La rivière Saguenay ou le Saguenay est une rivière (fjord) au Québec (Canada). Elle prend sa source dans le lac Saint-Jean et se jette dans la section maritime du fleuve Saint-Laurent, un parcours ouest-nord-ouest à est-sud-est de . Son bassin hydrographique draine une bonne partie du centre de la province et s'étend sur de long de la source de la rivière Péribonka jusqu'au fleuve Saint-Laurent .
Géographie vignette|gauche|Carte du bassin hydrographique de la rivière Saguenay Le Saguenay prend son origine dans le lac Saint-Jean, immédiatement après la pointe des Américains, à Alma. Il est alors divisé en deux, La Petite Décharge et La Grande Décharge, sur laquelle est construit le barrage Isle-MaligneEnvironnement et Lutte contre les changements climatiques - Expertise hyrique et barrages - Barrage Isle-Maligne. L'île formée par ces deux cours d'eau constitue une partie de la municipalité d'AlmaSite Internet de la ville d'Alma. À cet endroit, l'eau est douce. Trois ponts traversent la Petite Décharge et deux autres traversent la Grande Décharge. C'est lorsque ces deux cours d'eau se rencontrent, à la pointe des Américains, que le Saguenay débute véritablement. Il commence son cours sous la forme d'un réservoir de plusieurs kilomètres de long, ayant bien peu à voir avec l'aspect parsemé de rapides et de puissantes chutes qu'avait la rivière avant l'érection des barrages.
À la hauteur de Shipshaw, le Saguenay se divise à nouveau en deux. Sur le cours d'eau nord, on retrouve la centrale hydroélectrique de ShipshawEnvironnement et Lutte contre les changements climatiques - Expertise hyrique et barrages - Barrage Shipshaw et, du côté sud, la centrale de Chute-à-CaronEnvironnement et Lutte contre les changements climatiques - Expertise hyrique et barrages - Barrage Chute-à-Caron. C'est à cette hauteur que se trouve le pont d'Aluminium.
Entre Chicoutimi et Jonquière, les deux déversoirs des barrages se rejoignent pour former le Saguenay tel qu'il est le mieux connu. Il devient accessible à la navigation à cette hauteur. D'ailleurs, Chicoutimi signifie « jusqu'où c'est profond »Pierre-Georges Roy, Les Noms géographiques de la province de Québec, Lévis, Le Soleil, 1906, . en montagnais. Dans le centre-ville de Chicoutimi, on retrouve le pont Dubuc et le pont de Sainte-Anne.
Un peu plus en aval, à la hauteur de Saint-Fulgence, le fjord du Saguenay débute face à la flèche littorale.
Il s'agit de la démarcation entre l'eau douce et l'eau salée. À la hauteur de Tadoussac, un traversier assure la liaison entre Tadoussac et Baie-Sainte-Catherine.
Fjord du Saguenay
Le fjord du Saguenay est parsemé de paysages divers. Passé la ville de Saguenay, la vallée devient rapidement escarpée. Les impressionnantes falaises du cap Trinité et du cap Éternité se situent près du village de Rivière Éternité. La profondeur à cet endroit est comparable à la hauteur des montagnes. Il s'étire plus ou moins d'ouest en est ensuite jusqu'à son embouchure à Tadoussac et il n'est parsemé que de quelques villages au fond de baies tels L'Anse-Saint-Jean
La rivière Saguenay a fait son lit dans le fjord le plus méridional de l'hémisphère nord, le seul navigable de toute l'Amérique du Nord
La vallée dans laquelle coule la rivière Saguenay possède les caractéristiques d'un fjord, de Saint-Fulgence à Tadoussac. D'une longueur de et d'une largeur variant de 1 à , le fjord occupe une profonde entaille dans les Laurentides, bordée par des falaises escarpées d'une hauteur moyenne de et, à certains endroits, de plus de , comme aux caps Trinité () et Éternité (), ce qui n'empêche pas les castors de vivre dans sa partie amont. Ses gorges profondes et majestueuses sont le résultat de la dernière glaciation et l'on retrouve une moraine terminale à son embouchure avec le fleuve Saint-Laurent, créant un haut fond. Il a été envahi ensuite par la mer après la fonte des glaciers.
vignette|Embouchure du Saguenay à Tadoussac
On retrouve une très forte stratification des eaux dans le fjord parce que les eaux douces de surface, provenant du lac Saint-Jean et des autres affluents, sont moins denses que les eaux froides salées venant de l'estuaire du fleuve. Il s'ensuit changement rapide de la salinité, de la température et de la densité des eaux selon la profondeur. De plus, les eaux de surface coulent vers le fleuve et l'eau salée remonte le Saguenay avec la marée, qui se fait sentir jusqu'à Chicoutimi. Au confluent du Saguenay et du Saint-Laurent, le taux de salinité des eaux est de . et il diminue en amont, avec l'apport d'eau douce, mais reste élevé en profondeur. Les eaux de profondeur du fjord du Saguenay sont très bien oxygénées, contrairement à la plupart des fjords, car elles doivent passer par-dessus la moraine terminale avant d'entrer ce qui permet un fort échange avec l'atmosphère. Elles alimentent l'écosystème en oxygène jusqu’au fond des fosses qui peuvent atteindre .
Le fjord du Saguenay est protégé et mis en valeur par deux parcs : le parc national du Fjord-du-Saguenay et le parc marin du Saguenay–Saint-Laurent. Des sportifs, kayakistes, randonneurs et des touristes parcourent le territoire grâce à des infrastructures spécialement conçues pour le tourisme de la nature. Des sites de camping sauvage permettent aux kayakistes de le descendre en quelques jours. Des centaines de sentiers, dont celui nommé le sentier de La StatueSite relative à la rivière Éternité. Il conduit à plusieurs haltes et belvédères jusqu'au sommet du cap Trinité offrant des vues exceptionnelles sur le fjord au pied de la statue Notre-Dame-du-Saguenay. En aval du fjord, à Sacré-Cœur-sur-le-fjord, à l'Anse de Roche, à la baie Sainte-Marguerite et à Tadoussac, les baleines et les phoques peuvent être observés à gué grâce à des sentiers en bordure des caps ou en croisières qui partent des différents quais, naviguent dans l'estuaire et remontent le fjord jusqu'au cap Trinité.
Ses caractéristiques physiques ont rendu difficile sa colonisation. Bien que la navigation y soit importante, seules quelques baies permettent l'accostage. De plus, le terrain escarpé se prête peu à l'agriculture. Le vent y est canalisé par les hautes falaises et il est souvent plus fort et d'une direction différente qu'au lac Saint-Jean ou le long du fleuve Saint-Laurent. On y retrouve un parfait exemple de vent antitriptique qui s'aligne le long du fjord et dont doivent se méfier les navigateurs.
Du point de vue environnemental, en dépit de paysages remarquablement conservés, les écosystèmes et la faune aquatique du fjord sont victimes d'une forte pollution par des produits organostanniques, qui selon une étude récente (2005Viglino, Liza (2005) Comportement des organoétains dans les écosystèmes côtiers des hautes latitudes élaboration d'un modèle quantitatif appliqué au Fjord du Saguenay (PDF, 13 Mb). Thèse. Rimouski, Québec, Université du Québec à Rimouski, Institut des sciences de la mer de Rimouski, 269 p. résumé (en français)) resteront une menace écologique durant plusieurs siècles. Ces produits proviennent des antifoulings de bateaux. Ils sont ubiquitairement présents dans toute la colonne d'eau du fjord, et retrouvés dans tous les organismes animaux étudiés, ainsi que dans les sédiments. Peut-être en raison de la forte stratification du fjord, les taux de butylétains totaux (MBT + DBT + TBT) sont bien plus élevées en surface (26 à 206 ng Sn/l) qu'au fond (7 à 30 ng Sn/l) et tout le réseau trophique se montre touché, à des concentrations très variées (de 7 à 1238 ng Sn/g (poids sec), soit des niveaux parfois exceptionnels, rarement trouvés en zones côtières nordiques, même dans les zones de fort trafic maritime. On n'a pas cependant observé de biomagnification. L. Viglino y a estimé la demi-vie du TBT : elle serait d'environ 87 ± 17 ans dans le sédiment profond. C'est un délai bien plus long que les estimations données par la littérature antérieure). Ceci indiquerait une contamination à long terme (plusieurs siècles).
Le , la Monnaie royale canadienne lançait officiellement à La Baie une pièce de 25 cents commémorative afin de souligner le fjord du Saguenay comme étant un élément patrimonial naturel majeur du Canada et marquer la présence de la statue de la Vierge située sur le cap Trinité depuis 127 ans.
Municipalités riveraines
De l'amont vers l'aval Alma Delisle (fusionnée avec Alma) Saint-Charles-de-Bourget Shipshaw (fusionnée avec Saguenay) Jonquière (fusionnée avec Saguenay) Chicoutimi (fusionnée avec Saguenay) Saint-Fulgence La Baie (au fond de la baie des Ha Ha, fusionnée avec Saguenay) Sainte-Rose-du-Nord Rivière-Éternité L'Anse-Saint-Jean Petit-Saguenay Sacré-Cœur, l'Anse de Roche Tadoussac Baie-Sainte-Catherine
Histoire Durant des millénaires avant l'arrivée des Européens, les Amérindiens ont utilisé le Saguenay comme voie de transport et de commerce. Il était la voie de déplacement entre les ressources en gibier de l'intérieur et les zones de pêche du Saint-Laurent ainsi que le lien entre les tribus de son bassin hydrographique. Le tout se faisait en canot d'écorce. Les Basques sont réputés être les premiers Européens à avoir visité la région de Tadoussac lors de leur chasse à la baleine. Ils ont sûrement commercé avec les Amérindiens, mais les Français y ont établi le premier poste de traite de fourrure en 1600.
Le nom Saguenay apparaît tôt dans la cartographie occidentale. Une mappemonde de 1536, conservée dans la collection Harléienne du British Museum, mentionne le fleuve et les terres du Canada tels que décrits par Jacques Cartier. Le mot SAGNÉ s’y trouve au milieu de la chaîne de montagnes (Laurentides) entre les rivières Saguenay et Ottawa.
La mappemonde du cartographe français Pierre Descelier (1500-1558), place LE SAGNAY au même endroit. Sur le planisphère de Descelier de 1550, le SAGNÉ est « aux sources de la rivière Sagnay ». On y voit la représentation d’une tour fortifiée, avec observatoire et canon et plus loin un homme ressemblant à Cartier pour la figure et le costume, essayant de s’expliquer avec un groupe de sauvages affolés qui se tiennent à distance. La tour concrétise l’idée d’un royaume, admise à cette époque.
Le cartographe brabant Abraham Ortelius publie en 1570, le Theatrum Orbis Terrarum, un des premiers atlas standard du . La rivière Saguenay y est cartographiée sous le nom toponymique de SagvenaiBeau Riffenburgh, La grande aventure de la cartographie, Royal Geographical Society, National Geographic, 2011, 98 p.. Jacques-Nicolas Bellin, cartographe français, produit quant à lui en 1744 la Carte du cours de la rivière Saguenay appelée par les Sauvages Pitchitaouitchetz.
Pour qu’un premier explorateur pose le pied sur l’actuel territoire de Chicoutimi, il faut cependant attendre le père Jean de Quen qui, à la demande des tribus du Piekouagami (lac Saint-Jean) atteintes d’une épidémie dévastatrice, emprunte la rivière Chicoutimi pour atteindre le lac Kénogami puis le lac Saint-Jean du 11 au Marius Paré, L'Église au diocèse de Chicoutimi, Chicoutimi, 1983, Tome , .. En , l’épidémie perdure toujours et force l’établissement d’une mission au lac Saint-Jean par les Jésuites, qui utilisent la même route que le père Jean de Quen pour se rendre à destination. Selon leurs récits, plusieurs sépultures amérindiennes jonchent alors les rives du Saguenay du fait des ravages importants de l’épidémie. Les missionnaires empruntent cette route jusqu’en 1671 pour venir en aide aux tribus victimes de l'épidémie et de la guerre contre les Iroquois.