n'a plus que 25 % de capitaux propres, contre 40 % en 1960, le reste étant fourni par les dettes financières et commercialesLes centres sidérurgiques des rivages de la mer du Nord et leur influence sur l'organisation de l'espace par Jacques Malézieux, 1981, page 415 .. La part de l'endettement par rapport au chiffre d'affaires se retrouve alors cinq fois plus importante dans la sidérurgie française que dans l'américaine, et six fois plus que dans l'allemandeD'après .. En 1978, ses pertes totales atteignent 5 milliards de francs. Les Wendel n'effectuent pas les augmentations de capital nécessaires. Les actionnaires d'Usinor non plus.

Les banques acceptent ce déséquilibre financier à condition que les dettes soient à court terme, ce qui devient problématique après le choc pétrolier de 1974. L'endettement du secteur augmente encore de 70 % entre 1974 et 1977 : il passe de de francs« Le dysfonctionnement du système acier », par Christian Stoffaes, dans la Revue d'économie industrielle (1979) . et les charges financières de 6,9 % à 11,7 % du chiffre d'affaires.

Années1975197619771978Pertes Usinor (mds de fr)1,221,242,052,5

Pour éviter la faillite aux Wendel, le directeur du Trésor, Jean-Yves Haberer crée une société écran, la Capa. Pour éviter la plus grosse vague de licenciements de l'histoire, l'État apporte 80 milliards de francsINTERVIEW au Figaro de Françoise Berger, maître de conférence en Histoire économique à l'Institut d'études politiques de Grenoble, le 28 novembre 2012 . en dispositifs de traitement social du chômage. Par ailleurs, Raymond Barre fait voter par le parlement la conversion en actions des créances des banques publiques, qui se retrouvent en actionnaires à 64 % d’Usinor et à 77 % de SacilorEn septembre 1978, Raymond Barre fait voter par le parlement la conversion de créances (Caisse des Dépôts, Crédit Lyonnais, Crédit National) détiennent 63,8 % d’USINOR et 76,9 % de SACILOR ., le contribuable supportant le quasi-effacement de 25 milliards de francs de créances douteuses. La société écran reçoit des prêts bonifiés et les De Wendel sont autorisés à conserver une holding familiale, la CGIP"Comment l'État a sauvé la Maison Wendel de la ruine", par Henri Gibier, dans L'Expansion du 20/11/1997 .. Un peu plus de la moitié seulement des créances ayant été converties en actions, l'endettement reste deux fois plus élevé que chez les concurrents.

La sidérurgie française perd ainsi dans la deuxième partie des années 1970, puis dans les années 1980 et dans la première partie des années 1990.

Années19761982Baisse en 6 ans (76-82)1990Baisse en 8 ans(82-90)1995Baisse en 5 ans(90-95)Effectifs en Lorraine"Le secteur de la sidérurgie en Lorraine".--NCNCEffectifs en France-L'acier en France en 1990, FFM rapport annuel.--