La littérature de la dynastie Ming (1368-1644) se caractérise par un fort renouvellement de la littérature de divertissement en chinois vernaculaire, théâtre, conte, nouvelle et roman, tandis que les genres anciennement pratiqués se sclérosent.

Au théâtre, le chuanqi, style de la tradition du Sud caractérisé entre autres par la longueur des pièces (plusieurs dizaines d'« actes »), a désormais les faveurs du public. Le Pavillon aux pivoines, pièce de Tang Xianzu relevant de ce style, est l'une des plus célèbres du répertoire de l'opéra chinois. Le chuanqi donne naissance au au kunqu, ou opéra de Kunshan, un style raffiné qui est aujourd'hui la plus ancienne forme théâtrale encore jouée. Le zaju, style de la tradition du Nord florissant sous la dynastie précédente des Yuan, reste apprécié de la cour et des lettrés, tout en subissant l'influence du théâtre du Sud.

Dans le genre du roman, naissent les chefs-d'œuvre que sont les quatre livres extraordinaires : Les Trois Royaumes, Au bord de l'eau, La Pérégrination vers l'Ouest et le Jin Ping Mei.

Débuts de la dynastie : persécution, censure et orthodoxie confucéenne vignette|Empereur Xuanzong (règne : 1425-1435), Sur les cinq relations, édition de la maison impériale de 1448. Les Cinq Relations (père-fils, souverain-sujet, frère aîné-frère cadet, mari-femme, entre amis) sont au centre de la morale confucéenne. Sous la dyanstie Yuan, les écrivains disposaient d'une certaine liberté, en raison du désintérêt des Mongols pour les affaires littéraires. Avec l'établissement de la dynastie Ming en 1368, la situation change du tout au tout. Zhu Yuanzhang (règne : 1368-1398), le nouvel empereur, instaure une politique de terreur envers ceux qu'il considère comme ses ennemis, en particulier les lettrésKang-I Sun Chang, dans . Il est ainsi interdit aux lettrés de refuser de servir le pouvoir impérial, comme cela pouvait se faire auparavant, sous peine d'endurer la peine capitale. Cette politique touche aussi bien des lettrés faisant partie de son entourage, tels (1311-1375), renvoyé, ou Song Lian, banni. Ce dernier a dirigé l'officielle Histoire de la dynastie Yuan (Yuan shi). Pour lui, la littérature se réduit aux écrits inspirés par l'étude des Classiques. Mais le cas le plus emblématique est celui de Gao Qi, poète de Suzhou, condamné à mort en 1374. Exils ou mises à mort, c'est en fait toute une génération d'artistes et d'écrivains de Suzhou qui disparaît. Zhu met en place sous son règne une politique éducative s’appuyant sur les Classiques confucéens et les Quatre Livres : la morale et les vertus confucéennes sont interprétées de manière très orthodoxe, et les lettrés sont censés faire preuve d'une stricte obéissance à l'égard du souverain. La liberté des intellectuels de Suzhou, ville par ailleurs longtemps aux mains de son rival , allait à l'encontre de cette politique. Cette situation conduit les écrivains à pratiquer l'autocensure. C'est ainsi que Qu You ne diffuse d'abord son recueil de contes En mouchant la chandelle que sous forme manuscrite, dans un cercle restreint. Enfin imprimé vers 1400, l'ouvrage, dans lequel s'exprime une critique voilée de la dynastie Ming et des valeurs confucéennes, est interdit en 1442Kang-I Sun Chang, dans . L'impression de livres facilitait leur circulation, un phénomène qui attire l'attention du pouvoir sous les Ming, en particulier en matière de censure. Le directeur de l'académie impériale, , avait en effet rédigé en 1442 une demande d'interdiction envers certains écrits, dont le recueil de Qu You réédité en 1420, qu'il avait sans doute découvert entre les mains de ses étudiants, et qui selon lui les distrayait de leurs études. Li demande plus précisément que des sanctions soient prises envers ceux qui imprimeraient ou vendraient l'ouvrage. À cette époque toutefois, aucune disposition n'est prévue dans le code des lois Ming envers ces deux catégories professionnelles, pas plus qu'envers ce type précis d'ouvrage. Ce n'est que dans une édition revue du code des Qing en 1740 que des mesures sont prévues à l'encontre des œuvres de fiction pornographique imprimées, et à l'encontre des éditeurs, imprimeurs et vendeurs Timothy Brook, The Chinese State in Ming Society, Routlege, 2005, ..

L'empereur Yongle (Zhu Di ; règne : 1402-1424), parvenu au pouvoir à la faveur d'une usurpation, s'emploie à écarter les autres membres de la famille impériale des responsabilités politiques. Ces derniers se réfugient dans des activités peu compromettantes, telle la littérature. Certains deviennent même d'éminents littérateurs, comme les dramaturges Zhu Quan (1378-1448) et Zhu Youdun (1379-1439). Le thème principal des pièces de ce dernier est la loyauté envers la personne de l'empereur, et les deux auteurs vantent les valeurs confucéennes. Autre genre suscitant un intérêt tout particulier de la part du pouvoir, le , ou « composition à huit jambes », rédigé pour passer les examens impériaux. Les candidats y faisaient généralement montre de la plus stricte orthodoxie confucéenne, telle qu'elle avait été définie par le penseur des Song Zhu Xi (1130-1200). Yongle est en outre l'initiateur de vastes entreprises éditoriales, la publication de recueils de textes confucéens : le Xingli daquan (Somme des philosophes de la nature humaine et de la raison), le Wujing daquan (interprétation des Cinq Classiques) et le Sishu daquan (interprétation des Quatre Livres). Ces textes font ensuite partie du programme officiel des candidats aux examensKang-I Sun Chang, dans .

De 1450 à 1520 Les Mongols se font menaçant et l'empereur Yingzong est capturé en 1449. S'ensuit une période d'instabilité politique, jusqu'à ce que son jeune fils, l'empereur Chenghua (règne : 1465-1487), monte sur le trône. Ces troubles politiques et militaires provoquent une libération de la parole chez les lettrés. Ceux-ci n'hésitent plus désormais à faire part de leurs critiques envers le pouvoir. Ce n'est pas sans risques pour eux, et châtiments corporels (appelés ) ou exils sont souvent la récompense de leurs remontrances. La tendance est toutefois au relâchement du contrôle exercé par le pouvoir sur les lettrésKang-I Sun Chang, dans . Les empereurs ont alors un rôle important dans l'engouement pour la culture populaire ou dramatique. Plusieurs d'entre eux étaient en effet férus de chansons populaires ou des airs chantés au théâtre, qui sont ainsi à la mode auprès de toute l'élite intellectuelle. La période est alors une sorte d'âge d'or du sanqu (une variante du qu)Kang-I Sun Chang, dans .

Le baguwen (la dissertation rédigée pour passer les concours) reste le genre obligé pour tout lettré désireux de faire carrière et de montrer ses capacités littéraires. En dépit de son formalisme, il n'est pas impossible d'y faire preuve de talent. Le plus réputé en la matière est (1450-1524), reçu premier aux examens de niveau provincial et à ceux de la capitale, en étant capable tout à la fois de respect des formes, d'élégance dans le style et de nouveauté dans le traitement du sujet. L'importance du genre suscitait des critiques, dont le principal porte-parole est ce même Wang Ao. Devenu officiel à la cour, il propose d'élargir les examens à d'autres genres littéraires, afin de recruter des lettrés aux capacités plus variées. Ses demandes restent ignorées sur le moment. À partir du règne de Chenghua, se développe un important marché d'anthologies d'essais d'examens. La consécration pour un lettré est d'entrer à l'académie Hanlin (« académie de la Forêt des pinceaux »), privilège réservé aux plus doués d'entre eux. Li Dongyang (1447–1516), l'officiel du plus haut rang au sein de cette académie, fait figure d'autorité en matière de tendances littéraires en son temps. Il exerce son influence notamment en patronnant des lettrés plus jeunesKang-I Sun Chang, dans . vignette|upright=5|centré|Consultation des résultats aux examens. Rouleau attribué à Qiu Ying (actif vers 1530-1552). Musée national du palais, Taiwan

La place centrale occupée par Li Dongyang n'allait pas sans contestation. Elle est principalement le fait des « Sept maîtres antérieursLes Sept maîtres sont : Li Mengyang (1475–1530), He Jingming (1483–1521), (1475–1540), Wang Jiusi, (1474–1544), (1476–1532) et (1479–1511). » (qian qizi), groupe représentant le mouvement du Retour aux modèles antiques (fugu)Kang-I Sun Chang, dans . Tous originaires du Nord (sauf un), ils étaient actifs à Pékin entre les années 1496 et 1505, et ont tous été en relation avec Li Mengyang (1475-1530), la principale figure de ce groupe. Leur préoccupation première était de donner un nouveau souffle à la poésieDaniel Bryant, dans (voir plus bas la section sur la poésie), ce qui incluait aussi un intérêt plus général pour les problèmes politiques. Les critiques de Li Mengyang à l'adresse de la cour lui ont ainsi valu d'être plusieurs fois emprisonné et même condamné à mort lorsque l'eunuque Liu Jin exerçait son autorité. La critique envers le pouvoir n'était pas toujours aussi frontale : deux autres des Sept maîtres, et Wang Jiusi, étaient ainsi membres de l'académie Hanlin, et Kang s'est entremis auprès de Liu Jin pour éviter à Li Mengyang d'être exécuté. Kang Hai et Wang Jiusi sont toutefois aussi les auteurs de pièces de théâtre dont le contenu est critique envers la politique de l'époqueKang-I Sun Chang, dans .

Suzhou commence à retrouver l'importance culturelle qu'elle avait auparavant, en particulier en fournissant nombre de lettrés à l'administration impériale, comme le montre l'exemple de Wang Ao, originaire de cette ville. Mais il faut attendre la génération suivanteDaniel Bryant, dans , lorsqu'au début du la région de Jiangnan (littéralement le « Sud du fleuve ») devient le principal centre économique de la Chine, pour que Suzhou redevienne le centre culturel qu'elle était avant la fondation de la dynastie. Cet essor est principalement dû à l'activité des marchands en milieu urbain. Dans le domaine culturel, les lettrés de la région négligeaient la carrière administrative ou refusaient même les postes officiels. Ils gagnaient leur vie en vendant peintures, calligraphies ou poèmes, ces trois activités étant inséparables dans la pratique de chaque lettré du temps. C'est ainsi que l'argent lui-même devient un sujet poétique, ce qui est une nouveauté pour l'époque. Les plus représentatifs des lettrés de Suzhou pour cette période sont Shen Zhou (1427–1509), Zhu Yunming (1460–1526), Wen Zhengming (1470–1559) et Tang Yin (1470–1524), par ailleurs plus connus en tant que peintres ou calligraphesKang-I Sun Chang, dans .

De 1520 au début des années 1570 Lorsque l'empereur Zhengde meurt sans héritier, c'est l'un de ses cousins, Jiajing, qui monte sur le trône, à l'âge de quatorze ans (règne : 1521-1566). Personnalité autocrate, ce dernier se désintéresse de l'administration de l'empire et le pouvoir effectif passe rapidement entre les mains des eunuques de la cour. Cette situation conduit certains lettrés à adresser des remontrances à l'empereur. L'un des cas les plus connus est celui de , jeté pour cette raison en prison et torturé. Passant pour le modèle du fonctionnaire intègre, Hai Rui est ensuite devenu lui-même un personnage littéraireAinsi la pièce La Destitution de Hai Rui (1961) de Wu Han a été perçue comme une critique Mao Zedong. Elle a servi de prétexte au déclenchement de la révolution culturelle.. À l'occasion d'un désaccord sur les rites de succession, plus d'une centaine de lettrés subissent la bastonnade, certains en meurent. L'un d'eux, Yang Shen, survit et est exilé dans le Yunnan. C'est ce qui lui donne alors l'occasion de déployer ses talents littéraires, au travers d'une œuvre abondante, couvrant de nombreux genres. Connu à travers tout l'empire, il est notamment réputé pour la correspondance poétique qu'il échange avec son épouse, Huang E, demeurant dans le Sichuan. Celle-ci acquiert par là le statut de plus grande poétesse des MingKang-I Sun Chang, dans .